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09/02/2011


L'invité du mois

JOËLLE GARDES

Joëlle Gardes vient de nous quitter brutalement le 11 septembre 2017. C’est une grande absence soudaine. Celle, pour moi, d’une amie très chère, celle, pour tous, d’une présence précieuse, d’un être rare, à la fois d’une humanité profonde et d’un esprit aussi ample qu’acéré. Je n'ai pas le coeur, pour l'instant, d'en écrire davantage, mais je tiens à ce que Joëlle soit, en cette rentrée attristée par son deuil, de nouveau l'invitée du mois pour que chacun puisse lui rendre hommage simplement en la lisant dans ses livres, dans le prochain numéro de la Revue Phoenix, où vont être publiés ses trois derniers poèmes, sur son site et ici où sont présentés quelques extraits de La lumière, la même son ultime recueil, qui paraît ce mois d'octobre aux éditions Petra.



BIOBIBLIOGRAPHIE

JOËLLE GARDES
Cf aussi LE SITE DE JOËLLE GARDES en cliquant ici www.joelle-gardes.com

BIOBIBLIOGRAPHIE ET EXTRAITS


1. Éléments bio-bibliographiques
Joëlle Gardes est née en 1945 à Marseille. Elle vit à Cassis. Longtemps professeur de rhétorique et poétique à l’université de Provence, elle enseigne actuellement à Paris-IV Sorbonne. Sous le nom de Joëlle Gardes Tamine, elle a publié de nombreux articles et ouvrages sur le langage, en particulier le langage de la poésie.
Introduction à l'analyse de la poésie, Presses Universitaires de France, tome 1, Vers et Figures, 1982.
tome 2, De la strophe à la construction du poème, 1988, en collaboration avec J. Molino.

La grammaire, tome 1, phonologie, morphologie et lexicologie
tome 2, syntaxe, A.Colin, 1988.

La stylistique, A.Colin, 1992.

La Rhétorique, A. Colin, 1996

Pour une grammaire de l’écrit, Belin, 2004.

De la phrase au texte. Enseigner la grammaire au collège et au lycée, Delagrave, 2005.

Elle a dirigé pendant dix ans la Fondation Saint-John Perse et a édité chez Gallimard les correspondances du poète avec Jean Paulhan et Roger Caillois.

Elle est venue tard à l’écriture personnelle à laquelle elle consacre de plus en plus de son temps.

Elle écrit pour le théâtre :
Textes du spectacle musical Purcell, joué en octobre 1995 au théâtre municipal d’Aix-en-Provence
Attente, pièce jouée en avril 1996 à Marseille,
La vie en gris, la vie en rose, monologues joués à Marseille en février 2002 et mars 2003 et à Nice en avril 2003.
Madeleine B. ou la lune rousse, joué en juin 2005 à Paris et publié en 2006 aux éditions de l’Amandier.

Elle écrit également des textes de fiction narrative :
Plusieurs nouvelles publiées en revue, Europe, Autre Sud, Revue Marseille… ;
Deux romans parus, Ruines, éditions Via Valeriano , 1998 et La mort dans nos poumons, éditions Via Valeriano-Léo Scheer, 2003.
Jardin sous le givre, éditions aden.
Olympe de Gouges, une vie comme un roman, ed. de l’Amandier

Et des poèmes ont été
Dans le silence des mots, Ed. de l’Amandier
En revue Les Archers, Europe, Autre Sud.


Elle travaille avec des plasticiens. Elle est l’auteur, en collaboration avec le photographe Christian Ramade, de trois fictions-documentaires publiées aux éditions Images en manœuvres, Roches et failles, Virginia Woolf à Cassis, 2002, Sources et collines, Marcel Pagnol à Aubagne, 2002, Intimités et errances, Albert Cohen à Marseille, 2003.
Elle a rédigé pour des aquarelles d’Henri Maccheroni des fragments poétiques, Ut pictura poesis. Dans la palpitation de l’invisible, l’ensemble ayant donné lieu à sept livres d’artiste.
Récemment, à l’occasion d’une résidence d’écrivains au monastère de Saorge, elle a participé, avec Claude Ber et Frédérique Wolf-Michaux, par des textes poétiques, à une Méditation de lieux, qui mêlera textes et photographies,.

