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09/02/2011


L'invité du mois

Bluma FINKELSTEIN ET Yaël ARMANET- CHEMOBRODA



YAEL ARMANET- CHEMOBRODA

Bluma FINKELSTEIN ET Yaël ARMANET- CHEMOBRODA
Bluma FINKELSTEIN ET YAEL ARMANET- CHEMOBRODA
PROJECTION DU FILM APRES LE SILENCE
Réponse d’une israélienne au "Coeur de Jenine"

Ecrit et réalisé par STEPHANIE BÜRGER, JULIE OTT sous la direction d du producteur et cinéaste MARCUS VETTER
Jeudi 9 février 2012 de 18 heures à 20 heures à l’auditorium del’inalco 65 rue des Grands‐Moulins 75013 PARIS suivie d’un débat avec Yael ARMANET-CHERNOBRODA et Bluma FINKELSTEIN,
samedi 11 février à 20h30 Salle du Champ Girault, 8, rue Jean Baptiste Jacquemin, Tours
"J'ai vécu avec Dov Chernobroda, qui était un véritable humaniste: il cherchait toujours dans l'autre l'image de l'Homme, sans ignorer toutefois tout ce qui en nous tous peut être destructeur. C'est une position tout à fait modeste et éducative et ce message spirituel que Dov m'a laissé, au-delà de sa mort tragique, m'habite pour toujours.
Il est très possible que sans son amour et cet héritage, je ne serais peut-être pas allée à Jénine rencontrer la famille de Shadi Tubassi qui s'est fait exploser dans le restaurant Matsa où Dov a trouvé la mort, le 31 mars 2002 à Haïfa. Si j'y suis allée, je l'ai fait d'abord au nom de Dov, parce qu'il l'aurait fait bien avant moi.
Il faut chercher dans chaque conflit – même le plus sanglant – le visage humain de l'ennemi. Dans le cas contraire, on reste dans la diabolisation de l'autre et dans le meurtre et la vengeance répétés à l'infini." Yaël Armanet – Chernobroda

Jeudi 9 février 2012 PROJECTION DU FILM APRES LE SILENCE
Written and Directed by STEPHANIE BÜRGER, JULE OTT
de 18 heures à 20 heures à l’auditorium de
l’inalco 65 rue des Grands‐Moulins 75013 PARIS
suivie d’un débat avec Yael ARMANET-CHERNOBRODA et Bluma FINKELSTEIN,
film Réponse d’une israélienne au « Coeur de Jenine »
"J'ai vécu avec Dov Chernobroda, qui était un véritable humaniste: il cherchait toujours dans l'autre l'image de l'Homme, sans ignorer toutefois tout ce qui en nous tous peut être destructeur. C'est une position tout à fait modeste et éducative et ce message spirituel que Dov m'a laissé, au-delà de sa mort tragique, m'habite pour toujours.
Il est très possible que sans son amour et cet héritage, je ne serais peut-être pas allée à Jénine rencontrer la famille de Shadi Tubassi qui s'est fait exploser dans le restaurant Matsa où Dov a trouvé la mort, le 31 mars 2002 à Haïfa. Si j'y suis allée, je l'ai fait d'abord au nom de Dov, parce qu'il l'aurait fait bien avant moi.
Il faut chercher dans chaque conflit – même le plus sanglant – le visage humain de l'ennemi. Dans le cas contraire, on reste dans la diabolisation de l'autre et dans le meurtre et la vengeance répétés à l'infini." Yaël Armanet – Chernobroda

