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09/02/2011


REVUE DE PRESSE

EPÎTRE LANGUE LOUVE: 10 ARTICLES



ARTICLE DE MATTHIEU GOSZTOLA DANS LA CAUSE LITTÉRAIRE

Épître langue louve, Claude Ber

Ecrit par Matthieu Gosztola 04.10.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Épître langue louve, Éditions de l’Amandier, Coll. Accents graves, Accents aigus, 2015, 111 pages, 15 €
Ecrivain(s): Claude Ber
Épître langue louve, Claude Ber



Il y a entre Claude Ber et René Char une affinité profonde. En ce sens, ce qu’écrit Jean Starobinski de Char vaut aussi pour Ber, – et il convient, bien sûr, de retirer au terme « violence » tout le péjoratif imaginable (qui ne se trouve nullement, du reste, dans la bouche de Starobinski) : « L’on voit d’ordinaire en Char un poète de l’énergie violente […]. Mais on omet trop souvent d’ajouter que c’est là ce qui l’habilite à être un poète de l’amour. Violence et tendresse, loin d’être exclusives l’une de l’autre, doivent s’allier pour répondre à l’inconnu, quand celui-ci vient à nous sous l’aspect miraculeux de la chance et de la faveur. La chance s’annonce dans des personnes, dans des vivants, dans des visages : ce n’est plus un horizon neutre, c’est un être offert dans sa singularité charnelle ». « Le poème est toujours marié à quelqu’un » écrit en effet Char dans « Partage formel » (in Fureur et mystère).

Cela, on le ressent, fortement, à la lecture du dernier livre de Claude Ber : Épître langue louve. Poème pluriel de l’énergie folle, où le corps existe follement par la langue, par le travail effectué sur la langue, c’est également – et d’abord – un poème d’amour.

Si «
  • e lumignon du cœur est un loquet de porte / dur à déverrouiller », il peut être déverrouillé. Alors commence – peut vraiment commencer – la danse, le chant de vivre.



    Interroger charrier mêler broyer malaxer faire argile de cendres et suture de chair, lier des mains uniques à la maille du monde, la vie minimale au sans fin de la mer

    étreindre jouir oublier

    être là


[…]



et tout existe

---------------à merci d’exister



Matthieu Gosztola





ARTICLE D'ISABELLE LEVESQUE DANS POÉZIBAO

Dix chants composent Épître Langue Louve. Chacun est surtitré Épître langue louve fragments suivi d’un numéro. Ce titre repris, comme le singulier du premier nom, manifeste bien qu’il s’agit là d’un seul long poème, d’une seule lettre. Le terme épître utilisé par l’auteur, évoquant le poète latin Horace, Saint Paul, Marot, Boileau ou Voltaire… place ce livre dans une tradition majeure. L’auteur adresse son épître à un destinataire généralement nommé, même si le texte publié doit être lu par beaucoup d’autres.
De même que, dans son De rerum natura, Lucrèce répond à son ami Caius Memmius sur des questions fondamentales, raisons d’être et sens de la vie, Claude Ber s’adresse à une « elle » dont les questions et réflexions sont en italiques. « Forcer le premier les verrous de la nature »1était le désir d’Épicure selon Lucrèce. L’intention de l’auteur pourrait bien être la même.
Tout commence dans un effort pour dire :

« De lumière un besoin de lumière
dans une obscurité un sentiment d’obscurité »

Répéter, obligé de répéter pour peut-être dire. Fracture de la langue, avant tout : l’attendu ne se lit pas. Bégayer mâche ses mots : besoin de lumière ne se satisfait pas. Ni de la nuit, ni de la langue. Alors préciser, « un besoin d’ouvert de la lumière », cela qui n’a pas clos. N’est pas mort.

« Elle demande : Que signifie l’absence qui s’étreint ? Un trou noir de la conscience, tout son poids d’histoire sur elle-même ? Cette conscience de chaussette retournée qu’est en ce moment la nôtre, vilaine affaire !
Et je n’ai ni mot ni main de miracle pour faire
éclore à l’usé du talon
le trèfle de rédemption »

Lucrèce déplorait la pauvreté de la langue latine et affirmait la nécessité de la création de néologismes pour traiter de questions si difficiles. La langue de la réponse à son ami sera donc nouvelle :

« Mais ta valeur, ton amitié, doux espoir de plaisir,
m'incitent aux plus grands efforts :
dans le calme des nuits, je cherche les mots, le poème,
qui répandront dans ton esprit une vive lumière,
pour te révéler enfin le secret des choses.
Ces terreurs, ces ténèbres de l’âme, il faut les dissiper. »1

Les questions tâtonnent comme les réponses informulées, cela que porte sang et eau, la langue : « pisser un jet d’urine », au bord du dit d’essayer. C’est fuir peut-être, la réponse. S’escrimer ? Les phrases sont dépouillées, privées de chair ou de lumière ? Elles boitent : les fondements de la langue glissent en structures incomplètes, groupes nominaux qui traînent, « un besoin de lumière » d’ailleurs sature le texte sans être développé comme un refrain immobile, inutile. Autres expressions usuelles, çà et là, partielles et concaves, absurdes : « quand le regard ne tient plus qu’à un fil ». Aboutissement impossible, quelque chose ne fonctionne pas, ni le sens propre, ni le figuré, « ironiquement » (« aller comme un gant »). Ni théâtre, ni roman, ni poème, « elle demande » : « La lumière n’est-elle que l’envers de la nuit ? » « Qu’est-ce qui va et où se déduit-on de soi-même ? »
Répondre au quoi ? au pourquoi ? au pour quoi ? Possible ?

« Il n’y a pas de quoi désespérer, je dis, posant la bêche contre mon genou, ce n’est qu’une vie avec ses colères, ses craintes, son tâtonnement […]. »

Où trouver ce qui répondra ? Yoga, Tao, Bible ou Torah, Nicolas Flamel ou Duns Scot, Lucrèce et Kurt Schwitters, philosophes, savants et poètes ont proposé des mots ou indiqué des actions pour avancer dans la connaissance, mais aussi pour ouvrir d’autres questions nées de réponses suspendues.

« dans l’incompréhension l’incompréhensible que nous sommes
modelant des maquettes de mots méconnaissables que c’est à rire de leur décrochage de cric comme à la fonte des comprimés leurs hosties salées communiant bruyamment entre la bouche et la parole notre obscurité dérisoire face à l’obscurité pourquoi l’augmenter ? »

Jeter les baguettes du Yi King, observer les entrailles d’un chien, déchiffrer les oracles, lire… Pour quels résultats ?
Effort sur soi, effort de langue qui se retourne comme si pouvoir se confrontait. La narratrice s’entend parler, questionner « dans l’interstice des syllabes », ces syllabes qui courent, ding dong, les mêmes dans des périphéries syntaxiques différentes (« nuit » relaie « lumière »).
Tout semble se jouer entre : « Entre la bouche et la parole ».

