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09/02/2011



L'invité du mois

Ariane DREYFUS



BIOBIBLIOGRAPHIE

Ariane Dreyfus, née au Raincy en 1958, vit en région parisienne, où elle se partage entre son travail de professeur de lettres en lycée et l’animation d’ateliers d’écriture, essentiellement en milieu scolaire.

RECUEILS DE POESIE :
- L’amour I, aux Editions De, 1993, puis repris dans Ariane Dreyfus par Matthieu Gosztola pour la collection « Présence de la poésie » aux Éditions des Vanneaux, 2012.
- Un visage effacé, aux Editions Tarabuste, 1995.
- Les miettes de Décembre, au Dé Bleu, 1997.
- La durée des plantes, aux Editions Tarabuste, 1998, et 2007 pour l’édition revue et corrigée
- Une histoire passera ici, aux Editions Flammarion, 1999.
- Quelques branches vivantes, aux Editions Flammarion, 2001.
- Les compagnies silencieuses, aux Editions Flammarion, 2001.
- La belle vitesse, au Dé Bleu, collection « Le farfadet bleu », 2002.
- La bouche de quelqu’un, aux Editions Tarabuste, 2003.
- L’inhabitable, aux Editions Flammarion, 2006 (Prix des découvreurs 2007).
- Iris, c’est votre bleu, aux Editions Le Castor Astral, 2008
- La terre voudrait recommencer, aux Editions Flammarion, 2010.
- Nous nous attendons (reconnaissance à Gérard Schlosser), aux Editions Le Castor Astral, 2012.
- Moi aussi, anthologie réalisée par l’auteur, aux Editions Les Découvreurs, 2015.
- Le dernier livre des enfants, aux Editions Flammarion, 2016.
- Sophie ou la vie élastique, aux Editions Le Castor Astral, 2020



OUVRAGE CRITIQUE :
La lampe allumée si souvent dans l’ombre, José Corti, collection « en lisant en écrivant », 2013.

OUVRAGE QUI LUI EST CONSACRÉ :
Ariane Dreyfus de Matthieu Gosztola, collection « Présence de la poésie », éditions des Vanneaux, 2012.

EXTRAIT D'UN TEXTE CRITIQUE SUR SON OEUVRE : « Il y a dans l'écriture d'Ariane Dreyfus une sorte de dispositif lyrique, si l'expression n'est pas trop oxymorique et contradictoire. Une sorte de procédé de mise en situation fictionnelle d'une conscience émotionnelle. Car le lyrisme n'est pas d'abord chez elle l'expression d'un moi (en exergue au Dernier livre des enfants, cette citation de Deleuze : « l'émotion ne dit pas je »), il est plutôt le fait des rencontres. Or des rencontres, il n’y a que ça dans le livre. L’auteure ne cesse en effet d'emprunter des personnages – comme on se glisse dans une tunique – à des œuvres littéraires ou cinématographiques, ou même à d'autres arts (la danse, le cirque, en particulier, parce qu’ils favorisent mieux que d’autres cette rencontre des êtres qui la préoccupe tellement). Elle les emprunte et leur fait rejouer les scènes dont elle les tire ; elle transpose en quelque sorte personnages et scènes depuis leur fiction d’origine jusque dans le domaine de l'expression poétique qui est le sien et qui est un domaine formel – le domaine de la lettre et de la prosodie. (…) Les corps sont les personnages des personnages, peut-on dire, dans cette poésie qui a besoin de la fiction et de la narration, fussent-elles minimales, comme révélateurs des corps. Ce qu'il lui faut dire, c'est ce qui (se) passe entre les corps, ce très léger déraillement dans la perception de l'autre qui fait que par exemple on ne le comprend pas (qu'il nous échappe) et que c'est par là qu'il nous émeut (qu'on l'aime). Laurent Albarracin, site Poezibao (28-11-2016).

