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09/02/2011



L'invité du mois

Claudine BOHI



BIOBIBLIOGRAPHIE

Claudine BOHI
CLAUDINE BOHI vit et travaille à Paris. Elle est agrégée de lettres et psychanalyste.
Elle partage sa vie entre Paris, Strasbourg et Narbonne. Elle a publié plus d'une vingtaine de livres.
Son travail poétique interroge le passage entre la chair et le mot. Dans son ouvrage Avant les mots publié chez Eres (po&psy) en 2012 elle commence ainsi :

avant les mots
une parole

la langue sans personne

une peau peut-être
sa trace

peut-être pas

Dans Divan, paru 22 ans auparavant, elle écrivait déjà : je parle / pour toucher / le centre / des paroles / là / où dans la bouche / quelque chose / me met au monde / tète / à même l'espace.
....car l'intérieur des lèvres / habite la parole ..
.
Elle le formule encore dans certains textes théoriques, non pas en théorisant sa poésie mais en situant ce que la poésie peut être et devenir :

"Le langage poétique parce qu’il montre la polysémie, qu’il travaille avec ça, se met en cause lui-même et nous fait basculer vers l’origine de la parole, du langage et même de la langue.
Il manifeste ainsi que sa parole est enchâssée dans une culture particulière et délimitée, dans un corps propre, c’est-à-dire, au fond, dans une indépassable subjectivité. Mais, et c’est son paradoxe, c'est ainsi qu’ elle acquiert valeur d’universel. Justement parce qu’elle montre ses propres limites et renvoie tout lecteur dans les eaux de l’origine, dans un désarroi sécurisé.
Toute écriture poétique pose donc la question de la liberté, du sens,de ce qui nous mobilise et qui vient ,entre autres,« d’avant les mots »". 2014

"Le désespoir est fait de mots gelés. Il suffit de les réchauffer. Les mots sont gelés parce qu’on les a vidés de leur chaleur, de leur sang. Parce qu’on les a recouverts d’images fausses, de mensonges. Parce qu’on les a vendus à des choses vendables et vandales. Parce qu’on a retiré d’eux toutes les bulles d’air qui y flottaient et qui les faisaient respirer. Comme une fenêtre d’où l’on a retiré le ciel. Un trop plein de réalité. Un totalitarisme de la réalité, c’est-à-dire une réalité qui tend à être la même pour tous. Une réalité à qui on a rogné les ailes. Si je dis « table », le jour où tout le monde verra la même table, nous serons morts. S’il faut que le mot coïncide avec la chose, que rien n’échappe, nous préparons notre propre assassinat".

"La poésie surgit sur le bord du trou dans la langue où chaque singularité rencontre le jaillissement obscur d’un symbolique qui la rend possible. La poésie à sa manière montre qu’il y a, malgré tout, un sensible qui est commun".

"La poésie défait les certitudes lovées dans les mots mais fait sentir, montre, la possibilité de recommencer, de faire surgir et indéfiniment une autre parole. La poésie dévoile l’infini dont nous venons, qui est en nous, l’éternelle symbolisation qui est à l’œuvre dans l’humain, c’est-à-dire dans les êtres qui parlent et qui, ainsi, immanquablement, décalent le réel, le recouvrent d'une indépassable subjectivité. Solitude noire ou lumineuse, c’est selon".

"Être poète pour nouer la peau au monde. La poésie est une tentative de faire un nœud, dans la langue qui est à tout le monde, un nœud avec la peau individuelle. La poésie est une tentative, tentation d’incarnation. Mettre le corps au monde. On échoue, mais on tente de l’amener au réel. On recommence.
Entre notre langue et nous, il y a un écart, une inadéquation. Qu’une parole soit enfin la nôtre, tentative du poétique. Rendre son corps au lecteur. C’est-à-dire une sensation de chair prise dans la langue, une sensation de chair dans la langue.
La poésie non seulement ne dit pas le sens commun, mais restitue l’ombre de la langue, dont nous avons besoin pour vivre, pour « être et pour aller au monde »
Notes de travail, 2014

Le mot
il s'agit de le toucher

la langue est ce morceau de chair
à l'intérieur
de la pensée ...


parler est un combat
vers cet avant
qui nous respire
et qui diffère

parler cherche le trou
dans le sommeil de vivre

parler est une escale

je marche dans ma chair
vers ce qui la précède...

extrait de ON SERRE LES MOTS (Le bruit des autres 2013)

Elle participe à de nombreuses revues françaises et étrangères : Arcade, Arpa, Bacchanales, Concerto pour marée et silence Décharge, Diérèse, La main millénaire, L'arbre à paroles, La Traductière, Le coin de table, Le croquant, Les hommes sans épaule, Multiples, Poésie première, Poésie sur Seine, R.A.L., Revue du Pont de l’épée, Sarrazine, Terre de femmes, Verso, etc.