« L’inapprivoisé oscille
entre
la bouche à mordre et à baiser
les mains meurtries et meurtrières »

Tout au long du poème, entre se lit, répété comme clé de question, d’énigme. Ou bien ouvre-t-on sans clé ni serrure ? Importance des relations établies, mais aussi de l’entre-deux des faces opposées. Amour décisif, affirmé par une citation de Dante, « l’amor che move il sole e tutte l’altre stelle »2. Les deux infinis sont toujours présents dans le poème, et l’être se meut dans le cosmos.

« Le monde, je le vois oblique. Désorienté par son axe de globe capricieux incliné sur le rien. Hôtel de bord de route au ras d’une marée d’étoiles. »

L’auteur cite ailleurs « la déclinaison des atomes aux vers de Lucrèce », l’univers comme chute infinie et oblique d’atomes qu’un clinamen, une infime déviation de trajectoire, fait parfois se rencontrer. Sans ce clinamen, pas de matière, pas de rencontre créatrice non plus.
Lucrèce proposait un locus amoenus, lieu agréable où « pouvoir entre amis, couchés dans l'herbe tendre, / auprès d’une rivière, sous les branches d’un grand arbre, / choyer allègrement son corps à peu de frais, / surtout quand le temps sourit et que la saison / parsème de mille fleurs les prairies verdissantes »1 pour échapper à la violence du monde extérieur. Dans Epître Langue Louve, on bêche le jardin, on cueille des prunes, on se repose dans un « hamac tendu », on écoute pépier « les geais et les mésanges »… Et pendant ce temps, « des hommes en décapitent d’autres ou enterrent leurs femmes dans le sable. […] Sans remords ni inquiétude. Ni sauvagement. Ni innocemment. Parfois dans une sorte d’extase de la mort. Mais le plus souvent communément. Un vieil héritage de raptor et de tyrannosaure. Et ceux que ça révulse se figent dans une stupeur hébétée d'herbivore. »

La louve, nourricière et maternelle, peut aussi se montrer carnassière. « [C]e qui filtre dans l’entre des yeux, c’est la chair animale. Sa vigie alerte tressaillant à l’odeur du gibier. »La violence vit en l’homme et dans son jardin. Dans la parole aussi, venue d’une bouche qui mord et déchire.
Elle, narratrice impossible de fragments, se met en scène, commente ses déplacements, son dire pour les « mots : dépeceurs de dépouille », une « trahison ». Mot n’est pas chose dite alors tout ça pour rien ? Des propositions conjonctives temporelles énoncent d’apparents aphorismes : « quand se rompt le câble de la conscience… », métaphores visant à rendre concrètes les idées qui se heurtent aux parois de la langue. Surgir se limite à « toi », infime, où « j’écoute la procession des fourmis sur le tronc de l’amandier ». Minuscule à entendre, « pas d’Ariane pour dérouler le fil». Long fil, course dans les phrases lancées ou, parfois, séquences courtes avant longue suite de lignes articulées, d’appositions enchaînant en vie le monde. Les questions entrent dans le fragment sans réponse. « Sages les maximes de sagesse », le raisonnement tenté, échoué pendant que « le cœur bat sous le clapet des côtes ». Alors l’initial groupe nominal à deux noms devenu « un besoin de » est coupé de son complément, on se rue sur sa préposition seule. En éclat de tout à coup parfois, « [u]n chiffon de lumière » :

« pour enterrer l’entier de notre histoire
D’une terre lourde. Charnue. Sexuelle.
D’une belle terre ventrue de femelle, d’une bonne terre de mâle couillu se remettant au monde dans le poil du seigle de mer
et nous avec
cul lavé par le jusant »

Lumière là, à la jonction des séquences répétées, sachant que, d’une langue à l’autre, le signifié diffère, « [m]ême la mer est blanche en d’autres langues c’est dire d’une phrase le peu qu’elle représente » – blanc-bleu, pareil au même au vu du dire. On s’ingénie : pour rien. Le texte fragmenté multiplie les pages et les phrases sont coupées avant terme. De cela que naît, là, imminent, échappé, satisfaisant, ce « besoin de lumière ». Enjambement, autant d’obsolète gisant qu’on ramasse et met, passant à autre chose :

« l’incurvé de l’hésitation, le risque, le salutaire des partis pris sont aussi compris dans cet éparpillé
avec leur soustraction ».

Débris vivotent, « traces et mues », contraires et approchant le peu qui compte. Les circonstanciels se chevauchent « au midi de la pente », les « dogmes » n’ont plus de lieu, ils passent au « tamis de la langue ». À dire, on échoue. Du trébuché de l’épître, la louve fait une langue dans le livre, elle positionne les dits. Du heurt entre jaillit le peu. Qui existe –tremblé.
Lire le titre comme passages, glissements entre genre établi (connotation même du Dieu qui frôle) et louve de l’instinct qui dit sans peser, juste le ressenti et l’observé juxtaposés – pour naître langue au milieu ?
Slash, on dit poème, on ne l’écrit pas : on le représente coupé de ses poncifs. On le questionne. Il finit par séparer les mots, pas les syllabes, les radicaux radicalisés, suffixes assonant la chute en -é :
« avec les é (tripés / tranglés / cartelés / corchés / ventrés /têtés / viscérés) ».
Écrit c’est coupé du dire. Ça s’échappe du temps : préhistoire, antiquité (« les ombres de la caverne » et Platon), le sensible réversible, claudiquant. Marche forcée des préfixes écorchés qu’on déplace (in- / ex-), pratiques pour détacher le mot de son acception contraire, « broyage » de l’attendu. Entre le haut / le bas, les prières, « le coffrage des fondations » disloqué en constructions, toutes sortes de bâtis demeurent : « gratte-ciels, bâtisses, forteresses, arches, tours », tout le temps, trop arrive dans la langue, « c’est bouché ». Une lettre change, « dans la faction / la fraction », quel psaume pour raccommoder le déchanté ? L’épître dit, ouvre le champ de lettres où labour cache des mottes.
Les mots rattrapent la grammaire :

« leurs redites sonores de souvenir pas
encore là
comme à
l’à
peine trait de l’horizon son poumon d’opéra sa respiration mammifère »

À dire, la coupe du réel ne se voit pas ? « Prononce neige pour rameuter l’hiver plus vite que le longtemps avant qu’il vienne », si l’écrit devance, magique effet de convoquer ? À la bouche viendra le dit flocon, « fondre sur les papilles les lettres tracées du bout des bottes sur le verglas ». Glissement de neige en sapin, planches et « cercueil » avec « écureuils », là : magie de langue. Ce glissement opéré sur les sons peut gagner les mythes et rejoindre le présent désacralisé : Œdipe, au Pharaon des fossés du temps « où je bricole un abri de virgules ». Ridicule. Ne tue pas. Les riens agglutinés, « maison de paroles, où nous vivons, de la comptine au psaume, berçant, bercés
de babillage ».
Repères d’histoires, personnages singuliers de temps cyclique retrouvé, hier pris dans ici, toutes les langues depuis Babel et « l’esprit du loup », « à lécher ».Le titre du livre, Louve, planté « dans la viande vivre » pour « ce peu de pépites en filon ».
Ici un souvenir en terre, « le tant étonné de ton corps mort / et plus encore de son oubli », avance le fragment. « Trop d’automne » ou litanie des « c’était » qui ne modifient pas le donné avec conjonction d’appréciations générales entendues ici ou là, complainte du mendiant, de l’ivrogne assoiffé qui court après le temps du dit imparfait. La longue liste italique de regrets à la pelle, folie, « tout échappe bis ». L’interrompu d’ici dans le portable, le copié-collé, l’exit. Revenir en passant par l’âme écartée à la couenne, « le terminal de phalanges ».D’une langue parlée, différente, glisser : « une vieille femme tresse des sacs de plage. Elle ne parle pas la langue d’ici et glisse la sienne entre pouce et index pour mouiller le fil ». Énumérer ne cerne pas – n’épuise pas : « l’esquif, la pirogue, le ponton, le ventru d’un rafiot ». Ne change pas le donné multiple à dire dérapé, « l’île » disant pas d’abri :

