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09/02/2011



L'invité du mois

André UGHETTO



André UGHETTO
ACTUALITÉS

POIE’O présente
CINQ ENTRETIENS AVEC PETRARQUE
Une pièce d’André UGHETTO
Dimanche 31 juillet 2011 21h30 ISLE-SUR-LA-SORGUE Congrégation, Quai des Lices Berthelot
Mercredi 3 août 2011 21h30 SAUMANE EN VAUCLUSE Esplanade du Château
Entrée 10€ - Contacts- 0682893047 - 0608371523 -Mise en scène de l’auteur
Avec par ordre d’entrée en scène :Choeur de chambre CADENZA, Lionel Mazari, Daniel Prinet, Jean-Claude Delalondre, Cyril Gibert, Dominique Huet, Nathalie Mabille, André Ughetto
Recherches musicales, Jean-Marie Pallen, Claude Tiers, chef de chœur ; Régie des costumes Dominique Puisais ; Eclairage et son :Philippe Désescot ; Conception maquette&communication Daniel Prinet


BIOBIBLIOGRAPHIE

André UGHETTO

Né en 1942 à l’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse)
Poète, traducteur de poésie, critique littéraire, conférencier, quelquefois cinéaste (Le Maître des moissons, La Mémoire du feu, en hommage à René Char, Mutus Liber, Tableaux pour Nicolas Flamel). Membre du conseil de rédaction de la revue Phoenix (après SUD puis Autre SUD), ainsi que des Archers (à Marseille), et d’Osiris (Old Deerfield, Massachusetts, USA).

Principaux ouvrages :
Poésie : Qui saigne signe (SUD-Poésie, 1990)
Rues de la forêt belle, (éd. Le Taillis Pré, 2004).
Je ne sais pas faire de livres (mars 2010, Le Port d’attache éd.)

Poèmes traduits pour des revues étrangères : en italien, anglais, allemand, espagnol, portugais (brésilien), roumain, bulgare, croate, hongrois, chinois. Dans les revues françaises : Autre Sud, Les Archers, Siècle 21, Estuaire, 12x2, Soleil et Cendres etc. Participation à une anthologie des poètes d’Autre Sud en italien : Prefazione alla vita, traductions de Guido Zavanone, ed. De Ferrari, Gênes, novembre 2009. Participation à diverses anthologies thématiques des éditions Sillages (basées dans le Vaucluse), à un ouvrage photographique d’Adrienne Arth sur la Méditerranée, et à une Anthologie poétique amoureuse, rassemblée par Marc Alyn, éd. Ecriture, janvier 2010.

Traductions :
Promenades en poésie italienne contemporaine en 33 auteurs, Sud, 1984 ; Anthologie des poètes italiens de la métamorphose, Sud, 1992.
Les Remparts de Pistoia, de Piero Bigongiari, traduit avec Philippe Jaccottet (éd. la Différence, 1992) ; Relation de l'histoire ancienne des Indiens, de Ramon Pané, compagnon du deuxième voyage de Christophe Colomb (La Différence 1992) ; La Garde, poèmes de Fabio Doplicher (éditions Autres Temps, 2002) ; Ce désir obstiné, je le dois aux étoiles, anthologie du Canzoniere de Pétrarque (Le Bois d'Orion L'Isle sur la Sorgue, 2002) ; Luna velata, poèmes d’Andrea Raos, traduction collective (cipM Les Comptoirs de la Nouvelle B.S., 2003) ; Huit Temps pour un présage, de Bruno Rombi (Autre Temps, 2004). Chroniques de la vie incertaine, d’Eugenio de Signoribus (pour revue Fario, 2009 et 2010).
Leone d’Ambrosio : Non è ancora l’addio (Ce n’est pas encore l’adieu, Encres vives)
En outre, traduits de l’anglais, en coopération avec Delia Morris : Jaune Balançoire, de Rosalind Brackenbury (contemporaine), éditions de L’Amandier 2011 ; Un p’tit gars du Shropshire, de A.E. Housman (1859-1936) – à paraitre.

