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09/02/2011



L'invité du mois

BÉATRICE BONHOMME

Le Prix Mallarmé 2023
est décerné à
Béatrice Bonhomme
pour le recueil
"Monde, genoux couronnés"
paru aux Éditions Collodion

Il sera remis le samedi 11 novembre, à 14h30, dans le cadre de la Foire du livre de Brive,
à l’Ouvroir – 11, boulevard Jules Ferry, 19100 Brive –, avec le soutien bienveillant de la Ville de Brive.



BIOBIBLIOGRAPHIE

BÉATRICE BONHOMME
Retour sur un parcours

Si je reviens sur mon parcours, je sais que je suis poète avant d’être critique littéraire ou professeure. Bien avant, même si tout ensuite va se lier. Comme j’ai désiré les mots en tant que poète et que les mots m’ont permis d’habiter le monde, je suis ensuite devenue une passeuse de mots. La poésie commence très tôt pour moi. Elle ne cesse de m’accompagner, depuis l’enfance. C’est une chanson intérieure qui se poursuit dans ma tête, un rythme et un être au monde. Mon premier poème, je devais avoir 5 ans : « Le soleil, le soleil est à toi » ou encore « Papillon, papillon, bats les soldats de la prairie, papillon, papillon, mon ami ». Cela ne veut pas dire grand-chose mais tout le temps, dans ma vie, il y a ce chant, cette musique des mots.

Le fil déclencheur de mon amour des mots, la première expérience, a été celle de l’apprentissage de la lecture. Ma mère m’a appris à lire dans la colline, au bord d’une petite route. Elle m’asseyait sur ses genoux, et elle me tendait le livre de lecture. De ce premier mot qu’un jour je suis parvenue à déchiffrer sont nées la magie, la possession, l’impression d’avoir à soi le monde entier. Ce mot et de lui la puissance de saisir. C’était comme si j’avais possédé cette matinée éclatante de soleil. A cet âge, je ne fais pas de différence entre les éléments et les mots, le mot « soleil » brille sur la page, le mot « bleu » comprend la mer et le ciel. Ensuite, chaque fois que j’ai approché un texte littéraire, un poème, j’ai éprouvé la même sensation de merveille et j’ai eu envie de transmettre cet éblouissement. C’est ce désir des mots qui marque tout mon cheminement.

Je suis poète, revuiste, chercheuse, enseignante. Pour moi, tout cela est lié. Je suis une passeuse de mots. Je suis éblouie de littérature et de poésie. Les mots sont ma façon d’habiter le monde. Ecrire, c’est une manière d’être en lien avec le monde et dans le partage avec l’autre. Je partage des mots des rythmes et un être au monde, une façon d’habiter le monde, une raison d’être et d’exister.
Je pense que le lyrisme et la poésie sont essentiels dans notre société car il apporte une forme de confiance dans la langue, même si c’est une confiance qui reste critique et lucide, « une langue de poésie qui se justifiât entièrement comme chant » dit Jouve. Il ne s’agit pas d’un chant naïf, il s’agit d’un amour de la langue comme lien à l’autre et au monde, comme possibilité de pensée.
Les mots ne sont pas isolés pour moi, ils font lien vers le monde et vers les images. Ils sont tactiles et visuels. Le lien à la peinture est comme le lien aux mots. J’ai été élevée dans l’odeur de peinture et de térébenthine. Mon père était peintre. Il était comme un artisan, un bricoleur, qui marouflait partout des toiles, utilisait des pigments, de la colle, des pinceaux, des palettes. Les couleurs, comme les mots, c’était de la matière, du matériau, les formes habitaient le monde avec nous. Je ne faisais pas vraiment de différence entre la table de la salle à manger, un livre de lecture et un appentis où poser des pots de couleurs. J’étais parmi la peinture et les mots comme parmi les meubles auxquels on se tient pour apprendre à marcher.
La poésie pour moi justement, c’est le lien retrouvé, le lien tissé dans l’amour ou la mort, le lien à l’autre, le lien au monde. Les motifs du bleu, de la mer et de la lumière des paysages méditerranéens sont tissés, cousus ensemble et apparaissent comme dans une tapisserie, une fresque, un tissage. C’est comme si je tricotais le monde et les mots, une maille à l’endroit, une maille à l’envers, ou que je recousais bord à bord le monde et les mots. La mer et les paysages qui lui sont associés, le bleu et les couleurs du paysage, la lumière et les corps, comme des matériaux de la fresque et de la tapisserie. Mon enfance a été aussi une enfance en pleine nature et que les mots ne remplaçaient pas le monde. Ils en faisaient partie. Les éléments, les arbres, les fleurs, les animaux, les pierres faisaient partie de ce monde qui était aussi mots et couleurs.
En poésie, il ne s’agit pas de « je » mais de « NOUS », de quelque chose d’universel. Le poète est anonyme, le poète n’est personne, le poète est chacun de nous. Ce qui est partageable par la poésie, c’est paradoxalement ce qui est le plus singulier, notre émotion, « sans mesure commune », mais qui devient commune par les mots de la poésie. Nous touchons là au paradoxe qui veut qu’entre les humains, le plus incommunicable soit aussi le plus commun et inversement. Il s’agit d’amener l’absolu singulier dans les parages du commun. La poésie semble donc inséparable d’un point de vue individuel et être en même temps d’un lieu commun. Liée à l’intime, elle est pourtant partagée par tous.
Alors s’il y a un parcours, c’est celui de l’amour des mots, de la couleur, de la musique et je suis heureuse de travailler aussi bien avec des peintres qu’avec des compositeurs et des musiciens. Je suis heureuse de pouvoir transmettre par des mots cet amour de la création.
Béatrice Bonhomme



CREATION

Direction de la Revue NU(e), revue de poésie et d’art depuis 1994
Direction de l’Association des lecteurs de Pierre Jean Jouve.
Membre du Prix de poésie Louise Labé, du Prix du poète résistant et du Pen-club français, du Prix Vénus Khoury-Ghata.