EXTRAITS


Extrait de Le dernier livre des enfants, aux Editions Flammarion, 2016
dont voici la 4° de couverture :

Les enfants bougent pour faire respirer leur solitude. Alors il faut des histoires. Par exemple Un cyclone à la Jamaïque : Emily, 10 ans, se retrouve embarquée par mégarde avec ses frères et sœurs sur un bateau des pirates, n’ayant pour Peter Pan qu’un capitaine vieilli, au cœur enfoui, qu’elle effraie bien plus qu’elle ne l’imagine, mais de toute façon mieux vaut ne pas trop se pencher pour voir au fond, l’air est en l’air.
Autres enfants mais moins seuls : des amoureux s’approchent à tâtons, calculant à quel moment ouvrir les yeux sur ce que l’autre nous montre de nous-même. Le mystère commence après les aveux.
Il était temps pour moi de me risquer plus près du bord. Pas oiseau, non. Mais comme j’ai été et comme nous sommes encore, étonnés d’avoir si peu bougé alors qu’on voit déjà la mort.

nb: Les poèmes avec les personnages d’Emily, Rachel, Laura, Edward, John et Harold sont nourris d’Un Cyclone à la Jamaïque, roman de Richard Hughes (1929), et de son adaptation cinématographique par Alexander Mackendrick (1965). L’action se situe au XIX° siècle. Pour éviter que leurs enfants continuent à grandir comme des sauvages, un couple de planteurs anglais les envoie par bateau en Angleterre. Mais leur navire est attaqué par des pirates qui embarquent sans le savoir les enfants avec le butin, et cela pour longtemps. Quoique j’aie pu écrire, je n’ai en rien épuisé les splendeurs étonnantes et secrètes du roman.


Le petit cochon noir ne dit rien
Trop bien
Le groin enfoui dans une aisselle

Epuisée même pour s’étirer
A cause du soleil qui tape sur la tête
De tout le monde
Jusqu’à la poix qui bout entre les joints
Emily fait comme lui
Soupire et ne dit rien
Le petit cochon peut continuer
A faire d’elle son lit vivant
C’est sa passion naïve
Sur le pont où les enfants cherchent
A dormir par-ci par-là
Si elle se pousse jusqu’à l’ombre
Parce qu’aujourd’hui le soleil est fou
Les faibles cris se déplacent avec elle
En petit tas fébrile
De viande pas encore mangée
Elle se gratte la joue
Car sa tendresse la chatouille beaucoup
Il n’y a que ce jeune cochon
Entre la mort, de toute façon, et elle
Qui ouvre un peu l’œil
Ils sont tous là les pirates
Assis pour recoudre les voiles
Comme elles glissent sur le pont au fur et à mesure
S’écrasant les unes sur les autres, un crabe échappé
Et perdu pas longtemps est repris
Les hommes rient et sont par terre
S’allongent en se tordant de rire
Emily les aime bien
Mais ça commence à faire longtemps
Dans sa bouche
Elle fait danser sa langue l’air de rien
Pour faire jouer l’enfermée vivante
Qui ferait toc toc ou bien la vague
Lui écrasant un peu les côtes
Le petit cochon tressaille dans son rêve
Comme une fuite offerte mais pour rien

Même sans être engloutis par l’océan on sera engloutis



UN SOIR D’ÉTÉ


Le temps d’ouvrir, de refermer la porte de l’armoire
Une fine brûlure me passe entre les cuisses, et s’en va

C’est vrai,
On aurait pu

De tout son poids
Transpirant de me tenir
Une femme aurait pu m’écarter les jambes
Chercher à m’écarter les jambes

Même si les cris ne sortent pas de là
Tout ce que le couteau prend hurle




Les jambes tenues, une petite fille gémit encore
Le récipient se repose

Deux mains appuient sur sa tête
C’est le moment d’enfoncer
Des épines et de coudre

Alors le gémissement sort de plus bas
Toujours de plus bas

Femme titube tout au long de sa vie
Voilà comment la crainte devient une plante féminine
Et comment

J’ouvre encore l’armoire
Pas pour regarder dedans
Mais pour ne plus bouger

Ou bouger

Puisque c’est comme je veux,
Même nue, c’est comme je veux

***

Le drap frais
Chante presque sur la peau
Emily se réveille
Celle qui se penche sur elle
Elle la respire
Le rivage n’est pas un paysage qui s’approche
D’une enfant épuisée par la mer infinie
Les yeux entrouverts
Vers la poitrine qui s’approche encore
Plus suffocante
Que tout ce qu’elle a vu du vivant de ce monde
Le rivage est le puissant corsage
Alors elle s’accroche à son cou
Enfin arrêter l’inutile
Effort de tenir soi toute seule
Dans les limites de son crâne
Il y a des femmes, beaucoup de femmes sur la terre
Tant pis pour les flots continuels
Elle est posée là pour entrer et sortir
Du sommeil et de l’éveil
Sommeil qui la rejette à cause du couteau
Lancé si elle ferme les yeux
Si elle pense qu’elle a touché pile
Elle les ouvre un autre enfant la regarde
Étonné
Pas autant qu’elle
« C’est Harold qui apporte son alligator »
Un drôle de bébé dont les pattes s’agitent vers le bas
Un animal perdu qui touche enfin la couverture
De ses quatre pattes
Si courtes
A la fois faim et soif
Sa paupière du haut rejoint sa paupière du bas
Il vient traîner son ventre vers Emily
Bientôt elle peut lui gratter le menton
Toujours les yeux dans les yeux
Donneront quelques secondes d’oubli
Aux affamés

