IMAGES







Recherche

Inscription à la newsletter


Achat livres

Les livres de
Claude Ber sont
accessibles
sur internet.
Pour accéder aux
achats en ligne
cliquer sur
sur les icônes
de couverture
des livres.

cb
09/02/2011



L'invité du mois

ALEXIS PELLETIER

BIOBLIOGRAPHIE ET EXTRAITS DE TEXTES



ALEXIS PELLETIER
BIOBIBLIOGRAPHIE ALEXIS PELLETIER

Alexis Pelletier est né en 1964 à Paris. Il est professeur de lettres modernes en Normandie.
Poète, il a publié aux éditions Tarabuste : Mlash personnage d’ébauches (1996), Des références en chemin de fer(1997), Tout Mlash (1999), Un journal épisodique (2004) et Mlash ou encore (2006), 51 Partitions de Dominique Lemaître (2009). Chez cet éditeur, il fait partie du comité d’entretien de la revue annuelle Triages. Chez d’autres éditeurs, ont paru Résonances (Christophe Chomant éditeur, Rouen, 2006), Quelques mesures dans l’époque (Voix d’encre, 2008), Horizons réflexes (Maison de la poésie de Haute Normandie, 2008) De ce qui vient (Cahiers intempestifs, n°21, 2008), Le Grand Réel (Daniel Duchoze éditeur d’arts, Rouen, 2009)
Il a également publié aux éditions P.O.L un livre d’entretiens avec l’un des fondateurs du nouveau roman, Claude Ollier, Cité de mémoire en 1996.

Alexis Pelletier travaille avec des peintres, des sculpteurs et des plasticiens et des musiciens. On lui doit des entretiens avec Gillet, Frank Wohlfahrt, Philippe Garel, Romano Zanotti. Ainsi que des textes pour des catalogues d’exposition de Gérald Kerguillec, Philippe Garel, Moïso, Yves Crenn et Henri Maccheroni notamment. Il a également publié un livre pour le peintre Giannici, Têtes, Lumières et témoignages, Daniel Duchoze, 2001.
Avec le compositeur Dominique Lemaître, il a mis sur pied, depuis 2006, des concerts poétiques qui ont permis d’écouter l’Ensemble Accroche Note, l’Ensemble Orchestral Contemporain, l’Ensemble Stravinsky et l’Ensemble Campsis.


Publications récentes :
Quelque chose à dire encore, in Cahiers intempestifs n°23, 2009
Encore un petit Mlash, gravures de Christine Gendre Bergère, Ficelle n°93, Novembre-Décembre 2009

TEXTES ALEXIS PELLETIER

Il y en a qui écrivent
des poèmes sur les oiseaux
sans bien savoir pourquoi
d’autres qui font de leur vie
la matière même de ce qu’ils
gribouillent

Trop timide pour cela
je me suis une fois pour toutes
rendu compte que ma
vie ne valait rien

*

Le pénis est chez l’homme
son centre de gravité
je voudrais être dieu
pour alors le transformer en toupie

*

Arriverai-je à savoir pourquoi
les poètes passent à la ligne

*

Suis-je seul à avoir l’impression
qu’un mot peut contenir à lui seul
un poème infini

*

J’ai horreur des aphorismes
écriture qui se prend toujours au sérieux
un côté spleen l’ancien

*

Plein de gens pour dire comment
écrire et pourquoi c’est casse gueule
de commencer un livre comme ça
ou de le finir

Pourquoi alors ne disent-ils qu’ils sont
dans le mythe
jusqu’au cou dedans
et comment alors garder tête haute

*

Je cherche depuis longtemps ce qui n’est pas
illusion et jusqu’à présent seul ce qui s’offre
comme illusion m’a semblé bien coller

*

C’est quoi la politesse extrême
si ce n’est un moyen élaboré
pour qu’on me fiche la paix

Extraits de Mlash ou encore, Tarabuste 2006


Il y a des moments où je voudrais
que ça s’arrête le temps et pouvoir
faire quelque chose comme le point
mais l’acceptation du monde
c’est celui d’un mouvement qui nous
échappe
et nous voilà devant les vagues
un matin sur la plage de ton enfance
à moins que ce ne soit la plage d’enfance
une grande plage d’enfance et je t’épargne
le trop facile jeu de mots
le rythme est très régulier et les vagues sont assez fortes
ce qui permet de se baigner plus vite
et la mer a remplacé dans mon poème
l’image du fleuve et Marbeuf n’est pas loin
qui s’abîme en la mer aussi bien qu’en l’amour
le maniérisme à la lettre
quand la mer descend et qu’elle suce
et que les galets dans les rouleaux deviennent
le potentiel écueil du matin