Elle a été membre du comité de rédaction de la revue Le Croquant de 2005 à 2009. Elle dirige depuis 2013 (avec G. Roesz) la collection 2Rives des éditions Les Lieux Dits

Elle figure dans plusieurs anthologies dont :
La poésie érotique de Pierre Perret (Nil éditions), 1995, Paris
L’érotisme dans la poésie féminine de Pierre Béarn, Jean-Jacques Pauvert éditions
Dictionnaire des mythes féminins, sous la direction de Pierre Brunel, professeur de littérature comparée à Paris 4, éditions Du Rocher, 2002, Paris
Être femmes, Les écrits des Forges (Québec) et Le temps des cerises (Paris)
Ligne de Métro, VLB éditions, Québec
Anthologie des poètes des parvis poétiques, La passe du vent édition, Lyon
Et si le rouge n'existait pas (2010) et Nous la multitude (2011), Le Temps des cerises éditions, Paris
Cahiers de poésie rencontre, Lyon
Les riverains du feu, Le Nouvel Athanor, Paris
Liberté de créer, liberté de crier, anthologie réalisée par le Pen Club, éd. Le temps des cerises, 2014
Pas d'ici pas d'ailleurs, anthologie poétique de voix féminines contemporaines, présentation et choix de Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli et Aurélie Tourniaire, éditions Voix d'encre, 2012

Prix.
A reçu en 1999 le prix Verlaine de la Maison de Poésie de Paris pour Atalante, ta course, La Bartavelle éditions
en 2011 le prix Aliénor pour Même pas, éditions Le bruit des autres.
En 2014 le prix Georges Perros pour On serre les mots, éditions Le bruit des autres.

Plusieurs dossiers lui ont été consacrés dans diverses revues :
Monique Labidoire dans Diérèse
Paul Farellier dans les Hommes sans épaules
Luce Guilbaud dans Décharge

Nombreuses critiques par Mathias Lair (Europe), Christian Viguié (Europe), Jean-Louis Bernard, Martine Morillon (Poésie première), André Laude (concerto pour marée et silence), Brigitte Gyr, Jean-Paul Giraud (Poésie sur Seine), Chantal Dupuy Dunier (poezibao, Arpa), Sylvestre Clancier, Claude Vercey, Gaël Masset (le Croquant), Henri Heurtebise (Multiples), Roselyne Fritel (la pierre et le sel), etc.

