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09/02/2011



LIBRES PAROLES

PETIT LEXIQUE ANTI-DOGMATIQUE

"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur du monde" Albert Camus

"De toutes les manières, violentes et non-violentes de lutter contre le terrorisme, la barbarie et l’obscurantisme, la culture est sans doute la plus efficace à long terme. » Charlie- Hebdo, 8 octobre 2014

« Tous mes rêves sont ancrés dans la sagesse collective de l’humanité dans son ensemble » Nelson Mandela

« L’éthique, c’est ce qui provoque un dérangement dans le sujet » Levinas

« La vérité ne peut rien contre la violence, mais la violence ne peut rien contre la vérité » Pascal




SOMMAIRE : AMALGAME - INCOMPRÉHENSIBLE - LIBERTÉ D'EXPRESSION - MARSEILLAISE - RÉSISTANCE - RESPONSABILITÉ - TOLÉRANCE -



PETIT LEXIQUE ANTI-DOGMATIQUE

AMALGAME

A juste titre résonnent les appels contre le « danger d’amalgame » entre intégristes et musulmans. L'amalgame c'est effectivement ce qui évacue la nuance, la distinction et donc la pensée, ce qui confond islam et islamisme, mais tout autant opposition à l'islamisme ou critique du religieux et islamophobie. L'amalgame comme la bêtise ou le calcul stratégique, qu'il traduit également, n'épargne personne.
Amalgamer c'est généraliser et oublier à la fois la complexité, les contradictions qui traversent toute culture, les réalités économiques, les conflits et les tactiques politiques comme les singularités individuelles, et, au final, notre commune humanité.
Des que se profile un discours généralisateur sur "les" Noirs" les" Juifs" "les" Arabes "les" Musulmans "les" femmes – et la liste est augmentable à souhait - déboulent avec lui la sottise et l'ombre inquiétante d'idéologies totalitaires avides de boucs émissaires, qu'elles se réclament du religieux, du national ou de l'identitaire.

Cette dérive n'est pas neuve, mais d'autant plus vivace qu'elle est diffusée par l'idéologie néolibérale communautariste qui transforme le citoyen en client et segmente en groupes sectoriels identitaires une humanité qui ne pense plus son destin en terme de solidarités et de remise en cause d’inégalités et d’exploitations des plus démunis, mais s'émiette en sous groupes divisés face une puissance financière, elle, universelle. Même les moins soupçonnés de tendances révolutionnaires tel le sociologue américain Vivek Chibber, professeur à l’université de New York, dans son livre récent Postcolonial Theory and the specter of Capital, dénoncent les errements d’un différentialisme aveugle à la globalité des mécanismes économiques et portant en germe la dissolution de la conscience de leur interdépendance et de notre destin planétaire partagé.

Le terme de "communauté", dominant sur internet et dans les médias de masse, modèle une vision à la fois uniformisante et diviseuse. Et ce jusqu'à l'absurde. De quoi parle-t-on exactement lorsqu'on parle, ici, de "communauté musulmane" ou de "communauté chrétienne" ou "juive"? De religion certes, mais ces religions sont traversées de courant distincts. Toutes trois appartiennent à la "communauté française", à moins que ce soit à la nation et, dans ce cas, tous sont avant tout et simplement citoyens. Et à quelle communauté appartiennent les athées, agnostiques, déistes, qui peuvent être aussi bien de culture arabo-musulmane, juive, chrétienne ou libertaire ou de plusieurs de ces héritages à la fois et d’autres encore?

La précision des notions et des termes est un des antidotes aux amalgames.
Parler de "salafisme djihadiste" (car tous les salafistes non plus ne sont pas djihadistes) au lieu de « terrorisme international » rappellerait, par exemple, les conflits internes à l'islam et, au passage, que le terrorisme salafiste tue plus de musulmans que de non musulmans.
La nuance et la distinction seraient identiquement de mise dans les analogies parfois suggérées entre le terrorisme intégriste et l’action anarchiste des XIXème et XXème siècle. Une même misère les alimente, leurs moyens sont analogues, mais leur finalité n'est guère comparable à moins d’occulter que la société promise par la charia est incompatible avec l'idéal libertaire... Notamment pour la condition des femmes habituées, il est vrai, à être reléguées au rang de dégâts collatéraux par des stratégies politiques prêtes à toutes les complaisances avec n’importe quelle forme d’opposition à l’ultra libéralisme, mais dont la lapidation n’avait pas encore été passée à la trappe des pertes et profits. Louise Michel et Rosa Luxemburg doivent se retourner d’autant plus dans leur tombe que fascismes et populismes, eux aussi, se sont toujours nourris du chômage et de la misère et que l’intégrisme djihadiste est tout autant analysable, mutatis mutandi, comme fascisant (cf parmi d’autres Latifa Ben, Mansour Frères musulmans, frères féroces, Voyage dans l’enfer du discours islamiste Paris, Ramsay, 2002) .
Distinguo ! L’islam n'est pas l'islamisme et la pensée libertaire est aux antipodes de l’intégrisme religieux et de tous les totalitarismes…

