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09/02/2011



L'invité du mois

Alain LANCE



Alain LANCE
BIOBIBLIOGRAPHIE

Alain Lance est né le 18 décembre 1939 à Bonsecours, près de Rouen. Enfance à Paris. Etudes d’allemand à Paris et Leipzig. Après avoir enseigné le français en Iran et l’allemand à Paris, il a dirigé des instituts culturels français en Allemagne
(Francfort sur le Main et Sarrebruck) puis a été directeur de la Maison des écrivains à Paris de 1995 à 2004.
A partir de Les gens perdus deviennent fragiles (1970), il a publié une dizaine de livres de poésie, dont Distrait du désastre (en 1995 chez Ulysse fin de siècle, Dijon), Prix Tristan Tzara 1996. En 2000 est paru un choix de ses poèmes sur plus de trois décennies, intitulé Temps criblé, dans la collection Les Analectes, chez Obsidiane et Le Temps qu’il fait, (Prix Apollinaire 2001). En 2004 est paru Brefs du vingtième (Tarabuste). Et en 2005, chez le même éditeur, Quatrains pour Esteban. Dernier titre paru : Longtemps l’Allemagne, chez Tarabuste (2007), dont la nouvelle édition, revue et augmentée, est parue en juin 2009.
Il a également traduit de l’allemand, souvent en coopération avec Renate Lance-Otterbein, plusieurs récits et essais de Christa Wolf, des livres de poèmes et de prose ainsi que des pièces de théâtre de Volker Braun et trois romans de Ingo Schulze. Co-auteur de plusieurs anthologies consacrées à la poésie française, iranienne et hongroise, il est membre, depuis 1970, du comité de rédaction de la revue action poétique et, depuis 2005, du comité de la revue Europe. Il a dirigé le domaine allemand des éditions Alinéa de 1985 à 1988. Membre correspondant de l’Académie des Arts de la Saxe, il a reçu en 2006 le Deka-Bank-Preis du Literaturhaus Frankfurt, qui récompense une personnalité étrangère ayant contribué à promouvoir la littérature allemande dans son pays.


