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09/02/2011



ATELIERS

PAYSAGES URBAINS 2

TEXTES DE: Elisabeth BISHOP, François CARADEC, Edmond JABES, Vladimir MAÏAKOVSKI,James SACRE, Peter WATERHOUSE



Elisabeth BISHOP

Paris, 7h du matin
Je me rends à chaque horloge de l’appartement
certaines aiguilles pointent histrioniquement dans une direction
et certaines dans d’autres, sur les cadrans ignorants.
Le temps est une Étoile ; les heures divergent tellement
que les jours sont des voyages autour des banlieues,
des cercles autour d’étoiles, des cercles qui se recoupent.
La gamme brève, en demi-tons, des climats de l’hiver
est une aile déployée de pigeon.
L’hiver habite sous une aile de pigeon, une aile morte aux plumes humides.
Regarde en bas dans la cour. Toutes les maisons
sont bâties ainsi, avec des urnes ornementales
plantées sur le faîte des mansardes où les pigeons
se promènent. C’est contre l’introspection,
de contempler l’intérieur, ou une vision rétrospective,
une étoile enclose dans un rectangle, un souvenir :
ce square vide aurait pu aisément être là-bas.
– Les châteaux de neige enfantins, en des hivers plus flamboyants,
auraient pu atteindre ces proportions, être des maisons ;
les majestueux châteaux forts, de quatre, cinq étages,
résistants au printemps comme à la marée les châteaux de sable,
leurs murs, leur forme, ne pouvaient se dissoudre et disparaître,
seulement s’imbriquer en une chaîne solide, changés en pierre,
jaunis et grisâtres aujourd’hui comme ceux-ci.
Où sont les munitions, les boulets empilés
avec leur coeur de glace en éclats d’étoiles ?
Ce ciel n’est pas un pigeon-guerrier-voyageur
échappant à des cercles sans fin intersectés.
C’est un ciel mort, ou bien d’où un qui est mort est tombé.
Les urnes ont recueilli ses cendres ou ses plumes.
Quand l’étoile s’est-elle dissoute, ou a-t-elle été happée par la série de carrés et carrés et
cercles, de cercles ?
Les horloges peuvent-elles dire : est-elle ici, en bas,
près de culbuter dans la neige ?

Paris, 7 A. M.
I make a trip to each clock in the apartment :
some hands point histrionically one way
and some point others, from the ignorant faces.
Time is an Etoile, the hours diverge
so much that days are journeys round the suburbs,
circles surrounding stars, overlapping circles.
The short, half-tone scale of winter weathers
is a spread pigeon’s wing.
Winter lives under a pigeon’s wing, a dead wing with damp feathers.
Look down in the courtyard. All the houses
are built that way, with ornemental urns
set on the mansard roof-tops where the pigeons
take their walks. It is like introspection
to stare inside, or retrospection,
a star inside a rectangle, a recollection :
this hollow square could easily have been there.
The childish snow-forts, built in flashier winters,
could have reached these proportions and been houses ;
the mighty snow-forts, four, five, stories high,
withstanding spring as sand-forts do the tide,
their walls, their shape, could not dissolve and die,
only be overlapping in a strong chain, turned to stone,
and grayed and yellowed now like these.
Where is the ammunition, the piled-up balls
with the star-splintered hearts of ice ?
This sky is no carrier-warrior-pigeon
escaping endless intersecting circles.

François CARADEC

Les Nuages de Paris, Maurice Nadeau, 2007

Le voyage inénarrable

La traversée de Paris
le trajet de l’autobus 48
le parcours des manifestants de la Bastille à la Nation
la promenade le long des quais de Seine
le chemin de Saint-Jacques des pèlerins de Compostelle
le parcours du combattant à la Gare de l’Est
la tournée des grands boulevards
la marche des garçons de café
le marathon de Paris
le passage à gué de la Bièvre à la Glacière
le pèlerinage de la Vierge de la rue du Bac
la route de la soie de l’avenue de Choisy
l’ascension sur les hauteurs de la Butte-aux-Cailles
l’exode des Parisiens le vendredi soir
l’odyssée des enfants de Paris au bord de la mer
le départ des Allemands en Août 1944
l’escalade des escaliers du Sacré-Coeur
l’itinéraire d’Arago de Montmartre à la Cité Universitaire
le défilé du 14 juillet aux Champs-Elysées
le retour des prisonniers et déportés à l’Hôtel Lutétia
le train des banlieusards à la Gare Saint-Lazare
la flânerie aux Puces de Saint-Ouen.


Admirables amiraux

Rue de l’amiral-mouché
Rue de l’amiral-courbé
Rue de l’amiral-cloué
Rue des amiromesnil
Rue des amirobinets
Rue des amirobolants !