Etudes récentes :
Le Sonnet, une forme européenne de poésie (éd. Ellipses, 2005), étude suivie d’une anthologie en six langues avec des traductions inédites de sonnets italiens, espagnols, anglais, allemands et russes.
Préface de l’ouvrage d’art de Dominique Dalemont sur Les Sculpteurs du métal, éd. Somogy, Editions d’art (avril 2006).
La Muse transalpine, essai sur la poésie italienne contemporaine, éditions du Port d’attache, mars 2008.
Direction du n° 18 de la revue Babel (Université de Toulon et du Var) : Du bilinguisme en matière de poésie (janvier 2009).
Présentation des poètes Gabrielle Althen, Dominique Granmont, Henri Raynal, Claude Ber, Nimrod, Claude Vigée… dans la revue Autre Sud. Dans cette même revue, responsabilité d’un fronton sur Albert Camus (mars 2009). Dans Phoenix n°1, responsabilité du dossier « poète invité » sur Marc Alyn.
Par ailleurs nombreuses contributions (critique littéraire, articles philosophiques, traductions, poèmes) à des collections et revues : Autre Sud, Les Archers, Sorgue, Poésie (Seghers, Var Poésie (Volumes sur Aragon, sur Jean Malrieu), Honoré Champion (Correspondance de Marguerite Yourcenar), participation à « Jean-Max Tixier ou la mémoire des mots », coll. Empreintes. Etudes et chroniques dans CCP (Cahiers critiques de poésie), et pour la collection Ellipses…
Paru en juin 2011 aux éditions Mare et Martin, Oublier les colonies, actes d’un colloque qui s’était tenu en 2009 à la Faculté des Lettres de l’Université de Toulon et du Var sous la direction d’Isabelle Felici et de Jean-Charles Vegliante, est distribué avec un DVD du film Le Maître des moissons, dont le récit de la réalisation est versé parmi les articles du colloque.

Pour le cycle estival de « Saumane en soirées », près de Fontaine de Vaucluse, lectures-spectacles sur « Les Muses vauclusiennes de Pétrarque » 2004 ; « Brésil, braises de poésie », 2005 ; « Papiers d’Arménie, la poésie arménienne à travers les siècles », 2006 ; « René Char en son bestiaire », 2007 ; « Albert Camus, un soleil fraternel », 2008. « La Promenade sur les chemins de Philippe Jaccottet », août 2009 ; « Les chants du monde de Jean Giono » (31 juillet 2010).

2011 : pièce de théâtre Cinq entretiens avec Pétrarque (sur la vie du poète italo-provençal) pour deux représentations : à l’Isle-sur-la-Sorgue (31 juillet 2011) puis à Saumane en Vaucluse (le 3 août).
On peut lire ci-après un extrait de la pièce ainsi qu’un choix de poèmes d’André Ughetto


EXTRAITS D'OUVRAGES

Poèmes

VOYAGEUR ABSOLU,


ce jeune homme voulait traverser notre terre. Il ne connaissait pas son pouvoir ni sa dépendance. L'exil avait scellé ses lèvres et baptisé sa marche. Le soleil partageait son auréole.

En un instant la haine et l'amour se sont embrasés, comme la poussière soulevée des routes. Lui a voulu choisir la solitude, l'indifférence, le passage ; vos passions qui usent martelaient son front d'une migraine glacée.

Vous n'avez pas compris sa liberté de nuage blanc ; vous l'avez entouré d'un choeur d'incendies, cercle de malédictions, ronde magique ; en vain, car il demeurait inaccessible aux outrages. Alors vous lui avez rompu les bras, tranché la langue, mais le réseau de ses veines bleues continuait à faire songer à son marbre. Vous ne pouviez rien contre la vérité et contre la beauté, son couteau. Les archéologues de l'avenir s'étonneront de déterrer un jour de votre sol un Hermès poétique au profil intact.

Vous n'y pouvez rien.



