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09/02/2011


REVUE DE PRESSE

IL Y A DES CHOSES QUE NON, Editions Bruno Doucey 2017

ARTICLES PARUS
D'autres sont en cours de parution dans Europe, Place de la Sorbonne, Triages, Recours au poème, CCP etc



Lecture de Claude Ber à la Maison de la Poésie de Paris, par Matthieu Gosztola, Poezibao

« [U]n livre, c’est d’abord un objet particulier qu’on touche, qu’on voit, aléatoirement qu’on sent, mais qu’on n’entend pas. Le grand problème est donc de savoir quelle voix peut sortir du livre, ou plutôt comment le livre peut faire surgir quelque chose comme de la voix […] », écrivent Christian Biet et Christophe Triau dans Qu’est-ce que le théâtre ? (Gallimard, collection Folio essais, 2006).


Frédérique Wolf-Michaux, comédienne, chanteuse, metteur en scène, nous a offert, ce mercredi 25 janvier, une « Célébration de l’espèce » bouleversante (cf. Il y a des choses que non, p. 25-35).
Les notions de style, de timbre, de ton, qui renvoient à une écriture et à une lecture apparemment abstraites et silencieuses, sont devenues ostensiblement phonétisées, rythmées et poétisées. Son intervention a consisté à « physiquement et mentalement travailler sur la lecture du texte », en s’appuyant sur la phonématique du texte, sur le rythme, la prosodie, le ton…, pour en dégager « un sens ou [plutôt] une série de sens » (Christian Biet et Christophe Triau, op. cit.). Mais était-ce pour « participer à une interprétation figurale du propos et du mouvement global fixé par le texte, sur la page » ?

Non ; c’était pour toucher, comme, lancé, le fer d’une pioche dans la terre atteint une pierre invisible et qui résonne, la vérité du texte.

Cette expérience, tout un chacun peut tâcher de l’entreprendre, dans l’intimité de sa lecture.

La parole a déjà lieu dans la lecture, avant même son actualisation scénique, « puisque le lecteur est, en quelque sorte, forcé d’articuler silencieusement » et d’entendre la voix muette, plurielle, « qui est poétiquement inscrite dans le texte qu’il lit » (Ibid.).
Lexique, rythme, prosodie, phonématique, idiome spécifique doivent alors être repris par le lecteur et inscrits dans son corps, afin qu’il mastique les sons et les mots qu’il lit.
Au contraire de Novarina, qui « assigne au lecteur une mastication orientée vers l’origine phonétique et lexicale du jaillissement des mots » (Ibid.), Claude Ber assigne au lecteur une mastication orientée vers la vie, vers sa richesse inénarrable (et qui pourtant réclame narration).

L’oralisation de la lecture (par Claude Ber, Frédérique Wolf-Michaux et Bruno Doucey), étape qui a permis aux personnes présentes de s’approprier l’œuvre, au cours de cette soirée mémorable à la Maison de la poésie de Paris, nous a montré, s’il en était besoin, combien l’écriture de Claude Ber, loin d’être cryptique, nous atteint, nous touche au cœur, dans une forme de riche et limpide fragmentation, qui est celle du sens et celle du vivant.

Lire et écouter Claude Ber, c’est faire l’expérience et d’un surcroît de vie et d’un surcroît de sens, qui déterrent, main tendue, main debout, cette pulsation autrement (bien souvent) sourde : exister.


Angèle Paoli, Terres de femmes

Claude Ber, Il y a des choses que non,
Éditions Bruno Doucey, Collection « Soleil noir », 2017.


