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09/02/2011



EXTRAITS D' OUVRAGES

EXTRAITS DE L'INACHEVÉ DE SOI

Editions de l'Amandier 2009



EXTRAITS DE L'INACHEVÉ DE SOI

EXTRAIT 1

nul n’a ferré les mots à notre cœur
à sa corne
ni clouté notre langue galopant des lèvres au palais
sabot claquant sur l’os
nous avons simplement assisté à un déclin
assisté à cela qui décline sans mot
à un déclin et une douleur
quelque chose de plus inquiet que moi qui me dépasse
halètement anonyme s’essoufflant aussi dans ma poitrine

La mort. L’ennoiement de la terre. Et une misère de toute sorte. Mutique ou bavarde. Et bavarde la pire d’ici où je vis. Misère du dedans. Riche et lâche. Des débris de crevettes et de crabes crissent sous les semelles. A force du sel crisse aussi dans les yeux. J’arrête et je regarde sur le noir de l’écran qui s’éteint titillé de zébrures la nuit.
Dehors la ville sent la vase et le vin.
Non, nul n’a ferré les mots à notre cœur minuscule.

L’eau morte des canaux porte le poids du jour et
pue sous le soleil
de cette puanteur le cœur. Lui aussi pourrissant.
Puanteur pour cœur pourrissant quel baiser réveillera nos cœurs au bois dormant ?
Eau emporte la barque et mots l’image. Des deux l’unique partir. Au fil du courant pirogue sans rames.
Simplement le vent. Ou la pensée du vent. Dans sa netteté rêche. Puis la bourrasque fraîche de la sensation.
Le vent se lève comme un livre.
Tu es l’aimé ou l’aimée le corps de mes mains. Et nous nous souvenons de caresses et de plénitude de la peau. Habitée. Bâtie. Fraisée sur le décisif de vivre.
Un horizon profond soudain
sa trouée. Une droite sur un plan d’architecte.
Le vent peut être une lumière. Et par instant nous aussi éclairer.

La meule à couteaux clignotait d’étincelles dans la grange où s’installait l’aiguiseur, son cri tronqué - Aig-eur !- dans les rues du village. Puis de même dans l’usine les chalumeaux à l’arc. La fonderie. Les coulées d’acier en fusion. La braise des cheminées. Une fois l’incendie et sa langue toute déchirée. Une autre version du feu. Son immensité dépareillée.
Pareil la langue court à l’excès. Jusqu’à l’indigence. Mais c’est à peine une loupiote le feu du cœur. Un clic rouge dans sa membrane délicate, cette fine enveloppe de la vie.
Reliques dans l’ossuaire quand ressusciterez- vous le cœur dormant au bois humain ?
Le familier des cendres nous le reconnaissons. Nous le portons en nous.
Une pincée dans les veines et c’est tout le corps qui carbonise.

Une lueur de mer – car la mer a sa lumière propre distincte de celle du ciel et de la terre - une lumière maritime passe à travers la fenêtre. Dans sa déchirure nocturne. Ou son décolleté. Et c’est une visitation. Parfois spirituelle. Parfois érotique. Ou les deux abouchées. Ame offerte à l’Amant de saint Jean de La Croix. La glisse de l’infini au versant d’un glacier de lumière. La pulpe de l’être comme une figue ouverte dans la bouche. La révélation tringle dans les deux et les cinq sens. Mais s’amenuise à se dévoiler. Univoquement. Le clou traverse la cloison. La parole usée ou affûtée coupe court de la même manière.
Le vent souffle
nous n’avons aucun mot planté au cœur
juste l’obstination d’écrire qui pousse vers le clavier comme on va faire ses courses, son travail. Mener les enfants à l’école.

Ce matin une écorce d’orange dans le panier. Que je dépose là avec précaution. Offrande ou talisman. L’intensité du détail apaise. Par son saisissable. L’avenir y réchauffe ses engelures. Le lait déborde sur le gaz. Passe les prunes sous l’eau fraîche et n’oublie pas de mettre la bassine sous le robinet. L’eau est précieuse qui servira à arroser les plants de tomates et d’aubergines, le basilic et les pousses de scarole. Prend l’arrosoir pour que demain ne s’éteigne pas. Dans le noir si noir d’au delà de la nuit. L’immensité se cueille au jardin comme les fleurs de courges.
Derrière le clapier aux lapins, le museau des vigognes. Au fond du poulailler la danse des flamants cendrés sur les lacs de saumure et de souffre. Sur le lit de sable du torrent, le désert de Takla-Makan où un liséré de glace recouvre la crête des dunes.
Et vagabonde me menant au licou ma langue attelée à écrire.
(...)