Prévenir l'amalgame, c'est aussi rappeler que non seulement les cultures, mais les individus sont mosaïques. En chacun d'eux se conjuguent plusieurs histoires, plusieurs appartenances, plusieurs héritages qui se recomposent, s'enrichissent au contact d'autrui. L'identité est poreuse, dynamique et non figée et carcérale. Elle s'hérite pour partie, mais surtout s'invente individuellement et collectivement.
Quand s'installe une vision immobile et restrictive de l'identité - terme devenu dangereusement hégémonique -, quand se cultive l'assignation identitaire, il n'est pas surprenant de voir poindre l'amalgame. Cet amalgame, c'est tous les jours que le langage le propage insidieusement. Et de manière rien moins qu'innocente quand il traduit des idéologies ou des desseins politiques et sert leurs intérêts.


cf Langue, écriture, identité, article CB
cf La diversité dans l'universel, article CB


INCOMPRÉHENSIBLE

Incompréhensible, à chaque attentat, le mot est dans toutes les bouches. On peut l’entendre, de manière tout à fait compréhensible elle, comme sidération devant l’horreur, expression de la douleur et de l’indignation. Mais plus avant que cache-t-il ? Qu’y a-t-il d’incompréhensible dans nos actes de barbarie, qu’ils s’expriment dans les attentats proches ou dans les massacres plus lointains, qui scandent notre époque de leur sanglante litanie ? Qu’est-ce qu’il y a là d’incompréhensible ? Que toutes les raisons conjuguées ( politiques, économiques, sociales ou psychologiques, l’injustice, la misère, la fragilité individuelle et autres causes égrenées toujours semblables sans qu’aucune apparaisse décisive) n’expliquent pas tout ? Depuis quand sommes-nous seulement rationnels et bienveillants ? Transparents à nous-mêmes ou réductibles aux motifs repérables qui nous meuvent ? N’y-a-t-il pas là oubli ou refoulement répété de notre ambivalence ? Faut-il que cette dernière soit dite incompréhensible pour être supportable ?
Cette ambivalence, elle est nous. Brutalement exposée, dans un excès non ordinaire, mais qui couve, latente, dans l’ordinaire et sous ce que nous nommons notre humanité, frêle construction bâtie de plusieurs siècles sur l’entre-dévoration de la vie. La peur primitive, la fuite, la colère, le clan, la haine, la survie agitent leurs ombres à l’arrière des discours, sous la fine couche du symbolique qui les contient.
Nos actes se jouent aussi dans l’ambivalence humain/deshumain, mot peut-être plus approprié qu’inhumain car cela s’humanise et se deshumanise en chacun et en tous, parfois très vite. Dans ces "crimes génocidaires" qui des SS aux Khmers rouges ou au massacre des Tutsi hantent notre époque, et dont Richard Rechtman pense qu'ils qualifient mieux le dessein de daesh que le terme de terrorisme.
Ce n’est évidemment pas raison pour exclure recherche de causes et raisons, qui ont leur part, mais à rejeter dans la déraison ce que les raisons n’épuisent pas, on peut aussi déraisonner.
L’humain en nous est une conquête toujours à recommencer, non une donnée, mais un possible à sans cesse inventer. Un travail obstiné de la pensée.
Dans Considérations morales, Hannah Arendt parlant d’Eichmann note « aussi monstrueux qu’aient été les faits, l’agent n’était ni monstrueux ni démoniaque et la seule caractéristique décelable dans son passé comme dans son comportement durant le procès et l’interrogatoire de police était un fait négatif : ce n’était pas de la stupidité mais une curieuse et authentique inaptitude à penser ». Puis, essayant de définir ce qu'elle nomme pensée, elle pose la question de la capacité de la pensée à « conditionner l’homme à ne pas faire le mal ». Question majeure, à laquelle il peut être utile de penser.