Lecture d’Angèle Paoli

AU LOINTAIN D’EXISTER
NOUS NOUS JOIGNONS



De l’herbu de la langue émerge le NON. Trois lettres palindromes pour s’ériger contre. Pour dire la résistance. Un mot hérité de longue date depuis la lointaine enfance. Un NON qui résonne clair dans la mémoire et rejoint la phrase-clé qui irrigue de bout en bout le dernier recueil de Claude Ber : Il y a des choses que non.
L’enfant d’alors ne comprenait pas toujours le sens de cette phrase lancée dans sa langue rugueuse par la grand-mère paysanne pour ponctuer son discours. L’enfant comprendrait plus tard. C’est ce que disait aussi l’aïeule à sa petite fille qui lui posait des questions.
« — Ma fille, répond-elle, il y a des choses que non. Tu ne sauras peut-être pas toujours à quoi dire oui, mais sache à quoi dire non. »
Résister donc. L’aïeule savait de quoi il retournait. Elle était entrée dans la Résistance, tout comme son fils René Issaurat et comme René Char le poète. Ainsi l’histoire personnelle de la poète rejoint-elle la grande Histoire. Et Claude Ber rend ici hommage à ceux qui se sont battu pendant la guerre pour défendre la liberté et lutter contre l’envahisseur. La poète dédie son recueil à « Louise Thaon, FFI n° 180537, paysanne anonyme, qui a dit non et à tous ceux et celles qui, partout, à chaque instant, continuent encore et toujours de dire non. »
Ainsi, depuis l’enfance, où régnaient boucs chèvres et vaches des montagnes alpines, menées sous la houlette de la grand-mère Louise, le Non a-t-il fait son chemin et continue-t-il toujours de creuser sans relâche le sillon de la langue, ses tunnels, ses rivières, ses filons qui ne demandent qu’à refaire surface. La poète Claude Ber sait ce travail de forage qui la conduit en des lieux multiples et jusqu’au fin fond des mers pour exhumer dans sa pêche aux mots les noms de poissons oubliés de tous et ramener dans ses filets « Ophiura les bras grêles, Acanthopsis le long nez, Brachygobius belle abeille, Percula le clown, Pogonias le tambour, Ductor le pilote »… et tant d’autres qu’elle convie à rejoindre la troupe en lançant :
« venez les noms c’est nous !
Et de loger tous les univers à la même enseigne en écrivant :
« La torche du langage brûle aussi sous les vagues. Dans le pétillement acide du désert, la bruyère des landes, la tiédeur des mangroves. Sous le lac d’où jaillit l’épée chevalière. Dans le tunnel qui nous relie au rien. Trou vacant du nom évacué. »
La langue de la poète perce cheville fore sonde crache invective fulmine. Elle est
« [...] la langue
résistante
la langue consistante
la substantifique langue de la moelle des mots et des morts
où résiste la langue au mirador
où résiste la langue à l’obscénité de transparence
où résiste la langue à l’asservissement
où résiste la langue à l’avilissement
où résiste la langue sous la dent
et tient ferme le poème en bouche dans la langue du bouc
qui broute le chardon dur
langue de bouc et de boue »
Lorsqu’il s’agit d’évoquer les siens, leur histoire, leurs luttes, leurs conseils, la langue se fait fidèle, attentive à se saisir des parlers de sa famille :
« — Fais attention ma fille. Il faudra faire marcher ta cervelle. Les choses ne sont jamais simples. Il faut être vigilant. Veiller bien. Et d’abord sur soi-même. »
Ou encore : « J’ai combattu une idéologie non un peuple, fillette. Le pire peut naître en tous. En chacun de nous. Sois vigilante. Je te fais confiance. Veille bien. »
Ou plus loin, dans « Je ne sais l’Algérie que d’oreille » :
« — Fais attention, fillette. Les victimes peuvent aussi devenir des bourreaux. Et même de soi, il ne faut pas se vanter d’être sûr. »
Elle se fait tendre, la langue, lorsqu’il s’agit de faire revivre les paysans, gestes et mœurs de jadis dans les montagnes, odeurs, parfums petits métiers d’antan à jamais disparus, objets de la vie courante, leurs reflets, leur mémoire. Ainsi la poète n’hésite-t-elle pas à rameuter dans de nombreux flash-back, les souvenirs qui l’ont forgée et nourrissent aujourd’hui la poésie engagée (et enragée) d’Il y a des choses que non.
« On ne dit jamais qui nous sommes », écrit Claude Ber dans la section de « L’Inachevé de soi ». Sans doute. Mais il n’est pas pensable (du moins pour la lectrice que je suis) d’écrire un tel recueil sans dévoiler tant soit peu une part de soi-même.
De section en section — sept au total —, Claude Ber maintient le lecteur hors d’haleine et le conduit à travers sa langue rebelle. Elle se penche et rassemble « le trésor éparpillé » qu’elle reconstitue dans une langue qu’elle fait saliver en bouche, depuis « Le livre la table la lampe », texte inaugural jusqu’à « Je marche », texte final, en passant par « Célébration de l’espèce »/ « Je ne sais l’Algérie que d’oreille »/« L’inachevé de soi »/ « Lisant Lucrèce »/« Tous tant que nous sommes ».
Ce sont mots qui roulent s’abîment foisonnent se burinent se barattent. Faisant surgir au cœur d’une métaphore filée savoureuse qui prend ses racines dans le monde de l’enfance et du père, une définition personnelle de la poésie :
« Il faut sac à dos pour un bivouac si précaire qu’est vivre. À ce déjeuner sur l’herbe d’une vie j’ai fait de poésie un plat de résistance qui peut sembler bourrative pitance, estouffa babi en patois alpin des Francs-Tireurs et que je traduis poésie égale maximum de sens sur minimum de surface
ration de survie pour des temps de disette mentale. »
Et un peu plus loin dans le même poème de la première section, rendant hommage aux deux René, René le poète et René le père, Claude Ber confie :
« Je n’ai vu que le poème et le courage faire pièce au terrible. »
La langue, si semblable souvent à un félin lâché en pleine savane, n’en est pas moins savante et rigoureuse. Ensorceleuse, aussi. Les six pages haletantes de « Célébration de l’espèce » en sont un parfait exemple. Texte performance qui tient en suspens dans une sorte de transe ou de cyclone, pour dire l’impuissance à se livrer à pareille célébration. Ce long poème interroge dans ses enroulements ophidiens l’espèce humaine. En proie à ses contradictions multiples, notre espèce choisit la mort par terreur de la mort et, partant, se livre continûment à l’extension généralisée des massacres.
« Le cœur de mon espèce est le charnier métaphysique de la mort. »
Le final de la section se clôt sur un tourbillon dense dans lequel le mot « espèce », répété trente fois – il ouvre et ferme chaque groupe énumératif construit sur des oppositions – emporte dans un maelstrom qui donne le vertige. Un morceau d’anthologie pour dénoncer les exactions commises par l’espèce dominante qu’est la nôtre. Espèce destructrice s’il en est et difficile à aimer « continûment » sans faillir.
Après cette parenthèse sur l’Espèce humaine, Claude Ber reprend le chemin de l’Histoire avec « Je ne sais l’Algérie que d’oreille ». La troisième section du recueil renoue avec les souvenirs familiaux. La poète ici encore rend hommage aux siens qui affichaient ouvertement leur choix d’une Algérie Algérienne. À nouveau, l’enfant se trouve confrontée à une complexité qui la dépasse et dont elle ne comprendra que plus tard les rouages et les enjeux.
« C’était compliqué pour l’enfant. Il y avait ceux d’ici et ceux qui venaient de là-bas, dont les uns étaient Algériens, les autres Français, il y avait les Fellaghas, les Pieds-Noirs, les Harkis, des noms que j’entendais comme ceux des tribus indiennes de bandes dessinées au milieu d’autres Hurons, Iroquois, Cheyennes ou Apaches. »