CERTAINS JOURS

parrainés par les dieux j’aperçois,
dans la trépidation de la ville grise aux banlieues de craie,
des siècles – arbres, plage, azur immense –
enhardis aux confins des rues.

L’instant surgit
plus vaste que le temps
oublieux.

La jeune fille draine ses reflets
aux vitrines qui la boivent.

Le jeune homme s’étire
vers le kaléidoscope de ses buts,
se hâte au bûcher de ses fièvres.

Les regards sont mandorles
où se négocie la gloire de vivre.

Ces jours-là.


RUE DE LA FORÊT BELLE


Une Genèse





Forêts, vous finissez
à l'intérieur des villes

*

Bergère de paroles
pensée devant soi poussée,

Nuit des mémoires
aubier où a crû
le savoir des espèces,

Amont de l'existence
mortelle incessamment
recalculée,

A nu s'arrache d'un
sursaut de vagues
nageuse enfin accordée à la rive
la Vie un jeu de dés
sur le tapis des mousses
algue émergée dessin déjà
d'arbre possible,

Mue par quel verbe aux syllabes inouïes ?

*

Infatigables les fougères
déroulent détendent leurs crosses
grignotent l'étendue
mitraillée de leurs spores,

La terre les mange
est mangée
s'abîme fouillée
fouaillée
dans le puits des verdures

Où guerrière la silve lève des boucliers
dans le fracas des lances de soleil .

*

Calices montés sur le saphir d'un matin
hampes étirées au chalumeau d'orages brefs
la pluie palpite sur le corps
de merveilles fustigées
précède leur éclat le proclame
et les sèves déploient
leurs puissances de feuilles .

Seul regard dans la touffeur
des muettes futaies
le dieu oblique du couchant
comme un tribut d'adoration
incante les vapeurs amasse les nuées
enlève leur spirale .

*

Lentes à devenir
le domaine des bêtes
forêts qui finirez
à l'intérieur des villes
primordialement vous avez
converti le ciel en azur.

A votre abri ombreux
respiratoire
l'animal affranchi de l'eau
à l'épreuve de l'air se hasarde,
fouit racines et rhizomes
mime brindilles et feuillages
s'étire infime sous l'écorce
s'enchevêtre aux lianes
se noue aux muscles des rameaux
se dresse vaste
prédateur de frondaisons
fouet tenaille griffe
implacable mâchoire
machinerie armée d'écailles
engins irrésistibles qu'un jour
a soudain dans la tourbe couchés ...

*

L'être humain est né là
parmi les survivants d'anciennes
catastrophes dans la promiscuité
d'énormes cris très rauques
sous l'averse filtrée par les branches
la nuit aux tremblantes étoiles
scrutant l'angoisse dans ses os .

Par quel matin empli de gloire
ose-t-il choisir
quelques dieux les abattre
et s'en construire un toit !

*

Comme la vie s'élança hors de l'onde
le sauvage fendit les houles verdoyantes
délaissa leur ombre habitée
pour l'horizon où campent les énigmes .

Lumière de millions d'années aujourd'hui nous parvient
le souvenir des vieilles forces forestières
à la vue des parcs assagis
de jardins dans le tissu des villes verticales
au pied d'immeubles totems .

Civilisés les arbres restent tutélaires :
orgueilleuse la rue ennoblie sous leur dais !
Nos étages dépassent leurs cimes
mais c'est bien à leur fourche extatique
que nous rêvons encore de monter .

*

Arbres passant votre chemin,
solitaires disant le but de notre marche,
feuillages lumineux, numineux, loquaces,
prophéties de ces troncs abattus, foudroyés,
je nommerai vos régions vos régimes
Oliviers couronnés de pâleur,
Lauriers cernés d’une gloire odorante,
Bouleaux médecins,
Peupliers miroitants télégraphes,
Mélèzes masqués d’hivernale transparence,
Sapins priant sous la capuche,
Chênes seigneurs du Temps,
Forêts, vergers, jardins,
Syllabaires de la nature.