Pour Même pas par Chantal Dupuy Dunier, Poezibao, 2010

M’aime pas… Il ne l’aime plus, elle ne s’aime plus…
« Vivre sans / c’est possible / possiblement pas / la main qui manque / elle est partout pas là. »
Il émane de ce recueil, bâti sur une souffrance incommensurable, une de celles que la vie s’applique à nous infliger, une force d’écriture à la mesure de cette douleur.
« Derrière chaque visage / un visage / pas là. »
Rien ne demeure apparemment pour Claudine Bohi sauf son impressionnante capacité à traduire ce « rien » en mots. Cela même qui fait le véritable poète, pour qui le rapport au réel et aux autres passe coûte que coûte par l’écrit.
« Le funambule sans son fil / et debout / dans son vide. »
Mais où persiste le langage, le vide n’existe pas. Le « rien » devient plein.
« Tous les mots / sont pliés muets », affirme Claudine Bohi. Pourtant, elle les orchestre, les espace, les maîtrise de façon à nous faire ressentir, dans les très brefs poèmes de Même pas la coupure, la séparation, la béance. « Perdue / la perte même / entièrement trou. »
L’environnement devenu étrange : « tourner lentement dans le bocal du monde… », dans ce système clos auquel nul ne peut échapper, anonyme parmi les poissons-compagnons se heurtant aux limites des parois de verre.
Nous ne sortons pas indemnes d’une telle lecture qui nous renvoie à nos propres pertes, à notre propre peur de l’abandon, à notre angoisse de mort.
Lorsque débute la seconde partie du livre On n’en peut plus, nous l’abordons blessés. Nous sentons très vite à quel point ce « on » ne désigne pas seulement l’auteure, mais nous-même (ou Nous-même pas), combien il représente notre condition humaine faite d’une succession de dépouillements jusqu’à l’irréparable, l’abandon préfigurant bien sûr l’abandon définitif, « lèvres qui sont faites pour ça pour embrasser aussi pour se taire à la fin », le corps qu’il faudra délaisser : « C’est le fond de la chair qui se défait. »
Dans cette seconde partie, les textes deviennent compacts pour marteler d’une façon différente. Impossible de reprendre haleine, de respirer : « on peut encore sourire ne rien montrer on fait semblant ça ne les arrangerait pas les autres ils ne voudraient plus de nous tout est si contagieux la tristesse le rien… »
Que ce soit dit dans le style bref, elliptique, coupant, proche de l’apnée, de la première partie ou dans celui ample, prolixe, cherchant à faire tenir ensemble ce qui ne tient plus, de la seconde (une phrase unique de vingt-six pages sans la moindre ponctuation), « ça fait peur soudain ça fait mal ça fait mourir vraiment on ne veut plus continuer. »
Et malgré tout, on continue. On peut encore écrire et là, ce n’est pas comme sourire, on ne fait pas semblant.
Le livre de Claudine Bohi est un terrifiant chef-d’œuvre. Il nous touche au vif, nous parle du « long fleuve tranquille » que n’est pas la vie, de ses berges instables. Par bonheur, sur les chemins de halage, résonne longtemps l’écho des pas des poètes.


Pour voiture cinq quai vingt et un (2008) par Christian Viguié (revue Europe) :