Et l’adulte de faire chanter, à travers une longue énumération, cette Algérie qu’elle « ne connaît que d’oreille », par le rythme intérieur hérité de l’enfance. Elle rend ainsi hommage à tous ceux et celles de ces ami(e)s, émaillant le poème de leur nom et mêlant histoire personnelle à l’Histoire.
Il y a tant d’histoires qu’il est impossible de les dire toutes. « Il y en a trop pour le si peu que je connais. »
Cependant pareil défi relève du tour de force. La poète, en proie à un sentiment de lassitude, confie toute la difficulté qu’il y a à vouloir rendre compte de l’Histoire. Elle se heurte au caractère vain d’une telle entreprise :
« À me livrer à tous les embouts de la parole, je vis dans le silence médian qui la creuse.
D’un même mouvement je dis et je tais, j’inscris et j’efface… »
La poète rebondit. Et le lecteur retrouve la figure tutélaire de la grand-mère, son caractère haut en couleur, son franc-parler et ses idées sûres, dans la section « Nous tous tant que nous sommes ». C’est à Louise Thaon que Claude Ber doit cette expression qui scandait le discours de l’aïeule libertaire. Paysanne et Résistante, sachant dire Non aux injustices inégalités et tyrannies de son temps, la grand-mère sait aussi rire d’elle-même. Se moquer de son statut de « bonne-à-tout-faire » et « de bonne-à-rien ». Foncièrement rebelle, elle a conscience que rien jamais ne changera, que les pauvres toujours plus nombreux seront condamnés à le demeurer.
Rien décidément ne change. Mais il y a toujours « des choses que Non » ! Dont on sent bien qu’elles taraudent la poète au plus profond ; un bouillonnement intérieur qui atteint le lecteur et l’emporte, en partage, dans une même colère.
Les yeux rivés sur le bitume, la poète continue d’avancer. « Je marche ». Elle marche avec, chevillée au corps, la conviction que quelque chose s’est brisé, qui relègue le passé vers un inaccessible que les mots peinent à rejoindre. Tout ce qui a percuté notre monde est de l’ordre de l’impensable. Il s’est produit, écrit-elle dans la très intense section « L’inachevé de soi »
« quelque chose de plus inquiet que moi qui me dépasse
halètement anonyme s’essoufflant aussi dans ma poitrine. »
Quelque chose comme « un déclin et une douleur »
« La déroute de l’esprit. L’ennoiement de la terre. Et une misère de toutes sortes. Mutique et bavarde. Et bavarde la pire d’ici où je vis. Misère du dedans. Riche et lâche. Des débris de crevettes et de crabes crissent sous les semelles.