LOIN DES PISCINES EMERAUDE

A Patrick Trochou

il y en a
haves ou basanés
hérissés de maigreur
ils convoitent des fruits
aux jardins qui défilent
que leurs yeux seuls récoltent
leur taraudant souci
n’engendre pas révolte
la soupe ils voudront bien
si l’étape en propose
si permettent leurs meurtrissures
que leurs pas les dirigent
jusqu’au havre d’un soir
où chacun épie l’autre
« foyer » où l’on fait bien
de veiller sur son barda

il y en a
porteurs de sacs
leurs fardeaux de chimères
dont on sent effrangé le rapport au réel
somnambules de jour
ils ne s’attardent pas
aux étoiles des guides
peut-être le chemin leur donnera
un compagnon de rixes
de beuverie mal tempérée
épuisant vite
la recette obtenue main tendue
aux entrées des commerces
c’est d’un meilleur rapport
qu’aux sorties des églises

s’ils trouvent la « fortune carrée » d’un plastique
afin d’être à l’abri des gouttes de l’orage
ils vogueront jusqu’à l’épuisement
de leur rêve aux cris d’oiseaux
emplissant le broc de l’aube

il y en a
éjectés de la noria
des vies doucettement réglées
chus d’un divorce avec le social
compromis
exilés aux marches de l’empire
de soi
étrangers désormais
on les craint
en profondeur
on les soutient
comme un désordre intime
un Joseph relégué en la citerne d’où
les bons caravaniers puiseront nouvelle eau
lumière de jeunesse réfractée
par la verroterie imaginaire
des existences non vécues
promesses non tenues
de réussites
tirées à blanc

loin des piscines émeraude
ces errants que d’aucuns
aiment pour leur transparence
puisqu’ils manquent de tout
sont-ils pauvres en rien ?
si le soleil cruel
leur octroie une place
qui ait pour dimension
leur ombre sans projet
et qu’à leurs yeux toute la terre soit
fraîche pastèque aux graines de visions !


***


Croire, fourmi, le caillou colline

Jouir du saut, oiseau, dans les ramures d’air

Antilope, bondir, chasser le tigre de sa peur

Tigre, feuler de faim mais autre que de proie

Nos yeux visitent la nostalgie dans sa cage

Conscience est un repli dans la terre du corps,

un vide qui se cherche dans l’écart,

un mutisme levé debout dans la matière.



Le Ténu


Sur maintes avenues se dresse
un éclat printanier de banderoles,
un théâtre de rues
aux façons citoyennes,
une ardeur à défendre
on ne sait plus trop quoi.

Juvénile vigueur
rassemble ta révolte
proteste avec raison et méfie-toi :
Pouvoir, soleil tournant à face noire,
Justice, embarcation privée de gouvernail,
Police, corps sombre et communautaire.

Le réel qui importe
n’a souci de bagage
s’écarte de l’escorte
se contente de l’esquisse
de l’ébauche souriante
et par l’imprononcé active le silence.

Dans le ténu réside l’ange du vivant
l’émotion frêle, le chuchotis
des unités discrètes de la pluie
et tous les riens que l’on monte en collier
qui te serre à la gorge et t’extirpe
la force d’arracher
les cartes que tu jettes
à la tête des menteurs.

En fond d’œil de vacarmes
c’est le ténu qui tient.














SABLES EMOUVANTS

A Anne-Lise Carrière

1
« Tu vivras autant d’années
que tu peux prendre
de grains de sable dans ta main »

Au stade presque ultime du minéral
juste avant la poussière
le sable irrite la pensée
mordille le visage
en ses miroirs éteints
se dissipent nos traces

2
« Ta main est sablier
par où s’écouleront tes œuvres et ta vie »

Dunes, rivage, estrans, endoréique espace,
entre flux et reflux et tourments éoliens
on progresse en lisière de l’humain
Tel escalade l’erg brûlant et montueux
tel avance pieds nus
sur le pan incliné
du matin maritime

3
« Comptabilise ces fragments
d’aventure terrestre. »