After the Silence
The answer of an Israeli woman to „Heart of Jenin“
Nach der Stille
Written and Directed by
STEPHANIE BÜRGER, JULE OTT
Co-Director
MANAL ABDALLAH
Camera
MAREIKE MÜLLER
Sound
ALJOSCHA HAUPT
Music
SVEN KAISER
Producers
MARCUS VETTER, FAKHRI HAMAD
Commissioning Editors
BARBARA BIEMANN/NDR, CHRISTIANE HINZ/WDR
A cooperation between
BUKERA PICTURES and FILMPERSPEKTIVE GmbH
Worldsales
TELEPOOL GMBH
Distribution
BUKERA PICTURES , BEMOVIE
Length
82 MINUTEN
Subtitles
DEUTSCH, ENGLISCH
GERMANY/ PALESTINE 2011
Two young German film makers go to Palestine where, together with Manal, a Palestinian student
from Jenin, they try to find out what really happened on March 31 2002: Shadi Tobassi, a
suicide bomber from Jenin, blew himself up in the Arab-owned Matza Restaurant in Haifa, killing 15 people. Among those killed was Dov Chernobroda, an Israeli architect, who for his entire life had tried to bring about a peaceful
settlement between Israel and Palestine. Eight years later his wife Yael wants to visit the family of the suicide bomber in Jenin. www.afterthesilence.de www.cinemajenin.org | info@nachderstille.de



BLUMA FINKELSTEIN

Bluma FINKELSTEIN ET Yaël ARMANET- CHEMOBRODA
Courte biographie


BLUMA FINKELSTEIN est Professeur Emérite à l’Université de Haïfa, Israël, où elle a enseigné la littérature française et comparée, et surtout des sujets concernant le dialogue judéo-chrétien.
Elle est née en Roumanie et a émigré en Israël en 1963 où elle a appris le français toute seule. Elle aura besoin de plusieurs années pour assimiler la langue française et commencer à écrire dans cette langue. Toute son œuvre poétique, ses essais et de nombreux articles sont écrits en français.
En 2002, Bluma Finkelstein a reçu le Prix du Président de l’Etat d’Israël pour l’écriture en langue française (le premier prix jamais attribué à l’écriture francophone en Israël). En 2007, elle a été nommée Chevalier de l'Ordre National du Mérite pour ses activités menées pour la diffusion de la langue et la culture françaises.
Elle est aussi très active dans les affaires culturelles de sa ville, Haïfa, où elle a été Conseillère Municipale.
Militante pour la paix, Bluma Finkelstein contribue au rapprochement entre juifs et arabes.


Bibliographie

Recueils de poèmes

La Vie d’un Passant, Ed. Chambelland, Paris, 1972.
Retenir le Vent, Ed. José Millas-Martin, Paris, 1978.
La Déchirure et l’Espace (poèmes mystiques inspirés du Zohar),
Ed. Cherche-Midi, Paris, 1980.
L’être et le Paraître, Ed. José Millas-Martin, Paris, 1981.
Le Veau d’Or, Ed. Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1982.
Interpellations, poèmes païens, (édition originale avec une gravure
d'Aryeh Rothman), Ed. Le Pont de l’Epée, Paris, 1982.
La Falaise du Temps, Ed. Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1984.
Inanima Mundi, Ed. Barré & Dayez, Paris, 1991.
Les Vignes Sauvages, Ed. Echo-Optique, Les Herbiers, 1992.
Le Mouton Téméraire, Ed. Interventions à Haute Voix, Chaville, 1992.
Fais qu’Oedipe s’Apaise, Ed. La Bartavelle, Charlieu, 1992.
Prométhée au Paradis, (édition originale avec une gravure
d'Aryeh Rothman), Ed. Hôtel Continental, Plancoët, 1993.
Faute de Combattants, Ed. La Bartavelle, Charlieu, 1995.
Mise en Boîte, Ed. Cahiers Froissart, Valenciennes, 1997.
Le Loquet du Temps, Ed. Friches, Saint-Yrieix, 1997.
Pour un bout d'ombre, Ed. Clapàs, Aguessac, 1999.
Rien que pour agir, Ed. Encres Vives, Colomiers, 1999.
Le guichet du destin, Ed. Interventions à Haute Voix, Chaville, 2000.
Vite fait, bien fait, le livre de l’excellence divine, Ed. Clapàs, Aguessac, 2000.
Gratis pro Deo, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2002.
Faleza timpului, choix de poèmes, traduits par Dumitru Scortanu, Ed. Fides, Iasi, Romania, 2002.
Beatus Vir, in Anthologie, Ed. Tarabuste, Saint-Benoît du Sault, 2003.
Les éclopés de la fraternité, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2003.
Résonnez musettes!, Ed. Interventions à Haute Voix, Chaville, 2005
Toutes les étoiles sauront, édition bilingue français – allemand, traduction Rüdiger
Fischer, Ed. En Forêt / Verlag im Wald, Rimbach, Allemagne, 2006.
Exorcismes 2006, poèmes et collages, Livre Pauvre, édité par Daniel Leuwers, Tours, 2006.
Questions à Dieu, avec réponse, poèmes et collages, Livre Pauvre, édité par Daniel Leuwers, Tours, 2007.
Et nous serons collage, poèmes, édition bibliophile, avec œuvres numériques de Petru Lucaci, Ed. Transignum, Paris, 2007.
Les Lauriers d'emprunt, Jérémiades קינות , Ed. Tarabuste, Saint-Benoît-du-Sault,
2008.
Mare Nostrum, édition bilingue français – allemand, traduction Rüdiger Fischer,
Ed. En Forêt / Verlag im Wald, Rimbach, Allemagne, 2008.
Une lune dans le tiroir de ma table, poèmes, avec illustrations d'Irène Boisaubert,
Livre Pauvre, édité par Daniel Leuwers, Tours, 2008.
בראשית, Au commencement, poèmes, édition bibliophile, avec dix gravures d'Irène Boisaubert, traduction en allemand Rüdiger Fischer, Ed. En Forêt / Verlag im Wald, 2008.