À force de sel crisse aussi dans les yeux... »
Comment affronter ce qui dépasse ? Comment surmonter ce qui imprime au corps et au cœur pareille douleur?
Relire Lucrèce et son De natura rerum. Retrouver à la lumière de sa sagesse ce dédain des dieux, ces rythmes qui scandaient la « délivrance,
un comment être heureux au défi de la mort ».
Lui emboiter le pas et écrire à sa suite pour dénoncer « l’inéquitable, barbare et pathétique » qui se vit dans un « ici maintenant » inhumain et brisé. Et se laisser porter par « l’obstination d’écrire ». Se fondre dans « l’intensité du détail » qui « apaise ».
« Prends l’arrosoir pour que demain ne s’éteigne pas dans le noir si noir d’au-delà de la nuit. L’immensité se cueille au jardin comme les fleurs de courges. »
Et même si « vivre n’est accordé que par intermittence », profiter de l’oubli bénéfique qui écarte momentanément la lassitude de vivre et se laisser bercer par la tendresse.
« Je passe le bras sur ta nuque. Ta peau est légère. Tes cheveux parfumés.
Est-ce un pressentiment d’éternité leur glissé entre mes doigts
à te lever cette élégance
et la voix résonnant pour nous seuls quand nous aimons.
Au lointain d’exister
nous nous joignons. »
À cela qui est l’amour, la poète dit OUI.



Mireille Sanchez, Destimed

http://destimed.fr/La-Bibliotheque-de-Mireille-rencontre-avec-Claude-Ber-auteure-d-Il-y-a-des