Les Nuages de Paris, Maurice Nadeau, 2007


Edmond JABES

Le Livre des ressemblances, Gallimard, 1976

Une nuée d’humains, étrangers à leur état, à leur labeur ; étrangers à leurs pas, aux pavés de la
ville ; noués encore à la terre enveloppée de brumes : comment les nommer sinon d’un nom
global qui les rive à un grand feu de deuil, comme à un même fer ?
Le peu de cendres que j’emporte – où ? pourquoi ? – prélevé de cette haute montagne qui
surplombe le monde, est-ce le corps d’un ami, d’un ennemi ? – ou, qui sait ? moi ; moi dans
les autres ; cette partie brûlée de moi en chacun d’eux ; mais ils furent si nombreux qu'il ne
subsiste, en moi aujourd’hui, presque plus rien de moi.
Foule dévoreuse, dévorée par les flammes ; foule en poudre. Ecrire, désormais, serait-ce, pour
moi soustraire les cendres de mon nom de celles du leur ?
Il reste toujours, en quelque endroit discret, une flamme à l’affût du moindre fétu de paille et
qui refuse obstinément de s’éteindre, ivre d’incendie.
Les morts de demain sont légions. Les livres en font foi qui, avec la régularité des choses
mortelles, se succèdent. Le futur à jamais n’est qu’un mot en souffrance.


Vladimir MAÏAKOVSKI

L’Universel Reportage, choix, texte français, présentation et note Henri
Deluy, farrago, 2001


Je pars
Un billet –
la soie.
La joue –
le gros baiser
Coup de sifflet
et nous nous précipitons là

comme des harengs,
nagent
dans leur bas,
les grandes voyageuses.
On arrive un jour -
horreur des horreurs,
et le lendemain –
on n’est plus le même :
la ville et les lèvres
ont
le même fard –
une pommade rouge,
le cosmétique du feu.
Les gens joyeux
sont attirés là-bas.
Triste à Paris ?
pas question !
À Paris –
une place et
c’est – l’Étoile.
Et les étoiles –
sont toutes des Étoiles.
Siffle,
pénètre,
perce et taille
dans les Liège
et les Bruxelles.
Mais : couteau,
Paris,
Bruxelles,
Liège,
c’est pareil,
pour un russe comme moi.
À l’instant,
dans un traîneau,
les pieds
dans la neige,
comme sur la page d’un journal…
Siffle,
couvre-moi
de neige,
steppe de Cherson….
le soir,
l’étendue,
les petits feux,
la grande route,
le coeur brisé de nostalgie,
la poitrine qui se serre.
Une fois,
encore une fois,
le poème danse.
Une fois,
encore une fois,
la rime frappe.
Une fois,
encore une fois,
et beaucoup, beaucoup d’autres fois…
Les gens,
autres pays, autres races,
cultivent les plates-bandes de l’ordre
ils me voient
m’agiter
tant que ça,
ils se disent :
c’est la fièvre.




James SACRE

Une idée de jardin à Beyrouth, gravures de Vincent Rougier, "ficelle", n°84, mai & juin 2008,

De petites tourterelles fines, en rose gris, un peu d’ardoise au bord de l’aile, ont sur la gorge
une tache fauve grêlée de noir. Leur tête et le mouvement du col comme dans un geste de
curiosité.
C’est sur un espace de ciment, entre une courte langue de jardin et une mosquée, des
boutiques. Beaucoup de circulation dans ce carrefour tout compliqué de multiples rues, et les
voix de gens qui sont là presque sous la voie rapide qui enjambe l’espace par un pont
métallique vert (drapeaux peints sur les piliers, avec le cèdre en chapeau final pointu, le
dernier triangle quand même posé un peu de côté).
Bas du quartier Secteur Bachoura derrière un mur de parpaings roses
Tu rentres parmi l’herbe, de la pierre blanche mise là, reste d’un ciment.
Fenêtres défaites, le petit toit de tuile aussi,
De plusieurs vieilles maisons, perdues parmi des immeubles pas si anciens, certains dressent
de hautes formes étroites, béton ; et le vert d’un seul palmier se perd dans tout ce gris.
D’autres arbres, un eucalyptus, des branchages encore nus, on ne distingue pas si bien
Le détruit de ce qui se construit.