Quelle raison alors de ne pas nous accorder au monde
ou de nous perdre dans les élucubrations
de la présence
nommer les choses c’est les appeler n’est-ce pas
et comment existeraient-elles pour nous
sans les mots et très matériellement en eux
et qu’importe parfois que notre époque
les démédulle puisqu’il y va de notre acceptation
je veux nommer ce qui la rend possible
et ça rebondit aussitôt sur un catalogue

Liste de quel monde et pour quelle histoire
usée par la reprise de tous les lieux
communs à croire que chaque moment choisi
instille une force nouvelle à
entendre se répéter la déclinaison du
neutre quand je veux te donner le mot
amour parce que des bombes explosent au
risque de la vie d’innocents un peu partout dans le monde
s’il te plaît écoute-moi toujours
encore ma parole n’existe pas sans toi
ni mon poème troué par sa limite
et impuissant même dans son constat

Alors il faut partir
alors nous sommes saisis par une mélodie
le son d’un accordéon ou la merveille
d’un tableau de Rembrandt

Y a-t-il quelque chose de plus pénétrant
que les effets de matière sur la toile
entre giclures et grattages
dans l’union d’Isaac et Rébecca
et voir cela comme saisir les inflexions
d’une phrase n’est-ce pas une alerte
sur le monde peut-être
permettant si ce n’est de regarder l’époque
tout au moins de percevoir la vanité
d’une pensée qui se voudrait englobante
et celui qui verrait là du dandysme est un connard
un poème c’est là pour s’autoriser tous les mots
un étonnement comme un sourire une insulte
une hargne pour que ce qui démarre sans
doute reste en puissance ou
en attente comme s’il en était de s’accrocher
je ne sais pas très bien à quoi
quatre vers de Reverdy
Effacer étouffer l’image le souvenir
Le bruit
Ne plus rien entendre
Ni voir

Une sorte de vœu impossible
inaccessible et sans doute non
souhaitable je vois que tu te déshabilles
et j’aime particulièrement surprendre
ton geste au moment où tu ne t’y attends pas
il y a une liberté imprévue
un laps où la mort n’existe pas
la voix d’Elisabeth Schwarzkopf à la fin
du dernier lied un peu sucré de Richard Strauss
Est-ce bien la mort cela ?
et si je pleure c’est sur quoi
une sorte de trapèze renvoyant à l’adolescence
même pas et plus vraisemblablement
sur rien et pour rien
je ne sais pas ça n’a pas grand sens
tout cela peut-être
et c’est l’image de l’époque
en quel mode suis-je passé
nous avançons ensemble n’est-ce pas
c’est trop bien
Donne-moi la main pour l’inquiétude
avec l’exceptionnelle diérèse qui fait
tout le calme et le rythme de ce vers d’Aragon
je suis repris encore par cette maladie des références

Mais en est-il autrement pour tout amour

Mon amour
et dans la mort de quelqu’un
qu’est
ce qu’on projette ou ce
qu’on imagine et l’impossibilité de
dormir sans toi ça heurte
l’un de nous deux devra le faire
pourtant est-ce que je peux
penser qu’un jour ça s’arrête ou pour toi ou pour moi
est-ce que je peux dire l’instant de la mort
et que tout cela véritablement ait un sens

Et je pense aussi à Claire de Tonnac
avec des vers entiers des Références en chemin de fer
qui reviennent d’un espace oublié presque
alors que plus tard relisant ce poème
j’aurai encore le goût d’inachevé de l’écriture
et la vacuité d’avoir continué comme si
une grande page de silence était toujours
à l’œuvre dans les mots ou plus simplement
dans le mot époque avec en arrière-plan
la question toute simple de la limite

Dire n’est-ce pas mais quoi sur la vie
elle pourrait être ce qui dans la mort
ne peut que résister au-delà d’elle
instinctivement presque et toujours
sans dieu pour moi

Et tu as l’impression que cela touche à une fin
et c’est déjà autre chose presque en train
de se finir aussi
en perpétuel déport
tu crois toucher quelque chose
et cela t’échappe

L’époque serait à l’image des vagues
sans véritable régularité bien que certains
s’escriment à découvrir des cycles
ou à noter les variations d’une vague à l’autre