Le sable est modelé
modelant
La mer fore ses chenaux
La rose des vents
élime les souffles
Roulent les images
S’ouvrent les mirages

4
« Chaque grain aura valeur de monde,
leurs foules assemblées auront figures diverses »

D’une saisie instantanée
Voici naître une estampe
Jardin pierre dressée
une esquisse
un chemin ménagé
au flanc brumeux de la montagne
que gravissent fourmis ses nombreux pèlerins

5
« Tout ton corps merveilleux
je le veux sous le sable
pétri des mêmes mains
qui construisirent mes châteaux d’enfance »

Féminité chantée par les courbes
Creux apaisant de l’aine
Croupes et seins surabondants
Diane d’Ephèse
blanche idole formée
d’inapaisé désir

6
« Pourtant je ne peux te le cacher
ta bouche prédira aussi des catastrophes »

Sables – par quelles sales mains fatales ?-
noirs, gluants, charbonneux
une avalée, une avalanche à chaque instant
mêle pigments, diaprures,
cratères qu’on dirait d’obédience lunaire
L’océan ne retient rien de nos sillages
Le désert exténue l’histoire

7
« Maîtresse d’harmonie la Nature te parle
tu es sa voix »

Inlassable éolisé
lissé, parfois d’un continent vers un autre
porté, quand la tempête secoue ses tapis
abrasif abrasé, conséquence
et cause, érosif érodé
fin pour commencement
de sable est notre élémentaire devenir

8
« N’ouvre pas trop les mains,
ne te retourne pas vers l’Origine.
Le nombre de ton âge est égal à celui
des grains qu’on voit briller
dans le creux de tes paumes »

Unités discrètes
imprégnées de visions
comme sur sel d’argent
les grains photographiques

9
Aux plages s’enregistre la musique
l’influent trafic de fréquences
leurs mutables ressacs lumineux
Verbosité de la matière émue
élevée par son chant choral

« mais si tu veux aussi
rester dans la Jeunesse
il faudra te donner
entièrement à moi. »

Paroles d’Apollon à la Sibylle de Cumes*


Théâtre

CINQ ENTRETIENS AVEC PÉTRARQUE

Tract présentant la pièce aux spectateurs

Sur scène

Jean-Claude Delalondre : Philippe de Cabassole, évêque de Cavaillon
Pape Clément VI
Cyril Gibert : Gherardo, frère de Pétrarque
Boccace
Dominique Huet : Cola di Rienzo
Francescuol da Brossano, époux de Francesca, gendre de Pétrarque
Nathalie Mabille : Francesca, fille de Pétrarque
Voix-off de Laure
Lionel Mazari : Pétrarque
Daniel Prinet : Robert d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence
Charles IV, empereur du Saint-Empire romain germanique
André Ughetto : Le Récitant

Les poèmes de Pétrarque successivement entendus – sonnet 116, Chanson 126, Chanson 128, sonnet 364, sonnet 1 – ont été traduits par André Ughetto et Christian Guilleau pour trois éditions partielles du Canzoniere, au « Lamparo » (42 sonnets, trois Chansons, trois Sextines), dans la collection « Orphée » des éditions « La différence » (sous le titre La Vertu et la Grâce), enfin au Bois d’Orion, en 2002, Ce désir obstiné je le dois aux étoiles, édition (encore disponible) revue et augmentée avec la collaboration de Nicolas Surace.

Le Chœur de chambre Cadenza - Claudette Barrière, Marie-Annick Brunet, Anny Cat, Muriel Groux, Romaine Iscariot, Nathalie Mabille, Claude Tiers – interprète des chants de Jacques Mauduit, Palestrina, Guillaume Costeley.

Recherches musicales : Jean-Marie Pallen (guitare) et Claude Tiers, chef de chœur.
Régie des costumes : Dominique Puisais
Eclairages et sonorisation : Philippe Désescot

Soutiens : Municipalités de l’Isle-sur-la-Sorgue et de Saumane, Communauté de
communes, Conseil Général du Vaucluse.