Distinctions :
Prix Léopold Sédar Senghor, 2016 par le Cénacle Européen.
Prix Vénus Khoury Ghata, 2019
Prix Mallarmé 2023


LIVRES DE CRÉATION

L’Âge d’en haut, Lavaur, éd. Traces, 1991. Deux Gravures de Mario Villani.
In Absentia, Plouzané, éd. An Amzer, 1993. Préface de Jacques Lepage. Dessins de François Thierry.
Le Pas de la Clé, La Tronche, éd. La Vague à l’âme, 1994. Dessin de François Thierry sur la couverture.
Lieu-dit du bout du monde, Colomiers, éd. Encres vives, 1994.
Jeune homme marié, nu, suivi de L’Univers n’en sait rien, Nice, éd. NU(e), « Poèm(e) », 1995.
Sauvages, Paris, éd. Moires, 1997. Illustration de Tristan Bastit.
Le Dessaisissement des Fleurs, Cherves, éd. Rafaël de Surtis, « Pour une terre interdite » 1997. Préface de Daniel Leuwers. Illustration de Mario Villani.
Journal de l’absence initiée, Colomiers, éd. Encres vives, 1998.
Poumon d’oiseau éphémère, Paris, éd. Moires, 1998. Illustration de Tristan Bastit.
Les Gestes de la neige, Coaraze, éd. l’Amourier, 1998. Préface de Salah Stétié. Frontispice et gravure originale d’Henri Maccheroni.
Sabre au clair, Cannes, éd. Tipaza, 1998. Dessin original de Jean-Claude Le Gouic.
La Grève Blanche, Mers-sur-Indre, éd. Collodion, 1999. Sérigraphie d’Alberte Garibbo.
Le Nu bleu, Coaraze, éd. l’Amourier, 2001. Préface Bernard Vargaftig. Photographies Sonia Guerin, Jean-Marie Rivello, Béatrice Bonhomme, dessin Mario Villani.
Nul et non avenu, Mers-sur-Indre, éd. Collodion, 2002. Sérigraphie de Claire Cuenot.
L’Âge d’en haut, réédition augmentée, Colomars, éd. Mélis, 2004. Préface de Tristan Hordé.
Jeune homme marié, nu, réédition augmentée, Colomars, éd. Mélis, 2004. Préface de Salah Stétié.
Poumon d’oiseau éphémère, réédition augmentée, Colomars, éd. Mélis 2004. Préface de Bernard Vargaftig.
Photographies, Colomars, éd. Mélis, 2004. Préface de Serge Martin.
Cimetière étoilé de la mer, Colomars, éd. Mélis, 2004. Préface de Claude-Louis Combet.
La Maison abandonnée, Colomars, éd. Melis, 2006. Postface de Bernard Vargaftig. Pastels de Christine Charles.
Mutilation d’arbre, Mers-sur-Indre, éd. Collodion, 2008. Préface de Bernard Vargaftig. Couverture et page de garde, peinture, auto-portrait de Mario Villani.
Passant de la lumière, Jegun, éd L’Arrière-Pays, 2008. Autoportrait de Mario Villani.
Kaléidoscope d’enfance, Nice, éd. de la revue NU(e), avril 2012 d’après un spectacle de lanterne magique. Peintures de Stello Bonhomme.
Variations du visage et de la rose, Jegun, éd. L’Arrière-Pays, 2013. Frontispice de Stello Bonhomme.
L’Indien au bouclier, Mers-sur-Indre, éd. Collodion, novembre 2013. Frontispice de Stello Bonhomme, dessin de Patrice Villani sur la dernière page.
Dialogue avec l’Anonyme, Mers-sur-Indre, éd. Collodion, 2018. Frontispice de Claire Cuenot.
• Deux paysages pour, entre les deux, dormir, Canada, Halifax, éd. VVV, 2018. Palimpseste de Michaël Bishop.
Les Boxeurs de l’absurde, Fourmagnac, éd. L’Étoile des Limites, 2019.
Proses écorchées au fil noir, Mers-sur-Indre, éd. Collodion, 2020.
Monde, genoux couronnées, Mers-sur Indre, éd. Collodion, 2022.


