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09/02/2011



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PAYSAGES: Locus amoenus, locus terribilis



Virgile, Les Bucoliques, Chant IV (version français de Maurice Chappaz et Éric Genevay)

Trouvez des sources vives, des étangs verdoyants de mousse et une minçolette rigole parmi les gazons ; qu’un palmier ou quelque ample olivier ombrage l’abord des ruches afin qu’au jour où les nouveaux rois conduiront les premiers essaims, leur printemps venu, quand s’ébattront hors des rayons les premiers envols, la rive proche les invite à se retirer devant la chaleur, et qu’un arbre les accueille au passage et les retienne dans ses nids de feuilles. Que l’eau dorme ou qu’elle coule, lancez-y en travers de grosses pierres et des branchages de saule, comme autant de ponts où les abeilles puissent s’assurer et étendre leurs ailes au soleil d’été, si la pluie les a surprises ou dispersées, si le vent les a précipitées dans l’onde. Autour de vos propriétés fleurissent les daphnés virides, les serpolets au parfum lointains et des touffes de sarriettes aux fortes odeurs, que les bouquets de violettes boivent à la source qui les arrose !

Hugo, Mugitus boum, Les contemplations

Mugissement des bœufs, au temps du doux Virgile,

Comme aujourd’hui, le soir, quand fuit la nuit agile,

Ou, le matin, quand l’aube aux champs extasiés

Verse à flots la rosée et le jour, vous disiez :

Mûrissez, blés mouvants ! prés, emplissez-vous d’herbes !

Que la terre, agitant son panache de gerbes,

Chante dans l’onde d’or d’une riche moisson !

Vis, bête ; vis, caillou ; vis, homme ; vis, buisson ;

À l’heure où le soleil se couche, où l’herbe est pleine

Des grands fantômes noirs des arbres de la plaine

Jusqu’aux lointains coteaux rampant et grandissant,

Quand le brun laboureur des collines descend

Et retourne à son toit d’où sort une fumée,

Que la soif de revoir sa femme bien-aimée

Et l’enfant qu’en ses bras hier il réchauffait,

Que ce désir, croissant à chaque pas qu’il fait,

Imite dans son cœur l’allongement de l’ombre !

Êtres ! choses ! vivez ! sans peur, sans deuil, sans nombre

Que tout s’épanouisse en sourire vermeil !

Que l’homme ait le repos et le bœuf le sommeil !

Vivez ! croissez ! semez le grain à l’aventure !

Qu’on sente frissonner dans toute la nature,

Sous la feuille des nids, au seuil blanc des maisons,

Dans l’obscur tremblement des profonds horizons,
Un vaste emportement d’aimer, dans l’herbe verte,

Dans l’antre, dans l’étang, dans la clairière ouverte,

D’aimer sans fin, d’aimer toujours, d’aimer encor,

Sous la sérénité des sombres astres d’or !

Faites tressaillir l’air, le flot, l’aile, la bouche,

Ô palpitations du grand amour farouche !

Qu’on sente le baiser l’être illimité !

Et, paix, vertu, bonheur, espérance, bonté,

Ô fruits divins, tombez des branches éternelles ! -
Ainsi vous parliez, voix, grandes voix solennelles ;

Et Virgile écoutait comme j’écoute, et l’eau

Voyait passer le cygne auguste, et le bouleau

Le vent, et le rocher l’écume, et le ciel sombre
L’homme… Ô nature ! abîme ! immensité de l’ombre !


Marine-Terrace, juillet 1855.

Philippe Jaccottet, Portovenere

La mer est de nouveau obscure. Tu comprends,
C’est la dernière nuit. Mais qui vais-je appelant ?
Hors l’écho, je ne parle à personne, à personne.
Où s’écroulent les rocs, la mer est noire, et tonne
dans sa cloche de pluie. Une chauve-souris
cogne aux barreaux de l’air d’un vol comme surpris,
tous ces jours sont perdus, déchirés par ses ailes
noires, la majesté de ses eaux trop fidèles
me laisse froid, puisque je ne parle toujours
ni à toi, ni à rien. Qu’ils sombrent, ces « beaux jours » !
Je pars, je continue à vieillir, peu m’importe,
sur qui s’en va la mer saura claquer la porte.

Joëlle Gardes, Dans le silence des mots

1. Le long de l’autoroute les hauts peupliers abritaient un champ de blé. Dans la rangée mutilée quelques uns encore debout attendent l’abattage. Les autres au sol sont dépecés. La tronçonneuse rugit, le feu qui consume les branches crépite et la fumée tremble dans l’air glacial de ce matin d’automne. À quelle triste moisson de fer et de béton le champ est-il promis ?

Arbres métalliques haut dressés
panneaux enseignes lumières agressives
Les poteaux électriques quadrilleront l’espace
Le paysage domestiqué deviendra semblable à tant d’autres paysages à l’orée de villes identiques sous les saisons

Visage aux dents régulières et blanches pour vanter des produits éphémères aux noms magiques et trompeurs
Beauté de papier au bord des routes qui ont éventré les collines
Visage ridé teint jaunâtre dents et doigts tachés de nicotine
racines grises sous la teinture
Les voyageurs au regard avide ne se saisissent que des reflets d’un paradis qu’ils n’atteindront jamais

2. Le volubilis a déployé son calice mauve sur le mur tiède
une feuille flétrie tombe du figuier
l’été glisse vers l’automne sur la lumière qui pâlit
la saison nouvelle engloutit l’arrière-saison

L’eau rafraîchit la main abandonnée hors de la barque sur la rivière
sur les heures paisibles
des flèches d’or transpercent les yeux mi-clos
le corps éclaté devient feuilles brindilles sur l’eau tranquille

Le saut d’une grenouille rompt l’enchantement


Dimanche 26 Février 2012
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