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09/02/2011



L'invité du mois

Bernard FOURNIER



BIBLIOGRAPHIE

Bernard FOURNIER
Publications
Essais
Le Cri du chat-huant, le lyrisme chez Guillevic, essai, L’Harmattan, mai 2002.
L’imaginaire dans la poésie de Marc Alyn, essai, L’Harmattan, 2004.
Histoire de l’Académie Mallarmé 1913-1993, éd. Le Petit Pavé, 2016.

Poésie
Marches, Librairie-galerie Racine, 2005.
Marches II, suivi d’une lecture de Pierre Oster, éd. Le Manuscrit, Paris, 2008.
Promesses, éd. Encres vives, 2010.
Maison des ombres, L’Harmattan, 2010
Marches III, éd. Aspect, Nancy, 2011.
Je dis clématite, illustré par Jean-Marc Brunet, coll. « Le Livre pauvre » de Daniel Leuwers.
Lisbonne, livre d’artiste avec Augusta de Schucani, 2012.
N’empêche pas, livre d’artiste ave Augusta de Schucani.
Un Pierre, en chemin, éd. Tensing, 2013.

Articles
Nombreux articles et notes de lecture en revues : Europe, Littéréalités, Dalhousie French Studies, Notes Guillevic Notes, Lieux d’être, Cahiers Jacques Audiberti, Cahiers Marc Alyn, Les Saisons du poème, Les Cahiers de La Baule, Studi Francesi, Autre Sud, Aujourd’hui poème, Poésie/ Première, Poésie Sur Seine, Diérèse, Les Cahiers de la rue Ventura, Phénix, Décharge,
Chronique dramatique et des revues dans Aujourd’hui poème
Participation à des colloques sur la poésie de Guillevic, Marc Alyn et la poésie.

Fonctions
Secrétaire Général de l’Académie Mallarmé
Président de l’Association des Amis de Jacques Audiberti.
Membre du bureau de la Société des Lecteurs de Jean Paulhan.
Animateur du café poétique « Le Mercredi du poète » à la brasserie Le François Coppée, à Paris.

A paraître
Peine de cœur en Puisaye, roman historique sur Mallarmé et Clément Privé, éd. Les Amis du Vieux Villeneuve, Villeneuve-Sur-Yonne.
Correspondance Audiberti-Hélène Lavaysse
Correspondance Audiberti/ Emie Condroyer dans la Nouvelle Revue Française.
Correspondances Claudel/ Dujardin, et Claudel/ Francis Vielé-Griffin, in Cahiers Claudel.
Lire les rivières, poèmes, éd. Aspect.

En préparation
Biographie de Jacques Audiberti aux éd. Le Petit Pavé





EXTRAITS: Poème publié dans la revue Nunc

Bernard Fournier Hémon
Bernard Fournier a une oeuvre poétique riche et réputée, mais en plus, il est un poète engagé dans les terres de la poésie : membre de l’Académie Mallarmé, du comité de rédaction des revues Poète/Première et Poésie-sur-Seine, il est aussi l’ani¬mateur du « Mercredi du poète » qui se tient au café François Coppé une fois par mois. En un mot, c’est un passeur et l’on ne compte plus les poètes qui lui doivent des heures d’attention et d’amitié. Sa poésie, je la décrirai comme rapide, sobre, et oserai-je, journaliste ? Mais dans le sens le plus fort du terme. Ici par exemple, son poème pourrait se lire comme un reportage sur un fait de civilisation bien connu : Antigone, Créon, Hémon... Sous ses vers, la scène se remet à vivre, l’histoire revient comme un reportage bref et vif, avec une fin inattendue puisqu’elle s’achève comme une confession arrachée. La poésie de Bernard Fournier pourrait donc être celle d’un poète grand reporter, toujours en partance, sur tous les territoires, qui investi¬gue, toujours à l’affût d’un dialogue intime et sincère.


1
Hémon a perdu le sourire
Ses réveils sont lourds, sa démarche pesante
Il s’inquiète des nuages, sourit sous cape
Et pleure le plus souvent des meurtres de la vie

2
Hémon s’étonne
Du chaos des âmes
Il ne comprend pas comment le diable
Entre dans les esprits
Comment il affole les mains
Qui se crispent sur les poings
Hémon s’étonne de cette âme-là
Nue
Qui se lève devant le tyran
Devant l’homme de cuir ;

3
Antigone se lève,
Une fleur, une flamme
De sang et de paroles
Elle se voit lavée de toute avanie
Se relève de son enfance qu’elle anoblit ;
Se dévoile :
La voici nue,
Nue devant le glaive
Qui la viole, la vide, la force et la tue
Dans le noir et le froid de la grotte
La voici nue,
Recroquevillée dans le fond de la terre ;