LIVRES AVEC DES ARTISTES

L’Embellie, 1998. Nice, Photographies de Henri Maccheroni.
Sabre au Clair, Cannes, éd. Tipaza. 1998. Illustrations de Jean-Claude Le Gouic avec une peinture originale, livre fermé par un galet peint en jaune.
Femme de tulle et de pierre posée sur du papier, Nice, éd. NU(e), juin 1999. Gravure bleue répétée avec variations de tirage par Serge Popoff.
Une Pierre dans le front, Nice, éd. NU(e), septembre 1999. Encre de Serge Popoff, collée au papier collant par les soins de Serge Popoff,
Les Chevaux de l’enfance, Nice, éd. NU(e), mai 2000 avec cinq Gravures de Serge Popoff.
Fragments d’un désert, Nice, éd. NU(e), février 2001 avec des photographies de Françoise Vernas-Maunoury.
L’Incendie de l’enfance, Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thierry Lambert pour son édition de livres objets : « Le Galet ». Pastels de Thierry Lambert.
La Fin de l’éternité, Nice, éd. NU(e), 3 mars 2002 avec neuf Photographies de Danielle Androff.
Bleu équilibre sans filet, Nice, éd. NU(e), 7 avril 2002. Cinq gravures pleine page et une gravure double page. Couverture : gravure double page de Serge Popoff.
Le Premier Bleu. Éclatements bleus des frontispices de lumière, Nice, éd. NU(e), 2002. Six pastels pleine page de Arnaud Lamiral.
Mémoire et métamorphose dans l’œuvre de Serge Popoff, Nice, éd. NU(e), 2002. Neuf gravures de Serge Popoff, celle du colophon étant de Sonia Popoff.
La Faille de Terre, Nice, éd. NU(e), 2002, Livre en tissu, 7 « feuilles » teintes et peintes, Le texte est manuscrit sur le tissu par le poète et déborde sur la première page (couverture) et la dernière page (couverture).
Pierres Tombales, Nice, 2002. Livre en argile, en forme de boîte avec 15 « pages » en argile une « page » de titre et 2 « pages » de garde reliées ensembles à la fin. Fabriqué par Marie José Armando.
Une toile d’oiseaux, Tours, Le livre pauvre de Daniel Leuwers, volume de la collection « Pli », automne 2002. Sept exemplaires avec un dessin original de Mario Villani.
Une toile d’oiseaux, Tours, Le livre pauvre de Daniel Leuwers, volume de la collection « Pli », automne 2002. Sept exemplaires tous avec des gravures originales noires et blanches, avec un collage de tissus bleu et vert de Serge Popoff.
Unitas multiplex suivi de Aleph, Nice, 25 janvier 2002.Trois dessins pleine page, et un dessin original sur la couverture de Maurice Peirani.
18 Route de Maillet à Cluis, Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thierry Lambert pour son édition de livres objets : « Le Galet », septembre 2004. Quatre gravures de Maurice Cohen.
Granité de la pierre. Saint-Hilaire du Rosier, livre conçu par Thierry Lambert pour son édition de livres objets : « Le Galet », 2004. Cinq pastels de Thierry Lambert.
La Claire, Reynès, éd. de l’eau, 20 juin 2004. Avec deux gravures en manière-noire d’Albert Woda.
Présence de la pierre, Sauveterre du Gard, éd. de la Balance, 2004. Avec des aquarelles de Mireille Brunet-Jailly.
Signes, Nice, Les ateliers Artval, septembre 2005, avec des textes de Béatrice Bonhomme, Arnaud Villani et Gérard Rucker et des acryliques sur Arches de Gérard Alto. + un original sur Arches.
Laisser couler le bleu de l’encre pour réparer le gris des choses, Nice, septembre 2006. Trois exemplaires avec Youl. Le livre, fabriqué par Youl, se présente dans une disposition en accordéon avec un ruban bleu collé sur un carton noir.
Tu fêtes l’anniversaire des fleurs avec ta générosité coutumière, Nice, septembre 2006. Trois exemplaires avec Youl. Le livre, fabriqué par Youl, se présente comme un parchemin roulé autour d’un bâton, puis inséré dans un roseau évidé (40x9cm).
La Fleur de vin, la Fleur de sang, Nice, septembre 2006. quatre exemplaires avec Youl. Le livre, fabriqué par Youl se présente comme une seule grande feuille cartonnée blanche pliée en deux sur laquelle est collée une feuille de papier transparent parcourue de quatre ficelles de cordes et couverte des dessins et collages de Youl.
Vestiges, Nice, 2007. Livre fabriqué par Youl avec des interventions de Youl.
Aigrettes lumineuses, Nice, 2007. Livre fabriqué par Youl avec des interventions de Youl.
Caméléonne, Nice, 2007. Livre fabriqué par Youl avec des interventions de Youl.
Une épure, Nice, 2008. Livre fabriqué par Youl avec des interventions de Youl.
La Maison du poète oublié, Nice, 2009. Livre fabriqué par Youl avec des interventions de Youl.
Sur la trace légère de quelques oiseaux, La Rochelle, composé et achevé d’imprimer par Alain Thomas en février 2006, A&T éditions. sept dessins de François Garros.
L’Incendie précaire, Nice, éd. NU(e), octobre 2007 avec sept acryliques de Claudine Rovis.
Dans les silences du Passeur, Tours, Le Livre pauvre de Daniel Leuwers, « Pli », novembre 2007. Pastels de Claudine Rovis.
Frontières de ta vie, La Rochelle, A&T éditions, 2008. Il a été tiré de cet ouvrage vingt-six exemplaires numérotés de 1 à 26. Illustré de sept peintures originales de François Garros.
Mascara panica, traduction en espagnol d’un poème de Béatrice Bonhomme. Revue Amastra-N-Gallar, d’Emilio Arauxo, Galicie, 2008.
Précarité de la lumière, Languidic, Morbihan, Presses numériques des éditions de la Canopée, 2009, collection Le Passeur, dirigée par François Rannou. Enrichi de collages (exemplaires en rouge, jaune et vert) et de perforations de Thierry Le Saëc.
Une ligne de mémoire érigée dans l’absentement du blanc, Montpellier, éd. À travers, 2016. Cinq peintures de Jacques Clauzel.
Paysage, Nice, éd. d’Alain Freixe 2017. Gravure de Serge Popoff.
Lettre-poème Tamisage, Rennes, éd. La Rivière Échappée, « Babel heureuse », deuxième série, 2018.
L’Être, Tours, Le Livre pauvre de Daniel Leuwers, « Dernier vers », 2020. Aquarelles de Giraud Cauchy.
Le Cœur de la brodeuse, Tours, Le Livre pauvre de Daniel Leuwers, « Au-dessous du volcan », 2020. Collages de Jean-Noël Bachès.
Stèles de la lumière, Tours, Le Livre pauvre de Daniel Leuwers, « Les Immémoriaux », 2020.


RÉCITS, NOUVELLES, JOURNAL, THÉÂTRE

La Fin de l’éternité (théâtre), Nice, éd. NU(e), 2002.
El Fin de la Eternidad, Traduction en espagnol pour la création de la pièce à Grenade. Granada, 2009.
Pour fêter une enfance, (récit), Nice, éd. NU(e), 2002. Photographies, collection personnelle de Béatrice Bonhomme.
Dernière adolescence (récit), Nice, éd. NU(e), 2002. Photographies, collection personnelle de Béatrice Bonhomme.
Marges (journal), Nice, éd. NU(e), 2002. Photographies, collection personnelle de Béatrice Bonhomme.
Nouvelles d’Aurora, (nouvelles), Nice, éd. NU(e), 2005.


TEXTES ET VOIX DANS DES FILMS

Poumon d’oiseau éphémère (2007).
Kaléidoscope d’enfance (2012).
Le Point du jour (2016).


OUVRAGES ET REVUES CONSACRÉS À L’ŒUVRE DE BÉATRICE BONHOMME

• Ilda Tomas et Peter Collier, Béatrice Bonhomme Le mot, la mort, l’amour, Bern, Peter Lang, 2013, 437 pages.
• Revue Bleu d’encre numéro 36 (direction Claude Donnay) « Béatrice Bonhomme », Presses de la Maison de la poésie d’Amay, Hiver 2016, p. 1 à 25.
• Revue Poésie sur Seine numéro 101 consacré à Béatrice Bonhomme (direction Pascal Dupuy), Saint-Cloud, novembre 2020, p. 1 à 31.
• Revue Coup de soleil, Poésie et Art, numéros 108/109, « Spécial Béatrice Bonhomme » (direction Michel Dunand), Annecy, juin 2020, 76 pages.