Elle a publié une biographie : Saint-John Perse. Les rivages de l’exil. Éditions aden, 2006.


2. De la grammaire à l’écriture
Extrait d’entretien :
« Au regard des différents livres que j’ai publiés, on peut juger que mon parcours est disparate. En réalité, j’y vois une profonde unité, liée à un goût précoce pour le langage. Très tôt, j’ai aimé la grammaire, non pas celle qui nous impose ce qu’il faut dire et ne pas dire, mais celle qui s’appelle curiosité, émerveillement devant la langue et ses pouvoirs, devant cette langue qui nous permet non seulement de tout dire avec un système limité de mots et de constructions, mais surtout de nous évader du réel en nous offrant la possibilité de créer d’autres mondes. Et cette langue, il m’a fallu l’apprivoiser avant de vouloir en jouer.
Cela, je l’ai compris en lisant Roger Caillois qui, dans Le Fleuve Alphée, ce magnifique livre où il éclaire son itinéraire intellectuel, explique pourquoi l’immense respect qu’il avait pour sa langue, lui a, d’une certaine façon, jusqu’à un âge avancé, interdit d’être poète. Pourtant, c’est cette qualité qu’il aurait voulu qu’on lui reconnaisse avant tout. Grammairien (il était agrégé de grammaire), il a longtemps réfléchi sur la langue des autres avant de s’autoriser la sienne. Je crois que c’est également ce qui fait que j’ai tourné autour de l’écriture avant d’écrire moi-même et d’explorer tous les genres, toutes les voix, pour rattraper peut-être des années de silence. »

3. Extraits de comptes-rendus


Ruines, Via Valeriano, 1998
Pour élaborer son texte, Joëlle Gardes pose quatre mains sur le clavier, une écriture à deux voix : la sienne et celle d’un ami d’enfance homosexuel […] Ajoutons à cette dualité alternée, une pointe de théologie, une poésie de l’inachevé, et les ruines d’une sincérité devenue rare en ces temps de froidures diverses. Joëlle Gardes sait se déshabiller, dans le sens poétique et érotique, avec l’audace des vraies timides.
Alexandre Millon, revue littéraire et poétique Remue-Méninges, Charleroi, Belgique.

La mort dans nos poumons, Via Valeriano-Léo Scheer, 2003
Cela commence par l’évocation d’un père proche de la mort. Puis d’une amie, Louise, menacée elle aussi de disparaître. […] La narratrice raconte « la mort dans nos poumons » qui la mine, avec d’autant moins de fausse pudeur qu’ellea une liaison avec Antoine, son mari […] Malaise, mal-être ? Ce beau récit essaie de le dire dans la palpitation.
Raymond Jean, Le Nouvel Observateur, 18-25 décembre 2003

Récit d’une grande et sobre tendresse que ce récit de Joëlle Gardes. Émouvant et riche d’une analyse fine et profonde des sentiments qui animent et lient deux femmes. Nourries l’une de l’autre. Grandies l’une par l’autre. Avec pour compagnes fatidiques… la souffrance, la maladie et la mort. Angèle Paoli, Terres de femmes, décembre 2004 (http://terresdefemmes.blogs.com)

Saint-John Perse. Les rivages de l’exil, éditions aden, 2006
Enfin une biographie de Saint-John Perse autre que celle qu’il a, en partie, reconstruite dans le volume de la « Pléiade » […] Joëlle Gardes livre là un travail exemplaire : jamais l’écriture n’est ramenée au biographique mais au fil d’une vie déroulée et mise en regard avec les poèmes subtilement analysés se dessine ce rapport mystérieux entre vie et œuvre, réel et imaginaire, matériau intérieur et écriture […] C’est ce tressage entre la précision érudite du travail universitaire, la richesse de l’approche littéraire et la clarté d’un récit enlevé qui retient le lecteur de bout en bout.Ça se lit comme un roman !
Claude Ber, revue de poésie Ici et là.