La Bibliothèque de Mireille : rencontre avec Claude Ber, auteure de "Il y a des choses que non" aux éditions Bruno Doucey
dimanche 5 février 2017
© Adrienne Arth
Un livre est vivant. Vivant de la vie de son auteur, de sa sensibilité, de son histoire, de sa vision des choses mais aussi de celles de ses lecteurs. On n’écrit pas hors de la conscience de ce partage. Claude Ber
Rencontre avec Claude Ber poète, dramaturge, essayiste, auteur d’une quinzaine d’ouvrages et dont l’œuvre littéraire, reconnue, accorde une place majeure à la poésie.
Destimed : Bonjour Claude Ber. Vous venez de publier "Il y a des choses que non" aux éditions Bruno Doucey… Vivez-vous l’écriture comme une exigence, une posture de la vie ?
Claude Ber : Les deux. Comme une posture, une manière d’être au monde, de le vivre, de l’expérimenter et d’essayer d’en déchiffrer des bribes. Le terme de posture s’oppose ici à pause comme à imposture. La posture poétique est, en ce sens, une façon d’appréhender le monde, de le questionner comme de se et de nous questionner. Cette posture, cette démarche surtout (car c’est un mouvement non une position immobile) est aussi une exigence bien sûr, ne serait-ce que du point de vue de l’écriture, que je ne peux penser autrement que comme s’interrogeant sans cesse sur elle-même, sans cesse cherchant ailleurs, autrement dit, autrement dire.
L’écriture de l’auteur dramatique et celle de la poète, que vous êtes, relève-t-elle d’une même théâtralité ?
Quand on parle de mes écrits de théâtre, on souligne souvent une « poétique » du théâtre comme cela a été le cas dans un master récemment consacré à cette dernière. Et quand il s’agit de mon écriture en poésie, vous, comme d’autres, m’interrogent sur sa théâtralité… C’est que, même s’il y a distinction entre les deux, il y a aussi liens et passages. Et ce pour deux raisons. De manière générale, en poésie, je travaille sur sinon le mélange du moins sur la porosité des genres. Ces derniers certes ne se confondent pas, un livre de poème n’est ni une pièce de théâtre ni un roman, mais il y a de la porosité entre ces formes littéraires. Dans "Il y a des choses que non" pour parler du dernier texte paru, comme dans le précédent d’ailleurs "Épître langue louve", j’ai travaillé des textes qui passent du vers (au sens de rythmique scandée par l’aller à la ligne) au poème en prose avec des inclusions de fragments de récit, de passages narratifs comme dans « Le livre, la table, la lampe » ou « Nous tous tant que nous sommes ». « Je ne sais l’Algérie que d’oreille » est un poème en prose narratif comme d’ailleurs l’est le poème en prose à son origine, chez Baudelaire par exemple, pour ne pas citer ensuite Michaux et bien d’autres. Ces variations font depuis longtemps partie du poétique.
En ce qui concerne plus spécifiquement le théâtre, ce qui, je crois, fait parler de théâtralité est l’oralité, le souffle et la dimension sonore présents dans mes textes poétiques, plus ou moins fortement suivant les textes, mais dans une perception du poème qui implique le corps, la respiration, les poumons, la bouche, la langue, les lèvres. Cette oralité est à l’origine du poème, quand, initialement, le poème était chanté ou proféré en public avec une structure d’ailleurs parfois même liée aux mouvements du chœur comme chez Pindare. Mais restons à aujourd’hui. La dimension orale, vocale du poème est présente dans la poésie contemporaine de manière différente, parfois, primordiale comme chez les performeurs. Je n’appartiens pas à ce courant de la poésie (si les courants d’ailleurs permettent de situer, ils ont aussi le défaut de rigidifier et d’enfermer dans des catégories simplificatrices voire caricaturales), mais la dimension sonore (le rythme, les échos et écarts) m’importe autant que la dimension visuelle des images. C’est, je pense, cette implication du corps et cette attention au sonore qui font écho avec le théâtre, lieu d’incarnation de la parole dans un corps, en même temps qu’écart aussi. Mon écriture de théâtre fait partie de ce « théâtre de langue », dont parle Michel Azama dans son panorama et son anthologie du Théâtre contemporain (Godot à Zucco aux éditions Théâtrales), où, avec justesse, il me classe, en cela elle est, de son côté, liée au poème et au travail moteur de la langue.
Je parlerai donc plutôt de dimension autant orale qu’écrite de la langue plutôt que de théâtralité, qui est un terme plus large et implique aussi une dramaturgie. Dramaturgie qui a existé aussi dans le poème notamment dans le « poème dramatique » au sens initial où « drame » signifie action et non pas mélo, histoire sombre comme souvent aujourd’hui. Racine est à la fois poète et auteur dramatique indissociablement, mais ses textes, pour poétiques qu’ils soient absolument, sont du théâtre. Mes textes en poésie sont du poème quelle que soit la dimension « théâtrale », et je préfèrerais quasi dire « pulmonaire », qu’ils peuvent parfois, car ce n’est pas toujours le cas, déployer.
L’acte d’écrire lui-même n’isole-t-il pas, justement ou injustement, l’auteur du monde que ses mots disent, crient, énoncent ou dénoncent ?
Je n’en ai pas le sentiment. L’écriture est au contraire une façon d’aller au monde, d’être présent à lui, de le questionner, de le penser à travers la langue. Je n’ai pas cette représentation du poète isolé, qui est très loin de moi comme de ma façon de vivre et d’écrire.
Bien sûr l’écriture exige distance, y compris recul par rapport à ses propres sensations et émotions, de façon à les rendre audibles si je puis dire, à donner place à celui qui lira. Car la question de qui écrit n’est pas de sentir ou de penser – tout le monde le fait et l’écrivain comme les autres- mais de faire ressentir et de mouvoir l’autre (émouvoir c’est mettre en mouvement) ; l’acte artistique est tentative de partage de ce qui est éminemment singulier ; quand il y parvient c’est qu’il atteint ce singulier partageable qui peut toucher alors sinon tout le monde du moins n’importe qui… Mais cette distance interne à l’acte d’écrire n’a rien à voir avec une quelconque coupure avec le monde.
C’est ici et maintenant que j’écris, dans et avec cet ici et maintenant et avec aussi le ici et maintenant de la langue et de l’histoire de l’écriture.
Ce texte Il y a des choses que non a, il est vrai, plus particulièrement, des accents de dénonciation ou d’indignation, mais cela ne le résume pas. J’écris aussi des essais, je donne des conférences, qui, elles, sont le lieu d’une autre parole et d’une autre écriture. Tout ne se mélange pas même si c’est une voix et une vision qui traversent ce qu’écrit chaque écrivain. On ne saurait pour autant l’assigner à un seul versant de sa parole. C’est justement le pluriel des tonalités et des voix, que permet le poème. Il est polyphonique, polysémique. C’est cette pluralité, ces nuances que je travaille dans tous mes textes. Entre « Célébration de l’espèce » « L’Inachevé de soi » ou « Lisant Lucrèce » elles sont très distinctes même si un même fil conducteur les lie. Le fil conducteur, le pivot de ce livre, c’est l’histoire, notre histoire collective qui emporte les minuscules histoires de chacun et chacune. C’est ce qui en fait la cohérence, et j’emploie toujours le terme « livre » et non « recueil » car je ne rassemble pas des poèmes épars, même si se juxtaposent des poèmes écrits à des moments différents, chaque livre que j’écris est construit et structuré par une cohérence interne, qui va faire dire par exemple que La mort n’est jamais comme est charpenté autour de la perte et du deuil, Épître langue louve autour de l’amour, Il y a des choses que non autour de l’histoire, mais tous parlent d’amour, de vie, de mort, de notre histoire et de nos histoires. L’amour est fortement présent dans Il y a des choses que non sous ses multiples formes, y compris de l’éros, même si le livre s’ordonne autour de l’écho de l’histoire.
Et puis comme je l’écris dans « Le livre, la table, la lampe », il ne faut pas oublier que le lecteur se lit aussi à travers un livre, qu’il y a égale part. Certains retiendront davantage l’indignation qui résonne dans Il y a des choses que non, et elle est présente, d’autres le questionnement intérieur, et il est présent, d’autres encore la célébration de l’amour comme contrepoint à l’horreur souvent de notre histoire, et elle est présente… Fort heureusement un livre est une liberté et le poème plus que tout, lui qui est antithétique de tout système et encore plus de l’illustration d’une thèse. Il est pluriel plurivoque… et le lecteur privilégie aussi ce qui le touche de manière plus vive. Nous avons tous fait l’expérience de la relecture de livres, dont nous découvrons parfois des années plus tard des dimensions auxquelles nous avions été moins sensibles lors d’une première lecture. Un livre est vivant. Vivant de la vie de son auteur, de sa sensibilité, de son histoire, de sa vision des choses mais aussi de celles de ses lecteurs. On n’écrit pas hors de la conscience de ce partage. Une fois le livre écrit, il échappe à l’auteur, appartient aussi aux lecteurs et à leurs lectures plurielles…
Diriez-vous que vous êtes entrée en poésie comme on entre en résistance ? Ce choix littéraire, s’il en est un, s’impose-t-il à vous comme une évidence ?
Non, je ne dirais pas cela. Déjà ma réponse précédente soulignait que réduire à un seul terme une écriture l’enfermerait dans le schématisme d’un étiquetage, qui est aux antipodes de l’écriture. Il y a longtemps que je suis entrée en poésie et on ne peut pas ramener ce que j’écris à ce mot de « résistance », ou alors il faut le prendre dans une sens très large quand toute démarche artistique s’oppose au lieu commun, au déjà dit et au pré-pensé. À un monde où règne le minimum de sens sur le maximum de surface, l’écriture, et le poème notamment, oppose un maximum de sens sur le minimum de surface ! C’est lecteur actif que l’écriture appelle et non une clientèle passive d’un supermarché de la non pensée. Une écriture dense, résistante au double sens de nourricière et non prédigérée, oui, mais ne faisons pas de ce mot, qui apparaît dans ce livre et que je définis d’ailleurs comme « élan allant » dans « Le livre, la table, la lampe », une sorte de manifeste de mon écriture qu’il n’est pas.
Ce livre, Il y a des choses que non est, certes, plus spécifiquement ancré dans un rapport au monde, non pas politique au sens courant du terme, mais en rapport avec le présent et l’avenir de la « polis », de la cité, aujourd’hui mondiale. Mes livres le sont toujours plus ou moins, mais ce dernier a répondu à la nécessité intérieure de ne pas rester muet devant ce qui se passe en ce moment et qui suscite interrogations, inquiétudes voire angoisses. Même si mon texte n’aborde pas ces questions frontalement, dans un engagement direct, qui n’est pas ma manière, mais à travers une méditation plus large sur l’histoire et sur notre humanité.
Le livre s’articule autour du texte central « l’Inachevé de soi » avec de part et d’autres trois poèmes tournés vers la mémoire de notre histoire récente (dernière guerre mondiale, guerre d’Algérie) et vers notre présent et notre avenir (« Célébration de l’espèce », « Je marche » etc), les deux thèmes se mêlant d’ailleurs dans les textes. Alors oui, résistance car « il y a des choses que non ! », mais non, pas seulement, alliance et célébration aussi car « il y a des choses que oui ! ». Et le livre fait part à la fois à ces choses que non (l’humiliation, la destruction de l’homme par l’homme…) et à ces choses que oui (la présence au monde, l’amour, la jouissance, le lien qui aussi lie l’homme à l’homme…). Certes la part d’indignation est forte, mais pas plus qu’il n’y a de mort sans vie et inversement, il n’y a d’indignation sans espérance. C’est ce paradoxe, cette dualité que d’une manière ou d’une autre expriment tous les textes du livre.
Dans un monde de plus en plus numérique, où l’immédiateté de l’image maquille souvent les informations, souhaitez-vous que votre poésie s’inscrive dans la justesse ou peut-elle s’aventurer dans la démesure, l’exagération ?
La justesse, essentielle pour moi, mais il n’est pour personne ni évident ni aisé de l’approcher. Cela dit, il peut arriver que cette justesse passe par l’emportement de la parole, mais c’est choix d’écriture ponctuel et conscient. On ne peut pas rabattre la parole poétique sur l’analyse. Même si le poème fait aussi report de la réalité à sa manière, il n’est ni du reportage ni du commentaire ni encore moins de l’information. S’il « informe » c’est quasi au sens étymologique, en donnant « forme » d’une autre manière que la langue figée du lieu commun, la langue de bois comme on dit familièrement. C’est d’abord dans et avec la langue que le poète fait insurrection au sens où il déroute, détourne d’une langue qui, à force de se contenir et de s’affadir, ne « dit » plus rien. De toute façon le « dire » du poème est d’autre nature. Le poème n’est pas là pour dénoncer la fausseté d’une information, il y a de bons journalistes et de bonnes émissions pour cela… Le poème change le point de vue, décale, distance, amplifie ou réduit, c’est selon, grossissant à la loupe ou réduisant comme une opération alchimique, ce qui est tout autre chose. Il essaye par là de faire entendre, là encore au double sens d’ouïr et de comprendre.
Le numérique quant à lui ne change pas grand chose à la visée et au travail du poème. C’est un outil. Un outil de diffusion du poème aussi. Beaucoup de revues sont sur site, j’en ai moi-même un (www.claude-ber.org). Il circule aussi du poème sur les réseaux. A une époque lointaine où on s’interrogeait sur la radio, Duhamel, je crois, avait dit qu’elle ne minimisait ni n’augmentait la bêtise, mais la rendait plus sonore, remarque qui remettait un outil à la place de ce qu’il est. Tout dépend de ce qu’on en fait.
Cela ne me conduit pas à négliger ce que peut représenter la révolution numérique, analogue à celle de l’imprimerie, mais ce changement concerne tous les domaines et bouleverse en tous sens nos modes de vie. Il ouvre la porte au déversoir d’imbécillité et de haine que l’on peut trouver sur internet, mais aussi à la diffusion amplifiée de l’inverse et du savoir. J’écris depuis longtemps sur ordinateur, mes livres sont publiés en version papier, certains textes aussi en version numérique. Beaucoup sont sur sites.
On peut évidemment se demander si cela change quelque chose au poème. Oui et non à la fois, mais pas simplement parce que le support est un écran lumineux, même si la lecture s’y modifie par rapport aux pages d’un livre, mais parce que cela est notre monde ici et maintenant et que comme je le disais précédemment le poème écrit avec et dans ici et maintenant en essayant de ne pas y être totalement absorbé, dans l’aveuglement du « nez sur le guidon » pour le dire à la diable. Ce recul, cette distance est dans la langue qui travaille, le travaille et nous travaille en même temps. Une langue à l’œuvre dans tous les sens du terme. Qui essaye de faire mouvement, de mettre en mouvement, de déplacer, décaler, raviver l’écoute et le regard quand le poème dit ce qui seulement peut se dire « en » poésie et qui échappe à la parole ustensilitaire.
Propos recueillis par Mireille Sanchez