« en ces temps où peu de bêtes trouvent refuge
et, à vrai dire
nous non plus »


Peut-être toucher toi en ce peu que les mots disent, « tâtonnant à tu et à toi » dans « j’etc ». La fin du livre va vers les mots disant les mots : sons-voix-murmure à concasser virant au cri hurle la louve ? Les sans-paroles la prendraient bien pour se crever les yeux tant pis. Au terme, « on n’écrit pas dans le /noir » répond au besoin initial. Comme si se dégourdir la langue avait, dans sa polyphonie syllabique variée, libéré le petit peu du dire rendant « langue louve sauvage » à sa nourricière vocation de vie.


(Isabelle Lévesque)

1 Lucrèce, De la nature / De rerum natura – traduction de José Kany-Turpin – GF Flammarion, 1997
2 « L’amour qui meut le soleil et toutes les autres étoiles », dernier vers du Paradis, et donc de la Divine Comédie.


Claude Ber, Epître Langue Louve, Éditions de l’Amandier, 2015 –112 pages, 15 €



ARTICLE DE VÉRONIQUE PITTOLO DANS POEZIBAO

Si Mehr licht ! furent les dernières paroles de Goethe, De lumière un besoin de lumière sont les premiers mots de ce petit livre dense, foisonnant, hétéroclite.
La lumière est-elle le bien être ultime, ce par quoi la poésie manque et se manque, nous manque ? Pas seulement celle du jour, mais la lueur de Rilke, la clairière heideggérienne…

Par tous ses yeux la créature
voit l’Ouvert.1
La mission du poème est d’ouvrir des perspectives pour dire les choses ordinaires avec une langue neuve. Pour cette raison, la poésie est plus audacieuse que le roman, c’est elle qui aujourd’hui fait exploser les formes et prend des risques, hors des sentiers battus de la reconnaissance médiatique.

Il n’est pas facile d'avoir une impression synthétique de ce livre, à cause des ruptures rythmiques par lesquelles le lecteur est tenu en apnée.
Qui connaît Claude Ber et a lu ses livres peut passer de l’un à l’autre, de la personne au texte, dans la continuité d’une présence forte, fine, complexe. Dira-t-on qu’elle parle comme elle écrit ? Trop simpliste. On n’occupe pas le monde comme une page blanche, on le traverse avec ses épreuves et les moyens du poème qu’on ne finit pas d’explorer.

Ce livre pulmonaire, oral, sans être entièrement une partition, peut se lire en lecture silencieuse, ou debout dans le souffle et parfois le cri, la performance. Le monde invoqué est absorbé tout entier dans la langue, mâché, digéré et reversé par (dans) une langue baroque.
On n'en sort pas indemne !

(Véronique Pittolo)

ARTICLE DE GÉRARD LEMAIRE DANS HEBDO VERSO

Si Mehr licht ! furent les dernières paroles de Goethe, De lumière un besoin de lumière sont les premiers mots de ce petit livre dense, foisonnant, hétéroclite.
La lumière est-elle le bien être ultime, ce par quoi la poésie manque et se manque, nous manque ? Pas seulement celle du jour, mais la lueur de Rilke, la clairière heideggérienne…

Par tous ses yeux la créature
voit l’Ouvert.1
La mission du poème est d’ouvrir des perspectives pour dire les choses ordinaires avec une langue neuve. Pour cette raison, la poésie est plus audacieuse que le roman, c’est elle qui aujourd’hui fait exploser les formes et prend des risques, hors des sentiers battus de la reconnaissance médiatique.

Il n’est pas facile d'avoir une impression synthétique de ce livre, à cause des ruptures rythmiques par lesquelles le lecteur est tenu en apnée.
Qui connaît Claude Ber et a lu ses livres peut passer de l’un à l’autre, de la personne au texte, dans la continuité d’une présence forte, fine, complexe. Dira-t-on qu’elle parle comme elle écrit ? Trop simpliste. On n’occupe pas le monde comme une page blanche, on le traverse avec ses épreuves et les moyens du poème qu’on ne finit pas d’explorer.

Ce livre pulmonaire, oral, sans être entièrement une partition, peut se lire en lecture silencieuse, ou debout dans le souffle et parfois le cri, la performance. Le monde invoqué est absorbé tout entier dans la langue, mâché, digéré et reversé par (dans) une langue baroque.
On n'en sort pas indemne !

(Véronique Pittolo)

ARTICLE DE JEANINE BAUDE DANS EUROPE

Claude Ber, Épitre Langue Louve, Éditions de l’Amandier, 2015 (15€)


Déjà le titre : Épître Langue Louve, longue lettre donc, écrite par un auteur ancien : Épître de Cicéron aussi bien que Les épîtres des Apôtres, lettres (ici au pluriel et nous rejoignons le livre de Ber) écrites par les Apôtres aux premiers Chrétiens et insérées dans le Nouveau Testament, plus près de nous et avant Claude, Les Épîtres de Marot et parfois dédicaces, liminaires, en ouverture d’un livre. Dès le premier mot donc, tout un champ de signes qui nous aide à découvrir le recueil, à le comprendre dans sa scansion. Épître est suivi de Langue et de Louve et là, sans avoir besoin de lire la suite et en connaissance d’un auteur qui a un passé d’écriture, comme depuis notre propre état d’écrivant dans une [poïésie] en acte : Langue, c’est notre langage charriant le mot, le dépeçant, le susurrant, l’élimant, le ciselant mais c’est aussi, suivie de Louve, la langue amoureuse, charnue et charnelle, insistante et posée, reposée après l’acte d’amour. Ainsi, nous ajustons notre prise sur l’ouvrage. Nous en avons les parties.


Du fragment 1, au fragment 10, longs textes où nous croisons Bouddha, La Reine de Méroé, Nicolas Flamel, les Mosquées, le Mur des Lamentations, Le Saint-Sépulcre, les 131 portiques et les 22 lettres mais aussi l’inex (orable/tricable/piable/ cusable) les Travelers checks, des baguettes de mikado, la ligne 9, 18h30, arrêt la Muette, Georges Sand, le lavis bleu du ciel, le tout accompagné de citations pour chaque série de fragments : Hölderlin, (1) Basho (2) Borges (3) La Bible (I Rois, 19, 12) Après le feu un bruit de fin de silence (page 649 de ma propre Bible que j’ouvre pour m’y enfouir) et mieux continuer ma lecture du recueil de Claude quand la dernière ligne m’emporte, me frappant de son trait : On n’écrit pas dans le noir et que les questions de l’Amoureuse reviennent et reviennent encore, c’était au fil des fragments.

