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09/02/2011



EXTRAITS D' OUVRAGES

EXTRAITS DE LE LIVRE LA TABLE LA LAMPE



 EXTRAITS DE LE LIVRE LA TABLE LA LAMPE
EDITIONS LE GRAND INCENDIE

Ce texte dédié aux deux « René », le poète René Char et le commandant de compagnie FFI René Issaurat entrelace l’évocation du père résistant et l’interrogation sur le sens du poème Initialement publié dans la revue le Nouveau Recueil, il est ici accompagné de photographies et de documents inédits sur la Résistance dans les Alpes Maritimes.


Au poète René Char
et au commandant de compagnie FFI René Issaurat




Le livre

du col de la Cayolle aux gorges du Loup
dans ces vallées dont les torrents finissent en bouches dans la mer
poème se fait d’échos
et de paroles perdues
comme on dresse la table avec la place du mort
sur la nappe de la page se pose l’image telle la coupe de fruits toujours pleine que les paysans disposent en vue sur le buffet
dans l’humilité de cette abondance du peu le poème
qui se soustrait de sa corolle de fruits
dont je fais simplement offrande aux disparus

le nu à même les mots
faisant histoire du poème et poème de l’histoire
car
dure la terre sous la neige et poreuses les frontières du temps où je vais transhumant derrière chèvres et brebis qui montaient à l’adret des alpages dans l’aboiement des chiens et le frémissement des pattes nerveuses, piquant dans l’herbe des cimes des nappes de mousserons bouclés
ainsi je voyais à vue d’enfance mes lèvres à hauteur des babouines du bouc
et allait le père de son pas de chasseur alpin à l’avant des troupeaux

Puis j’ai seize ans. Il se meurt dans un lit d’hôpital. Je lis Fureur et mystère. Le récit commence qui noue l’histoire à l’Histoire et le hasard des noms à celui des mots. (...)

2-La table

Dans la maison désertée par le père, l’après de la mort. Sur le verre froid recouvrant la table bureau – toujours depuis la maladie, cette vitre entre le bois et la main du père, lui qui était homme de forêts et de bâtons taillés, fut cénotaphe comme plus tard sous les vitrines les manuscrits du poète disparu-, sur cette table, où encore j’écris, sont ouverts le livre et le vieux cartable. L’un blanc immaculé. Le livre. L’autre fripé. Un cuir brun déteint et noirci aux marques des doigts. Dedans les papiers. « Dans la sacoche, a dit le père, tu trouveras les papiers de la Résistance à léguer aux archives, quand tu voudras, après ma mort ».

Des noms sortent des feuilles du livre - «Marius Bardoin l’imprimeur de Forcalquier, Figuière, Passereau, Joseph Fontaine d’une rectitude et d’une teneur de sillon, François Cuzin, le docteur Jean Roux, Gabriel Besson, Roger Chaudron à Oraison … »- qui rejoignent ceux des maquisards consignés sur des fiches cartonnées. FFI Alpes Maritimes Corps Francs de la Libération, Groupe Alexander. Nom. Prénom. Profession. Adresse. Situation de famille. Date d’incorporation. Eventuellement spécialité militaire (mitrailleur, instructeur, mécanicien, tireur, infirmier, interprète, chauffeur, cuisinier, canonnier…). Quelques annotations : en bleu à gauche « volontaire pour le combat». En rouge : « tombé au combat ». C’est tout. Cent cinquante fiches. La compagnie du commandant René. Une photo de pendu – c’est Torini exécuté au bas de l’avenue de la Victoire à Nice- prise à travers le pare-brise d’une voiture en marche et qui érafle d’une gifle de flou le visage d’une femme, le corps désarticulé. Une lettre de dénonciation menaçant le père et sa mère de la gestapo pour cacher des juifs et entretenir des activités subversives. Une carte d’infamie où le visage poupin d’un Paul Josué Benoit est balafré du mot juif. Et puis de faux certificats de baptême. Des faux papiers à l’enseigne de la Sicherheitspolizei. Dans une boite à l’effigie du Maréchal Leclerc la croix de Lorraine en laiton avec le numéro matricule. Des médailles pliées dans les lettres jaunies qui les décrivent: croix de la résistance (...)

3- La lampe

« Nous n’appartenons à personne sinon au point d’or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillés le courage et le silence »
C’était du libre. Du joyeusement audacieusement lucidement libre. De l’épaisseur d’épais. Du couches sur couches. Du temps en même temps que le temps. Du dedans et du dehors tressés. Du tissu dont est issu et tissé le texte qui naît de lui. Car c’est de fils, de fibres, de draps, nappes de fête, linceuls, vieilles vestes de pêcheur – l’autre René parle de chasse – qu’est fait le texte. Ouvrage de tisserand et de fileuse. Dans une modestie charnelle. Fait main. Le poème c’était du cousu main. Ajusté à la peau. A la dépouille. Et comme elle paradoxalement orné et dépouillé.
arme chargée dans l’odeur de tabac des gants portant encore la marque de la crosse
ainsi le poème :
sur le cassant du verre le redoublement dicible du reflet.

Là bas, vers Aspremont, dans le brouillard, il y eut « des choses qu’il vaut mieux ne pas voir ». Alors mains devant les yeux pour ne pas voir, tire l’enfant la corne du bouc tandis que levant du cul une ruade il montre ses belles grosses couilles rondes et que de nouveau vire la danse de la vie : « Allez hue ! La bête ! Et toi, petite, course les chèvres dans la pente – jamais vers le haut, gamine, là tu peux toujours courir pour les rattraper, vers le bas et en douceur, c’est comme les femmes, si tu tires ou tu pousses, elles ruent ! Mets du sel dans ta paume et elles te suivront. Allez va fillette ! Sache le bouc et la chèvre et l’oseille pour le chevreau sacrifié ! »
ainsi disent-ils saluant le père de deux doigts portés au béret, l’appelant encore Commandant des années après tandis qu’à longues enjambées il descendait du Seuil ou du Terron
entre les herbes, près du moulin à huile sentant l’olive et dont la pierre avait roulé – meule menhir dressée- jusque dans le lit de la rivière qui l’avait reçue jambes écartée giclant en deux filets d’eau gonflée de remous
fouille la source le sourcier et les couleuvres et les aspics que le père pinçait au bout des branches de coudrier ouvertes en V par l’ allumette (...)

Mardi 8 Février 2011
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