LIBERTÉ D’EXPRESSION

Article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme: La liberté d'expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de « société démocratique ».

La liberté inclut la divergence d’opinion. Les personnes sont respectables, mais les idées et les croyances peuvent être discutées, contestées ou tournées en dérision. Voltaire est ici indépassable qui s’affirmait prêt à se battre pour que puissent s’exprimer des idées qu’il ne partageait pas.
Les limites sont précisées, qui interdisent l’atteinte aux personnes et les incitations à la haine et au meurtre.
Le rire et avec lui l’ironie, la satire sont d’une irrévérence par définition sacrilège à l’égard de toutes les formes de pouvoir et d’autorité. L’église l’avait interdit, toutes les religions, tous les dogmatismes s’en défient. Il est toujours dérangeant, désacralisant et indissociable de la liberté, qui a un prix, l’acceptation d’être choqué réciproquement.
Traiter l'Autre, les autres en véritables égaux suppose que tous aient également droit à la même liberté et à une responsabilité de l'avenir réellement partagée, également assumée par tous et travaillée ensemble par chacun.


MARSEILLAISE
« qu’un sang impur abreuve nos sillons », un vers problématique ?

Ce « sang impur » est parfois stigmatisé, à tort, comme porteur de xénophobie. Replacée dans son contexte, son interprétation en est dénuée.
Selon les historiens Dimitri Casali ou Frédéric Dufourg, ces vers font référence indirectement au sang des aristocrates, sang « noble » et « pur », les révolutionnaires se désignant par opposition comme les « sangs impurs », prêts à donner leur vie pour sauver la patrie et la République trahies par la royauté.
A l’inverse, d’autres historiens (Jean Jaurès, Jean-Clément Martin, Diego Venturino, Élie Barnavi et Paul Goossens) attribuent le « sang impur » aux contre-révolutionnaires. À cette époque avoir le « sang pur » est synonyme de vertu et le « sang impur » de vice : Les Révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle ne distinguent pas le sang pur de quelque race française, mais évoquent à travers « le sang impur » les ennemis des valeurs de la révolution.
Impossible de trancher avec certitude entre ces deux lectures, mais, dans un cas comme dans l’autre, le « sang impur » n’a pas de connotation raciale ou xénophobe et ne fait même pas référence à des ennemis étrangers, soit qu’il désigne le sang des « gueux », des révolutionnaires eux-mêmes, soit celui des anti-révolutionnaires tout aussi français.

Conclusion : attention aux citations sorties de leur contexte historique et culturel.
On voit de la même manière circuler sur le net les versets du Coran les plus belliqueux. Connaître les deux époques de rédaction du Coran, La Mecque et Médine pendant une période de guerre, permet d’y voir un plus clair…
Cela s’appelle la lecture critique et évite, de tous côtés, les interprétations hâtives.



RÉSISTANCE

Les deux premiers mots qui me sont venus au matin du 8 janvier sont chagrin et résistance.
Si le premier a jailli immédiatement chez beaucoup, le second est apparu peu à peu.
Pour moi, il s’est imposé immédiatement et désignait toutes les « résistances » nécessaires, à l’intégrisme islamiste bien sûr, mais aussi à toutes les formes de radicalisme religieux, nationalistes, identitaires. La résistance aux généralisations et aux simplifications de quelque nature qu’elles soient.
Résistance aussi à l’émotion, qui ne refuse ni ne minimise cette dernière, mais prend quelque distance avec ses emportements et ses illusions.