Prenons en un de ces fragments, tous intitulés Épître langue louve fragments suivis du chiffre correspondant, au hasard ou plus subtilement selon notre goût et cela donne pour le numéroté 2, un rapport, d’où commence notre lecture :

je rapporte l’incident (un retrait, pas de majuscules) 1) les troncs mouchetés de lierre […] 2)
le foin sous la station patiente des vaches […] 3) un hublot-pâturage 4) le ciel hors de lui 5) la mare sortie d’un cendrier 6) […]

De ce début, brassé dans le sec, on en vient à l’étiré de l’églogue, à la poésie coupée, carrée puis se laissant aller quand surprend la lumière, si prendre note en appelle à Lucrèce et monte jusqu’aux nuages : leur érosion dans le nu/à être précis la nôtre dans le même nu, voyage qui conduit forcément à l’Amoureuse. Elle questionne :

De quoi vit-on dans le fruste que nous sommes ?

Et c’est bien la question que ce livre pose, entièrement resserré dans l’essentiel, sans enjolivements mais sûr de son phrasé, mots après mots précis, juste et maîtrisant l’envol de la pensée, tenant cette corde raide où l’écrit peut chanter, sans fard, où aucun mot ne manque.

Épitre langue louve fragments 6, on monte encore d’un cran, cet in memoriam se veut : comme un texte ou un temple
C’est dit et on le sent bien. Nous revenons dans un autre phrasé, dans un autre tempo plus haché, fragmentaire à satiété, à La mort n’est jamais comme parce que l’auteur(e) a besoin de toutes ses forces vives et du plus pur langage pour vivre avec, pour ne pas oublier. Nous le savons bien, faites de toutes les peaux que nous avons caressées, de toutes les plénitudes qui nous ont traversées, de l’autre, de sa folie, de sa maladie, de sa mort pour survivre encore et passionnément. Et de l’écrire toujours dans notre besace d’étoiles :

ne reste de la nuit que ta rencontre, yeux vides, avec une telle tristesse d’être en mort que j’ai serré tes côtes creuses contre moi pour te consoler […] et l’avenir comme un verre de vin je l’ai bu, trinquant au plus grand nombre […]

On n’écrit pas dans le noir, dit-elle ? En refermant le livre.

Jeanine Baude






ARTICLE DE JOELLE GARDES DANS PLACE DE LA SORBONNE

REVUE PLACE DE LA SORBONNE (avril 2015)
http://www.culture.paris-sorbonne.fr/placedelasorbonne/2015/04/08/claude-ber-par-joelle-gardes/
Claude Ber, Épître Langue Louve, L’Amandier, coll. « Accents graves. Accents aigus », 2015.
Les recueils de Claude Ber sont mûris lentement, gravement et celui-ci n’échappe pas à la règle. C’est qu’un tel travail poétique ne peut se faire en jetant quelques mots sur une page, pour noter une impression ou un sentiment fugaces. Comme dans La mort n’est jamais comme, c’est une méditation profonde qui nous est donnée et nous touche dans notre humanité. Le fragment 5 s’intitule d’ailleurs « De main méditante ». On pourrait dire que c’est tout le corps qui médite, ou plutôt l’âme et le corps indissociables. Même si la question de la mort est encore présente – mais ne définit-elle pas notre condition ? –, elle est congédiée pour que surgisse la vie, à travers deux de ses plus vives manifestations, la parole, et l’amour :

Couché le
mort ! Repose dans
ta niche de terre et
laisse-nous aux corps et à cris dans
la déglutition de la parole

Le titre est clair : il s’agit de textes sur la langue et sur le lien à une énigmatique Louve, qui est sans doute aussi cette langue, à travers une série de missives adressés à un tu, qui, pour être individualisé :

Je parle de toi
et c’est une sorte de lumière

n’en est pas moins anonyme. De fait, les questions que pose ce tu pourraient l’être par chacun de nous. L’adresse cède alors la place au récit : « Qu’arrive-t-il lorsque la vie se déserte ? questionne-t-elle. Quand la vie se déduit d’elle-même ? ». Mais le « je » interrogé ne peut le plus souvent qu’avouer son impuissance : « Et je n’ai ni mots ni main de miracle pour faire éclore à l’usé du talon/ le trèfle de rédemption ». Qui d’ailleurs pourrait répondre, quand il n’existe pas « de secret derrière la porte », que l’on pourrait découvrir en l’ouvrant, quand « du rien bascule à la lisière du rien », et que « tout échappe / tout échappe bis » ?
Et pourtant, le « monde magnanime » nous assaille de sa splendeur :

le vent secoue la palanque des arbres sous un mince morceau de ciel en tranche de cake pour un quatre-heures d’enfance

C’est tout un inventaire qui se déplie, des lieux, « la mer sans finition », les « vignes violettes » ou « la vieille ville », des êtres, la « pluie d’abeilles », des anecdotes, le compostage d’un billet de train, la ligne 9 du métro, le vomi d’un ivrogne… Tout est sacré, si le sacré est bien ce qui « étonne » au sens classique, laisse bouche bée d’admiration et de terreur. En définitive, c’est retrouver le sublime, tel que le définissait le Peri Hypsous du pseuo-Longin : « le sublime, quand il se produit au moment opportun, comme la foudre il disperse tout et sur-le-champ, manifeste, concentrée, la force de l’orateur », ajoutons, et du poète.
C’est sans doute dans l’étreinte, étreinte des corps autant que des âmes qu’on approche cette dimension du monde :

[…] Les sens font sens au
jardin de l’esprit prononcé à
fleur de peau

Et c’est la tâche de la Langue de le dire, en balbutiant ou au contraire en se livrant avec délectation au cliquetis de mots d’énumérations dignes de Rabelais, que Claude Ber affectionne : « – une frisure de parole pensante ou pansante virevolte dans l’indécis, livrée au tourniquet d’une voyelle – phares et clignotants rutilent frivoles et fantasques, braises, lampions ou n’importe quoi d’autre dans le paresseux butinage de l’œil […] ».
Dans ce dernier recueil, plus encore que dans les précédents, la singularité du poète se traduit par une alliance entre une recherche formelle jamais gratuite et une interrogation sur la nature même du Poétique, liée à la forme autant qu’au sujet, et sur le sens de notre condition d’être humain. Le choix qui a été fait ici est celui du poème long, mais fragmenté, dans une volonté de saisir à la fois le continu de la durée intérieure, le flux de la conscience et leur discontinuité, leur éparpillement, leur hétérogénéité. De même, le lecteur peut librement passer du fragment à l’ensemble, ou aller de l’ensemble à tel ou tel fragment dont les échos se seront davantage prolongés chez lui. Dix fragments de cette « Epître Langue Louve » s’organisent autour du motif central de la langue poétique pour mettre en question la poésie et le monde, aux deux sens de l’expression, interroger et prendre à partie. La langue elle-même est défaillante :

parler n’a jamais servi à dire quelque chose, nous épouillant de mots comme les singes de leurs puces, nous nous tâtons de leur osseux
tâtonnant à tu et à toi
vers un vers quoi
vers toi entre deux phrases