Peter WATERHOUSE

ne pas arriver
Tandis que nous nous approchons, de la plus belle façon
nous nous éloignons. Le plus beau est un soleil,
comme il demeure là-haut, et là, comme ça chauffe dans la tête
quelque chose est venu sous la forme d’un rayon
sous la forme d’une adoration où il n’y a rien
une exclamation, là où les mers sont
nous roulons comme des vagues, c’est une grande plage
qui porte un autre nom, nous sommes très secs
il faut vraiment regarder dans la direction inverse,
une sorte de direction d’averse en orage total, orage
il y a aujourd’hui un continuum de foudre, nous
sommes nettement bruyants, nous sommes bruyants
comme le soleil, ce qui normalement ne plie pas
se plie, moins devient plus, on explose dans les jambes et
on se nomme : celui-qui-se-déplace, le déplacement est compris
dans un autre plus large qui explose et se nomme : planète
les bras écartés, les yeux écarquillés
goût universel, une ouïe superbe certainement dans les oreilles
les avenues se rejoignent dans la main, cette pensée concerne
les villes plus grandes au toucher. Ici
nous nous sommes pris dans les bras souvent, et pourtant il s’y trouvait quelque chose
d’incertain.
Il y a apparemment une boucle (a loop), un espace double, deux têtes (two heads)
une pause déterminable, un contre-coeur (counter-heart), une nuit claire (bright nights)
un large sens comme monde, comme monde, comme monde, et
on ne sait pas dire comment nous vivons. Nous vivons
dans des automobiles assis le nez tout droit
auprès d’autres nez tout droits. Les pommes ont un goût sucré. Cela
nous l’avons déjà dit souvent. Nous sommes de grandes fleurs
quand nous attendons dans les magasins de fleurs. Nous buvons l’eau par le dessus
et ceci ne dit pas grand chose. En nous (revolving in us)
un point de vue déterminé coperniquement (point, punto) est en rotation, Rome
se déplace tout d’abord autour de l’axe jusqu’à Dublin, partout on nous connaît à notre nose
pourtant celui-ci aussi est incertain.
Le plus petit grain de sable nous divise. Hé oui, nous voilà maubèches
coureurs d’estuaire, sommes très loin de nous-mêmes. La mer, la mer
est si bleue, y faire circuler un fort courant respiratoire
tout enflamme tout, ainsi arrive le jour, jour
où rien ne se touche, là nous avons une place. Nous pourrions
presque nous rétracter.

Nicht ankommen
Indem wir uns nähern, in der schönsten Weise
entfernen wir uns. Das schönste ist eine Sonne
wie sie da drüben steht, es ist, wie es so heiß ist im Kopf
etwas gekommen in Form eines Strahls
in Form einer Anbetung, wo nichts ist
ein Ausruf, wo die Meere sind
wir rollen aus wie Wellen, es ist da ein weiter Strand
der anders heißt, wir sind sehr trocken
man muß wirklich in die Gegenrichtung blicken, in
eine Art Regenrichtung aus totalem Wetter, Wetter
es gibt heute ein Blitzkontinuum, wir
sind ausgesprochen laut, wir sind laut
wie die Sonne, was sich üblicherweise nicht biegt
biegt sich, minus wird plus, man explodiert an den Beinen und
nennt sich: Der Gehende, das Gehen ist inbegriffen
in ein weiteres, das explodiert, und es heißt: Planet
mit den ausgestreckten Armen, mit dem wilden Augen
Allesgeschmack, ein superbes Gehör ist wohl in den Ohren
die Avenuen laufen in der Hand zusammen, der Gedanke gilt
den größeren Städten unter dem Tastsinn. Hier
umarmten wir uns oft, und es war doch etwas
ungewisses dabei.
Es gibt offenbar eine Schleife (a loop), einen doppelten Raum, zwei Köpfe
(two heads)
eine bestimmbare Pause, ein Gegenherz (counter-heart), eine helle Nacht
(bright nights)
eine weite Bedeutung als Welt, als Welt, als Welt, und
es lässt sich nicht sagen, wie wir leben. Wir leben
in Automobilen und sitzen mit geraden Nasen
neben anderen geraden Nasen. Äpfel schmecken süss. Das
haben wir schon oft gesagt. Wir sind große Blumen
wenn wir in den Blumengeschäften stehen. Wir trinken das Wasser oben
und das heißt nicht viel. In uns rotiert (revolving in us)
ein kopernikanisch bestimmter Standpunkt (point, punto), Roma
dreht sich vorerst bis Dublin, überall erkennt man uns an der nose
und doch ist diese auch ungewiss.
Das kleinste Sandkorn spaltet uns. Jawohl, wir sind
indem wir Strandläufer sind, weit außerhalb von uns. Das Meer, das Meer
ist so blau, man muss einen guten Atemstrom hin und her bringen
alles zündet alles, so wird es Tag, Tag
wo nichts sich berührt, haben wir Platz. Fast
dürfen wir uns widerrufen.
passim
(Engeler, Bâle 1986-2001) Traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle.





FABI Mauro

FABI Mauro

Les ombres des hommes
quand ils sortent de chez eux
et vont travailler,
toutes ces ombres
qui s'obstinent
à nous suivre
comme un ciel plein
de pluie,
les ombres des corps
qui entrent et qui sortent
des bars du matin
si vagues si fragiles
et finalement impersonnelles
se confondent le long
des trottoirs,
quelques
ombres solitaires
s'attardent submergées
dans ces lits encore chauds
et ne trouvent pas le courage
ne trouvent jamais le courage,
ce sont des ombres mortes désormais
parce qu'elles peuvent seulement rappeler
les ombres du passé
qui bruissent sans nom
sans visage parce que les ombres
du passé
n'ont pas de visage n'ont pas
d'odeur c'est leur nature d'ombres
de rester un peu derrière
à l'écart de côté
pleines de tics.

Mauro Fabi, Il motore di vetro, Palomar, Bari, 2004. Traduction Olivier Favier

Jeudi 5 Avril 2012
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