EXTRAITS

DANS LE SILENCE DES MOTS, Ed. de l’Amandier

1. Cesser de regarder pour voir le fond indistinct du monde
le flot continu sous les formes séparées
la mer dans le torrent la montagne dans la plaine
Deviner le bourgeon sous la neige et demain dans l’obscurité d’aujourd’hui

La surface de l’eau étale ne réussit pas à cacher les remous les bêtes furtives
ni la terre à l’ocre craquelé la nappe profonde qui fait trembler l’osier
ni le sourire la pluie des larmes

2. J’avale le monde dans l’air que je respire, je me nourris de ses odeurs et je puise ma force dans ses vagues glacées mais je ne lui offre en échange que des traces noires.

L’instant qui flottait léger mais lourd de possibles, l’instant qui flottait poussière infime mais vie immense, l’instant s’amarre aux contours de la lettre.

Coquillage vide. La rumeur que l’on y entend est celle du sang qui bat aux tempes.

3. Des heures et des jours à chercher l’équilibre entre l’exaltation et l’abattement. L’ennui recouvre de sa glue les heures et les jours d’une vie vouée à la répétition des actes, à la répétition des paroles, à la répétition de soi, aux questions sans réponse.

J’interprète en vain le ciel voûté de ce matin, les pétales mousseux du nuage blanc ce soir, les traînées irisée sur la mer et la tige qui fléchit sous les fruits. Le ciel, le nuage, la mer et la tige sont la seule réponse, l’équilibre ultime du monde.

4. Je voudrais dire l’éclat de la lumière, je voudrais dire le vol bruyant des martinets sur l’avenue, le parfum des immortelles sous la chaleur de midi et les îles au loin sur la mer qui tremble, je voudrais dire les conversations amicales et les rires sans raison,
Et je dis la terreur de la nuit, la fin de l’été dans les orages, le ravinement de la terre sous la violence des pluies, les être qui se déchirent pour s’être trop aimés, et je dis la mort au travail dans les cellules.