טיילת הזמן, מבחר שירים, תרגום לעברית אהרון אמיר, הוצאת כרמל, ירושלים, תשס"ח, 2008.
(Livre paru en hébreu, sous le titre La Falaise du Temps, choix de poèmes, traduction Aharon Amir, Ed. Carmel, Jérusalem, 2008)

"Amour était présent avec sa trousse vide", Hommage à Ronsard, poèmes et collages, Livre Pauvre, édité par Daniel Leuwers, Tours, 2009.



Critique littéraire

L’Ecrivain Juif et les Evangiles, Ed. Beauchesne, Paris, 1991.
D'Isaac à Jésus: le malentendu, essais sur le sacrifice, Ed. Aléas, Lyon, 2000.
L'héritage de Babel, éloge de la diversité, Ed. L'Harmattan, Paris, 2005.


En Préparation

Moïse est un autre, foi juive et foi chrétienne, essai critique.
Jérusalem Céleste sur un arbre perchée, biographie, Ed. Diabase, Plancoët.
Un Messie sur mesure, אתה הוא ולא אחר, poèmes.


Choix d'articles publiés:

- Langue acquise, langue conquise: la double contrainte, in Sirene, Zeitschrift für Literatur, no.8, Munich, 1991.
- Le Roi Saül, personnage kafkaïen, in Sotto Voce, Revue Internationale de Poésie Littérature, Critique et Philosophie, no. 3, Paris, 1992.
- Jean-Baptiste Clamence entre Job et l’Ecclésiaste, in Cahiers Camus, La Revue des Lettres Modernes, no. 15, Ed. Minard, Paris, 1994.
- Emmanuel Hocquard, in Saraswati, no. 3, France, 2001.
- Lucy, femme assise ou accroupie? in Andrée Chédid et son œuvre, une
" quête de l'humanité", Ed. Publisud, 2003.

- Paul, juif de l'exil – la dichotomie.
http://www.akadem.org/sommaire/themes/philosophie/2/3/module_1715.php
Paul, un juif au carrefour des identités (36 mn)
Bluma Finkelstein, Professeur de littérature comparée à l'Université de Haïfa
Université Paris 7 - Université Bar Ilan - Israël, mai 2006
(En vidéo sur le site Akadem).


Bluma Finkelstein a publié dans de nombreuses revues poétiques: Polyphonies, Poésie 89, Textuerre, Flache, Autre Sud, ARPA, Froissart, Le Nouveau Marronnier, Les Cahiers du Détour, Triages, Vivre en poésie, La Barbacane, Incendits Friches, Plein Chant, Diérèse, etc.

EXTRAITS


Poèmes de Bluma Finkelstein



Les Lauriers d'emprunt, Ed. Tarabuste, Saint-Benoît du Sault, 2008.