Ils entrent dans la nuit en dérivant
Le cœur noyé d’espoir
C’est le dernier bateau

***

REGARDE CE QUE JE TE DONNE

Si simple
Chaque bouton de la chemise

Sans la quitter des yeux, grandes mains
Tendres, y compris pour lui-même

Le poignet descend, le ventre se creuse,
Il défait sa ceinture devant elle
Elle regarde les vêtements s’ouvrir encore
Les deux épaules s’approcher en se penchant
Ce visage ferait plier des branches

Va-t-il toutes les écarter?
Elle ne sait pas, elle reste assise par terre,
Son secret lui serre la gorge

Il est si jeune que nu, il ne fait plus rien
Sauf s’agenouiller tout près

En même temps le visage demande
Des nouvelles de la vie entière

Les bruits dans la rue sont humides de la pluie

Peu à peu l’ombre aussi rend possible
Les mains, ouvrir la robe de la jeune fille et découvrir
Il s’arrête un moment à peine en fait sinon elle souffrirait
Qu’il découvre
Sur le buste mutilé le bandage, râpeux, et cela l’émeut
Et aussi, c’est tiède, comme la peau
Défaisant l’épingle qui tient encore, oui, tiède

Elle n’en a plus qu’un seul
Un seul sein, tout entier blotti dans sa paume

Il la sent se pencher enfin, souffle vivant contre son cou

S’ils attendent encore un peu les yeux se poseront
Sans faire mal et peur de se montrer

Tout est à sa place dans le corps qu’il serre contre lui.

************************************************************************

b[Extraits de Sophie ou la vie élastique, aux Editions Le Castor Astral, 2020]b

dont voici la 4° de couverture :

Parfois un personnage vient se heurter à nous,
qui sommes déjà en morceaux
Tant d’endroits maintenant que je n’ose plus penser
Où poser le pied quand de grands blocs se détachent ?
Mais si le sol bouge Sophie de Réan saute ailleurs, et ne se retourne pas.
Je la regarde, je vois la vie, possible, élastique, je vois : écrire
se glisser dans le courant qui passe à portée de main, de corps, nager et filer, disparaître et réapparaître, et surtout
Je ne veux pas me souvenir.

(article recommandé : https://www.terreaciel.net/Repaires-reperes-par-Francoise-Delorme-juillet-2020? )


LES MALLES OUVERTES



Plus que dix jours il faut le dire aux enfants
Et très vite
Leurs yeux impatients des oiseaux-mouches
Des lynx, des grizzlis qui déjà les ravissent

Et des perroquets dans les arbres !
De joie Sophie saute dans les bras de Paul

*

Mme de Réan laisse tomber par terre
Tous les livres
Portés dans ses bras pour les avoir avec elle
Sur le bateau pour l’Amérique

Elle marche sur les livres
Une marche s’écroule sur une autre marche
Trébuche entre ses chaussures

Les mots n’existent plus dans moi ma gorge
S’ils sortaient ce serait
De la peine perdue

*

Je ne peux respirer qu’ici

Dans le couloir qui traverse la maison
Fuir l’eau qui monte du chagrin

*

Arrêtée à la fenêtre son crépuscule est le sien
Le parc n’a que sa fidélité
Un autre respire ici, doux animal
silencieux lui aussi


Sophie, bouche ouverte, se penche en arrière
Pour la suivre des yeux et le plaisir
De se balancer sur sa chaise

Fort et parfois moins fort

***

UN OBJET QUI FAIT TOUT


Sophie se lève tout de suite
Car voilà la nuit est passée
Et elle veut aller voir
Tout ce qui pourrait être coupé

Avec son cher petit et vrai couteau

Le lion de pierre offre son dos
Sophie monte sur lui
Pour être plus près des cerises,
Trois, pas plus pour sa main
Saute avec