Il faut pourtant en explorer toutes les ressources car elle est force, dynamisme : « Dans ma langue le tour de tout tourne dans tour ». La parole n’est pas abstraite, elle est celle qu’échangent des corps vivants, amoureux, enracinés dans la vie. Elle épouse les mouvements de la conversation, de la méditation ou de considérations sans appel sur le monde, « la fission de notre histoire / ses caillots d’infamie ». Le texte glisse ainsi continuellement du vers au verset et au poème en prose. Il accueille des formes anciennes, retravaillées, réinventées, comme celles du sonnet, sortes de fantômes présents en creux dans la trame du texte et il les conjugue avec les recherches d’une écriture contemporaine. Il est mémoire, mémoire individuelle, et mémoire collective, des formes, des événements. Le dialogue n’est pas seulement celui du « je » et du « tu », mais aussi celui de voix passées et présentes, lointaines et prochaines.
Le travail des mots et du rythme confère à ce recueil sa profonde unité, ainsi que ces interrogations sans réponse sur notre destinée, sur ces thèmes inévitables que sont l’amour, la mort, la folie, la cruauté… Plus profondément encore, il tient à la profonde joie grave qui l’inspire et le soutient, à un formidable appétit de jouir du monde, en dépit de tout : « Nous qui désirons tant saisir, goûter, entendre, voir, recevoir et donner ». « La pépie langagière revit la vie », le poème est hymne à l’existence, et hommage aux êtres qui l’ont traversée : « j’ai ramené à mon visage le tien et tous ceux que j’ai aimés pour qu’ils m’emportent avec la joie que j’ai eue d’eux ». Consigner, noter, c’est une des tâches de la poésie pour inscrire dans la mémoire ces moments et ces êtres que le temps pourrait emporter et qui ont pourtant constitué la trame de nos vies. Ces Épîtres en sont la magistrale illustration.

Joëlle Gardes
Revue Place de la Sorbonne

ARTICLE D'ANGELE PAOLI DANS TERRES DE FEMMES

ET QU’ENFIN « S’APAISENT LOUPS ET LIONS… »


Épître Langue Louve. Trois mots qui surprennent, qui enserrent dans leur mouvement de spirale et qui happent, emportent dans un tourbillon de maelström. Promesse de volubilité ensauvagée au cœur de la langue. Mais, avec elle, dans le tournoiement qu’elle génère, promesse de bien au-delà encore. Muscle polyglotte endiablé, la langue se refuse à lâcher prise. Elle se joue des limites. Elle les rudoie, elle les repousse hors de leur gangue.
Construit autour de trois vocables, le dernier recueil poétique de Claude Ber — Épître Langue Louve — travaille la langue au corps et au cœur. Colorée, vivace, bruissante, énigmatique, passionnée, infatigable, polymorphe, rebelle, révoltée, la langue de la poète est langue ardente. Elle interroge sans relâche. Sonde malaxe triture. Inlassablement. Et bouscule provoque. Infatigable langue de louve.
Dix fragments composent cette étonnante traversée épistolaire. Dix « lettres » numérotés de 1 à 10, pour se laisser rejoindre par elle, se laisser porter emporter par son mouvement de vague. Charnue charnelle, la langue chancelle charrie voluptueuse des mots passeuse de violences à peine contenues livrée à des convulsions orageuses ; cependant rappelée à l’ordre par les en-têtes qui la guident la contiennent dans leur régularité récurrente. L’épître est là en effet pour rameuter en son giron littéraire les formes, calmer les emportements, permettre aux questionnements – incessants — de prendre place dans la page. Avec, pour boussoles et pour balises textuelles, non pas une adresse mais un titre et une citation l’un à l’autre encordés, accordés :
« Épître langue louve fragments 5
De main méditante
On prétend que la parole voit ou nul ne l’entend
Edmond Jabès »
Et, plus loin, comme un rappel, dans les mêmes fragments 5 :
« je t’e-maile de main méditante ce qu’on pense est trop complexe pour servir à vivre, ce qu’on sent plus souvent un obstacle qu’un secours
même à pas plombés de scaphandre
ça dérape toujours dans le désossement ».
Dans un déferlement qui s’invente dans le roulis toujours recommencé, la langue godille parfois d’un fragment à l’autre qui cherche passage et qui franchit l’espace de la page. Ainsi du final de ces mêmes fragments :
« néanmoins j’aime cette heure où la peau se
souvient
ni noir ni lumière et ce passage
— paume ouverte entre chien et loup sur le sans raison de ce qui cherche — il se franchit »
Et du commencement des fragments suivants :
« comme un texte ou un temple » (in Épître langue louve fragments 6, In memoriam, Ad plures ire)
Et le poème de livrer momentanément passage — « paume ouverte » — à d’autres formes éphémères, en proie au même « désossement » :
« renoncules lotiers lupins saponaires du square dans le multiple de leur nom et celui
un
du lavis bleu au ciel coupé des vitres
dans le désassuré des apparences
l’instant à son suspens de vide »,

lesquelles formes cèdent cependant place et voix à une lettre d’amour, bouleversante de beauté :
« je te souviens pourtant au nid des corps à souvenir
champ de maïs au traversant des plaines
bruissant de vent
sa coulée de couleuvre entre les épis […]