« Je vais te dire un grand secret le temps c’est toi
Le temps est une femme Il a besoin qu’on le courtise et qu’on s’asseye à ses pieds
Le temps comme une robe à défaire le temps comme une chevelure sans fin peignée… »
Ces vers d’Aragon qui inaugurent le recueil ELSA auraient pu tout aussi bien figurer en exergue du nouvel ouvrage de Claudine Bohi, à ceci près, que cette fois-ci, les miroirs sont inversés. C’est une femme qui parle. Et lorsque l’on dit parler, il faut voir à travers cet écho aragonien autant l’ampleur et la justesse du vers que son degré d’autonomie vis-à-vis de toute poésie référencée. Comment dire ? Il y aurait comme une parole au milieu des brisures de verre non pour certifier ce perpétuel dessaisissement que l’on peut éprouver face au monde mais bien pour en renouveler la cohérence.
Ici se construit un vitrail à l’instar de celui des gares, au milieu du brouhaha et du fouillis des trains, avec ces sacs, ces valises, les passants, jusqu’à ces pigeons mangés par le soleil. Dans cette mosaïque du vivant quelque chose dure et fait durer, établit la permanence, malgré ce labyrinthe raisonné où l’ont part et où l’on arrive, où se croisent et se défont toutes ces fleurs humaines, rendant visible l’entêtement du provisoire. Quelque chose dure et c’est là, où de nouveau, on s’approche très près d’Aragon, le frôlant, le bousculant sur ce même quai, allant clairement jusqu’à le contredire comme si fut surpris cette conversation :
« Je vais te dire un grand secret Je ne sais pas
Parler du temps qui te ressemble
Je ne sais pas parler de toi je fais semblant
Comme ceux très longtemps sur le quai d’une gare
Qui agitent la main après que les trains sont partis
Et le poignet s’éteint du poids nouveau des larmes »
Chez Claudine Bohi, il existe un renversement de cette contradiction aragonienne (Le temps c’est toi/Je ne sais pas parler du temps qui te ressemble) en ne validant pas cette égalité qui annulerait partiellement ou entièrement la saisie sensible et concrète de l’autre. Il n’y a pas un en-deçà de la parole, une inadéquation entre le corps et les mots qui expriment le corps. Les mots s’avèrent toujours justes.
Ainsi, l’abîme ne se situe pas entre le décalage de l’angoisse de tout dire, comme s’il y avait la possibilité de poser une nappe sur le néant, et la désagrégation de toutes paroles. Elle serait d’en oublier la partie vivifiante, un corps qui sculpte le temps, le rajeunit ou le vieillit. Cette possibilité de l’être fait coïncider cet ailleurs qui est là en même temps qu’elle ici. Pour une fois, le temps n’est plus considéré uniquement à travers ses lignes de fuite, il devient matière pour le sujet et s’organise comme une propriété particulière de l’espace.
« aller au restaurant boire et manger rêver devant la vitre et dans
le grand sommeil du temps il ne sert plus qu’à çà ici le temps
juste là dans le train à fabriquer des mots et des images aussi
des nuits d’étoiles avec de la lumière dedans… »
Dans ce recueil, le temps ne s’identifie pas à la douleur. Il vérifie la peau sensible du réel, notre propre peau, l’habille ou la dévêt selon une intensité assez ample pour concevoir le frisson de la réalité et celle du possible, la déraison lucide et l’évidence du désir.
« Les hommes sont toujours loin quand elle les aime
elle a dit : “l’amour dure” c’est si beau dans l’espace ce grand
balancement du ciel avec tout le désir dedans qui descend dans le
ventre et dans les mains elle boit le café noir avec sa
bouche elle les embrasserait tous. »
Une des lisibilités amoureuses de l’érotisme n’est pas de passer de l’un à l’autre, de poursuivre la banalité dévitalisante du nouveau pour le nouveau. Bien au contraire, il faut passer de l’autre à l’un, identifier le concret qui nous remet indubitablement au monde. Dans le rapport amoureux, l’autre existe qui me fera naître. Dès lors, ne passons-t-on pas le temps mais l’amplifions-nous :
« l’amour c’est du temps qui se remplit avec de la chaleur avec de la lumière
aujourd’hui c’est un jour qui brûle conne un incendie comme un feu lui
elle l’aime dans l’amour »
Ainsi, ,nous trouvons-nous au cœur de toutes les gares, même si la gare Saint Lazare est évoquée, gare de Lyon, Austerlitz… lieu vacant et à la fois extrêmement précis où se ramifie et se contracte l’idée de voyage, puisque nous sommes d’abord voyage avant d’être voyageur, destinée bien plus et bien avant que d’être un simple destin :
« elle va où est leur nid à tous les deux et le cri qu’ils poussent quand ils
s’agrandissent voilà elle l’entend déjà »
Nous allons vers l’autre ou vers un être distinct que nous allons devenir. Nous allons et la distance de soi à soi s’avère souvent plus longue ou riche que l’espace géographique :
« c’est vrai certains voyageurs n’ont pas leurs yeux de partance
eux ils vont seulement quelque part mais elle
elle va partout où c’est possible dans la tête »
Si la crise existentielle est la condition même du sens dans la plupart des ouvrages d’aujourd’hui, là, elle ne joue aucun rôle autrement que minime, n’intervenant pas dans cette conciliation de l’évidence du monde avec l’évidence poétique. L’individu devient majeur, c'est-à-dire sans l’aide de fausses profondeurs de la métaphysique ou de cette démocratie abstraite où l’on croit que l’on campe dans l’originalité de la solitude.
Nous sommes dans un corps qui aime et qui n’annule pas la vie extérieure. Le présent appartient à l’amour qui dure et nous réinstalle dans une démarche humble et souveraine. La lucidité amoureuse réévalue la permissibilité du visible. Elle est le débordement du réel dans le réel, à partir de quoi chaque image s’objective non à cause d’un effet langagier, d’une outrance faite aux choses, mais bien parce que les choses existent davantage.
Si vous parcourez le recueil de Claudine Bohi, vous traverserez le ventre bruyant de la gare, de sa chair à votre chair, dans la visibilité du connu. Vous vous dirigerez vers le quai vingt et un, voiture cinq. Sans doute serez-vous submergés puisque vous participerez au flux et au reflux de la marée humaine.
Au milieu des pas, quelque chose attirera votre regard, un peu comme un coquillage que l’on imagine parfait et que l’on ramasse. Étrangement, vous le placerez plutôt près du cœur que de l’oreille. Vous saurez que le plus doux coquillage que la mer ait porté peut s’apparenter à l’éventail intérieur et extérieur du soleil :
« ses mains elle pense à ses mains à lui
quand elles font le coquillage
le plus doux coquillage que la mer ait porté
elle toute entière dedans
elle tremblerait complètement c’est sûr »

BIBLIOGRAPHIE
Bibliographie :