La branche plus légère reprend du soleil
Une par une les respire fort

Bon, comme elles ne sentent rien
Mais que leur chair est dodue
Sophie les pose sur le large front de l’animal
Leur queue coincée dans la crinière
Elles ne tomberont pas

Le lion ne veut pas bouger
Il préfère attendre, la gueule entrouverte,
Laisser Sophie faire les choses

Sans un bruit la lame
Parfois elle oublie de respirer
Tellement c’est intéressant
Elle voit et regarde tellement
La fine peau s’ouvrir
Qu’elle se penche comme pour protéger
La cerise qui est là
Elle voit des fibres comme des veines
Roses dans le rouge clair

Sophie met ses ongles
Pour desserrer ce qui tient au noyau
Pendant que ça coule sur ses doigts
Doucement lui vient une idée
Qu’elle ne savait pas

Ça peut faire des yeux !

Elle a déjà réussi à faire
Des demi-cerises

Elle gratte autour des noyaux
Sans les faire tomber
Un, et deux

C’est fait

*

Le lion soudain réveillé
Ouvre des yeux vraiment humides

***********************************************************************

NON PAS LE DERNIER, MAIS LE SEUL JOUR

Camille et Madeleine tendent chacune un bouquet de violettes

D’un sourire qui se prolonge hésitant

Visages dont la lumière change
Mme de Réan sourit de leur silence

Quelques fleurs coupées de la terre
Mais contenant sa part anxieuse

Elle les prend dans sa main,
Leurs tiges même pas écrasées par leurs paumes
Ce sont des enfants qui font attention à la vie

Capables d’attendre de très longues secondes
Les décisions du monde, même celles qui les touchent

Au seuil du parc qu’elle va quitter pour toujours
Mme de Réan rassure les enfants, Sophie dort
Mais elle sera contente de les voir, et aussi,
Les violettes sont très belles ce sont les premières
Et elles auront tout le temps de jouer

Rien ne peut disparaître dans ce qui recommence

***

L’ORPHELINE


Sophie court dehors avec tous les enfants

Surtout avec la neige
Elle court avec tous les flocons
De la neige !

Moi je suis sur terre mais du ciel tombe
Ce qui s’oublie et qui revient au visage renversé

Etourdie, Sophie s’accroche à un rameau
Les curieux baisers continuent et mouillent la figure
Et rendent presque heureuse

Embrassée par sa mère qui passait par là
Marguerite a un cri plus joyeux

Sophie casse ce qui lui donna la main
Elle préfère

Elle préfère aller plus loin
Vers le vieux pin qui s’est couché et même accoudé
Sur une branche qu’elle enjambe
Il est ridicule mais elle l’aime bien, elle aime

Marguerite pousse un cri, d’horreur « Sophie,
Tu as écrasé les fleurs de Madeleine ! »

Sophie aime grimper par l’ouverture des branches
Ce serait bien
De cueillir des pommes de pin que l’automne
A faites lourdes et grosses, lourdes surtout

Marguerite en reçoit une sur la tête
Elle recule puis revient accroupie
Vers l’hellébore
Comment la redresser maintenant ?
Comment enlever la terre qui a sali ses pétales ?

Une pomme de pin jetée encore plus fort
Lui répond

Ce qui a changé peut encore changer

***
SANS VISAGE


Désormais inutile, le bâton flotte et se fait bercer

Elle s’accroupit et laisse flotter sa main
Mais ce n’est pas assez,
Alors ?

Alors tant pis pour tout à l’heure
Tant pis pour tout !

Plus de souliers, plus de bas non plus !

Pieds nus il fait doux dans la vase
Peu profonde l’eau n’est pas froide
Les orteils sont touchés par la mystérieuse
La même caresse recommence elle est calme

Comme un dessin dans le fond du ventre
Ne veut rien dessiner de précis, rien qui ne soit
Seulement triste

Que va-t-elle chercher qu’on ne pourrait lui répondre ?
L’eau entoure ses chevilles sans les serrer

Un frêne étire hors de l’étang ses racines puissantes
Se tenant à lui, Sophie soulève un pied, l’enfonce à nouveau

Oh

L’eau toujours recommence, aimante
Elle n’a pas de visage

Près de sa cheville,
Va la feuille d’un arbre, mêlée à une algue
Pas seule à chercher

***
SOUVENIR RENVERSÉ


Le lion féroce, cette fois
Elle lui a posé une cerise entière
Sur chaque œil

Il est obligé
Même la gueule ouverte, de fermer ses yeux

***

LE DERNIER JOUR AVANT LE PREMIER


Ce n’est pas comme un livre qui se laisse ouvrir

Sophie tourne autour de la statue, une femme
Nue en train de recouvrir un immense vase
Couché lui aussi