tandis que, soulagée de tout, dans le léger d’une vie soufflée comme un cheveu, j’ai ramené à mon visage le tien et tous ceux que j’ai aimés pour qu’ils m’emportent avec la joie que j’ai eue d’eux ».
« [A]u traversant des plaines »… Il apparaît parfois, au détour de la page, que la poète affectionne les substantivations par dérivation impropre. Qui donnent au phrasé de Claude Ber son parlare cantando si particulier. Sa coloration charnelle intime et personnelle.
Au cœur de l’épître, la langue couve ses mots jusqu’au déferlement suivant, qui la fait exister dans cet « illimité de la connaissance » (qui, pourtant, « ne rejoint pas l’infini »). Louve sauvage rebelle in-domesticable, la langue poursuit son flux vers la diversité (« Ad plures ire »), s’adapte à tous les bruits s’accole aux variations qu’ils engendrent. Les mots s’allient les uns aux autres, créant leur chaîne ininterrompue de vocables. Ainsi se mêle leur essence, sans disjonction :
« Dans la voix le cri des pipistrelles, le roucoulement des colombes, le piaillement des pies, le chuintement des chouettes, les trilles du rossignol et craintivement, allant au nénuphar la grenouille coassant quoi
quoi demeure de ce bruitage ? De
l’armada des mots ? des douilles de cette
migration sonore ? dit-elle,
une épine dans la glotte, un
épis de maïs, le
pis gonflé d’une bazadaise ruminant le
foin de son nom ? Qu’attend-on de
l’amour sa roucoulade ou
son arête ?
Dans l’air courbé le vol de
nos voix et son cercle d’étamines, pistil de vent sur la cible du cœur. »
Langues qui, dans leur emmêlement mystérieux, dans leurs limites à dire, dans leur ajointement les unes aux autres, parlent de l’homme et de son pourquoi au monde, épîtres dans lesquelles dialoguent les pronoms sans que les voix qui s’y répondent laissent transparaître quoi que ce soit de leur identité propre, mais se complètent et se précisent :
« La lumière n’est-elle que l’envers de la nuit ? demande-t-elle. Un caillot de l’immensité ?
Je dis l’immensité n’est pas l’éternité. […]
Elle dit : ce n’est pas ce que j’appelle nuit cette durée entre les doigts qui la déchirent. Dans le monde la nuit dit-elle mais peut-être je me trompe…
ainsi sont les mots : dépeceurs de dépouille
et la nuit dont elle parle est cadavre de nuit. Une insignifiance grise. Une trahison de la nuit
dans la bouche qui prononce en elle sa nuit. »
Ou au contraire dialogues se perdant en énigmes, vaticinations sans prophètes suites de mots sans fin que rapprochent dans la même proximité des sonorités avoisinantes, allitérations et assonances :
« Elle demande : Qu’est-ce que tu racontes ? Je caresse sa joue du regard, allant le dit à son attente inventive, au clinamen du visage, nos voix couchées en nous
avec l’envie de vivre comme un mot sur la langue
à déglutir les multiples de l’univers
pour un repos repu et consumé… »
Ailleurs, dans Épître langue louve fragments 3, « Miserere », le dialogue se noue autour de la dénonciation de l’horreur, à partir de la citation de Borges :
« l’Histoire, cette éternelle répétition et ce beau nom de l’horreur ».
Suit une énumération de mots ayant pour commun dénominateur un même préfixe :
« dans
l’inex (orable / tricable / piable / cusable)
l’inac (compli / cessible / ceptable)
au jour le jour du pépiement des écrans
avec les é (tripés / tranglés / cartelés / corchés/
ventrés / têtés / viscérés)
leur morcelé entre les langues
dans le dés (assemblé / arrimé / espéré)
le définitif de l’étripaille
et la douceur des peaux… »
Ainsi la langue bruit-elle dans un continuum de voix qui se croisent et croisent dans leur mouvement de cyclone que rien ne retient ni n’arrête le « bruitage » animalier qui peuple l’éther le monde la page. Une langue qui vibre et vit, invente son foisonnement pour défier le rien qui obsède — « et pas d’autres mystère à explorer que / celui des paupières qui se ferment » — ; une langue qui se joue de la cruauté qui nargue, à la vie à la mort — « l’abattoir n’est pas plus loin que le sommet. Ils se rejoignent dans l’union trismégiste des contraires » — ; langue de louve qui se love s’enroule dans l’envol des mots, élan ascendant descendant qui se faufile dans le plain-chant du poème pour puiser à la lumière nourricière l’énergie vitale qui le fait exister.
« Un besoin de lumière. Même bougies ou lumignons. Leur ombre soyeuse. Presque de bête. De petit félin nocturne au poil doux. »
Besoin de lumière jusque dans les interstices de la pensée pour tenter de débusquer le mystère de la vie au cœur de l’univers, sa raison d’être. S’il est possible. Comment être là, rivé à soi-même et aux autres dans l’absence de sens ?
Il arrive un moment où « l’agitation de la langue » et son trop-plein se noient dans l’exagération envahissante, dans la surabondance. Le tourbillon des mots déborde en un tournis « hors d’atteinte » de « listage » :
« en vrac des visages / des vélos / des intonations / des intentions / des réverbères / des émotions / des points de vue / des opinions / des feux rouges / des proportions / des déductions / des conditions / des sensations / des solitudes… »
Il faut alors renoncer. Renoncer à dire la totalité du monde, sa folie exaspérée, son innombrable insoutenable, la multiplicité insaisissable des contraires qui l’agitent, leur infinie variété / variation ; renoncer à vouloir que se résorbent et s’annihilent les absurdités inconciliables incompatibles les violences obscènes l’incompréhensible l’impuissance la résignation et l’indifférence ; renoncer à vouloir que se joignent en une alliance pacifiée l’infiniment petit et l’infiniment grand…
« Quant à joindre ces bris et bouts de bouts de tout l’un à l’autre, lombrics et comètes / le souci de garer la voiture et l’épouvante de la terre étoile morte / ce qui flotte de noyé et son laisser sombrer / l’éclair et son fracas de blanc alors même que l’orage le quitte dans un embrun de bruits et cetera und so weiter and so on
je renonce
je n’ai qu’une langue et dix doigts d’incertitude pour la disproportion et pas plus pour l’exister sans lassitude… »
La sagesse ne voudrait-elle pas que nous apprenions à nous satisfaire de l’infime et à nous contenter, comme le suggère Basho, d’un « petit lopin » sans aller plus loin que le geste répété du ratissage :
« notre séjour en ce monde
à ratisser un petit lopin… »

ou peut-être, au meilleur de « certains soirs », ne s’attarder que sur les gestes qui convoquent la tendresse :
— « certains soirs je tombe dans ton ombre, toi dans la mienne et nous nous
absentons avec délice de nous-mêmes… »
Alors, peut-être, Orphée pourra-t-il s’avancer jusqu’au jusant de la langue dans le bruissant des mots afin qu’advienne une fois encore la magie du poème. Et qu’enfin « s’apaisent loups et lions, langues léchant à sa main le son de la parole ».

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli


ARTICLE DE JEAN LUC DESPAX DANS LE BULLETIN DE L'ACADÉMIE MALLARMÉ

Épître Langue Louve Claude Ber, Amandier Poésie, 2015Collection Accents graves Accents aigus


Une lecture d’Épître langue louve, par Jean-Luc Despax

Épître Langue Louve.
Épître. Plusieurs lettres dans un livre s’adressant d’un bloc à nous tous. Langue plurielle mais qui toujours se tient. Louve qui montre les dents à celui-là seul qui aurait oublié la tendresse. Dents de louve, pour défendre le lait de la tendresse.
Épître. Dans le poème le savoir. Pas celui de la poésie didactique ni de la moindre didactique de la poésie. Le savoir dépourvu de savoir du philosophique dans le poème. Philosophie du vivre qui s’inscrit dans le texte. Comme un livre des morts tant que l’on est encore vivants. Il servira donc un peu à quelque chose.
L’ouverture du livre (Un besoin de lumière) est magnifique. Elle dit notre existence, notre rapport subjectif à ce qui l’est plus encore, le Temps. Comment nous éclairons la nuit et approfondissons le jour. « Besoin de lumière » dans un « sentiment d’obscurité » à condition de ne pas transiger sur les Lumières ni à céder devant le Néant, ce n’est pas le genre de Claude Ber, dans une mimique minimaliste traîtresse à Mallarmé.
Il est des destinataires de l’épître qui accompagnent le geste d’écrire, au quotidien devant clavier et à l’oreille, quitte à ce que la conversation téléphonique passe un peu mal. Il en est d’autres qui furent le carburant du poème. L’énergie fossile, mais chargée encore de l’ADN de la folie, du pas si loin qui vous emporte vers demain. On sent cette vibration du moteur émotif. Elle vous touche car nous avons tous le même type de moteur existentiel hybride. Il n’est pas beaucoup de poèmes qui m’aient tiré des larmes en me donnant de la force.