Nous voici
dans le balbutiement d’une pensée du temps

Je voudrais que notre amour soit
effectivement sans limite aucune
et au-delà de la moindre faiblesse
et je me heurte à celle de la fin
parce que certains la disent écrite
dans les livres ou inscrite dans les mots
à moins que justement pour d’autres
ce ne soit dans l’époque

Les physiciens parlent je crois d’au moins
trois temps dont je sais qu’ils ne forment pas
une valse mais dont je ne peux affirmer
les profondes différences
car en effet qui est premier du temps
thermodynamique ou psychologique ou cosmologique
et qu’est ce quatrième mousquetaire
le temps imaginaire

Comment savoir ce qu’est le temps et
donc ce qu’est l’époque
je veux dire notre époque
puisque l’hésitation demeure
le moment où je parle est déjà loin de moi
la grammaire transforme en passé toute proposition
future alors que je scrute tes yeux avant qu’ils se ferment
espérant toujours demain les revoir
et le présent n’existe pas
et la mort non plus
je veux dire la mort dans la langue
ma propre mort ou la tienne

Le sable est mou la mer vient de se retirer
combien savent réellement expliquer tout ce fonctionnement

L’époque peut-être ce serait dans l’infini
la matière immense qui s’offre à nous
par les mots et ouvre tous les espaces
du rêve de l’amour ou de la haine
en passant simplement par le pouvoir des sons
avec par exemple ces lignes traduites de Stephen Hawking

il semble qu’une nouvelle possibilité apparaisse à l’horizon : que l’espace et le temps forment ensemble un espace fini, à quatre dimensions, sans singularité et sans bord, comme la surface de la Terre mais avec plus de dimensions.

Et c’est un poème infini qui s’entrevoit
comme s’il en était de s’accrocher
je ne sais pas très bien à quoi
Fin du recueil, Quelques mesures dans l’époque, Voix d’encre, 2008


Et quelle voix dans les mots si ce n’est
celle d’une suite d’interrogations
de citations avec à peine prises en note
les contradictions pour se taire

C’est un travail de danseur
danser avec une phrase qui se doit aussi
de danser pour éviter quoi
le mur où tu ne m’entendrais plus

Un jeu peut-être avec des forces physiques
contradictoires
un plein du corps
c’est ainsi n’est-ce pas que tu écoutes

Orante

Mais c’est quelle langue dis-tu
celle d’avant toute langue
une plongée comme un peu le chant
le cri des oiseaux et celui que je m’efforce
de t’offrir quelque chose d’une
prière mais prise dans la pierre et
si ce n’est sans dieu alors d’aucun rituel
à part notre jeu de mémoire
celui qui doit se taire aussi pour entendre
la voix sans mot un autre
silence je ne sais pas mais
ça m’a l’air d’être centré encore autour de lui

Et presque j’ai l’impression que ça se
développe horizontalement depuis lui
et avec lui le désir et la nudité
c’est-à-dire peut-être les
nôtres

Un peu comme s’il y avait en jeu
les métamorphoses du silence
c’est-à-dire l’existence de plusieurs silences
dans le silence même
voire une versatilité de celui-ci de l’instant magique à
l’effroi
et c’est aussi à l’intérieur du son que
tu le creuses
le don du corps devenant plénitude à l’épreuve
de ce risque

Cantus
Et que vient faire la voix quand il n’y a pas de voix
puisque celle-ci même s’absente ou plutôt
muette accompagne comme en retrait
je veux dire dans le silence
le chant percussif ou celui de la flûte
en même temps que cette absence
nous conduit vers ce silence
celui nourri de toutes les épreuves
innommables qu’autrefois les dieux
faisaient subir aux hommes et maintenant
le vide en lui-même

La voix même absente et même
sans mot dit la présence plus ou moins proche
de la fable et quelque chose toujours se raconte
mais quoi
faut-il nécessairement que nous le sachions
je l’ignore il y a parfois comme de grandes
vagues qui sous-tendent un discours
en même temps qu’elles le brouillent
pour créer l’existence d’une mythologie
vocale

extrait de 51 partitions de Dominique Lemaître, Tarabuste 2009

Tu es là
qui es-tu dans la langue
et quelle langue sur tes mots
quelle part de toi dans ma langue
et comment ta présence déshabille le réel

De lui je ne veux retenir que le corps
et en lui la vie jusqu’au bout
surtout depuis que maintenant la parure
tu sais le lien de ce mot avec le cosmos
en est absolument régressive