Un jour l’enfant que j’étais, ne sachant guère de quoi elle parlait, demande à sa grand-mère pourquoi elle avait fait de la Résistance. – Ma fille, répond-elle, il y a des choses que non. Tu ne sauras peut-être pas toujours à quoi dire oui, mais sache à quoi dire non. Je ne sais pas si j’ai su, mais j’ai essayé.
Claude Ber, de son écriture tout à la fois puissante et subtile, fait sien le principe de sa grand mère qu’elle inscrit dans sa poésie avec une force de conviction inébranlable. Sept textes se succèdent au fil des pages du livre, de prose ou de vers ciselés, ajustés, animés du souffle de la résistance comme Le livre, la table, la lampe ou Je ne sais l’Algérie que d’oreille. Un autre texte, L’inachevé de soi, où - il est dur de dire le simple, l’émotion ténue -, expose la perspective d’un monde où nous pouvons être libres, une manière de dire pour sur-vivre, une façon d’être, - le meilleur s’arrête en nous et y demeure -. Et si le fil conducteur du livre est l’Histoire, le lien ténue et fort à la fois, d’un texte à l’autre, sont les minuscules histoires (et les immenses aspirations) qui rendent uniques les vies de chacun. Ainsi dans la Célébration de l’espèce ou Je marche, se mêlent présent collectif et avenir personnel. La lecture d’Il y a des choses que non est plurielle, au lecteur de s’approprier les textes, de leur donner un sens au-travers de son histoire propre, de ses émotions et de ses désirs.
Il faut lire Claude Ber pour la puissance du texte d’une femme libre et solidaire, pour les mots justement écrits et qui disent non à l’inacceptable. Il n’y a aucune fatalité dans la pensée de l’auteure, juste des encres jetées sur le papier pour vivre, résister et exister car il y a dans ce livre tant "de choses que oui !"
Mireille SANCHEZ