4
Créon est plus obscène que cette femme nue qui crie non
Sa force de ceinture l’étrangle
Il est rouge de colère
Il frappe du poing sur la table,
Brise le verre, casse le marbre :
Tout s’écroule devant sa force ;
Trempé dans sa chemise d’oublis
Créon écrase ses enfants :
Il a peur dans le noir ;

5
Hémon dit oui
Pour mieux s’échapper dans le vent ;
Hémon n’est qu’un enfant
Hémon, c’est la vie
Une bouffée de tabac dans l’air bleu des matins
Une ascension facile vers le soleil des chemins
Un poème au bout de la main ;

6
Hémon ne crie pas, ne pleure pas
Il sait qu’Antigone doit mourir ;
Elle a trop souffert, elle s’est trop battue, elle peut mourir.
Elle doit mourir ;
Les femmes et les hommes de la cité le lui ont dit
Son père lui a dit
Sa mère aussi peut-être
Sans doute aussi les vieilles noires qui piquent leurs chuchotements de paroles aigres et de regards acérés ;
Et cet aveugle qui voit au-dedans de lui
Même les enfants dans leurs cris ;
Peut-être encore l’eau de la fontaine sempiternelle sur la place ;
Les pierres blanches des colonnes qui se renfrognent, se renforcent, se concentrent sur leur destin d’architecture, sur leurs molécules anciennes ;
Les temples muets au soleil qui mâchent leurs oracles comme des monstres souterrains assoupis sur leur ventre ;
Et les dieux silencieux qui ne savent pas s’ils existent, qui jurent de leur absence, s’inquiètent de leur pouvoir ;

7
Hémon pense qu’il relèvera Antigone
Mais il a peur, il est lâche,
Hémon n’est pas un homme
Ni un héros ;
Il pleure Antigone
Mais il pleure aussi sur lui, sur son âme seule ;
Il a peur
Cette peur qui troue le ventre et le laisse pantois
Peur devant cette femme si forte et qui lui échappe ;

8
Hémon a peur
Il ne veut pas plonger avec Antigone
Affronter l’obscurité de la grotte
Il veut comme Ismène chanter dans les chemins fleuris
Marcher dans les aubes fraîches
Aimer par-devant les montagnes boisées ;
Shekhina - Bernard Fournier94

9
Qu’importe son père, qu’importe ces êtres qui ne se souviennent plus de leurs jeux d’enfants
Qui lèchent leurs anciennes colères sur leurs moûts rancis
Marmonnent tout bas des anathèmes aux cieux qui ne les entendent pas
Vieillissent si rapidement qu’ils ressemblent déjà à leurs aïeux
Se murent dans leur silence craignant de dévoiler le vide de leur esprit
Non ce n’est pas son père celui qui titube sans voir bu
Non, il ne connaît pas, il ne connaît plus l’homme qui rétrécit dans ses tuniques
Il ne reconnaît plus ses yeux,
Même il ne reconnaît plus son visage, son regard dans le vague, ses rides affolées
Non, il n’est pas responsable de son père ;

10
Hémon, à son retour d’errance folle, retrouve la maison en ruine,
Dévastée par ce vent mauvais qui circule dans la tête d’Antigone :
Les meubles cassés,
Les vitres brisées,
Les tentures arrachées ;
Les trophées défaits,
Les papiers griffés de rage,
Les meubles scarifiés ;
Et l’ombre des rideaux tirés ;

11
Et le silence ;
Le sommeil lourd et vaste comme les cités envahies, assiégées, soumises aux plus forts plutôt qu’aux plus aimants ;
Le sommeil long, si long qu’on pourrait s’asseoir à côté et veiller tout le jour avant que la nuit ne vienne ;
Le sommeil abruti des heures angoissées à lutter contre l’ange de la mort qui danse dans les esprits ;
Le sommeil triste des jours sans lumière qui assomment et affolent les jeunes filles devant les horizons ;
Le sommeil des pierres qui veillent blanches dans le marbre des colonnes refusées et les ruines des murs effondrés ;
Vastes champs éclatants où respire le vent qui grignote les grains des pierres et façonnent le visage des dieux ;

12
Antigone est dure, difficile, droite et dangereuse
Sa froideur s’enflamme à chaque mot
Et Créon n’aime pas jouer avec le feu ;
Elle se débat comme un chien tenu en laisse
Elle est la poupée du destin qui s’épuise entre ses mains ;
Comme un oiseau en cage qui accroche ses ailes aux barreaux
Qui se cogne et se cogne jusqu’à son dernier souffle
Les lèvres en sang ;