Car la vie est cerise, téléphone à ton arbre. Editions Chambelland, Le Pont de L’épée, 1983, Paris

Le nom de la mer, Editions Chambelland, Le Pont de l’épée, 1987, Paris

Divan, Editions Chambelland, Le Pont de l’épée, 1990, Paris

Le mensonge de l’aile, avec des lithographies d’Eva David, Editions L.G.R, La Pierre Faillée, 1998, Paris

Atalante ta course, coll. Modernités, éditions de La Bartavelle, 1999, Charlieu

L’ange fraudeur, coll. Le manteau du berger, éditions de la Bartavelle, 1999, ce livre reprend l’essentiel de ses recueils ainsi que de nombreux textes publiés dans diverses revues françaises et étrangères en vue du colloque Corps, âme et esprit de Cerisy-la-Salle en 1999. Communication de Claudine Bohi : le corps du poète.

Une saison de neige avec thé, éditions du Dé Bleu, 2004, Chaillé-sous-Les-Ormeaux

La plus mendiante, éditions Le bruit des autres, 2007, Limoges

Voiture cinq quai vingt et un
, éditions Le bruit des autres, 2008, Limoges
(En 2008 la SNCF a acheté et distribué à ses voyageurs 2000 exemplaires de Voiture cinq quai vingt et un)

Même pas, éditions Le bruit des autres, 2010, Limoges

Loin partout, collection Les Cahiers du Loup bleu, éditions les Lieux Dits, 2012, Strasbourg

Avant les mots, coll. Po&psy, édition Eres, 2012, Toulouse

On serre les mots, éditions Le bruit des autres, 2013, Limoges

La frontière est indécise, avec peintures de Germain Roesz, coll. DEssEins, Les lieux Dits éditions, 2013, Strasbourg

L’œil est parfois rétif, à partir de photographies d’Olivier Gouéry, coéd. Gal. L’œil écoute et Le bruit des autres, 2013, Limoges

Mère la seule, éditions Le bruit des autres, 2015, Limoges

Chair antérieure, à partir de peintures d'Ainaz Nosrat, collection 2Rives, Les Lieux Dits éditions, 2015, Strasbourg


Elle réalise de nombreux Livres d’artistes avec les peintres Eva David (en 1998), Hughes de la Taille (2006), Germain Roesz (dès 2013), Ainaz Nosrat (2015), Haleh Zahedi (dès 2014), Elham Etemadi (2013), Ode Bertrand (2016), Scanreigh (2015).

Le deux allié, texte Claudine Bohi, peinture Germain Rœsz, mai 2012
La peau le vrai, texte Claudine Bohi, peinture Germain Rœsz, mai 2012
Porter visage, texte Claudine Bohi, peinture Germain Rœsz, mai/juin 2012
Marine bue, texte Claudine Bohi, peinture Germain Rœsz, mai/août 2012
Nacre portée avec nos bouches, texte de Claudine Bohi, peinture Germain Roesz, juillet août 2012
et qui porte le nom, texte Claudine Bohi, Dessins Germain Rœsz sur livre chinois en leporello
elle se disparaît, livre pauvre réalisé en 4 exemplaires pour le compte de Daniel Leuwers, texte Claudine Bohi, peinture Germain Roesz, novembre 2012
c'est les yeux, livre pauvre réalisé en 4 exemplaires pour le compte de Daniel Leuwers, poème de Claudine Bohi, dessins d’Haleh Zahedi, juin 2014
Vertige serré, livre réalisé pour la collection Bandes d'artistes, Les Lieux Dits éditions, avec la peintre Ode Bertrand, 2016
Lit de vert et de soleil (poème Claudine Bohi, peinture Germain Roesz), livre unique, août 2016
Territoire du choc (poème Claudine Bohi, peinture Germain Roesz), livre unique, août 2016
Cherchant le jaune (poème Claudine Bohi, peinture Germain Roesz), livre unique, août 2016
Paupière blanchie, (poème Claudine Bohi, dessins Haleh Zahedi), livre à 4 ex. pour la maison de la poésie Rhône Alpes, août 2016