TEXTES

Dimanche, 5 septembre. Trois heures du matin, nous allons atterrir. L'hôtesse rappelle que le port du voile est obligatoire. Plusieurs femmes sortent un foulard de leur bagage à main. Renate et Amélia en font de même, après avoir enfilé la tunique légère, sans décolleté, descendant jusqu'à mi-mollet, que notre amie F. a fait confectionner pour elles. Sous l'avion, l'immense scintillement de Téhéran. Souvenir de ma première arrivée dans ce pays, il y a exactement trente-trois ans. A l'époque, la route menant de l'aéroport au centre de la ville était bordée de maisons basses avec, ça et là, les loupiotes d'une échoppe. À présent, des voies rapides cisaillent le monstre urbain.
Marie nous attend. Durant quelques secondes, je ne reconnais pas cette jeune femme qui nous adresse de grands signes, puis finit par soulever légèrement son foulard pour dégager une mèche de ses cheveux blonds et l’agiter en signe de bienvenue. Accompagnés par elle, nous passons la douane sans encombre. Marie, attachée culturelle à l’ambassade de France, habite Niâvarân, sur les hauteurs, presque à deux mille mètres d'altitude. Il y a trente ans, cette banlieue nord était encore la campagne. Les Téhérânis y prenaient le frais l’été, A. m'y emmenait parfois pour des promenades et l'on s'arrêtait dans une tchaikhâné maison de thé où, à l'époque, on trouvait également de la bière. Jusqu’à une période récente, me racontait-il, si l’hiver était rude, des loups y poussaient encore des reconnaissances.
Au réveil, nous distinguons à peine l'énorme métropole de dix millions d'habitants en contrebas, enveloppée dans un voile jaune de poussière et de pollution. La petite chatte de Marie, appelée Djomeh parce qu'elle fut trouvée un vendredi, vient ronronner sur mes genoux. Je pense à mon chat noir en 1968, Julot, fils de Mémé (Ptolémée) et Titi (Nefertiti). À 9h30 il fait déjà très chaud. Je me souviens de mon premier réveil à Téhéran, au lendemain de mon arrivée, en septembre 1966. À l’époque, on pouvait encore parfois entendre dans la rue le braiement d’un âne, animal aujourd’hui disparu du méli-mélo automobile.
L'après-midi, notre ami S. vient nous chercher dans un taxi vétuste qui peine à remonter la pente en repartant de chez Marie. Il nous faut descendre de la voiture pour la rejoindre en haut de la côte. Plus tard, le jeune chauffeur avouera qu'il avait tout simplement oublié de desserrer le frein à main. Ou bien était-ce un pieux mensonge pour sauver l'honneur de son véhicule? Circulation dense, anarchique, dangereuse. Et pourtant ça fonctionne, les gens restent calmes. Les accrochages sont rares et les algarades demeurent empreintes de civilité, ponctuées de "je vous en prie, monsieur" à peine ironiques. Les automobilistes parisiens, toujours à cran et agressifs, devraient faire un stage ici pour apprendre à maîtriser leurs nerfs. Des gamins vendent des bouquets de roses aux arrêts des feux rouges. Sur les pignons des immeubles, de gigantesques fresques représentent les martyrs de la longue guerre déclenchée par l'Irak, qui fit des centaines de milliers de morts. Et combien d'estropiés et d'invalides? Plusieurs milliers d'entre eux seraient employés à contrôler le courrier en provenance de l'Occident et à badigeonner au feutre noir les photos jugées indécentes dans les magazines venant de l'étranger dépravé. Outre les martyrs, on voit d'immenses portraits de l'imam Khomeiny, parfois en bon papa, le plus souvent avec la mine sévère du Père Fouettard. "C'est notre Marylin Monroe!", nous lance S., hilare.
En guise de bienvenue, après le thé rituel, notre ami m’invite dans sa cuisine à retrouver le goût de l'opium. En fin d'après-midi, nous retournons ensemble vers le nord de la ville. Halte chez des amis, où l'on fume à nouveau. Le maître de maison, un architecte qui a longtemps vécu à Munich, parle allemand avec un fort accent bavarois.
Le soir, repas chez Marie. S. nous apprend que, depuis l’élection de Khatami, plusieurs de ses livres, auparavant bloqués par la censure, ont pu enfin être publiés.


Treizième

Mailles irisées du caniveau
Entre le zigzag où le bus dans trois minutes va stopper
Et mon désir d’absence sous la pluie
Qui me lave des indignes soucis
Je n’entends plus brailler la rue
Je suis peut-être à Romainville avant l’orage
Sur le cimetière en pente
Près de l’Auberge du Bois perdu
Avec les amis disparus
Qui chantonnent entre les pages

inédit


Fin juillet

Rassurer l’humeur des marchés
Calculs de taux et de taxes vaines
Dans la grève un jour
Cette leçon oubliée
Pliée sous les pitres
Flics
Presse

Ce n’est jamais qu’une vieille farce
Sous laquelle le sang jaillit
Un spectacle qui crûment se passe
Des règles établies dans le sein des muses

inédit


Erlangen, la fête des poètes

Et voilà que chaque automne
Je m’enrhume en Allemagne
Mais que dis-je, chaque automne ?
Ce long mois d’août n’avait même
Pas touché à son terme

Nous avons recherché l’Europe
Dans le mirage des morts des mots des tropes

La Hongrie est une maison de fous
Murmurait László Krasznahorkai

Mais sans l’art, dit Volker Braun, nous ne verrions
Qu’un dixième de la réalité

Il pleuvait sur les poètes et le parc du château
Rassemblait parapluies et paronomases

inédit


Sur le seuil de deux mille six

De si belles plumes
Dans la lumière froide
C’est l’aubaine du matin

Mais nul chant ne sort
De ce corps anonyme

Que dire, enfin ?

Cette année encore
Nous laissera seuls
Au bord d’une fosse.

inédit


Mardi 9 Novembre 2010
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