ARTICLES

• Geneviève Guetemme, « Passant de la Lumière, un texte photographique de Béatrice Bonhomme » in French Forum, Volume 37, Nos1 et 2, (dir. Philippe Met) 2012, p. 195-222.
• Myriam Watthee-Delmotte, « Faire reconnaître l’absent ; poésie et rites mortuaires chez Béatrice Bonhomme in Baudouin Decharneux, Catherine Maignant et Myriam Watthee-Delmotte, Esthétique et spiritualité I : Enjeux identitaires, Fernelmont, Éditions Modulaires Européennes, 2012, p. 231-243.
• Myriam Watthee Delmotte, « Les tombeaux littéraires : du rite au texte » Esthétique et spiritualité II : Circulation des modèles en Europe, in Baudoin Decharneux, Catherine Maigant et Myriam Watthee-Delmotte, EME, 2012, p. 289-306.
• Michaël Bishop, « Béatrice Bonhomme, disjonction, irréductible, agapé » in Dystopie et poiein, agnose et reconnaissance, seize études sur la poésie française et francophone contemporaine, Amsterdam-New York, NY 2014, Rodopi, Chiasma no 34, p. 141-151.
• Ilda Tomas, « Béatrice Bonhomme Caresse et Carence : l’absence infinie » in Arc–en-ciel Etudes sur divers poètes, Peter Lang, 2014, p. 28-39.
• Franca Alaimo e Antonio Melillo, Il Corpo, l’Eros, Antologia di testi poetici, Giuliano Ladolfi Editore, « Béatrice Bonhomme », 2018, p. 37-39.
• Arnaud Beaujeu, « Béatrice Bonhomme-Villani, une voix en clair-obscur », Site Poezibao, 2018, 16p.
• Fanny Berdah, Poétique(s) du bleu en poésie contemporaine ? Les exemples du Ciel pas d’angle de Dominique Fourcade, d’une Histoire de bleu de Jean-Michel Maulpoix, du Nu bleu de Béatrice Bonhomme et de Bleu fauve de Zéno Bianu, Master 2 sous la direction de Olivier Gallet, Paris, Sorbonne, 2020.
• Michaël Brophy, « Une voix posée sur le monde : la poésie de Béatrice Bonhomme » in NU(e), Poèt(e)s, Site Poezibao, 2021, p. 135-145


SUR LA REVUE NU(E)

• La Revue Nu(e), 10 entretiens sur la poésie actuelle, Bruxelles, Éditions de la Lettre Volée, 2013, 145 pages.
• NU(e) : une revue, des voix, la poésie, Une esthétique de la rencontre sous la direction de Marie-Joqueviel-Bourjea, Éditions Hermann, coll. « Vertige de la langue », 2019.




EXTRAITS DE "Monde, genoux couronnées", Mers-sur Indre, éd. Collodion, 2022. Prix Mallarmé 2023

Le Prix Mallarmé 2023 attribué à Béatrice Bonhomme pour Monde, genoux couronnés, paru chez Collodion (Mers/Indre)

Présentation, par l’autrice, du livre de poèmes Monde, Genoux couronnés

J'ai édifié huit chants, huit séquences car j'aime la perfection du chiffre 8, dont on peut vérifier l’harmonie octogonale dans certains monuments. L'idée est celle d'une architecture avec une dimension chiffrée qui va vers l'être que nous portons en nous.
Deux initiatrices accompagnent le cheminement, deux figures tutélaires féminines. Juste après une séquence introductive sur le lien symbiotique au monde : « Devenir d'arbre », la grand-mère intervient qui donne la couture, la broderie, le tissage : « Le Cœur de la brodeuse », puis, plus tard dans le recueil, la mère donne la fascination pour la lecture et les mots : « Le Matin des mots ». Puis à la fin du recueil l'être intérieur nous attend dans sa lumière et sa nudité.
Dans l'intervalle, ce que j'essaie d'exprimer, c'est la relation au monde, la porosité à tous les règnes de la nature. Le lien au cosmos, à tous les êtres les plus humbles, les plus minuscules, cette place essentielle de liberté dans une affirmation d’un monde qui ne serait pas seulement dominé par l’humanité, mais respectueux et sensible à toutes les formes de vie.
Cette partie résiste à une forme de pensée qui a fait la démonstration de son danger foncier pour le monde et par contrecoup pour l’homme. Elle résonne avec le titre qui évoque un monde asservi et mis à terre, genoux en terre, comme un cheval aux « genoux couronnés » et que l'on va abattre (le terme « couronnés » faisant allusion également aux années du corona virus et à ce qui va vers la contagion, l'épidémie et la guerre).
Puis j'évoque l'ouverture à l'autre avec ses difficultés, ses ombres mais aussi ses lumières. C'est sur terme de « lumière » que s'achève le recueil après un parcours à travers l'être au monde.

Extraits du livre




Devenir d’arbre







Paysages
En temps feuilleté
En temps suspendu
Arrêté
Ce soleil
Dans le champ arasé de blanc.

Le matin
Coupe le souffle
Et tu reçois tout
En brassée
L’enfance, la mort, le temps
Et les yeux au bord des larmes
Giflés par le bouquet de ciel.






Le crissement du gravier gris
Les éclaboussures de lumière
Réunis en liens de paysages et de temps.

L’épaisseur d’un monde
Bruissant de vies de morts
Lames superposées.






C’est tous les jours cet émerveillement
De la lumière et des champs blancs.

C’est tous les jours cette morsure au cœur
Du temps et de la mort venus avec le soleil.






À chaque moment de vie intense
La blessure d’être la merveille d’être
Et la boule au ventre de ce qui fut.





On entre dans la chaleur du paysage
Il vous reçoit, lumière pailletée d’ombre
Dans son temps de plénitude dorée
Dans son instant de paysage.

On entre dans la chaude liqueur du paysage
Il vous reçoit dans son étreinte
Sa présence de miel fondu.





On entre dans un devenir d’arbre.





Le paysage vous prend par la main
Et mène à l’humilité du regard.










Illustration de l'auteure
Illustration de l'auteure

EXTRAITS D'AUTRES OUVRAGES

Premier poème
Titre : Après la pluie



Il n’est de trame que ce mot
que j’écris sans cesse le même

que le tracé du mot
quel qu’il soit

que l’écrit du mot
le calligraphié


que le dessin du mot qui se plaît à nous fuir


curieuses calligraphies d’été
comme le parcours d’un oiseau
ou bien le ballet des feuillages


dessins d’éclaboussures et d’or
tu resteras dans l’étoile
ce papier plié sur ton coeur
aux courbes des calligraphies silencieuses


Deuxième poème
Titre : In Absentia


tu es dans la blessure
de ce printemps
dans ces chambres que nous
n’aurons pas
dans cet amour qui
fait si mal, là où
se pose la minceur
de ton corps nu
sur des draps blancs


Troisième poème
Titre : Désert du déchaînement


1
sous les déchirures
du temps
faisant mémoire arrière
le temps déserté,
abandonné

2
Stèles immémoriales
pages pétrifiées
pierres en poussière de sable
en mots-sable
cette glisse entre nos doigts
comme grains de sable
les allées ensablées, désertifiées
des mots


3
l’empreinte du pied nu
laisse une trace
derrière les pas
la trace d’une page
évanouissante à la vue
les mots pour redonner
un lien à l’espace
délié du désert
désert impénétrable du livre