Ouvrages collectifs

Hommage aux Marges, sous la direction de May Livory, éditions Barde la Lézarde & Le bruit des autres, 2012
Oui les doigts, à partir de dessins d’Elham Etemadi, in Une main écrit, deux mains scandent l’espace, (textes de Jacques Goorma, Patrick Dubost, Claudine Bohi, peintures/dessins de Christian Voltz, Elham Etemadi, Sylvie Villaume), éd. de la Paluche, 2013, Strasbourg
L’inquiétude de l’esprit ou pourquoi la poésie en temps de crise, collectif, sous la direction d'Yves Human, Cécile Defaut, 2014, Paris
Regards croisés, peinture et poésie, sous la direction de Rocio Duran-Barba, ALLPAMANDA editorial, fundacion cultural RDB, 2016

LECTURES (extraits)

Invitée au festival de Lodève, 2011
Festival de poésie POESYVELINES du 28 septembre au 7 octobre 2012 :
- Lecture en musique le vendredi 14 septembre à 21 h à la Chapelle Saint Gilles à Saint Forget.
- Lecture en bateau : croisière sur seine en poésie et en musique le dimanche 23 septembre à 15 h à Andrésy, sur le bateau « le papillon bleu ».
- Lecture à Rambouillet, librairie Labyrinthes le samedi 29 septembre.
Lecture pour les 30 ans des PARVIS POETIQUES de Marc Delouze le 30 septembre 2012.
Lectures dans le cadre de la RENTREE LITTERAIRE BUISSONNIERE au pavillon Verdurier du 4 au 7 octobre 2012, Limoges.
Lecture au salon du livre de Combourg les 10 et 11 novembre 2012.
Invitée au Festival de Sète (par Po&Psy), 2013
Lecture pour les Trente ans de la librairie Les terrasses de Gutenberg
9, rue Emilio Castellar, Paris 12ème samedi 7 décembre 2013
Lecture à la terrasse de Gutenberg avec Marc Delouze, 2014
Lecture collective pour la sortie de l’anthologie (réunie par Françoise Coulmin) Liberté de créer, liberté de crier, pour le Pen Club français, Les écrits du nord, Editions Henry, le 6 mars 2014, etc.

Certains poèmes ont donné lieu à des compositions musicales
Claudine Bohi est traduite en anglais, arabe, espagnol, islandais et italien.


EXTRAITS

Poèmes.

Extrait de VOITURE CINQ QUAI VINGT ET UN
éditions Le bruit des autres 2008

Elle a rassemblé ses seins sous sa chemise
elle a retrouvé la gare avec son bruit de lèvres
elle a dit : « l'amour dure »
elle a commandé un café noir dans le fouillis des trains

Il a plu elle a vu la pluie la blessure
le ciel couler d'une vilaine plaie violette
personne n'a râlé non personne en elle
elle a su faire un cœur de brume tout chaud
pour attendre en sourire pour se nicher

Elle prend les carrés petits morceaux de sucre sur la table
elle rêve de départ dans sa cuillère il est au loin
les hommes sont toujours loin quand elle les aime
elle a dit : »l'amour dure » c'est si beau dans l'espace ce grand
balancement le ciel avec tout le désir dedans qui descend dans le
ventre et dans les mains aussi elle boit le café noir avec sa
bouche elle les embrasserait tous

C'est la gare du matin avec tout son soleil sur les pigeons
avril s'est découvert de tous ses fils
elle a le cœur pêle-mêle dans les valises
c'est vrai certains voyageurs n'ont pas leurs yeux de partance
eux ils vont seulement quelque part mais elle
elle va partout où c'est possible dans la tête..............
…...........................................................................................
Un chien joue dans ses sacs ses valises elle ne le connaît pas elle
sait qu'elle lui ressemble comme lui rien qu'un paquet de joie
le temps la mort il n'est jamais dedans et elle non plus ils sont
tous deux dans le vrai du vivant juste dans le présent comme dans
une très ancienne sagesse avec le sourire du Bouddha avec l'art du
brûlant des choses elle est calée à l'intérieur elle a roulé au fond
du vide médian dans l'équilibre d’Épicure tout ça s'est mélangé
en vrac c'est comme un grand feu d'artifice le merveilleux
nuage c'est elle et voilà qu'elle est devenue Noël