Nos réactions immédiates et les mots qui les disent jaillissent de notre histoire et puisent dans nos expériences. Ce terme de "résistance" remontait de loin. D’une enfance encore traversée par les échos de la Résistance, dans laquelle s’était engagée ma famille. Comme tous ceux qui avaient agi, mes parents et grands-parents parlaient peu de la guerre de 1945 et de leurs actions, dont je n’ai mesuré l’ampleur qu’après leur mort. Mais ils transmettaient tout de même. Brièvement et clairement.
Deux anecdotes sont restées gravées dans mon esprit.
L’une met en scène une vieille femme, ma grand-mère, et l’enfant d’une huitaine d’années que j’étais.
- Grand-mère pourquoi as-tu fait de la Résistance, lui demandai-je un jour, sans très bien savoir de quoi il s’agissait.
- Fillette, me répondit-elle, il y des choses que non ! Tu ne sauras peut-être pas toujours à quoi dire oui, mais sache toujours à quoi dire non!
Ce fut la réponse laconique de Louise T., paysanne quasi illettrée, partie de son village alpin, où la terre ne nourrissait plus ceux qui la travaillaient, devenue « bonne à tout faire » à la ville, comme on disait, et engagée dès son début dans la Résistance.
La seconde scène a lieu entre la même enfant et son père. L’enfant traite son poupon de « boche ». Le père s’étonne :
- Pourquoi emploies-tu ce mot ? Qu’est ce que c’est « boche » ?
- Les Allemands, rétorque la fillette, qui a rapporté ce mot de l’école
Le père la prend sur ses genoux et lui parle lentement, lui à la parole rapide, d'une voix douce mais sans réplique :
- Ecoute-moi bien ma fille, ici, chez nous, il n’y a ni boches ni youpins ni bougnouls ni ritals (c’était les insultes de l’époque et le grand-père maternel de la fillette, libertaire immigré de Florence, était de ceux qu'on nommait "ritals") ni rien de cette sorte. Tu comprendras mieux plus tard, mais retiens bien ceci : j’ai combattu une idéologie non un peuple. Tous les peuples, tous les êtres sont capables du pire et même les victimes peuvent devenir bourreaux. Sois vigilante. Veille bien et sur toi-même d’abord.
Il embrasse l’enfant :
- je te fais confiance, souviens-toi de ce que je viens de dire et veille bien, du mieux que tu peux, toujours.
La fillette n’a pas compris tous les mots du père, mais elle retient la phrase, telle quelle, inchangée encore aujourd’hui. Plus tard, elle la comprendra mieux. On lui expliquera. Elle lira, réfléchira, mais l’essentiel a été dit.
Le mot de résistance est définitivement lié pour elle à ces deux moments. Aux deux visages d’une vieille paysanne ridée et d’un homme souriant et ferme sans sévérité, dont elle apprendra ensuite qu’il fut commandant de compagnie FFI. Mais cela vient après. Bien après.

C’est de si loin qu’est remonté ce mot de « résistance ». Même pas directement de ma propre histoire, mais d’un temps où je n’étais pas née. C’est de ce profond qu’il a ressurgi. D’un lointain d' histoires individuelles empêtrées dans l’Histoire et qui la tissent de leur anonymat.
Quand surviennent les mots immédiats, ces mots que l’émotion fait soudain affleurer, d’où viennent-ils ? De quelle histoire dite ou enfouie, transmise ou occultée ?
Avant d'adhérer ou de condamner, c'est ce qu’il faut interroger. Le pourquoi de ce qui vient aux lèvres de chacun. Le de où, de quel endroit, de quel temps, de quelles expériences enfouies ou présentes, de quelles douleurs, de quels engagements, de quelles défaites ou révoltes vient aussi bien ma parole que celle des autres?

D’où vient un mot l’éclaire déjà.
A faire toujours mien celui de résistance, il s’éclaire de nouveau. A la fois mêmement et autrement. Ni l’époque, ni la situation ne sont identiques. C’est autre contexte historique, politique, social, autre temps. Et pourtant, résistance. Car de tous côtés, partout, tout le temps « il y a des choses que non ».



RESPONSABILITÉ

« Nous ne pouvons ni guérir ni construire si, d’un côté, les riches de notre société ne voient les pauvres que comme des hordes importunes, et de l’autre, les pauvres s’avachissent et attendent la charité. Nous devons tous prendre nos responsabilités pour améliorer nos conditions de vie, et avoir pour volonté de donner le meilleur de nous mêmes pour le bénéfice de tous »
« Il est facile de reprocher tous nos problèmes à un système sans visage : la Couronne, l’Eglise, la hiérarchie, la mondialisation, les entreprises multinationales, le régime d’apartheid. Mais nous devons regarder en nous, devenir responsables et apporter des solutions neuves si nous voulons faire autre chose que nous plaindre ou nous chercher des excuses. »
Nelson Mandela, "Pensées pour moi-même".