Plus bas la fontaine
Se répand entre deux bouquets de fougère,
Surtout le bruit de l’eau qui rencontre l’eau

Comme noyées qui respirent et ressortent

Sophie regarde la source reprendre gorge, le ciel
Si on tourne autour de lui, il change,
Le beau visage de la femme immobile

Mais non ses genoux blottis l’un contre l’autre

S’appuyant des deux mains sur la pierre
Sur la mousse collée à elle
Comme on fait sa demeure

Comme on fait quoi ?

Mufle posé sur ses pattes éternellement croisées
Il dort
Les yeux clos et les narines ouvertes dans l’ombre

Sophie caresse lentement le lion gris et usé

Tu sais je vais partir loin de toi

***
SOPHIE ÉTIRE SES BRAS

Je sais ce que j’ai vécu
et que je vivrai encore



************************************************************************





EN UNE BRASSÉE



J’embrasse tout ce qui s’arrache. Plutôt que crier.


C’est pourquoi je cherche votre bouche et je la chercherai encore.


Et tandis qu’elle le regarde elle le suit en l’embrassant.
Les embrassades débouchent dans le couloir obscur et marquant.


Il n’y a que les baisers qui comptent.
C’est pour ma mort ce trésor.


La tient sans la noyer qui ferme les yeux sans se voir
Mais voir sous l’eau.


Nous nous sommes ou nous allons nous embrasser.


Contre le mur et sous ses mains.
Tout de suite des cheveux partout.


Si mourir était cette douceur de tomber pour aller embrasser
Toute une face dans sa noblesse d’abord
Et sa pauvreté surtout.


La langue dans la bouche
Au moment où même
La petite feuille lèche le ciel,
Un bout toute nue.


J’ai mis du sang partout. J’ai droit à trois baisers vifs sur la bouche.


Ajoutant de l’eau aux cerises
Comme pour l’oiseau
Pourtant il écarte mon col pour mordre.
Gentiment avec de vraies dents.


Tête baissée sous les baisers.


Les coups de langue ramènent sur terre où jouir.


Un os enrobé et tiède, puis un autre. Ou le sein que je ne dévore qu’en rêvant et aucune saveur n’arrête ma joie.


La main jusqu’à la bouche, bâillon passionnément.
Pour ne pas larmes. Le fil tire.


Trempé et tremblant.
Le papillon bouge à nouveau,
La fleur est dans la force de sa couleur.
Paysage maintenant.


Toussons bien au sucre douloureux.
Finalement,
C’est le noyau qui l’emporte.


Je ne sais plus s’il arrache ou s’il serre, je lis seulement sur ses lèvres comme un baiser que nous ferions d’oublier où nous sommes.


On fait des signes en levant les bras
S’en souvient quand il vous embrasse
Vous entourant de ses bras de Noël


Un jour dans une vie
On ne peut plus arrêter les baisers
La beauté leur monte au visage les prend
Comme lécher
Mille places mille places mille places


Quand je t’ai connu tu n’étais pas encore étoile.
Tu m’embrassais plutôt les joues ou le menton.


Au-dessus, dans le noir, tu embrasses la bouche de la distance, je veux dire où je ne suis pas.
C’est toujours très long comme baiser.
Je ne sais plus où tu es.


Ton sexe indescriptible qu’en baisers.


C’est pour ma mort ce trésor.


J’ouvre tout.
Mais ce n’est rien auprès du visage qui se presse sous les mains vécues.
J’embrasse les os, les muscles, les nerfs.


Me renversant le front,
Tu ponctues d’un baiser où je suis.
Je ne perds pas une goutte du chant réel.


Tu as trempé mes cheveux
Entre tes dents.


J’en profite pour lécher tes lèvres avec ma liberté. Ou bien une fois tu me dévores la moitié du visage. L’autre attend toujours.


Si je pense tout à fait
J’aurai des baisers jusque dans les yeux.


Je tire les draps sur nous qui sommes nus. Et je gémis de joie pendant que tu m’embrasses comme un cri sous la tente que c’est le temps de lever les bras. Nous n’avons pas de maison.


Chauds et noués,
Dans la clarté d’un baiser immobile.


Ce sentiment que le cœur agit.


Peur très affaiblie, épaisseur transparente du seul baiser.