C'est très tôt le matin comme un début du monde juste pour
elle joué donné trouvé d'un coup et rassemblant tous les débuts
d'avant comme des sourires comme des cache-cache avec le temps
oui c'est bien ça le signe elle n'est plus dans la nuit celle qui
viendra qui va venir qui vient toujours au fond des débuts
quand le noir les défait et les recouvre avec toutes ces heures qui
poussent leurs minutes pour qu'elles s'en aillent on voit l'horloge
qui s'affaire ça y est ça recommence

et lentement infiniment on meurt sans cesse et c'est épouvantable
mais là c'est bien le signe elle vient de s'échapper elle est sortie
de leur prison oui elle revient vers lui elle va vers son amour elle
roule dans son train l'amour c'est une éternité d'un coup déposée
dans les mains c'est sortir à l'air libre plus peur de se tromper
de mourir de se perdre retrouvé le chemin oui elle est arrivée
voilà le train voilà la gare voilà



Extrait de MÊME PAS
éditions Le bruit des autres, 2009

on est mal assis mal posé on est mal installé
on est tout de travers ah ! c'est inconfortable
on peine à se tenir debout on est à quai pourtant
et ça ne tangue pas non ça ne bouge pas on n'a
pas embarqué sur la grande mer des songes on
ne regarde pas les merveilles les boréales les soleils
verts et la lumière qui fait la fête dans nos histoires
on ne voit pas derrière tous les nuages ce qui se
cache depuis toujours on en rêvait mais on n'ira
jamais on ne peut pas on n'ose plus tenter cette
aventure ils s'acharnent à prouver à dire si fort
qu'il n'y a rien qu'il n'y a pas d'autre côté et même
celui-ci ce côté de la vie ici on ne le sent plus du tout
on s'est trompé peut-être on est resté dans notre
enfance c'est elle qui dure encore ce n'est pas bien on
n'est pas raisonnable c'est ça qui nous fait mal il faut
bien accepter tout ce qui fait l'accord et toutes ces
lèvres mortes avec leurs bouches bien enfoncées profond
dans la boue du réel et dans le rien des mains ça ne
devient jamais comme une colombe celle qui portait
son brin de paix et de douceur dans le soleil elle était
belle mais ça n'est pas du tout solide ça souffle de partout
on tombe du haut de tout on n'y comprend plus rien
on ne les comprend pas ces rêves qui nous arrivent
sans cesse ils se fabriquent ils se brisent et puis ils
rebondissent et crissent sur les cœurs comme sur
de la glace dure et froide où ils éclatent où ils se cassent
avec nos corps aussi on pense est-ce que la mort c'est ça
on est là dans le silence on voit la journée
qui s'avance et elle ne nous dit rien ce n'est
pas une façon de parler il n'y a aucun signe
sur les murs sur les miroirs tout est devenu
transparent tout glisse on n'y voit plus rien de
soi ni même des autres ils nous échappent on se
dit comment font-ils pour se tenir debout pour se
tenir tout court ah parfois on a peur on ne sait plus
bien quoi trouver pour s'y faire pour se calmer se
reposer même se cacher on dit ça va finir ça va
recommencer la vie où c'est passé quand on allait
quelque part et c'était sûr c'était bien clair on voyait
tout devant on ramassait le bleu sur le chemin
en passant près du sens on pouvait le montrer aux
autres et même leur dire pourquoi on avançait vers
quoi se diriger avec tout ce travail joyeux
si important de vivre on avait tant de gens et tant
d'hommes à aimer ils ont des mains si grandes si
chaudes et quelquefois elles sont dans le frisson tout
entières avec nous quand elles se posent sur le cœur
avec des mots dedans qui nous rassurent
qui nous consolent et qui nous conduisaient vers la
sortie là où c'est éclairé où c'était évident le jour et
même la pluie quand ça fait sombre c'est dans l'ordre
de toutes ces choses on les savait avec le mystère frais
du siècle avec nos yeux qu'on aimait bien poser partout
on ne trouve plus rien on ne sait pas pourquoi on a éteint
toutes les lumières et même la nuit a disparu on ne
la voit plus on ne voit plus rien