Quatrième poème
Titre: Le Dessaisissement des Fleurs


la femme vient de la mer
et garde le goût de son
sexe

l’amour de la mer
et crée l’odeur des
embruns

la grande marine
aux marées basses
dans la chevelure des
varechs

la chevelure de la femme déposée sur le sable
des plages


Cinquième poème
L’Univers n’en sait rien


j’écris dans une course effrénée contre la mort
je marcherai toujours avec toi sur les grèves lointaines
notre enfant à jamais blotti contre nous
je t’écris sur les chemins de nos retours
dans la présence inédite de ton pas de ton attente
renouée au destin
il dit tu traverses les pages du livre de ma vie
je suis ton amoureux jeune et tendre marié
il dit tu es ma vie, l’univers n’en sait rien


Sixième poème
Sauvages


Tu demeures sur les ailes blondies
de la mer, ma délicate, dont
l’humble jouissance éparpille
les étoiles
Mendiant d’amour posé sur le
coeur gros des tournesols
le visage écarté en coeur de soleil ou de chagrin
tu ouvres la bouche la mer
sur ta secrète jouissance

Tu demeures posé sur les contreforts du rêve
j’ai longtemps attendu ton espace
l’espace de ton corps qui emplit
le silence,
un plein dans un creux
un en-creux
Tu reposes désormais sur les
tombes des contreforts
ma délicate éparpillée secrète dans
l’éclatement bleu foncé d’une jouissance

je n’ai jamais pleuré ta mort
qu’aujourd’hui le temps des larmes,
allongée sur la tombe de ton enfance
tu reposes
à la fenêtre ouvre les bras
ma tendre, ma délicate
ma jouissante éparpillée sur les
tombes de ton silence


Septième poème
Poumon d’oiseau éphémère


D’un coup cette sensation de libération
comme les convalescences d’enfant
et puis grandit la poigne de la mousse
s’élargit comme un faisceau de plumes
dans l’arbresle des poumons
et pluine d’étoiles en fer
au centre des carrefours de neige
rejoint cette brusque sensation
d’être bloqué à jamais
dans la mâchoire du poisson
qui plus jamais ne saisit l’air des libellules
mais seulement la bouche ouverte
tendue en vain
vers l’unique ruisseau de l’espace

Désormais il n’est plus nécessaire d’essayer d’échapper
car la mousse a rejoint le corps des lichens
et ramène à la terre
cet horizon de neige et d’air
gonflé de sang.
Désormais nul besoin de s’agiter
juste pénétrer en soi le travail des mousses
et ne plus chercher l’étroit passage
où s’ouvrirait une fenêtre
car la mousse a grandi
sur l’étoile des poumons
et tout a fait son nid
désormais dans la mort

La mousse rattrape l’élan bleu
à vouloir vivre sans cesse, sans fin
et à se résigner
dans la pourriture verdie
des poumons d’oiseaux autrefois
jadis et d’espace
dans tes poumons d’oiseau éphémère


Huitième poème
Le Porteur de Bruyère


Je suis le fiancé
le porteur de bruyère
et je fleuris les tombes
des grands-mères oubliées

Je suis le fiancé
le porteur de bruyère
et je fleuris les tombes
de l’enfance oubliée

Je suis le fiancé
le porteur de bruyère
et je fleuris les tombes
et si vite oublieuses.


Neuvième poème
Le Dessaisissement des fleurs


Il s’avance lentement
Il s’avance, à gestes
rituels, comme un danseur
Il s’avance lentement
sur le paysage
vers la colombe poignardée
une blessure aussi naturelle
que le rose des lèvres,
Il s’avance, et la tache est enfoncée
dans les cicatrices
des voiles
Il s’avance et tous ses gestes
sont réglés sur le silence.


Dixième poème
Les Gestes de la neige


Pour toi je réinventerai les gestes
de la neige
les gestes des premières éclaboussures
d'étoile aux taches de la neige
je réinventerai les premiers mots
de neige
et notre enfance sous le givre des cloîtres

Je réinventerai les premiers
mots de neige
et notre enfance au long sable des plages

C'est comme si l'amour s'était posé un instant dans le bleu
l'amour s'était posé un instant sur ta neige
il neige des flocons d'amour sur les épaules
de la mer

Il ne s'agit de presque rien
que le désert
d'un regard cassé
d'un enfant brisé
au regard
de ton regard d'enfant
à l'espoir de la neige


Onzième poème
La chevelure de Bérénice


Pierres mémoriales du sourire
l’hallucination qu’est le regard prochain
toutes les boucles chargées d’or
comme les tombeaux des pharaons,
les nefs chargées de lourds trésors
dans l’ivresse sans nuit de l’enfance
tu frappes à la porte secrète
là est l’eau pure et profonde


Douzième poème
Circularité des nuages


j’ai repris tes mots
pour les dire
sentir la fleur des
lavandes et ce soleil confit
doré rouge acajou
là où se pose le lisse de la main
sur le parquet blondi

j’ai repris tes mots
pour redire l’enfance
l’enfance perdue
déchiquetée paroissialle
l’enfance de grand-mère pieuse

l’odeur de miel
la cire comme un rayon d’abeilles
les vieux meubles enserrent les draps
lavés bleu de lavande
et fleurent d’anciennes lessives d’eau claire et puis de cendre

les maisons tilleuls
les potagers bleutés
sous l’étrange des soirs
la salade égouttée
lavoir et prie-dieu
te psalmodient et te reviennent
les mots, les mots de ton enfance
la cathédrale grise
les vitraux de couleur
une après-midi de villes endormies
retour sans cesse
et le couvent des femmes encerclant l’espérance


Treizième poème
la Grève blanche


il dit : femme est le nom de l’inaccompli
femme est le nom de l’inachevé
blanche
les changements de sens sont marqués par l’oubli
fou de la femme
fou de Dieu
il dit
femme est le nom de Dieu
dans cette langue
n’existe pas le temps de l’avenir
femme est le nom de l’absente
femme est le nom
et n’est jamais
l’indicible
femme est le nom de l’indicible
femme est le nom de Dieu
où Hallâj s’éteint

je te couvrirai de la chevelure
l’herbe véritable des marées
coquillages abandonnés sur le sable
aux bruyères s’est mêlé de l’or

on a oublié les chevaux
un moment de vagues
de vide
homme abandonné
il dit donne-moi toujours plus
car femme est l’autre nom de Dieu


Quatorzième poème
Jeune homme marié, nu


la photo
de toi
la photo nue de toi
la photo de toi nu
le dos fragile de ta
pureté

Dans ta neige
la mince pluie
bleue
dans ton coeur
la légèreté
d'une chaleur

Sur tes gestes
le regard de
ma passion
Sur tes doigts
l'odeur folle
de mon amour

La douceur de ton corps
le pur de
ta passion
tu portes mon
regard.