EXTRAIT 2

Toujours la langue veut dire. L’air. L’eau. La terre. Les écluses du corps. Les séjours de l’esprit. L’immensité captée dans un miroir de poche. Le loin de la fenêtre vu. Ciel découpé au carreau et sa hauteur à portée de main. Lumière traversière que je traverse comme un chuchotement. Tant est naine ma taille à proportion. Instant précieux. Fugacement, sur la soie tiède d’un rai de lumière le temps voluptueux. Derrière la herse de rayons, une perfection accessible. Clarté de l’air tombée des toits pentus. Dans une communauté tactile de matière le jour, la peau. Les pigments et les pores. Respiration. Avant voir. Avant sentir. Avant être. Dans vivre. Lavé de tout.

Aux branches du langage des pendus et des fruits
jeune femme tu cueilles des crânes dans ton tablier et le jus de mangue qui coule au coin de tes lèvres est aussi de sang.
Je n’aime pas que héros ou criminels soient convoqués dans mon fourrage. Dans l’herbu de ma langue. Mais ils y sont. Guépards et gazelles éventrées à leurs griffes. Dernier rebond fiché à la pointe émeraude d’une pupille. Puma, grizzli, tigres du Bengale, loups blancs de Laponie je vous rameute en troupe totémique. Si ce n’était que vous, ce ne serait rien… mais vous allez disparaissant et nus, laissés nous sommes à nos figures humaines dépeuplées.
Plus redoutable que le carnage des crocs la cupidité. L’aseptisé des usines à mort. L’inconsistance. Dans nos cerveaux vidés à la cuillère la chaîne de l’asservissement. Et le mutique du langage tordu sur lui-même comme une crampe.

Dans le concret des jours, quelque chose se brise. Un miroir. Un vase. Une vitre. Les morceaux coupants que je ramasse dans la pelle prennent la couleur du ciel. D’un bris de visage. D’un bracelet cliquetant au poignet. D’un regard. D’une incertitude. D’un espoir peut-être. Mais c’est déjà du mot que je pousse dans la poubelle d’un coup de balayette.
L’homme est homme pour l’homme
même si je me crève prunelles et tympans je le sais. Dans tout l’empan de l’humain inhumain de l’humain. Il faudrait une absence forte. Un décalage décisif. Une voix de loutre ou de belette. Pour que cessent les mots de savoir.

Feuilles frémissantes au faîte des peupliers. Cuves d’ombre dans les cassis de la route. Et votre corbeille de bras à l’arrivée. On fait vite autre chose que penser au pire. Dans le ciment du cœur une aile de libellule. Entre les phares les deux pins jumelés de Philémon et Baucis que nous étions. Leur contours scintillent d’une poudre lunaire. Qui tombe, neige sur le pare-brise. On parle de la mort mais on ne s’y attend pas. Elle surgit par effacement.
Cela finit bizarrement une vie. D’une fin prévisible qui vient sans prévenir. Par exemple tu étais là. Et puis tu n’as plus été. J’écris mort la sachant mais ne sachant à quelle syllabe de son nom va me couper la mort pour moi plus jamais dite. Et mes jambes au repos que je ne saurais plus immobiles. Et mes jambes au. Paix à la parole. Et à son effort d’apprivoiser.
Les mots sont aussi des chiens de bord de route amenés au refuge.

- Tu mordras dans la mort comme dans une tartine, dit la vieille, sortie de sa somnolence sépulcrale.
- Ce n’est pas un quatre heure d’enfant qui m’attend Marroune. Après tout, tu en sais plus que moi là bas depuis des décennies. Comment respire la mort ? Est-ce qu’on y touche, on y voit ? Est-ce qu’on y parle encore ? L’étroit du passage finit par ouvrir une gueule d’hippopotame ou bien se rétrécit en goulet pour un filet d’âme comme au laser ? Pour les morts mourir est-ce naître ? Ca s’étend en nappe le néant ou ça se crispe en poing sur la figure ? Et splach K. O. ! Ce n’est qu’ici le ring ou bien ça continue ? Pourvu que ça ne continue pas pareil. Seulement ça. Pas éternellement pareil qu’ici. Sauf d’aimer, le reste je suis lasse.
Ainsi sont les mots d’autrefois. Avec qui on vit aussi. Le ton de nos anciennes paroles, la roulette usée d’un briquet à pierre sous le pouce. Un seau rouillé qui goutte une trace de Petit Poucet que le soleil sèche vite. L’enfance autorise au mot comme un jouet. Une balle. Une corde à sauter dans le vide. Un palet de marelle poussé d’un coup vers le ciel.
Mais il n’y a pas d’autre ogre que nos propres bouches. A leur morsures. A leurs dévorations. A leurs baisers aussi.
(...)


Jeudi 1 Avril 2010
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