« et l’avenir offert comme un verre de vin je l’ai bu, trinquant au plus grand nombre que j’irai rejoignant, fuyant ma vie fuyante, que je croyais posée sur mon épaule voletant à mon cou l’apprivoisée, quand un fouet de soie a claqué une joue d’esclave à ma face et une voix de hache m’a finie au merlin telles les bêtes à l’abattoir autrefois, tandis que, soulagée de tout, dans le léger d’une vie soufflée comme un cheveu, j’ai ramené à mon visage le tien et tous ceux que j’ai aimés pour qu’ils m’emportent avec la joie que j’ai eue d’eux »

Langue. Incroyable match de boxe contre comme avec la langue, roulement de tambour façon jazzy du poème. Pour qui connaît Claude Ber il entend Claude Ber dans le poème. Collection Accents graves accents aigus accent du Midi de la Pensée et du Minuit du ressourcement. Pour qui la découvrira à travers ces textes, il sera surpris de l’énergie qui sommeillait en lui. Qu’est-ce que la langue ? Quelque chose plutôt que rien et qui s’essaie. Viral mais à réveiller l’humanisme en vous fournissant des anticorps, non des antonymes à l’amour de la chair, non des entonnoirs à médiatique putassier. La langue : dans le rétrospectif, le contemplatif, le prospectif. Le Tout Autre.
Performance de la langue et du poème. Elle a lieu maintenant. Écriture qui convoque à la fois performatif et gnomique. Qui s’invente à son époque. On ne choisit pas son époque mais on peut choisir de ne pas s’y taire. C’est bien une parole s’élevant ici, s’entonnant. Parole ruminante si l’on a la sagesse de la vache ou ruminée si l’humaine cherche la sagesse au cœur des angoisses de la nuit. Énumération du monde qui sait bien n’être qu’énumération du lexique, mais sait aussi qu’une trouée est possible dans la page, dans la cheville arrimée à la syntaxe. Trouée à la force d’une herbe qui n’est folle qu’en apparence, insignifiante pour ceux-là seuls qui font un contresens sur le mot « reportage ». Herbe sœur de toutes les autres sœurs en humanité.
Quelle joie, au sens spinoziste. Mais quelle joie ! Voici une langue, mais il n’en est qu’une, qu’importe les traductions ou les impossibilités de traduction, voici une langue qui ne renonce pas à se penser en même temps qu’elle éprouve le monde et surtout qu’elle s’expérimente. C’est salutaire. Loin donc le guignon, le renoncement de la lettre devant le poids de l’époque. Mais surtout, dissipés les fumigènes post avant-garde de « la langue la langue la langue », qui ne cachaient que ça, ne savaient dire que ça. Parce que voilà le scoop : l’avant-garde est une trouillarde qui renonce, jusqu’à assumer son nom. La louve ne renonce jamais, ni le loup, jusqu’à la mort et on le sait depuis Vigny. Autre philosophe celui-là. La louve n’a pas renoncé à penser dans le poème plutôt que de penser le poème pour renoncer à faire le poème. Penser dans le poème avec une génétique identique au poème et à la pensée, et qui est la langue. Mais la langue loin du mantra menteur, qui ne s’oublie pas pour autant donc, sait par l’ouïe et la puissance inconsciente du signifiant l’effort qu’il faut pour apprivoiser le signifié et maîtriser la terreur du vivre qui l’abolira en chaque individu. Il faut tenter un effort mental, magnétique, chamanique qui jamais ne s’en tiendra aux lettres froides qui ont reçu l’imprimatur.

« la langue bruit et/on n’écrit pas dans le noir ».

Louve. Combativité de la louve donc. Poème qui a fondé la Cité romaine et que l’on ne saurait exclure du poème (car le poème n’est pas rancunier d’avoir été exclu de la Cité grecque). Il faut de la pensée pour fonder une Cité. Le sens du récit comme de l’allaitement. Le grondement paie son tribut au signifiant mais le nourricier ne peut se passer du signifié et d’Histoire. Il faut vraiment remercier l’auteur de sa démarche, de ce témoignage inspirant là. On ne le croyait pas possible et il ne cesse de swinguer sur plus de cent pages. Il fournit un troisième temps dialectique au poème. Réconcilie Lacan et Homère si l’on veut. On ne sera pas étonné d’ailleurs, à se souvenir d’autres livres de Claude Ber, que ce soit Orphée qui comprenne les deux. C’est bien cela le poème. Une chanson violente mais qui a appris l’art du combat comme la sérénité du zen. Une écriture expérimentale qui n’aurait pas renoncé à expérimenter le monde et à le consigner sur la page sans prétendre au moindre livre des morts ou de la folie. Certes la louve doit souvent se défendre contre ce qui déchire le tissu de la Cité. Les espaces de respiration ne sont pas si fréquents, bien qu’elle prétende s’intéresser aux sagesses orientales du souffle. Nous ferions bien de nous inspirer de son entraînement et de son pouvoir de récupération. Ce qui est, cette récupération non pathologique du passé et cette capacité non démagogique d’entraîner, tout le sens de ce qu’est une poésie authentiquement politique.


Bulletin de l’Académie Mallarmé, 2015








ARTICLE DE FRANÇOISE HAN DANS LES LETTRES FRANÇAISES

Des fragments et de l’inachevé

Le poème est toujours inachevé, ouvert à de nouvelles mises en œuvre, il est par essence un fragment. Claude Ber adopte, non sans humour, cette notion, en annonçant comme « fragments », au pluriel, chacune des dix parties de son nouvel ouvrage épître Langue Louve.
Ces fragments sont donc les constituants d’une épître – d’une lettre en vers, si nous nous en tenons à une acception qui a ses antécédents en littérature – mais précisément, elle n’est pas à prendre au pied de la lettre. Il y des vers, il y a des morceaux en prose dans ladite lettre.
à qui s’adresse-t-elle ? Au lecteur, certes, mais pas seulement. Elle s’emploie à rétablir un dialogue interrompu. Des passages à la première personne du singulier alternent avec ceux, en italique, introduits par « dit-elle », « dis-tu ». La séquence Fragments 8 débute par « L’interrompu du portable qui coupe » et reprend ce thème tout du long « c’est ce que je te disais avant que le réseau ne coupe ». La coupure téléphonique est une litote pour exprimer celle, définitive, imposée par la mort. Il ne faut pas laisser disparaître entièrement la personne défunte, il faut continuer à prononcer son nom : « mais on est moins gisant à / être encore nommé » (Fragments 10), il faut s’entretenir avec elle.
Autre destinataire, l’auteur. Tout artiste, tout poète, s’interroge sur soi-même au travers de ses créations, sans jamais atteindre le point final. L’inachevé de soi est un précédent ouvrage de Claude Ber, en compagnonnage avec le peintre Pierre Dubrunquez.
Le deuxième mot du titre, « langue », désigne aussi bien l’organe du goût que celui de la parole, le second tout à la fois outil et source d’énergie du poème. Claude Ber nous le fait voir en action : «  nos voix couchées en nous / avec l’envie de vivre comme un mot sur la langue / à déglutir les multiples de l’univers » (Fragments 1). Langue se dit aussi d’un système d’expression propre à un groupe. S’exprimer en plusieurs langues multiplie les chances de retenir ce qui s’en va : « Retiens nous amour my love lieblich Wölflein luce de la mia vida […] Braille ou balbutie quelque chose qui retienne un instant la main sur l’ici » (Fragments 5).
Elle est louve, cette langue, dit le troisième terme du titre, « langue louve sauvage / et nourricière » (Fragments 10), telle la bête carnassière qui allaita Romus et Romulus. Secondairement, le mot a deux emplois technologiques : la louve est, d’une part, un instrument à lever les pierres de taille et, d’autre part, un filet de pêche. Les deux ont leur application dans épître langue louve : la force qui soulève les pierres du langage et le filet qui capture et ramène en surface les mots.
énoncé dès le début, un besoin de lumière guide l’écriture et la voix, l’une l’autre en relais : « l’en-corps de la voix/ voit / l’autrement des / yeux ». échos, résonances, assonances, rythment la respiration. Ce monde confus n’étouffe pas Claude Ber. Elle lance, en titre de Fragments 9, un J’etc, belle audace linguistique dédiée à sa quête de lucidité ; celle-ci parcourt sans fin le proche et le lointain, nommant tour à tour ce qu’ils recèlent, « grillons et galaxies ».
Plus vaste est la vie quand « la langue bruit et / on n’écrit pas dans le / noir ». Ce sont les tout derniers vers d’épitre Langue Louve.
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Extrait de la Chronique de poésiede Françoise Hàn – Les Lettres françaises n° 127 – 11