La pièce met en lumière les raisons du long séjour de Pétrarque à Carpentras, à Avignon, à Vaucluse. Fils d’un exilé florentin pourchassé comme Dante pour des raisons politiques, Pétrarque reviendra vivre, dans l’Italie du nord, ses vingt dernières années. Grand voyageur et grand humaniste, il aura marqué son époque tout en désespérant de la politique menée par ses contemporains français, italiens ou germaniques. Son amour pour Laure – ou pour le laurier poétique – aura été l’étoile qui a conduit son nom vers la postérité.

Sonnet 1, liminaire du Canzoniere, extrait de Ce désir obstiné je le dois aux étoiles.


VOI CH’ASCOLTATE IN RIME SPARSE IL SUONO
Di quei sospiri ond’io nudriva ‘1 core
In su’ l mio primo giovenile errore
Quand’era in parte altr’uom da quel ch’i’ sono;

Del vario stile, in ch’io piango e ragiono
Fra le vane speranze e ‘1 van dolore,
Ove sia chi per prova intenda amore,
Spero trovar pietà, non che perdono.

Ma ben veggio or sì come al popol tutto
Favola fui gran tempo, onde sovente
Di me medesmo meco mi vergogno;

E del mio vaneggiar vergogna è ‘l frutto,
E ‘l pentersi, e ‘l conoscer chiaramente
Che quanto piace al mondo è breve sogno.

Ô vous qui écoutez à mes rimes éparses
Le son de ces soupirs dont j’ai nourri mon cœur
En la jeune saison de mon erreur première
Quand en partie j’étais un autre que je suis,

Pour ce style changeant, où je pleure et raisonne
Entre les vains espoirs et les vaines douleurs,
Si l’un de vous connaît l’amour par ses épreuves,
Puissé-je auprès de lui trouver miséricorde!

Mais maintenant je sais quelle risée je fus
Et pendant si longtemps et au regard de tous,
De quoi souvent même en moi-même je rougis ;

Et de mon égarement la honte est le fruit,
Avec le repentir et le savoir certain
Que tout ce qui peut plaire ici-bas n’est que songe.



L’ISLE SUR LA SORGUE / Jardin de la Congrégation, Quai des Lices Berthelot
Dimanche 31 JUILLET 2011, 21h30

SAUMANE EN VAUCLUSE /Esplanade du Château
Mercredi 3 AOÛT 2011, 21h30

Entrée 10 €

Extrait de l’Acte III

Le Récitant

En 1347, Pétrarque rend pour la première fois visite à son frère Gherardo devenu moine à la Chartreuse de Montrieux, dans l’arrière-pays toulonnais.

(Entre Gherardo. Il s’arrête côté cour à la même distance du bord de scène que Pétrarque ; les deux hommes maintenant se redécouvrent.)

Pétrarque

Enfin, te voilà. Gherardo…Quatre ans sans se voir… Comme tu m’as manqué !

Gherardo

A moi aussi, beaucoup ! (Les deux frères s’étreignent). Mais, tu vois, ici j’ai gagné d’autres frères.

Pétrarque (s’écartant un peu)

Ils m’ont très bien reçu. Tes lettres m’ont appris que ce n’est pas une fraternité de façade et l’on m’a fait dès mon arrivée le portrait de ton dévouement à la communauté et à l’Ordre. J’ai commencé naguère un éloge de la « vie solitaire » destiné à convaincre Philippe de Cabassole de revenir plus souvent dans la solitude vauclusienne ; j’ai envie de connaître assez votre mode de vie contemplative pour entreprendre celui de votre « repos religieux ».
Sais-tu ? Pour arriver jusqu’à votre Chartreuse je suis passé une nouvelle fois au pied de la Sainte Baume qui t’avait tant impressionné.

Gherardo

Oui, cette visite à la grotte n’a pas été pour rien dans le choix de ma nouvelle vie. J’y ai conçu pour la première fois la possibilité d’en changer, et de me changer.

Pétrarque

Au retour, je me propose de passer par Toulon dont on m’a dit que, vue des collines qui la surplombent, la rade est magnifique.