13
Biche gracile et sauvage
Fugitive, furtive et fugace,
Farouche ;
Mésange presque morte, le sang aux lèvres ;
Elle jonche le sable des portes des enfers
Criblant de ses doigts l’armure des roseaux ;

14
Sa poitrine se lève pour un dernier cri
Silencieux
Tout son corps se penche en avant vers ses lèvres, vers le trou noir de la bouche :
Ses yeux s’enfoncent et pleurent
S’abaissent et peut-être se referment sur l’idée, sur le sommeil qui la prend ;
Sur sa volonté,
Sa poitrine se creuse :
On n’entend plus rien ;

15
Hémon se met en colère,
La colère des héros,
La colère des hommes qui souffrent devant le ciel
Qui remue les montagnes et fait dévier les fleuves,
Qui fait trembler les corps et les coeurs,
Qui fait peur même aux animaux qui s’enfuient vers les antres de la terre,
Qui ferme le poing des arbres renfrognés sur leurs feuilles ;
Hémon se met en colère et foule aux pieds une partie de lui-même,
Il crie et s’arrache les cheveux
Pleure la face au ciel pour calmer son courroux ;

16
Il ne sait pas, ne sait plus, contre qui s’adresse cette colère ;
Contre les dieux, bien sûr,
Contre son père et les dieux,
Contre le père d’Antigone, contre tous les pères, contre tous les dieux ;
Contre le pouvoir des pères
Contre le pouvoir ;
Il crie contre Créon qui crève de politique
Il écume de rage même aussi contre Antigone
Contre son acquiescement aux dieux !
La colère d’Hémon touche le ciel, atteint les cieux,
Son bras levé perce les nuages ;

17
À son cri des masses noires fondent et s’affrontent ;
Des oiseaux l’accompagnent qui crient eux aussi dans les airs ;
Les montagnes se ressemblent et montent dans l’air noir,
Tous les bois fomentent des gouffres et les roches dégorgent leurs sources graves ;
Il est seul sur la montagne, sur le promontoire au-devant des villes fumeuses
Il jette sa colère au vent, au ciel, et surtout aux dieux ;

18
Crie, Hémon, crie contre Antigone
Antigone la belle, la pure Antigone, la terrible Antigone
Crie à travers temps, crie ce que tu n’as pas fait
Crie ton impuissance, ta pusillanimité, ta lâcheté
Crie ton manque d’amour, crie ton envie de vivre ;
Crie, Hémon, pour la folie d’Antigone,
Crie et pleure Antigone ;

19
Antigone souffle le bleu,
Attise le feu,
Affole les dieux
Brûle de sa flamme intérieure,
Incendie tout sur son passage
Antigone se brûle les ailes ;

20
Antigone n’était pas une femme,
Ne voulait pas être une femme, mais un homme fort et sentant le vin
Antigone n’aimait pas les femmes, trop faibles et qui se résignent trop
Ne voulait pas être une femme s’accrochant au sexe de l’homme ;
N’aimait pas les hommes qui se sentent trop forts et qui blessent sans savoir ;
Antigone, c’était l’âme grise
Des matins aphones à force d’avoir pleuré sur les hommes ;
Des soirs douloureux d’avoir été meurtris par le jour
Des heures à lutter contre les ailes des moulins ;

21
Antigone se mure, se meurt
Dans son silence ;
Elle veut parler, elle veut crier
Mais son corps ne répond pas ;
C’est comme une voix dans le vent,
Dans la mer
Dans les étoiles qui brillent trop loin, hors d’atteinte de nos mains ;
Elle est morte, muette ;

22
Qu’a dit la bouche d’ombre
Quelles sont les paroles dernières suintées par ce rocher
Que veut dire cette béance ?
Cette crypte, cette grotte, ce trou dans la terre, cet antre noir et invisible ?
La cave s’est ouverte mais sur le vide
La lumière n’a pas éclairé l’ombre intérieure
La nuit n’a pas connu le jour
Là, peut-être, des hommes
Ont peint à fresque
Se sont aimés, ont vécu :
Ce qu’ils ont dit est perdu ;

23
Antigone est morte
Antigone devait mourir
Souviens-toi de ses cris quand elle pleurait,
Quand elle criait qu’elle ne savait plus vivre
Qu’elle ne pouvait pas vivre,
Qu’elle ne pouvait plus vivre,
Qu’elle ne voulait plus vivre ;
Quand elle voulait mourir
Elle savait, Hémon,
Antigone savait.

Mercredi 31 Mai 2017
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