Culpabilisation et victimisation sont pile et face d’une même pièce. Toutes deux font l’impasse de l’égalité de tous, chacun de nous identiquement capable du meilleur et susceptible du pire, comme de la liberté et de son corollaire la responsabilité.
Si sont dénoncés avec raison le délaissement des quartiers ghettos, l’iniquité et le mépris, dont ont été et sont encore victimes nos concitoyens de culture arabo-musulmane, l’inertie politique, les défaillances des institutions et plus largement l’ultra-libéralisme et son « horreur économique », pour reprendre l’expression de Viviane Forrester, qui jette les « pauvres » de la planète vers le radicalisme, la conscience de la complexité, l’écoute réciproque, la réflexion et l’action communes sont tout aussi nécessaires.

De multiples facteurs conjugués, parmi lesquels l’absence de perspective autre que le chômage et de valeur autre qu'un enrichissement inaccessible, peuvent conduire des « enfants de la République », et pas seulement de culture arabo-musulmane, à s’égarer dans des impasses intégristes de tous ordres. Pour que les notions de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité aient du sens, il faut, certes, qu’elles soient explicitées, transmises et que tous puissent réellement s’en approprier, mais surtout qu’elles s’exercent.

Cela implique analyses et orientations politiques en lieu et place d'une "ethonologisation culturelle ou civilisationnelle" qui masque la question crue de la pauvreté et des impasses d’une richesse internationale qui, sous couvert de politiques d’austérité, ne préserve que ses propres intérêts mondialisés.
Cela implique de dépasser la « langue de bois » et le « pas de vague » de l'intimidation de la pensée comme la fabrique de bonne conscience que sont souvent à terme les "mea culpa" aussi bien intentionnés soient-ils, mais indistinctement culpabilisateurs pour les uns, victimisateurs pour les autres.
Cela implique de donner égale place à la parole de tous, d’écouter celle de l’autre, d’accorder à chacun la même capacité de participer à la construction d'un avenir commun avec les mêmes risques d'errances et de fourvoiement. Une parole de l'autre non pas schématisé, victimisé, mais sa parole plurielle, où résonnent des voix distinctes dans leur pluralité.

Les Imans, appelés à s’exprimer dans les circonstances du 7 janvier, ont rappelé des interprétations de l’Islam incompatibles avec l’intégrisme, clarifié la notion de blasphème, qui n’a de sens que pour un croyant, souligné qu’il existe des moyens légaux d’exprimer sa désapprobation, mais il est important aussi d’entendre les voix laïques, croyantes ou incroyantes, françaises ou étrangères, telle celles de Wassyla Tamzali (« Une femme en colère », éditions Gallimard, « Burqua » éditions Chèvre feuille étoilée), de Youssef Seddik ( « Nous n'avons jamais lu le Coran », Éditions de l'Aube), d’Abdennour Bidar ( "Un islam pour notre temps", édition La Couleur des idées 2004, Lettre ouverte au monde musulman, "Cultures d'islam" France culture 15h-16h ou le groupe facebook « Repenser l'islam avec Abdennour Bidar »), d’Ali Benmaklouf, du « Manifeste des libertés » (http://www.manifeste.org ) et de tant d’autres encore qui permettraient – enfin - de substituer à la figure de « l'Arabe » victime ou criminel (et les deux à la fois) des visages réels, multiples, qui échappent à ces deux assignations, incarnent notre commune et ambivalente humanité à tous et ne tiennent pas un langage univoque.

Il est temps de sortir de la représentation du monde arabo-musulman et de sa culture qui le réduit à sa seule religion (Ali Benmakhlouf parle « d’incarcération dans une religion », Wassyla Tamzali « d’assignation identitaire ») qui, elle-même, comme tous les religions, n'est pas une, mais traversée de multiples courants et travaillée par des évolutions et des phénomènes de nature plus politique que religieuse, quand l’intégrisme s’est aussi développé sur la misère de populations exploitées par des gouvernements, que les états occidentaux ont soutenus.