Gherardo

Mais toi, Francesco, je te retrouve le même dans ta passion du changement. Tu n’es pas depuis une heure en un lieu que tu évoques déjà ton départ…

Pétrarque

Ne t’en courrouce pas. Ta qualité première a toujours été la constance. Alors que je souffre, tu le sais bien, d’être sans cesse partagé entre des projets et des fidélités qui se combattent.

Gherardo

Oui je sais. Deux femmes t’ont longtemps préoccupé, une rêvée, l’autre réelle. Un travail en train de s’accomplir se double pour toi d’un travail à venir. Et tes deux jardins à Vaucluse, l’un qui sert à te nourrir, que tu disputes âprement à la Sorgue quand elle déborde, l’autre que tu voues à la beauté des fleurs, portent eux aussi le témoignage de ton être divisé.

Pétrarque (changeant de place, comme s’il décrivait autour de Gherardo une demi- révolution planétaire)

Crois-tu que ce soit une erreur de vouloir la conciliation des contraires, la conjonction des opposés comme disent les astrologues ?

Gherardo

Non sans doute. (Il fait quelques pas avant de considérer son frère) Mais pourtant songe à ce que tu écrivis, il y a dix ans, à Dionigi di Borgo San Sepolcro qui t’avait offert les Confessions de Saint-Augustin. Lorsque nous fûmes arrivés au sommet du Mont Ventoux (face au public) - c’était, tu t’en souviens un exploit presque surhumain aux yeux du berger qui nous déconseilla d’y monter ! – tu ouvris ce livre au hasard pour voir si tu n’y découvrirais pas quelque leçon en rapport avec le moment exceptionnel que nous avions l’impression de vivre.

Pétrarque (face au public)

Oui, quelle ne fut pas notre surprise en effet!

Gherardo

Ce que tu me lus donnait un peu raison au berger qui essayait de nous détourner de notre ascension. Pour le sens, le propos devait être à peu près celui-ci : « Les hommes vont cherchant très loin la fortune, passant de pays en pays, franchissant les mers et les monts…

Pétrarque, reprenant la phrase

« Les hommes vont admirer les cimes des monts, les vagues de la mer, le vaste cours des fleuves, le circuit de l’Océan et le mouvement des astres et ils s’oublient eux-mêmes. »*

Gherardo

Ils s’oublient eux-mêmes parce que l’essentiel de ce qui leur est nécessaire ne peut se trouver qu’en eux, (maintenant tourné vers son frère) dans leur esprit et dans leur cœur. Court silence.

Pétrarque (se tournant vers Gherardo)

Gherardo, c’est ce jour-là que j’ai compris la valeur de ton caractère. Tu attaquais sans hésiter l’abrupte pente de la montagne pendant que je cherchais au flanc du mont des parcours sinueux qui nous permettraient d’avancer avec moins de fatigue. Tu te révélais plus apte à lutter contre l’adversité que moi. Cette femme que tu as si passionnément aimée et que tu aurais pu épouser puisque le métier de notaire de feu notre père – Dieu ait son âme ! - ne te remplissait pas d’horreur comme moi, avec quelle compassion l’as-tu accompagnée jusqu’au bout de sa maladie ! En faisant fi des risques que tu courais toi-même. Tu te fais moine à l’issue de cette épreuve, acceptant une règle que je serais pour ma part incapable de respecter. Je t’admire et je t’en veux pour cela. Et surtout j’abhorre l’idée qu’à force de ne plus nous voir que de loin en loin, nous devenions étrangers l’un à l’autre…