Extraits :
Nous tous tant que nous sommes
Qu’est-ce qui reste, demande-t-elle, une fois rabattu le caquet de la parole sur son impuissance ? Qui saura, je dis, arraisonner la langue à l’impossible ? La voilà qui se couche chien tremblant, la queue entre les pattes au seuil de l’inutile. Pitié pour ceux qui s’obstinent et peinent aux mots comme au silence. En l’un et l’autre rien que nos histoires de peu. Dans le débris de syllabes, il y a du vrai de nous.
Le livre la table la lampe
Il faut un sac à dos pour un bivouac si précaire qu’est vivre. A ce d"jeuner sur l’herbe d’une vie j’ai fait de poésie un plat de résistance…
L’inachevé de soi
Toujours la langue veut dire. L’air. L’eau. La terre. Les écluses du corps. Les séjours de l’esprit. L’immensité captée dans un miroir de poche. Le loin de la fenêtre vu. Ciel découpé au carreau et sa hauteur à portée de main. Lumière traversière que je traverse comme un chuchotement tant est naine ma taille à proportion. Instant précieux. Fugacement, sur la soie tiède d’un rai de lumière le temps voluptueux. Derrière la herse de rayons, une perfection accessible. Clarté de l’air tombée des toits pentus…
Je ne sais l’Algérie que d’oreille
Entre le bavardage de la conciergerie planétaire et le chant lointain de ceux qui se souviennent d’une langue et d’une terre, où se dessinent les silhouettes nerveuses et émaciées de ceux que je ne connais pas et qu’à peine j’imagine, j’entends le nom. Ce sont images non d’œil mais d’oreille. Je ne connais l’Algérie que d’oreille, du ouï-dire de ses exilés et de ses poètes.
Célébration de l’espèce
Il faut être un joyau de l’espèce pour ne pas vouer aux gémonies une espèce aussi bornée et destructrice que mon espèce…
Lisant Lucrèce
Traversent-ils encor la rumeur du poème
le plaisir d’Épicure et l’ampleur de Lucrèce
leur saveur conjuguée de savoir et sagesse ?
Je marche
Je marche avec, contre, à la suite ou à rebours des autres et de moi-même dans l’alerte de l’amour et le difficile du temps…
Je marche dans un début de siècle pâle, ses exactions, son bruitage de paroles impuissantes, ses délires ressuscités…
"Il y a des choses que non", de Claude Ber. Éditions Bruno Doucey. 112 pages. 14,50 €.