ARTICLE DE GIOVANNI DOTOLI DANS LA REVUE SKÈNE

Claude Ber, Épître Langue Louve, Paris, Éditions de l’Amandier, 2015, 112 p. (« Accents graves / Accents aigus »).

Claude Ber est née le 13 juillet 1948 à Nice, « du croisement libertaire d’anarchistes florentins et basques, lignée ombrageuse quant à la liberté, rétive à tout embrigadement, peu encline aux croyances », affirme-t-elle.
Elle vit à Paris, en donnant de multiples lectures et conférences en France et à l’étranger. Agrégée de Lettres, elle a enseigné les lettres et la philosophie en lycée et en université, puis a occupé des fonctions académiques et nationales. Elle est poète et auteur dramatique, surtout poète, dirais-je, du fond de son cœur et de son âme. À ce titre, entre autres, elle a obtenu le Prix de l’Académie des Sciences Lettres et Arts de Marseille pour l’ensemble de son œuvre poétique (1994) et le Prix International de Poésie Francophone Yvan Goll (2004), et a été nommée Chevalier de la Légion d'Honneur (2001).
Voici ses principaux ouvrages poétiques : Lieu des Épars, (1979), Alphabêtes (1999), Sinon la Transparence (1996, réédition en 2008), Le nombre le nom (2009),
Vues de vaches, photographies de Cyrille Derouineau (2009), L’Inachevé de soi, peintures de Pierre Dubrunquez (2010),
Le Livre, la table, la lampe (2010), La Mort n’est jamais comme , (2004, en 2011 4e édition), enfin Épître Langue Louve, en 2015.
J’adore la poésie de Claude Ber. Je l’ai entendue une fois dans un lycée de Versailles, et j’ai été foudroyé par sa façon de dire le poème, avec une entrée totale au cœur du mot. Quand je lui ai demandé un témoignage sur sa langue poétique pour l’un de mes livres, entre autres, elle a déclaré : « Chacun a sa manière. La mienne est de travail sur des blocs langagiers, matière de langage brut, où il s’agit de taille, d’ajustement, de soustraction, mes obsessions de variations lexicales, syntaxiques et rythmiques comprises. Tissu texte aussi qui se plie, se replie, se noue dans le poème, là où la prose déplie. Dans cette ‘feuillature’ pour reprendre ce mot artisan qui dit la densité du poème – couche sur couche et maximum de sens sur minimum de surface ! – et sa tension où tout (lexique, images, figures, sons, rythmes, disposition dans la page etc.) fait sens en tous sens. Dans du donné imprévisible, de l’inattendu, quelque chose qui échappe à toute illusion de maîtrise et du pesé, compté, calculé. Un dosage de faire et de ne pas faire qui vaut parcours initiatique pour le dire avec humour ! ».
Claude Ber fait donc premièrement un grand travail de langue. Le titre aussi de ce livre le rappelle. La langue est au centre, entre l’épître – le poète écrit au monde et à chaque individu – et la louve. Donc entre le ciel et la terre, la langue s’adressant aux autres et à la réalité vraie.
À chaque ligne d’Épître Langue Louve, on perçoit « un besoin de lumière dans une obscurité un sentiment d’obscurité » (p. 9). Cela me rappelle la phrase latine « lucem demonstrat umbra », « l’ombre prouve la lumière ». C’est à travers la langue que Claude ouvre un point dans l’ombre, pour faire jaillir la lumière, comme l’eau qui sourd d’un rocher. Et c’est le miracle de la langue.
Les disproportions s’annulent et le mot – pour Claude le mot est l’énergie la plus intense – pénètre les secrets du monde. Claude Ber manipule le mot comme un sculpteur, en fait une pâte dense et douce, pour entrer « entre les ombres de la caverne et les bavures d’huile sur le béton » (p. 29).
Claude Ber serait-elle futuriste ? Parfois elle écrit à la façon de Marinetti, il est vrai. En réalité, son ascendance – je l’ai écrit et je le confirme – est mallarméenne. Comme Mallarmé, elle connaît « l’envers invisible » du langage, ses horizons et se portes, ses résonnements et ses silences.
Ce livre est une « somme », provisoire sans aucun doute, mais un résultat important de la méditation et du discours sur la parole, c’est-à-dire sur la condition humaine, pour parler Montaigne.
Vers ou prose ? Claude Ber ne se pose jamais ce problème. Langue dit-elle, et agit-elle, par le souffle d’un rythme musical rappelant la jazz ou le rap. Sa parole circule comme celle d’un tribun, dans son corps vivant de poète, dans ses variations qui sont des coups de marteau et d’épée d’argent, simultanément.
Une polyphonie de voix apparaît, celle de Claude Ber et de nous tous, des voix de l’histoire et de l’écriture, des voix d’interrogation, à chaque ligne/vers. Joie et douleur, tragicomédie et comédie, densité du poème et parole au vent, afin que le point le plus lointain puisse entendre clairement.
Claude Ber utilise une sorte de dialogue théâtral poétique. C’est un choix capital, qui fait de la poésie l’arme la plus puissante du dialogue, en ce monde de plus en plus fermé : « Les portes claquent devant nous, mais nos paumes restent ouvertes » (p. 95). Le poète a secoué « le fagot de syllabes » (ibid.). C’est que « la langue bruit et / on n’écrit pas dans le /noir » (p. 102), C’est le dernier mot du livre et du poème, de l’espoir et de la parole.

GIOVANNI DOTOLI
Université de Bari Aldo Moro

SKENE, Revue de littérature française et
italienne contemporaine", n. 6, décembre 2015-janvier 2016.

Jeudi 13 Octobre 2016
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cb
22/11/2010