ברוך אתה אדוני

Je connais. Je comprends. Je compatis.
L'ordre des mots suit l'ordre de la vie. Une marche au bord du clair-obscur, une forêt sauvage et des fusils dirigés vers le côté gauche de ma poitrine.
J'observe. Mon œil a une corne de bœuf sur la pupille noire de la fosse.
Ici, le temps a déposé ses armes sur le cercueil de l'attente.

ברוך אתה אדוני

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מלך עוזר ומושיע ומגן

La vallée, c'est presque ma maison. Voici la haie et le chien de mon père. Et ma chèvre sur le seuil qui attend mon retour de l'école.
La cour sent le musc, les hommes battent le foin, pose d'éternité: musée de la mémoire.
Ces images me touchent jusqu'à la moelle des os.
Et m'attristent parce que souvenir.

מלך עוזר ומושיע ומגן

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Mare Nostrum, Ed. En Forêt / Verlag im Wald, 2008, Rimbach, Allemagne.

Messes et indulgences, jeûnes et mortifications, la langue peut pourrir dans la bouche, mais les mots en nous restent vifs comme le mercure, s’enfoncent dans la mémoire, dans les crevasses de la conscience, remplissent la forteresse ruinée de la foi.
Frères, prêchons une nouvelle croisade. Les drapeaux au vent, le vent en poupe, la poupe vers l’Orient, gagnons du terrain, le Seigneur nous soutient.
Tant de fois dans la nuit, les Sirènes s’abattent sur les Croisés endormis et le Tombeau se vide de ses derniers ossements.
Jérusalem maintenant!

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Le purgatoire, la peste, la guerre de Trente Ans, les Ordres Mendiants, l'Inquisition et les pauvres, tout se ramasse en un seul souvenir: notre vie, notre histoire.
Les Templiers, les Chevaliers de Malte, les Bourgeois de Calais et les Papes en Avignon, les fous et les estropiés, nous sommes tous là, dans l’alliance conclue au pied du Sinaï. Œil à l’affût, lorgnette au bout de l’espérance comme si quelqu’un ici-bas avait quelque droit.
Sur un promontoire au désert, un juif fou baptisait les pécheurs dans l’eau fraîche du Jourdain.
Il annonçait la fin des temps.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


Des pèlerins couverts de cendres marchent vers l’Orient lointain. Tels pèlerins, telle Terre Sainte: à genoux sur fond d’amandiers en fleurs.
La grange du printemps est pleine de foin humide : les larmes ont tant coulé, nous avons tant pleuré sur la défaite de l’innocence !
Les pèlerins s’avancent vers les béatitudes promises, tête basse, hanches rudes sur des selles de hasard.
Avec dans les oreilles, le Sermon sur la Montagne.

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Résonnez musettes!, Ed. Interventions à Haute Voix, Chaville, 2005.

Loin d'ici, des janissaires montent la garde devant le palais du Sultan. Leurs yeux s'alourdissent sous la chaleur d'un ciel où l'été est la reine du jour. Dedans, des hétaïres nues se lavent dans les vases du plaisir imminent: il viendra, il ne viendra pas ?
Tout est prêt, moi aussi je suis prête à l'ouverture des vannes du ciel. Les couleurs virent soudain à l'écarlate: il est là.
Les janissaires plient sous leurs armures, les javelots transpercent la peau moite de l'épaule. Etre dedans, si seulement, si seulement! Le Sultan se cache derrière les vitres closes, tête couchée sur le ventre mou d'une hétaïre. C'est peut-être la reine de Saba, Ruth la moabite ou la Madeleine sauvée!
La bride serre, les janissaires connaissent la faiblesse du Sultan ainsi que les seins chauds des femmes. Ils hument les parfums remontant des profondeurs agitées de leurs souvenirs. Et la bride serre à se rompre.
Le soir enfin arrive. Montés sur leurs chevaux, ils commencent la muette traversée du rêve.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


L’heure est fabuleuse, le fou du Roi a remplacé son maître barbier dans la boutique du Palais. C’est peut-être la Tour de Babel ou Jérusalem reconstruite.
Quelque chose comme le Royaume des ânes du désert.
Les anges replient leurs ailes et s’avancent d’un pas. A bien y regarder, on dirait Jeanne d’Arc à l’assaut d’Orléans. Baudricourt se tait, il avait misé sur la jeune fille, mais elle est folle : elle sait ce qu’elle vaut.
Faites venir eau et vinaigre, la justice sera récompensée. L’enfer est peuplé de Justes venus nous sauver.
Le festival du Carême doit continuer.