OLYMPE DE GOUGES, UNE VIE COMME UN ROMAN, Ed. de l’Amandier

Avant même la personne, j’ai aimé le nom d’Olympe de Gouges. Un nom magnifique et contradictoire, fièrement choisi et assumé par Marie Gouze veuve Aubry. Olympe, comme le mont qu’aimait fréquenter les Muses, et Gouges, comme les servantes, ou les filles faciles. Olympe, en hommage à sa mère Anne-Olympe, et Gouges, peut-être pour revendiquer sa liberté de comportement.
Je rêve parfois sur ses portraits. Sur l’un d’entre eux, elle porte une perruque poudrée qui dégage le front et dessine plusieurs rouleaux de boucles sur les tempes. C’est encore la coiffure qu’elle porte sur une gravure où elle remet à Louis XVI et à Marie-Antoinette ses Remarques patriotiques. Un peintre du XIXe siècle l’a imaginée avec une abondante chevelure brune sous un bonnet froncé par un énorme nœud sur le devant. Le portrait que je préfère, c’est le plus connu, une aquarelle où elle est coiffée à la hérisson, selon le terme de l’époque, avec des boucles folles relevées par un large ruban. Elle a l’air pensif, et un peu mélancolique, comme son demi-sourire. Elle penche légèrement la tête vers l’épaule gauche, à la façon des enfants quand ils veulent séduire leur interlocuteur. Il est impossible de la décrire plus précisément, parce que ses traits, qui ont la régularité des statues antiques, sont évidemment idéalisés. Je préfère l’imaginer, brune de cheveux et de peau, avec un visage mobile où les sentiments se lisent facilement. Je lui prête une ride d’expression entre les sourcils qu’elle fronce souvent, parce qu’elle est prompte à l’indignation. Je lui attribue aussi un grand rire qu’elle ne cherche pas à réprimer.
Sept mois avant son arrestation, en décembre 1792, un portrait parut dans les Révolutions de Paris. Avec ses mains aux longs doigts, son buste bien droit, elle a toujours autant d’élégance, mais son visage est marqué, les yeux sont fatigués et elle sourit à peine, d’un sourire triste. Elle ne croit plus qu’elle pourra influer sur le cours des événements et elle ne connaît que trop la folie des hommes. Le jour de son exécution elle a, dit un Parisien anonyme, conservé sa beauté. Un lavis la montre la tête une nouvelle fois penchée, cette fois vers l’épaule droite, pendant qu’on lui enlève le fichu qui couvrait ses épaules. Ses cheveux sont courts sur la nuque. Son attitude exprime la douleur, non la peur.
Nous sommes le 3 novembre 1793, le 13 brumaire de l’an II. Il fait froid, il a plu toute la matinée. Ce n’est pas un jour où l’automne rayonne dans ses couleurs de feu, mais une de ces journées grises qui déchirent le cœur. Le 16 octobre, Marie-Antoinette avait fait le même parcours vers la mort, le 6 novembre, Mme Roland devait les suivre. Dans le trajet d’une heure qui la conduisit de la Conciergerie à la place de la Révolution, qui naguère s'appelait Place Louis XV et aujourd'hui place de la Concorde — changements de nom où se marquent les vicissitudes et les ironies de l'Histoire —, Olympe se remémora-t-elle les principaux moments d’une existence riche et passionnée, superposa-t-elle aux étapes de ce dernier parcours, bref et interminable, celles du chemin qui l’avait conduite de Montauban à Paris, de l’obscurité à l’éclat douloureux du succès ?
Pensait-elle que cette mort annoncée était le prix de la revanche prise sur la vie et le milieu dans lequel le sort l’avait injustement placée. Injustement ? À chacun sa vérité, celle d’Olympe, c’est qu’elle méritait mieux que le métier de son père officiel ou de son mari, et si elle refusait leur nom, c’était pour affirmer que son destin n’appartenait qu’à elle-même, que le destin des femmes leur appartient. Olympe entendait exercer le triple pouvoir qu'on leur refusait, elle entendait jouir de la liberté amoureuse, elle entendait se battre sur le terrain politique, elle entendait conquérir les lauriers littéraires. C’est l’exercice de ce dernier pouvoir qui me fascine en elle. Je voudrais atteindre la source de l’écriture et les raisons de son jaillissement, je voudrais comprendre quels manques elle comble et quelles blessures elle cicatrise, ou avive.
Pour arracher à l’énigme un peu de son secret, je me suis penchée sur les traces d’Olympe. Si j’ai été infidèle dans le détail à la vérité événementielle, car j’ai souvent imaginé à partir de témoignages ou de récits d’autres femmes comme Mme Roland ou Mme Vigée-Lebrun, à partir aussi des romans de l’époque, je crois avoir été fidèle à la vérité profonde par laquelle elle me touche.


MADELEINE B. OU LA LUNE ROUSSE, éditions de l’Amandier, 2006
Photo: Dorian François - Frédérique Tirmont lors de la représentation au Grand Parquet en juin 2005 dans une mise en scène de Patrice Kerbrat

Maudit soit le jour de notre rencontre, quand je n’étais qu’ardeur et qu’il se brûlait à la flamme de mes cheveux comme le papillon à la chandelle.

Elle va à la fenêtre, l’ouvre et frissonne.
On dit que quand la lune est rousse comme ce soir, le temps a perdu son balancier.
C’est l’hiver qui revient au milieu du printemps.
Ils ont beau sortir en procession, les paysans, et demander à Dieu de préserver leurs récoltes, rien n’y fait. Si le premier jour de la lune est mauvais, on en est bien sûr, les foins seront gâchés. Si c’est le second, les épis se flétriront avant l’heure et la moisson sera pauvre. Et si c’est le troisième, la vigne ne portera que des grappes meurtries.
Parce qu’elle n’en fait qu’à sa tête, là-haut. Ses rayons d’argent coulent sur les champs, les arbres, les buissons, et ils ont tôt fait de brûler, de roussir les tendres bourgeons.

Vilain mois de mai, quand t’en vas-tu annoncer le glas de la lune rousse?

Les brebis qui se couchent dans la rosée meurent aussitôt, les serpents s’enroulent autour de la patte des vaches et se gorgent du lait de leurs pis gonflés.
Du lait, blanc comme les clochettes des muguets, blanc comme la gelée sur les prés, blanc comme la neige que j’ai même vue tomber une fois le premier jour du joli mois de mai.
J’aime la lune rousse. Je lui ressemble.
La rosée de mai est le sang de la lune, la rosée de mai est comme le sang qui bouillonnait en moi, les humeurs de mon corps répondaient aux humeurs de la terre qu’elle commande.
Et mes cheveux étaient d’or fauve ainsi que les bourgeons qu’elle brûle.