Je te prends dans ma bouche – pas trop grand, pas trop petite – vite tu me redresses. Les deux bouches avaient besoin.


A genoux, le menton qu’on essuie dans sa paume.


C’est tout.


La fleur que l’eau redresse.


Elle l’embrasse d’abord au coin de la bouche,
Puis le sourire se serre contre toi tout entière.


Pas toujours la confiance mais la nuit
Doit se mêler du bonheur
Aller embrasser une bouche au fond d’elle
Les autres voyages sont des ombres.


Sexe vivant. Il mérite des baisers de tous les côtés.


J’embrasse ta bouche, tes lèvres, ta bouche, tes lèvres.


Parfois si près, le plus près du monde,
Un visage d’un visage.


Est-ce à coups de langue
Qu’une femme peut sauver ?


Au milieu des mots debout comme moi
Comme Alice se croisant les bras dans sa chute
Baiser regardant à chaque solitude
Baiser pour ne pas dire son dernier mot


Je resterai jusqu’à ce qu’on embrasse la bouche de mes mots.


Ariane Dreyfus
extrait de L’inhabitable
(Flammarion, 2006)

note : cette anthologie de baisers est constituée d’extraits de : Les miettes de décembre, La durée des plantes, Une histoire passera ici, Quelques branches vivantes, Les compagnies silencieuses, La bouche de quelqu’un.



****



« On lui dira demain »



Le ventre reçoit des reflets qui bougent
Il n’est pas loin, il ne fait pas froid

Elle doit le regarder avec des yeux ouverts

L’été les reflets ce sont feuilles encore vivantes
Qui remuent au-dessus n’attaquent pas du tout
Le ventre offrant sa peau




« La confiance ça s’apprend »



Il ne bouge plus pour essuyer son corps nu
Tout près de la serviette le sexe
Reste humide avec ses plis et lourd

La serviette est très rose et elle pend
Epaisse et belle
Quelqu’un le voyant
Ajouterait sa langue à l’instant




« Attends-moi »



Ils se penchent pendant que la baignoire se vide

Surtout le présent va passer
(il l’embrasse, il l’embrasse deux fois)

La seule unité d’un être, possible, est qu’il s’attarde
S’étirer en posant les yeux sur lui est un geste
Pas suffoquant

Oui quelque chose reste dans les yeux
Parfois on n’y songe pas avant de se dévêtir




« J’ai froid aux pieds »



La serviette reste comme la main l’a laissée
De même
La cuvette toute bleue

Elle s’est relevée dès qu’il est apparu dans la porte
Nue d’en bas

Sur le clair
Un peu de sombre s’épanouit il voit

Un morceau de nature

Ne parle pas la bouche le porte en elle





« Je l’aimais bien »




Il ne veut pas faire tout le visage
Le souvenir est trop sensible

Pour le chien il n’hésite pas
N’ayant pas oublié les gémissements
Il les retenait

C’était important de se reposer ensemble
Le museau tout frais, les yeux brillants





« Elle a appelé »



Il ne voulait prendre que le ventre
Le visage n’est pas sur la photo
La prairie si

La courbe de la terre disant oui autant qu’elle
Deux lèvres

L’air
Intimement passe





« Reste là »



La mer fait un bruit qu’ils n’entendent pas
Elle bâille
Il remonte lentement vers le sein le plus proche

Chacun une main sur l’autre

De l’autre main elle lui montre un drôle de rocher
Recroquevillé comme un personnage

Une pierre que l’après-midi tient au chaud
C’est mieux les lèvres,
Changeant de forme dans les baisers
Alors que l’angoisse n’arrive à rien


Nous nous attendons ( Castor Astral, 2012)



****





J’écris parce que je vais disparaître

C’était là,
Ma fille assise dans l’escalier, je la regarde entre les barreaux
Ne bouge pas
J’aime continuer

L’importance de se regarder
Sans doute
Le visage en veut un autre

Les tout petits, ne plus rien dire

Ainsi la nuit si j’entends le chat manger enfin,
Lui si maigre, je sais qu’il bouge son menton aux os fins
Il a besoin de manger, nous oubliant
Pendant que la nourriture craque entre ses dents

Les craquements, si on voulait, on saurait où c’est
Passer entre les barreaux, les frôler
Sans se faire peur
Surtout quand un animal tourne sa tête, hésite,
Puis retourne à son bol où il reste de la solitude



extrait de Le dernier livre des enfants, inédit





Lundi 30 Mars 2015
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22/11/2010