Prise de distance, éclairages multiples, réflexion politique approfondie ne manquent pas de quelque côté qu’on se tourne. Encore faut-il les entendre et les relayer largement. Au questionnement de l’école s'ajoute alors celui des médias de masse qui privilégient le "buzz", les "débats dérisoires" comme les nommait Guy Debord, l'immédiateté émiettée et l'émotion au détriment de la pensée, véhiculant un sous texte implicitement ulta-libéraliste et communautariste. Se trouvent convoquées à la barre une multiplicité de questions - politiques, sociales, éthiques...- qui se subdivisent elles-mêmes et ne dispensent pas non plus d'une implication individuelle de chacun dans la Cité.
Dans tous les cas ce sont patience, persévérance et détermination qui sont au rendez-vous car il est illusoire d’espérer résoudre rapidement des questions trop longtemps laissées en suspens ou occultées et qui mettent aussi en jeu des fonctionnement mondiaux.

« Le pouvoir se gagne par les idées » écrivait Gramsci. C’est du côté de la pensée, de la construction du jugement à partir de l’opinion, de l’analyse des notions et des termes qu’est aussi le travail. Il ne dispense pas des questionnements fondamentaux politiques, économiques, urbanistiques, mais n'est pas non plus de moindre importance. C'est du côté de l'écoute de chacun, mais aussi du côté de la nuance et de la complexité, qui n’est pas davantage la complication que la simplicité n’est le simplisme, qu'il y a à travailler.
C’est aussi à des détournements de sens, à la prise en otage de mots, de convictions, de croyances par des idéologies totalitaires, que nous assistons. Des processus de radicalisation analogues sont déjà apparus dans l'histoire. L'islam, qui n'est pas l'islamisme, n'en est pas la première victime. Même le nazisme (national socialisme) s'était approprié du terme de « socialisme » aux antipodes de son idéologie et la laïcité se voit aussi dévoyée par des nationalismes intolérants.

Plutôt, par exemple, que de brandir à tout va les termes de différence, identité, communauté ne serait-il pas temps de convoquer dans le débat ceux de singularité, de pluralité, d’humanité commune ? La différence est une construction politique sur une singularité qui vise à assurer un pouvoir. Seules certaines singularités ont donné lieu à la construction de différences, à partir desquelles se construisent des dominations, des distinctions entre le barbare et le civilisé, le normal et l'anormal... Ces constructions politiques et idéologiques divisent une humanité à la fois commune, plurielle et malmenée voire menacée par une idéologie du seul profit maximum. C’est cette humanité qui est en jeu.

Inventer ensemble cette humanité singulièrement plurielle, que nous partageons et dont Jaurès disait « qu'elle n'existe qu'à peine », est de notre responsabilité à chacun et à tous.



TOLÉRANCE

« Qu’est-ce que la tolérance? C’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesse et d’erreurs; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature ». Voltaire

La tolérance n’est ni la condescendance à l’égard d’autrui, qu’on tolèrerait par quelque pseudo grandeur d’âme ni l’acceptation de tout. C’est sur l’universelle sottise et contre dogmatismes et fanatismes convaincus de leur vérité et à l’affût dans toute religion, croyance, opinion, que tente d’avoir prise la tolérance.
Elle se fonde sur la conscience réciproque de nos limites, de notre faillibilité humaine à tous et repose non pas sur une supériorité mais sur une commune imbécillité comme le souligne Voltaire avec la puissance de liberté de l'ironie.
Elle n’est pas non plus l’acceptation de tout et de n’importe quoi. Elle fait partie d’un ensemble de valeurs qui l’encadrent, dont, en l’occurrence, la liberté, l’égalité, la fraternité... Les deux bornes de la tolérance sont l’intolérance et l’intolérable par rapport à ces valeurs.
Inutile de se perdre en faux débat sur une tolérance méprisante ou qui ne tolèrerait pas tout. Ils n’expriment que la méconnaissance d’un terme à définir et à replacer dans le contexte de son émergence avant d’en stigmatiser les avatars.
Enfin cette notion de "tolérance" est présente dans de multiples cultures, sous diverses formulations. Elle n'est pas l'apanage du monde occidental ni seulement l'expression d'une domination culturelle, mais un premier effort pour essayer de penser une "écologie" de la pensée dans la conviction qu'à la complexité du réel ne peuvent répondre ni des solutions ni des questionnements uniques et que la diversité des approches y est tout aussi nécessaire que la diversité dans le vivant.


Claude BER



Jeudi 28 Juillet 2016
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Anthologie poésie,
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Giovanni Dotoli,
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22/11/2010