Gérard-Georges Lemaire, Hebdo-Verso

Il y a des choses que non, Claude Ber, Editions Bruno Doucey, 112 p., 14,50 euro.

Claude Ber est d'abord poétesse. Et dans ce livre en prose, c'est encore comme telle qu'elle écrit, même si elle choisi de nous parler en prose (il y a néanmoins de brefs moments qui sont purement poétiques). Si l'ouvre comprend sept parties, on ne peut guère parler de parties distinctes, mais de moments de son écriture. De plus, chacune de ces parties est elle-même subdivisée en passages plus ou moins courts. Disons que c'est un exercice de la mémoire ou, plus précisément, c'est la mémoire qui s'impose et lui dicte ses volontés. Car la mémoire est exigeante et ne peut se satisfaire d'allusions. L 'auteur, au début de l'ouvrage, retourne sur ses pas, retrouve son enfance, et cette enfance se déroulait sous l'Occupation. Et là, la figure d'un homme, qui se prénomme René s'impose a elle. Il y a la mort du père, le vide qu'il a laissé, la résistance et la figure légendaire de René. Puis elle fait un éloge de l'espèce, la nôtre évidemment, et la juge avec distance et une grand méfiance. Elle la décrit sans s'attendrir, la dissèque, en analyse les faits et gestes et n'en tire pas souvent des conclusions glorieuses. La femme qui se confie au lecteur est plutôt désabusée, mais elle n'a pas renfoncé. Elle ne se fait aucune illusion : « Le coeur de mon espèce est un charnier métaphysique de la mort », écrit-elle. Mais elle ne sombre pas dans le pur désespoir. Cette vérité ne lui fait pas peur. Et elle songe après ces méditations à l'Algérie qu'elle n'a pas connue, mais qui a été omniprésente dans sa vie comme dans celle de la majorité des Français qui ont connu l'époque de la guerre. Elle narre cette relation différée par le souvenir de signes qu'elle laissait dans l'espace social. Dans la vie de la narratrice, ce nom a été un étrange poison dans une jeunesse vécue comme toutes les jeunesses, avec appréhension et désinvolture. Enfin, il y a un chapitre introspectif et d'autres encore, dont un qui est un éloge passionné de Lucrèce. Je ne vais pas vous raconter tout le livre ! Mais il mérite vraiment d'être lu, car il possède une belle écriture et est sous-tendue par des pensées fines.

Manuel Charrier, Babelio

Claude Ber est une voix majeure de la poésie contemporaine, son nouveau recueil 'Il y a des choses que non' vient de paraître aux éditions Bruno Doucey. Élevée dans une famille de résistants, elle demande un jour à sa grand-mère pourquoi elle s'était engagée dans la résistance "-Ma fille, répond-elle, il y a des choses que non." Parole simple et définitive que le poète brandit comme un avertissement pour notre époque. L'écriture de Claude Ber est dense et profonde, plus grave que dans ses précédents recueils, plus que jamais clairvoyante et confiante en la force de la parole. "Le vent se lève comme un livre,
Tu es l'aimé ou l'aimée le corps de mes mains. Et nous nous souvenons de caresses et de plénitude de la peau. Habitée. Bâtie. Fraisée sur le décisif de vivre.
Un horizon profond soudain
sa trouée. Une droite sur un plan d'architecte.
Le vent peut être une lumière. Et par instants nous aussi éclairer."

Mercredi 1 Mars 2017
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cb
22/11/2010