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Toutes les étoiles sauront, édition bilingue français – allemand, traduction Rüdiger Fischer, Ed. En Forêt / Verlag im Wald, Rimbach, Allemagne, 2006.

L’enfance est une préexistence. Elle est notre visage. Sans nous, elle fait tache noire sur le seuil flou d’une porte sans accès.
Enfance précaire, prédestinée à la disparition totale au-delà du cercle chaud de l’espoir de survie.
Mais quelle joie offrait l’inconscience! Quel faste dans le germe même de l’inconsistante aventure de mes genêts en fleur! J’étais le lys des champs, le muguet, la lavande!
Les jours d’été, dans la forêt mythique, sous une tente dressée au milieu de ma chambre, je rencontrais Merlin l’enchanteur et je dînais sur le tapis avec les chevaliers de la Table Ronde.
Les soirs d’automne, je voyais les goélands disparaître au plafond de ma chambre et pourtant j’y croyais: ils étaient là, dans mes paupières, ailes déployées au-dessus de navires où des pirates mélancoliques égrenaient des sons sur des luths à cordes d’or.
Chaque mur évoquait une aventure nouvelle, chaque fête foraine une promesse de voyage et les plumes roses des flamants, un monde à conquérir.
J’étais une petite fouine cachée derrière la fougère de l’avenir alors qu’au dedans, très profond au coeur de la connaissance, la réalité sonnait l’alarme avec ses doigts ankylosés.
Moi, je voyageais sur des tapis d’orient, pareille à des derviches immortels rencontrés dans des livres d’histoire et des contes de fée.
La fouine du courage sortait de son terrier pour prendre l’air du large sur une page jusqu’à l’heure de rentrer pour ne pas inquiéter sa mère.
D’autres fois, les livres m’amenaient aux champs et j’étais soudain le petit friquet cherchant des grains de blé derrière le dos immense du glaneur. Je picorais, ma faim, à cet âge-là, était toujours apaisée...
Et puis, je fus un frêne géant et ensuite une vigne dont le vin fruité se balançait dans ma bouche et plus tard, un geyser qui bouillonnait dans mon coeur amoureux.
L’inédit fit irruption dans le réveil du corps à l’heure des baisers, mais le souvenir moelleux des lèvres sur ma bouche fut déjà un avant-goût de la mort impavide et grotesque.


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Et nous serons collage, poèmes, édition bibliophile, avec œuvres numériques de Petru Lucaci, Ed. Transignum, Paris, 2007.


J'adhère à la réversibilité des choses
je crée des fleurs sans tiges
et des proportions sans mesure
par ma seule volonté d'affirmer
au bout de la course
l'invraisemblable présence d'une caresse
sur l'épaule droite du bonheur.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Sur le seuil de la porte,
il y avait toujours ma mère,
sa main posée sur le loquet de l’aube.
Elle tournait la clé, me regardait,
je l’aspirais dans mes yeux confiants.
Le mois d’août répandait la fraîcheur du matin
sur mon oreiller. L’harmonie me subjuguait,
j’ouvrais mes bras vers elle
qui entrait avec l’été
dans la clarté éblouissante de l’espérance.


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Gratis pro Deo, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2002.

Et le peuple élu ?
La carapace cède, l’œuf va crever. Mais une crevasse est toujours mieux que rien et rien c’est encore quelque chose.
Si rien est encore quelque chose, deux yeux aveugles feront sans doute l’affaire pour une clarté perdue. La prophétie s’est noyée dans le bourbier à paroles.
Ceci étant dit, il faudra vérifier l’assertion première stipulant que nous existons bel et bien à l’embranchement des routes militaires. L’éternité a choisi les siens, Dieu a choisi les miens et je fais partie du peuple choisi. Que le maître de cérémonie soit béni d’ici jusqu’à la fin de la guerre. Je remets mon casque sur ma tête et mon grade de général sur l’épaulette gauche du cimetière.
En vérité je vous le dis, la terre ne passera pas avant que nous soyons des girafes empaillées dans les musées d’Histoires saintes.
Donnez-nous aujourd’hui nos morts quotidiens avec les larmes de service et les tombes fraîches. De profundis clamavi pour des armes et des frontières reconnues.
Signé : le peuple élu.
Et soudain, un silence profond s’empara de l’oreille sourde du monde.
A nos pieds ensanglantés, l’herbe avait noirci, quelques arbres avaient mis leur feuillage à côté de l’obscurité : Dieu tournait dans le coin.
Il ne faut pas déranger les enfants. Ils sont morts pour la bonne cause, pour la même cause toujours bonne et assoiffée de chair tendre.
Ils sont morts pour le même destin
pour un même lendemain
pour que leurs assassins vivent
Signé : le Dieu Un