Extrait de MÈRE LA SEULE
éditions Le bruit des autres 2015

lire Dante
« l'amour qui meut le soleil
et les autres étoiles »

mettre un sucre dans le café
calmer l'angoisse existentielle
tourner la petite cuillère métaphysique

il pleut j'ai froid

mère
ma peau est très nue sous ta laine





mère
la vie à l'envers tu me faisais
tu décidais la guerre toujours

tu me visais pour ça

c'était pour tuer l'autre
en toi qui se battait avec

en vrai on ne savait pas qui

je l'ignorais ensemble


Extrait de L'OEIL EST PARFOIS RÉTIF
éditions Le bruit des autres 2013
en écho aux photographies d'Olivier Gouéry

basse pluie le vent partout fait sa tournée de gris de ciel brouillé chiffon des yeux n'éponge que lentement il faut beaucoup de temps pour laver le paysage oui pour
le retrouver derrière l'image le cœur s'élance toujours le premier en avant il est incorrigible et là dans le brouillard des signes il se repère mal oui à tâtons ça tourne
bien trop vite « mais où est donc passé Apollinaire ? » dit Picasso quand il meurt c'est
que le temps a sauté par-dessus l'obstacle la barrière s'est écroulée et de plain-pied ailleurs c'est là où tu reviens balancements de linge sous les doigts ah ! Quelle communauté s'affiche où le matin se partage quelle aventure est arrêtée reprise ? et le
sommeil encore glisse sur la douleur tu reprends la partie « il faut bien tenter le réel »
disiez-vous sans me rire tu marcherais l'asphalte le bitume avec la place du marché la route également tu colles un avenir sur la photographie tu le déroules il y a un autre espace que l'on joue dans l'espace toujours s'y neigent des enfants il y a un autre corps derrière le vôtre voilà que votre tête fait encore le cheval échappé allô c'est moi dit la serveuse derrière son bar pourquoi donc penser à Montaigne quand tu te noies dans tes cafés petite cuillère brûlure du zinc quand sous la langue ça te fait bien Bruxelles et le passage lent du nord dans la parole odeur de varech et de tarte aux pommes avez-vous vu la neige sur la mer mon amour et les grandes plages blanches qui déchiraient vos baisers ? Le sel attaque encore tous les murmures oui les attache
le ciel bâclé la misère est étroite l'aventure est fixée attachée oui le départ est arrêté quelque chose quelqu'un a poissé le silence englue la voix dans le gris mâchefer et la salle de bal est déserte il n'y a plus personne derrière la porte qui donc a perdu oublié la musique qui a démonté le piano ? voilà que vient Nerval dans ta mémoire il surgit maintenant lui et son luth constellé il joue avec son soleil noir et sa mélancolie oui c'est bien ça cette stupéfaction de l'heure cette pétrification vraiment « la treizième revient c'est toujours la première » poète à la lanterne tu dis si bien le temps en rond qui tourne sur lui-même avec le cœur cloué fixé empêché dans son battement las cherchant le souffle ailleurs mais où donc est notre royaume où est notre demeure ? Les dieux ne sont que des images il est midi à la vieille église le jour est à moitié rongé il naît pourtant des enfants blonds et bruns chacun donne sa chair chacun reprend la route ah quel ravissement de bleu a ouvert leurs paupières quelle explosion de feu allume encore les beaux brasiers de vivre ! et la grandeur oui la grandeur exploserait partout écarte élargit les poitrines ah sans cesse elle cherche oui elle reprend sa quête parce que l'Homme est un être à qui l'être manque


Extrait de CHAIR ANTÉRIEURE en écho aux peintures d'Ainaz Nosrat
éditions Les lieux dits 2015

la bouche de l'espace
est si douce
parfois

cela s'élance

et pétille
dans le coffret des yeux

tu cherches loin
ce qui te met au monde

tu n'y es pas...
…........................


une chair qui s'enchante
de sa propre force

un cri n'est pas poussé

habite en rond
sa couleur déshabillée

dénuancée oblique

un rêve entre les jambes


un abri

ça vient
dedans qui s'ouvre

ça rattrape du feu

ça refait signe

contenu contenant
la boîte à chair qui rêve

en plein dans les mots

en plein dans le loin
qui se rapproche...








Inédit Entre les mots (à paraître)
pour une composition musicale de Gaëtan Gromer



ouvrir le mot

délivrer
cela


tourner
ce qui vient dans la bouche


pour sortir de sa tête


avancer
vers quoi
qui est caché dehors

loin
vers avant

loin
vers ailleurs


pour élargir l'étroit
c'est pour sortir
du peu
et du froid de soi


c'est pour ouvrir les yeux
mais sans les paupières



c'est pour faire l'immensité
dedans

avec sa lumière
aussi


c'est pour retrouver

pour aller vers là
où ça devient vrai...


Mercredi 28 Décembre 2016
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