dans ta main
comme un oiseau
échappé fou
l'odeur de cyprine
et de pluie

jeune marié de
ta main à l'alliance légère
porte le nom secret
une bague d'or pur

dans tes mains
s'ouvrent en un lotus
l'arôme mouillé
et dans le charme
les saccades de tes gerbes
la source liquide d'un
jaillissement d'ailes


Quinzième poème
Sur la trace légère de quelques oiseaux


Un passage comme si de rien n’était
Et voilà que je me remets à pénétrer les mots de la vie
Un soleil sur la nappe rouge
Des toits sur la mousse
Et la pompe au milieu de la cour
Ne ramenant plus d’eau
Mais la source est toujours présente
Avec l’eau claire que l’on aperçoit
A travers la fente des pierres

Je n’ai pas attendu que tu viennes
Je croyais que c’était le temps de ma nuit
Et puis tu as trié le ciel
Sur la trace légère de quelques oiseaux

Il y a toujours ce noir profond
Quelque chose qui ne fait que grandir
Dans la simplicité des pierres


Seizième poème
Greniers de l’enfance


L’odeur de poussière
La paille restée chaude
Comme déposée par le blé
Il reste cette belle odeur des greniers
Et toutes ces choses offertes
Qui n’ont plus lieu


Dix-septième poème
Simplicité de la pierre


Maintenant ce qui reste
Après avoir tenu le ciel
Dans nos mains nues
C’est juste ce que j’aime
Les chemins de traverse
Les garennes, les pierres pleines

Le liséré de lumière posé
Sur la pierre émaillée
D’éclats de briques
Passe entre les persiennes
Tiré comme à la corde
le trait de lumière
Eclaire la pierre


Dix-huitième poème
Au cœur de la main du monde


Tu restes planant
Dans la minceur désirante
D’une ardeur

Tu restes
Dans l’odeur bronzée des lignages
Sur le bois compté
Des arbres pris
Dans la terre

Des choses simples
Ton amour au fil du temps
Et cette sueur imprègne le tissu
A hauteur de ta poitrine
Avec la forme d’un cœur


Paysage de ta tombe
A la mémoire de Mario Villani , le peintre absent


Et désormais tu dors en moi avec tes mains de gisant, avec tes yeux couleur de menthe

Tu dors avec tes mains feutrées, la croix posée sur tes matins et maintenant tu restes couvert des larmes du silence

Et désormais demeure en moi avec ton corps de pierre, ta respiration de dormeur dans l’eau originelle des matins de lumière

La mousse a recueilli la pierre de tes mains, les rires de ta voix

Tu dors en moi avec ta présence de vie sur le granit de la tombe, tes yeux fermés sur la lumière, ton coeur battant au creux du mien

Et désormais, tu dors au centre du coeur avec tes mains de silence et de nuit, ton visage de pierre au centre de la pierre du corps et je porte la pierre de ta vie, la pierre de lumière

Au centre de mon coeur avec l’oiseau de tes ailes qui se heurte contre la paroi de mes côtes et l’angoisse veloutée de ton absence à être

Tu dors en moi dans la tranquillité insoumise de ta bataille, dans l’étroitesse meurtrie de tes poumons de pierre

Tu respires avec la respiration calmée d’un nageur de hauts fonds dans l’eau originelle d’une transformation de méthode

Et chaque élément de ton corps est une porosité de toi qui court le monde

Tu dors en moi comme un placenta de pierre et de vie où coulent les liquides d’une métamorphose de souffle, où l’on soutient ta tête pour une nouvelle bataille de limon et de nuit

Et désormais tu transformes ton corps en couleur et l’oeuvre reste dans le regard si vert d’un matin de printemps

Tu habites. Tu habites le monde et la pierre et le squelette de ta vie est une merveille de construction fine, une pureté menue de chevilles quand se détachent les tendons et ne reste que la beauté magique de ton architecture de lumière, dans l’Iris de Suse des matins

Tu habites par la dentelle d’os d’un corps délivré du temps

La tombe couverte de neige ou irisée d’un cristal de rythme

Dans l’architecture de ta construction d’os, dans la blancheur nacrée d’une main devenue phalange

Dans les transformations de ton corps opèrent les saisons comme des nidifications de feuilles

Tu es posé dans l’étrangeté des mondes, dans le coeur dormant de la nuit et les larmes coulent sur ton cercueil de neige et d’os, dans la dentelle de tes mains

Tu habites le monde. Tu restes cet élancement aussi beau dans la mort que dans la vie, cette architecture noble que jamais ne touche l’effroi d’une pourriture

Tu t’en sors, tu passes par là, mais tu t’en sors avec ton visage devenu d’os et de nuit où creusent les orbites de tes yeux. Mais ton regard est toujours là, ton regard de peintre posé sur le mannequin drapé

Tu habites le monde des couleurs et le paysage se retrace derrière tes orbites dans la pureté inoubliable de ton élan vers le monde.



Césure médusée bleue
Pour Henri Maccheroni, en complicité de création,


Superposition de couches et de strates dans l’archéologie d’une matière.
La sédimentation désigne comme les plans successifs d’une géologie en feuilleté ou pliure.
Des artères de sang noir dans la pénétration du sexe sont destinées à ne pas voir ce qu’elles font voir.
Papier ou femme dévoilant leur bord, leur fente, dans la déchirure bien visible, pour apercevoir ce qui est creusée d’une éventration.
Femme devenue fissuration démultipliante en perspectives de lumière.
Femme ou ville-paysage de nervures en intervention de lignes droites et courbes, de leurs recoupements labyrinthiques aventureux.
Couleur-de-femme, Egypte bleu, elle dansera sciemment par l’écoutille qu’elle porte entre les jambes, pour tout ce qui en elle multiplie et ondule.
Faces totémiques en lèvres noires, sillon christique, découpe de cicatrices géologiques.
Tatouages primitifs et masqués sur le maquillage blessé des sillons de lèvres, torses de la fissure christique en arbres entaillés de scarifications, becs de canards qui débutent un terrier dans l’odeur profonde de la terre.
Réalité minérale d’un phénomène de roches mouillées de sources et de vie, en éruption de volcan, fouille et palimpseste jusqu’à la putréfaction des matières.
Glissement, modulation glissante d’une lumière entre le sexe et superposée d’os et de crâne.
Météorite de structure sérielle dans le mouvement d’un effet à double fond tramé où la fente est la couture.
Broderies gothiques de signes et de sexes, immémoriales sur les bandelettes blanchies des momies aux lèvres noires.
Grâce ployante d’oiseau mort, fourreaux et violons enfermés dans les boîtes funèbres, au centre d’une blancheur d’os.
Et puis, bocal ou cerceau d’air qu’exprime le plongeur allongé sous la surface et que l’on voit monter lentement en irisation de verre dans la pulvérisation ou plutôt la pulvérence du cristal.
Car, d’opacités en transparences, possibilité de traverser.
Fragments à plusieurs épaisseurs au travers des déchirures, et cet étrange organe sensible entre ses jambes qui déchire et répare la profondeur aimée du réel.