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Un Messie sur mesure, אתה הוא ולא אחר, poèmes inédits.



וַתֵּלֶד הָגָר לְאַבְרָם בֵּן וַיִּקְרָא אַבְרָם שֶׁם-בְּנוֹ אֲשֶׁר-
יָלְדָה הָגָר יִשְׁמָעֵאל:
Agar enfanta un fils à Abram; et Abram donna le nom d'Ismaël au fils qu'Agar lui enfanta.



Sur la Montagne de Dieu, le repas commencera avec des brochettes en or sur lesquelles seront enfoncés des juifs et des arabes se battant autour du Mur de Lamentations.
Par fierté, ils ne se lamenteront pas afin de prouver leur courage inouï et leur foi solide.
Ils se battront au-dessus et en-dessous de la Mosquée en question bâtie sur le rocher où Abraham et Mahomet restèrent accrochés au souffle du Très Saint, béni soit-il.
Un juif, un arabe, un juif, un arabe, jusqu'à l'arrivée du messie promis.



עַל־כֵּן אֵפוֹא כִּי־תַקְרִיב קָרְבָּן עַל־הַמִּזְבֵּחַ וְלִבְּך יַגֶּד־לך שָׁם כִּי־דְבַר רִיב לְאָחִיך עִמָּך׃ הַנַּח שָׁם קָרְבָּנְך לִפְנֵי הַמִּזְבֵּחַ וְלֵך הִתְרַפֵּס וּרְהַב אָחִיך
Quand tu vas présenter ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère.






בְיִצְחָק, יִקָּרֵא לְךָ זָרַע: וְגַם אֶת-בֶּן-הָאָמָה לְגוֹי אֲשִׂימֶנּוּ כִּי זַרְעֲךָ הוּא:
… car c'est d'Isaac que sortira une postérité qui te sera propre. Je ferai aussi une nation du fils de ta servante; car il est ta postérité.





De tous les maintenant, je ferai une gerbe et je la jetterai en appât aux chiens affamés. Le temps mourra et le néant plat recouvrira l'espace incréé.
Devant la cité de la mémoire disparue, le siège continue. Chaque soldat se bat casque en tête, épée dans la chair, cœur battant la chamade de l'anti-raison.
De toutes les maisons embrasées et calcinées, je bâtirai un cimetière pour des vies à venir.
Sur le Mont Moria, Abraham, Isaac et Ismaël posent devant la caméra divine: trois profils sans visage.



וּמִלְּבַד זֹאת גַּם־רִבְקָה בִּהְיוֹתָהּ הָרָה בֶן־יָחִיד לְיִצְחָק אָבִינוּ׃ בְּטֶרֶם נוֹלְדוּ יְלָדֶיהָ עַד לא־עָשׂוּ מְאוּמָה מִטּוֹב עַד־רָע לְמַעַן תָּקוּם עֲצַת אֱלהִים לְפִי־בְחִירָתוֹ לא עֵקֶּב מַעֲשִׂים כִּי אִם־כִּרְצוֹן הַבֹּחֵר׃ הֻגַּד לָהּ כִּי־רַב יַעֲבֹד צָעִיר׃ כַּכָּתוּב וָאֹהַב אֶת־יַעֲקֹב וְאֶת־עֵשָׂו שָׂנֵאתִי׃ וּמַה־נֹּאמַר עָתָּה הֲכִי יֵשׁ עַוְלָתָה בֵאלהִים חָלִילָה׃
C'est du seul Isaac, notre père, que Rébecca avait conçu; et pourtant, ses enfants n'étaient pas encore nés et n'avaient donc fait ni bien ni mal que déjà il leur fut dit: "L'aîné sera soumis au plus jeune". Qu'est-ce à dire? Y aurait-il de l'injustice en Dieu?