Gherardo

Francesco, je n’ai pas prémédité de me soustraire à ton affection, mais ta protection de grand frère ne laissait pas de devenir pesante à partir du moment où nous avons tous deux accédé à l’âge adulte. Tu n’en étais pas responsable, mais ton éclat grandissant m’empêchait d’être complètement moi-même. Je n’étais jamais aux yeux de tous que le cadet du grand Pétrarque et dans cet Avignon devenu capitale du monde chrétien, on me courtisait beaucoup, mais c’était surtout dans l’espoir de faire un jour ta connaissance. Au regard de tous, je ne portais même plus ce patronyme de Petracco dont nous avions hérité, et que tu as transformé en Petrarca, une noble « arche de pierre » qui met certes bon ordre au caractère pierreux de notre ancien nom, mais qui a été fabriqué pour ton usage littéraire.
Justement, ce jour de l’ascension du Ventoux, tu me semblas apprécier mes initiatives, et je fus le premier arrivé au sommet. A partir de là, je pensai nécessaire de me détacher de toi, afin d’aller seul dans le monde et d’y choisir mon chemin. Oh, je ne cessais pas d’être très fier de ta renommée. Je prenais ma part de tes succès…Mais de même que mon amour auquel tu viens de faire allusion a été bien différent du culte que tu vouais à Laure tout en aimant charnellement une autre femme, les ordres mineurs que nous avions tous deux reçus pour faciliter notre service auprès de la Curie, m’ont semblé un trop tiède engagement vis à vis de celui que j’ai recherché après la mort de la seule Dame qui ait réellement compté pour moi.

Pétrarque

Je perçois comme de l’amertume dans ces propos.

Gherardo

Non, bien au contraire. Je t’aime sans une ombre de ressentiment. Et je prie chaque jour pour que ta parole porte loin l’esprit de vérité qui t’anime.

Pétrarque

Il n’y a pas de jour que je ne pense à notre long passé commun. Tu fais partie de moi, de mes souvenirs de l’Incisa Val d’Arno où tu as vu le jour, où nous avons vécu notre prime jeunesse. A Carpentras, c’est ensemble que nous avons appris la Grammaire latine et la Rhétorique sous la direction de notre bon maître Convenevole da Prato. Dans quelle misère ne vivait-il pas, jusqu’à ne pouvoir me rendre un livre précieux qu’il m’avait emprunté et avait dû mettre en gage !

Gherardo (souriant)

Naturellement, comme j’étais plus jeune, je comprenais moins bien ses leçons, et tu étais avec moi un répétiteur aussi patient qu’autoritaire. Ces trois années de plus, qui nous séparaient, ont paru un abîme à notre mère quand le père de ton ami Guido Sette t’a proposé de venir voir avec eux la fontaine de Vaucluse. A huit ans, elle jugeait que je ne pouvais vous accompagner sans être une source de gêne et de complications. Mais, Dieu, que j’ai écouté avec ravissement le récit que tu nous fis, à votre retour, de ton émerveillement ! Tu n’avais pas douze ans, mais de combien ne me dépassais-tu pas ! C’était pareil ensuite à Montpellier, puis à Bologne. Moins doué, j’étais pourtant plus attentif dans ces études de Droit que papa nous obligeait à suivre. Certes, en ma qualité de petit frère de Francesco, fils de Ser Petracco et connu pour son précoce talent, j’ai eu droit à beaucoup d’égards et de faveurs, mais je restais celui à qui, faute de le croire assez mûr, on n’expliquait pas tout…

Pétrarque

(Avec un air malicieux) Cependant, Gherardo, lorsque nous avons été des jeunes hommes soucieux de plaire, j’ai bien constaté que tes quelques années de moins devenaient un atout aux yeux des jeunes filles qui tombaient amoureuses de toi. Moi je leur faisais un peu peur et je m’acharnais à me vêtir plus soigneusement que toi encore pour tâcher de leur plaire. Jusqu’à ce jour du 6 avril 1327 où Laure m’apparut dans cette église Sainte Claire d’Avignon.

Gherardo

Heureux temps ! Encore qu’il aurait pu être meilleur si nous avions gardé nos parents si vite disparus. Maman te regardait comme une exception. Les deux jours que vous avez passés à Vaucluse m’ont permis d’entendre des choses que je ne t’avais jamais dites.

Pétrarque

Et que tu me dirais, maintenant ?

(…)




Mercredi 27 Juillet 2011
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