***

Nidification de la lumière
A la mémoire de Mario Villani

Tu es ce devenu ce dormeur de l’eau originelle. Tu dors dans ce placenta de pierre et de vie où coulent les liquides d’une transmutation de souffle, où l’on soutient ta tête pour une nouvelle bataille de limon et de nuit.

Désormais, tu demeures dans cette pulsation amniotique, et le placenta garde la forme d’une étoile de mer, d’une anémone lentement tremblée par le rythme de ton coeur.

Tu dors en moi dans l’éponge nourricière striée de vaisseaux où coule l’échange de nos vies et ton coeur bat dans mon coeur la pulsation-seconde d’une année lumière.

Les yeux fermés sur le vert, tu reposes dans l’élément liquide d’une transformation de larmes, et ton souvenir est un souvenir aquatique dans la matrice du monde.

Désormais, tu habites en moi dans le coeur matriciel de la lumière et ta mutation est invisible au plus secret d’un éclair de larmes.

Tu demeures dans l’étendue émotionnelle de cette eau qu’il te faut traverser dans le flux et le reflux des marées depuis le mouvement perpétuel de ton silence.

La neige sur la tombe a coulé, entraînant la fonte des blocs et des limons, ne laissant que les membranes, les fibrillations de ton nuage.

Tu dors avec la respiration calmée d’un dormeur dans l’eau latente d’une transformation de méthode et chaque élément de toi devient la porosité d’un pleur dans l’afflux d’un cristal de rythme.

Les yeux ouverts sur la lumière, je t’ai porté comme un passeur où coule la neige de notre échange dans la mutation non visible de nos transformations de coeurs.

Les larmes coulent sans fin comme une dentelle de lait sur ton cercueil de neige et d’os où s’accomplit la lutte d’une respiration à trouver.

Raz de marée dans le déchirement de la mer, je te porte au travers des longues dunes de sable où tu émerges ruisselant dans l’éternité du silence.

Le vent coule sur la mer et s’effiloche les trainées de ciel dans la brillance d’une crête de vague où baigne le lin de ton drap.

Et ton coeur enfin frappe au creux de mon coeur, dans le liquide amniotique de mon sang où l’échange de la vie et de la lumière a été transformé en amour.

Vifs et morts tous deux ensemble, nous traversons la neige originelle.

Un plateau enneigé

C’est venu. Rien d’autre n’existerait plus après qu’un instant précaire offert à ta bouche et à tes mains.

Un geste totalement gratuit, sans avenir, fragile, friable comme la pointe de l’amour.
Pour se retrouver là où nous traversons ensemble, où nous pénétrons la vie.
Dans la lame affutée de ce qui rend les mondes perméables et nous porte offerts et vulnérables.
Advenus pour nous seuls.
Enfants traversant l’orbite des mondes.
Peignant sur des murs de lumière ton nom à côté du mien.
Sculptant ton visage et ton corps dans une matière de vie et de couleur
Traçant nos pas mêlés sur le chemin d’une nuit ouverte dans la chaleur de l’été.
A cet instant le corps entier se transforme, brillant, étincelant, éblouissant comme une pierre, un fragment de mica.
Puis il redevient chair et de la sueur commence à couler.
Un vase sacré est déposé pour recueillir cette sueur, pour ne pas en perdre une goutte tant elle demeure précieuse.

Ensemble nous nous présentons sur un plateau enneigé, les mains nues tournées vers le ciel.
C’est cet unique geste que nous accomplissons ensemble.
Extrait de Dialogue avec L’anonyme, Collodion, 2018.


***
Stèles pour un scribe
Béatrice Bonhomme

Le gardien est parti
Dans la maison ne demeurent que le lit
Les oreillers posés
Des chaussures presque neuves
La couverture orange striée de lumière
Et les persiennes tamisées vers le jour.

Le scribe s’en est allé
Il est devenu blanc
A repris son profil de médaille
On l’a allongé avec ses jambes d’albâtre
Intouchées, restées pures.

Il a lâché sa plume
Son dictionnaire
Ses griffonnages métaphysiques.

Le témoin est parti avec son humilité de mystique
Sa foi construite en bienveillance
Sa patience à souffrir
Son fin sourire de connivence.

Il s’en est allé dans le monde
Dans la lumière et l’ombre
Là où les jambes marchent encore
Et le corps mince se déplace
Sur la fresque de la mer.

Il est parti avec ses joies humbles
Faites de murmure et de silence.
Dors en paix dans ton visage de jeune homme
Torturé par la perte des signes.

Le veilleur a disparu
Un matin posé sur le drap
Le visage glacé
Les mains jointes
Il nous a laissé la lumière et le silence.

Le sage est parti avec la patience de ceux
Qui ont appris la vie
De ceux qui ont appris la mort
Sans rien exprimer qu’un murmure,
Un sourire devant la dureté d’un destin.

Il joue au tennis.
C’est un danseur
La balle l’attend
Comme la sauterelle qu’il pose délicatement
Sur l’herbe des pauvres, des minuscules.

Il a accepté lentement
Avec courage, son destin cisaillé
Avec la cicatrice qu’il portait au front
Et l’entaillait.

Les petites pièces jaunes
Restent à côté du cercueil
Posées dans un coffre bleu
Son trésor de pirate
Pour une aventure à venir.

Il a laissé derrière lui cette lumière
Et quelques pages.
Calligraphies
De mendiant existentiel.

Et puis un jour il s’en va
Tout doucement
Sans faire de bruit
En nous laissant les larmes.


***
Ouvrir les mains

Nous avons mis tant de temps à vraiment regarder la mer.

Tant de temps à voir le ciel.

À respirer les marais.

À visiter les citadelles.

À attendre dans le vent la venue de la pluie.

À nous griller au soleil des saisons.

Nous avons mis tant de temps à devenir un morceau de bois.

Nous avons d’abord tout vu sans rien voir.

Nous avons couru dans les traverses de la vie sans remarquer la limace traîner son dos orange dans l’odeur du sol mouillé par les pluies.

Nous ne sentions pas la plante jaune comme un feu d’artifice dans le maquis brûlé.

Nous avons affronté la vie sans nous remplir du plasma des matins de la mer.

Nous nous sommes enfin dessaisis pour laisser pénétrer le ciel en nous.

Extrait de Deux paysages pour, entre les deux dormir, Editions VVV, 2018.