[…]

L’âge en apparence guérit de bien des maux, mais la rechute est aisée dans les maladies de l’âme car nous ne sommes pas maîtres de la durée de nos attachements, pas plus que du moment de notre disparition.
Quand le chagrin est trop lourd à porter, comme ce soir, il m’arrive de penser qu’il n’a pas réussi à s’arracher à moi, que c’est moi qu’il cherche dans le lit d’Armande. Il ferme les yeux et il retrouve le satin de ma peau, la lourdeur de ma chevelure rousse, la senteur de mes aisselles et le semis des taches que le soleil du Languedoc mettait sur mes épaules…
[…]

Dom Juan ? retiré de l’affiche ! Tartuffe. ? Interdit ! Et le voici, lui, naguères si audacieux dans ses pensées et ses critiques, le voici réduit à trouver dans son propre corps malade les sujets de ses comédies. Le voici réduit à tousser pour obtenir honneurs et applaudissements.
Aveuglé comme il l’est, comment comprendrait-il que si je me suis désengagée des voies du siècle, c’est que les choses humaines sont inconsistantes et vaines, c’est que les biens périssables ne sont rien auprès des attraits de la grâce divine ?
Reflets tremblants sur l’eau des fontaines. Bulles irisées qu’un souffle emporte. Arc-en-ciel, étole d’Isis qui ne luit qu’un instant.
Le char d’Apollon ne fait que passer et bientôt la nuit recouvre tout de son aile noire. Mais parfois, c’est comme un grand papillon blanc qui s’envole et déchire les ténèbres.
Monsieur de la Rochefoucauld dit que le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. Pourtant, la mort, je la contemple sans la redouter car mon âme épuisée aspire au repos.







Extraits de LA LUMIÈRE LA MÊME, Ed. Petra 2017

Je suis dans ma maison, le carrelage blanc luit doucement,
parfois une feuille tombe du bégonia bambou
J'aime les plantes et le nom des plantes

J’écris avec de l’encre violette

Je pense à l’école, à l’encrier
aux brassées de genêt pour la remplaçante de Mademoiselle Vincent
l'institutrice qui vient de mourir

Le camélia sur la terrasse a tant de boutons
que j’ai peur que ce soit son dernier cadeau

Le travail comme une forteresse.


***

Brusquement le jasmin est tombé malade
feuilles tachées enroulées sur elle-mêmes
hier vert et vigoureux aujourd’hui proie d’un insecte
caché dans l’aisselle et la nervure du feuillage
je le contemple désolée

Elle je la contemple dans l’hébétude du chagrin
Quand cela a-t-il commencé?
Est-ce la vieillesse qui a fait baisser la garde à son corps
ou son corps malade qui l’a installée dans la vieillesse?
Par quoi cela a-t-il commencé?

Le jasmin sait-il qu’il est touché?
et qu’importe puisque ses rameaux privés de leurs feuilles
ont conservé leur sève vive
Elle a senti ses mains trembler quand il était déjà trop tard

Rien de nous ne nous appartient
nous appartenons à nos cellules à nos synapses
qui travaillent obscurément à notre destruction.


***

Chaque jour emporte un bout de vie
un éclat de lucidité
chaque jour apporte plus de souffrance
plus de silence et de résignation

La vague avance et recule
elle arrache au rivage un peu de sable une plume une feuille
elle apporte sur le rivage des brindilles et une écume jaunie.

Et pourtant tout recommence
l'eau s’est refermée sur le caillou lancé par l’enfant
le souvenir tombe dans l’oubli
Dans l’invention du rêve

Parfois un geste s’ébauche une phrase se forme on voudrait dire
qu'on est bien arrivé annoncer une nouvelle raconter une anecdote

On pense à autre chose

On déplore l’abricot encore vert que le mistral a arraché à l’arbre
les pucerons sur le rosier
on attend le bain du matin

Et c’est très bien ainsi.



La Lumière la même
(Extraits)
À paraître en octobre 2017 aux éditions Petra
(tous droits réservés éditions Petra)


















































































Jeudi 21 Septembre 2017
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