וַיֹּאמֶר קַח-נָא אֶת-בִּנְךָ אֶת-יְחִידְךָ אֲשֶׁר-אָהַבְתָּ אֶת-יִצְחָק וְלֶךְ-לְךָ אֶל-אֶרֶץ הַמֹּרִיָּה וְהַעֲלֵהוּ שָׁם לְעֹלָה, עַל אַחַד הֶהָרִים אֲשֶׁר אֹמַר אֵלֶיךָ:
Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Moria, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai.


Le crime aussi repose sur les lauriers de la victoire. Génétique en mutation, joues sans éclat, bouche mordant l'écorce moisie.
Empire de nains sans lumière.
Comme si c'était la même terre que celle des promesses: ossements fracassés, gangrène imbibée d'attente sans portée. Enfants assassinés.
Aveugles pleurant leur aveuglement.
Tous, les mêmes hoquets, les mêmes adieux sur des pelouses tondues, tous accusant l'arbre de la méconnaissance du bien et du mal.


וַיֹּאמֶר אֲלֵיהֶם עַל־כֵּן הָבוּ לַקֵּיסַר אֵת אֲשֶׁר לַקֵּיסַר וְלֵאלהִים אֵת אֲשֶׁר לֵאלהִים
Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.




וַיֹּאמֶר אַל-תִּשְׁלַח יָדְךָ אֶל-הַנַּעַר וְאַל-תַּעַשׂ לוֹ מְאוּמָה כִּי עַתָּה יָדַעְתִּי כִּי-יְרֵא אֱלֹהִים אַתָּה וְלֹא חָשַׂכְתָּ אֶת-בִּנְךָ אֶת-יְחִידְךָ מִמֶּנִּי:
L'ange dit: N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique.



L'eczéma de la cruauté a tailladé nos visages. Les nuages ne voient rien. Derrière leur blancheur, des anges sourds jouent à la marelle.
Partout, nos gestes laissent sur la terre la trace des arbres déracinés.
Qui sommes-nous sinon une horde d'assassins en chute libre sur la paroi de la mort?
Nous avons brûlé le toucher de la terre, calciné l'espoir jusqu'à sa dernière roche. Dans nos prunelles, des chacals à la dent raide se partagent la dernière goutte de notre sang.



וְאִישׁ מִכֶּם כִּי יֶחְסַר חָכְמָה יְבַקְשֶׁנָּה וְתִנָּתֶן־לוֹ מֵאֵת הָאלהִים הַנֹּתֵן לַכֹּל בְּרוּחַ נְדִיבָה וְאֵין־מַכְלִים דָּבָר׃
Si la sagesse fait défaut à l'un de vous, qu'il la demande au Dieu qui donne à tous avec simplicité et sans faire de reproches; elle lui sera donnée.



וְיִשְׂרָאֵל אָהַב אֶת-יוֹסֵף מִכָּל-בָּנָיו כִּי-בֶן-זְקֻנִים הוּא לוֹ וְעָשָׂה לו כְּתֹנֶת פַּסִּים: וַיִּרְאוּ אֶחָיו כִּי-אֹתוֹ אָהַב אֲבִיהֶם מִכָּל-אֶחָיו וַיִּשְׂנְאו אֹתוֹ
Israël aimait Joseph plus que tous ses autres fils, parce qu'il l'avait eu dans sa vieillesse; et il lui fit une tunique de plusieurs couleurs. Ses frères virent que leur père l'aimait plus qu'eux tous, et ils le prirent en haine.


Je vous donnerai un messie sur mesure qui battra la campagne pour sauver les voleurs, les impies, les menteurs, les criminels et les soldats qui acceptent de tuer.
Un messie qui trouvera l'emplacement exact des armes atomiques cachées sous la terre qui nous abreuve des eaux polluées de la fraternité.
Je vous enverrai un messie avec un nez saignant pour vous rappeler d'où vous venez et où vous allez, couverts de vos haillons de missionnaires de la mort.