La vie jusqu’au bout
en ce qu’elle ne demande aucune maîtrise
et c’est d’être là en toi en nous
qui paraît la seule injonction du réel

Mais puisque c’est le mot injonction
qui vient de surgir pour marquer
notre révolte contre l’époque
contre la farce politique de celle-ci
et je n’ai pas confondu avec le mot force
tu me permettras une autre référence
presque neuve pour moi et c’est
le poète finnois Pentti Holappa

Dans le quatrième poème du recueil Cinquante-deux
publié en 1979 son traducteur lui fait dire
La patrie est un lieu nécessaire
je veux bien accepter ce constat d’autant
qu’il émane d’un homme à l’écoute
mais si c’était une matrie je pense
que personne ne viendrait encore flirter avec
des formes aussi ringardes que les drapeaux
ou le bon dieu ça nous guérirait de quelques névroses

Sans attachement sans fixation
au père que je suis aussi
à la mère perdue depuis la naissance
sans attachement jamais si ce n’est à ce qui
déroute ou qui impose de modifier le plus
souvent possible le regard sur
quoi
le monde
je ne sais pas dire autrement
pour avancer en aveugle
avec toi je veux bien quelque chose comme
un lieu commun

Et voici comme pour l’injonction
un nouveau carrefour où il sera
facile de faire une digression sur
lieu commun en étalant une sorte de savoir
depuis les sources ordonnées et critiquées
de la théologie jusqu’à la banalité
qui participe d’une certaine tenue
je ne sais pas si c’est du
ou au monde

Le monde le monde un pour chacun
les autres en partage mésanges vérité craie tumulte
la liste s’allonge c’est toujours là que nous sommes
fleurs lumière stupéfaction et cendres aussi
le refrain sur l’époque où tout échappe
où cet échappement notre chance
conduit à l’accueil comme au discernement
dans l’ombre ce qui fait notre tenue
maintenant c’est-à-dire en tenant ta main

La mésange d’ailleurs c’est d’abord la charbonnière
avec les variantes de sa voix
deux ou trois syllabes brèves répétées
ou bien comme le pinson
ou plus nasillard
une voix multiple à l’usage du monde donc
et pourquoi ne puis-je empêcher que les oiseaux
reviennent dans les mots

Les oiseaux c’est quoi
un vol une voix
l’union manifeste du temps et de l’espace
dans un lieu qui précède non seulement les mots
mais le sens et par là une plongée dans un arrière monde
exempt de toute nostalgie et où sans doute il y a
un tracé possible à la liberté

Extrait de Quelque chose à dire encore, in Cahiers intempestifs, n°23, 2009

Mercredi 30 Décembre 2009
Lu 4323 fois

Dans la même rubrique :

Emmanuel MERLE - 01/10/2019

Michel COLLOT - 07/09/2019

Régis LEFORT - 09/05/2019

Emmanuelle BOBLET - 06/04/2019

Fred GRIOT - 31/12/2018

Laure GAUTHIER - 20/11/2018

1 2 3 4 5 » ... 13

PARCOURS ET PUBLICATIONS | REVUE DE PRESSE | EXTRAITS D' OUVRAGES | TEXT TRANSLATION IN ENGLISCH, SPANISCH... | ARTICLES ET CONFERENCES | EN REVUES ET ANTHOLOGIES | ACTUALITES | INFORMATIONS DU MOIS | ATELIERS | LIBRES PAROLES







Les News








ANTHOLOGIES ET PUBLICATIONS COLLECTIVES

Je prends note
Anthologie poésie
Bipval (Biennale
des poètes en Val
de Marne) 2011
Editions
Action Poétique

Burqa ? essai,
Claude Ber,
Wassyla Tamzali,
Éd. Chèvre-Feuille
Étoilée, 2010

Couleurs Femmes
Anthologie poésie,
Éd. Castor Astral 2010

Et si le rouge
n’existait pas

Anthologie poésie,
Ed. le Temps des
cerises 2010

Voix de l’Autre
essai, Actes du
Colloque Littératures,
Université de
Clermont-Ferrand
Ed. PUF 2010

Que peut la littérature?
Ed. Calliopées 2010

La poésie érotique
française contemporaine

Textes rassemblés par
Giovanni Dotoli,
Ed. Hermann, 2011

Enfances
Anthologie
Printemps des
Poètes 2012
Ed. B. Doucey

cb
22/11/2010