Stèles pour un scribe
Le gardien est parti
Dans la maison ne demeurent que le lit
Les oreillers posés
Des chaussures presque neuves
La couverture orange striée de lumière
Et les persiennes tamisées vers le jour.

Le scribe s’en est allé
Il est devenu blanc
A repris son profil de médaille
On l’a allongé avec ses jambes d’albâtre
Intouchées, restées pures.

Il a lâché sa plume
Son dictionnaire
Ses griffonnages métaphysiques.

Le témoin est parti avec son humilité de mystique
Sa foi construite en bienveillance
Sa patience à souffrir
Son fin sourire de connivence.

Il s’en est allé dans le monde
Dans la lumière et l’ombre
Là où les jambes marchent encore
Et le corps mince se déplace
Sur la fresque de la mer.
Extrait de Les Boxeurs de l’absurde, Editions Etoile des limites, 2019.

Une pierre blanche
La pierre blanche aucun ornement
Aucune fleur
Aucun signe de cœur.

La pierre striée blanc sur blanc
Sans nom ni dates.

Le sable blanc des tombes
Où tous les noms s’effacent.

Le feu a effacé le nom
D’abord noir puis encore plus blanc
Sans nulle trace de gravures.

Pas de nom, pas de dates
La dernière tombe à droite
Seul au nouveau cimetière
Tu attends le gré de l’anonyme
La mousse qui dira le matin
Mais plus pour toi.


Extrait de Les Boxeurs de l’absurde, Editions Etoile des limites, 2019.


La Maison Rouge
Pourquoi teintée de rouge
La maison avec son corps d’écorchée et de veines
De lépreuse arrachée au crépi du temps ?

Pourquoi habillée de silence et de nuit
La maison avec son arbre de veines écorchées dans le matin du monde
Dressée en oriflamme de lèpre ?

Pourquoi sanglante dans le jour et les arbres
La maison d’écorchée vive
Brandie en contraste de couleurs
Au vert du matin
Et pourtant rosie comme le sang traversé de neige ?

Pourquoi si rouge comme le cœur brillant de la mère
La mère rouge au cœur dans une maison rouge
Pourquoi veinules et artères d’arbres et de maisons
Dans le cœur des contes
Petit poucet farceur violé par le sang des ogres ?

Pourquoi posée sur des piliers de fissures et de temps
Avec la blessure d’être et la faille
Et la cicatrice noircie dans le rouge
Pourquoi éclatée de terrasses et de vérandas
Comme des sanglots qui laissent échapper un sang noir ?


Extrait de Les Boxeurs de l’absurde, Editions Etoile des limites, 2019.

***

Un jour de pierre blanche
Béatrice Bonhomme

La pierre est blanche sous le givre blanc
Quelques arbres de gravures à peine au loin
Dessinent la tombe anonyme.

Le nom n’a pas été gravé
Sans nom de vie, sans nom de mort
Il est posé dans le silence.

La maison se dresse
Flamme rouge accrochée au flanc de colline
Et désormais la terrasse rose effondrée
A massacré le sang des anges.

Il vivait là presque invisible
En paroles inaudibles
En petits gestes de la tête.

L’ermite on disait
Et il riait silencieusement.


La pierre blanche aucun ornement
Aucune fleur
Aucun signe de cœur.

La pierre striée blanc sur blanc
Sans nom ni dates.

Le sable blanc des tombes
Où tous les noms s’effacent.

Le feu a effacé le nom
D’abord noir puis encore plus blanc
Sans nulle trace de gravures
Et juste le souffle sur les mains
Et le piétinement des jambes
Pour supporter le froid du monde.

Pas de nom, pas de dates
La dernière tombe à droite
Seul au nouveau cimetière
Tu attends le gré de l’anonyme
La mousse qui dira le matin
Mais plus pour toi.

Un drap gravé à tes initiales
En or de pompes et de forêts
La maison pyromane
Tient ta tête de noyé
Le passeur convoque ta barque
Qui dit que tu es né et mort
Sans un cri.

La brindille qu’on espérait a séché
Dans le champ de givre
Nul endroit où accrocher la main
Mais qui explique comment
Avec des lettres en argent
De petites gravures dans la pierre
Faire fuir l’anonymat des tombes ?

Pas de nom, pas de mort,
Non reconnu, ni vu ni connu
Tu t’es échappé en signe rouge.


***

Ecorchés vifs

Le ciel avait dégorgé du rouge
Des nappes de sang
Des rythmes de vagues pourpres
Des effrangés de lumière
En rideaux effilés de noir.

Les chiens étaient lâchés
Mangeant la boue du monde
La pluie de lave
Pétrifiant le cœur
Avant les cendres.

C’était en écorchés rouges qu’on vivait le ciel et ses marges de bleu
On avait engrangé la terreur et le froid des morts
On avait décidé d’un soleil respiratoire pour chaque jour encore donné
Le souffle passait rouge à travers le givre et les gestes d’arbre
La course emplissait l’espace vital d’une chaleur.

C’était en écorchés rouges qu’on affrontait l’amour
Avec cette brûlure au centre des corps et du monde
On donnait tout comme ça
Pour ne pas encore mourir
Pour croire que par paliers l’absolu nous guettait
Pour espérer les larmes et le sang.

C’était en écorchés rouges que nous avions des souvenirs
Des matins partagés d’enfance
Des odeurs de corps lavés purs au citron
Des mandarines de fleurs dans la bouche.

C’était en écorchés rouges qu’on s’était blotti
Sous le lit d’une maison effondrée
Avec des toiles éventrées étendues aux fenêtres
Avec le sang du corps ruisselant aux abords des branches
Et des branchies de veines
Le cœur au milieu d’une respiration à venir.

Le visage dans la bouche des forêts
Le matin brandi de fleurs et de sexe
Les mains accueillies dans l’arbre chaud des touffures
On avait au ventre, rivés, la fouaille des entrailles
Et la forge d’un baiser.

On était rien que l’anonymat des saisons
Que les jours suivant les nuits
Que l’odeur du bois emplissant la maison
Que le tilleul bleu touchant le froid du ciel.

On n’avait pas de nom, pas de passé,
Pas de croyances et pas de foi
On n’avait pas de visage,
Pas de contours ni de limites
On avait traversé le rouge et la porosité
Et on allait par le monde avec son cœur et ses entrailles
Au quatre vents de l’oubli.

On avait saisi un sourire,
Une main contre la nuque
Une caresse blottie au chaud du monde
Des lèvres sur un cou
Un regard étonné
Et c’était suffisant pour courir
Le matin dans la réverbération du monde.














































Samedi 4 Octobre 2008
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22/11/2010