וְאוֹסִיף אֹמַר לָכֶם אִם שְׁנַיִם מִכֶּם נוֹעֲדוּ יַחְדָּו בָּאָרֶץ עַל־כָּל־דָּבָר אֲשֶׁר יִשְׁאָלוּ וְנָתַן לָהֶם אָבִי בַּשָּׁמַיִם כְּכֹל מִשְׁאֲלוֹת לִבָּם׃
Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux Cieux.

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Horizons Funèbres, Poèmes inédits.

Je me suis mise en abîme parmi questions et chiffres signifiant des êtres ayant vécu en aval de leurs vies.
Les météores dorment au fond des trous noirs dont seules s'échappent les traces d'une lueur broyée.
La campagne est vide, d'elle jusqu'à nous, quel chemin nous montrera la terre qu'on doit fouler au creux de la nuit?
Les fours, dans ma tête, fument encore.
Ne pas oublier.


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J'ai vidé mes entrailles à la porte du cimetière. A quoi me serviraient-elles à présent!
J'ai rangé mes os dans l'armoire de la morgue: ils serviront peut-être à une greffe osseuse pour sauver un prochain moribond.
Ensuite, j'ai prononcé le mot cœur.
Entre les muscles paralysés, courait encore la voix d'une langue que j'ai jadis parlée.


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Héritière du bruissement des verbes, soumise à l'ombre des ormeaux, peau tendue sur des mains en papier. Pour combien de temps encore?
La pauvreté me guette, Dieu est si avare! Il m'a volé l'étonnement du cœur.
Je m'appuie contre le vol des oiseaux qui, peut-être, apaiseront un jour leur colère au creux de mon cou.


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Comme une corolle fanée sur un cœur d'argile, Poèmes inédits.

Comme une terre aride
il m’a laissée en jachère
chez des anges abrutis.

Non
ne croyez rien de ce qu’il dit
n'aspirez qu’à ce vent d’automne
mais un peu moins fort
plus clément peut-être
et à la porte qui se ferme
sur des yeux éblouis.

Ne croyez rien
de ce qu’il dit.
Ce qu’il promet
c’est la falaise de Sparte
et ses rochers.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


L'ange de l'aurore glisse sur l'aile tendue de l'émotion
le jour peut-être qui débarque
la lumière qui ouvre ses portes
la vie qui présente ses appâts
et moi
en proie au temps
gisante ressuscitée vivant à la lisière de l'obscurité
cerveau empaillé comme le cadavre d'un Pharaon
devenu poussière au fond d'un sarcophage
cœur essoufflé d'avoir vécu et battu autrefois
du rythme aigu de la chair aux abois.

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Deux poèmes à la mémoire de mon ami Dov Chernobroda,
mort dans un attentat à la bombe.

La vie ne fait jamais partie
de la mort,
autrement, mon frère,
je t'aurais vu sortir de la tombe
comme Jésus, avec le drapeau
de la paix flottant au-dessus
des soldats endormis.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

L'eau a coulé
pendant tout ce temps, mais
le vase ne s'est pas rempli comme jadis
et la stérilité
s'est emparée de la moelle des os.

L'ombre n'est pas toi
et le col de ta chemise est froissé.
Ton petit-fils va à l'école. Demain
c'est la rentrée.

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Exorcismes 2006, poèmes et collages, Livre Pauvre, édité par Daniel Leuwers, Tours, 2006.

Par l'opération du Saint Esprit,
je suis arrivée sur une autre galaxie,
loin de la nôtre
et si vite, plus vite que la vitesse de la lumière.

Einstein s'est donc trompé:
Dieu joue aux dés.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°


Mais l'âme n'a pas d'identité et je ne suis plus juive,
je peux dire MOI sans alerter les chiens,
sans entendre les cohortes trotter
comme des chevaux à la chasse.
Morte, je ne suis plus juive,
je n'ai plus de corps à sacrifier à Dieu,
aux hommes, aux idées,
je suis une âme neutre et intangible.
Dedans, le bonhomme à la moustache
peut donc bien crever!

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Samedi 31 Décembre 2011
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cb
22/11/2010