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09/02/2011



L'invité du mois

FRANçOISE DAX BOYER

BIOBIBLIOGRAPHIE ET TEXTES



FRANçOISE DAX BOYER
FRANçOISE DAX-BOYER BIOBIBLIOGRAPHIE

Françoise Dax-Boyer est née à Mazamet, en août 1946, au cœur de la Montagne Noire. Agrégée de lettres, elle s’est d’abord lancée, à Paris, dans la dramaturgie et la mise en scène de textes contemporains, comme La Folie Tristan de Gilbert Lély, Pierrot ou les secrets de la nuit de Michel Tournier ou Le Baron perché d’Italo Calvino.

En 1987, elle publie La Scène du Rêve préfacée par Jean Tardieu et dirige en 1991 le Cahier de l’Herne consacré au poète, avant d’entraîner, dans une forêt aux allusions multiples, le lecteur de Comme les nuits comme les jours, publié en 1993 aux éditions de l’Ether Vague .
Parallèlement, elle découvre les chemins de l’image avec son ami vidéaste Jean-Paul Fargier et réalise avec lui trois films vidéo, Sollers-Rodin : Rapport secret en 1989, Jean Tardieu ou le Voir-Dit en 1991, Cher Mallarmé en 1993 et donne à lire la même année Chair Mallarmé édité par La Petite Librairie de Montolieu.

27 janvier 1995, mort de Jean Tardieu. Elle propose alors chaque 27 janvier une soirée « pour prolonger sa vie au-delà de l’oubli ». L’accompagnent, dans ces hommages, des comédiens de talent, fidèles amis de Monsieur Jean, parmi lesquels Marc- Henri Boisse, Judith Magre, Daniel Mesguich, Denis Podalydès, Michel Sigalla et bien sûr Michael Lonsdale.

En l’an 2000, c’est l’Art du Maujoin, paru aux Editions de l’Amandier, l’art du mot joint, hommage au poète disparu, à Rabelais, au total soixante neuf haïkus « où chaque vers est une semence de fiction ». C’est aussi l’été de La Montagne Noire, origine du monde, clin d’œil vidéo à ses racines.

Dans son recueil Le Basson d’Arcachin 1, paru en 2002, elle célèbre Piraillan, un de ses lieux mythiques. En 2004, elle revient vers le Tarn, au musée du Cayla, maison natale de Maurice de Guérin, et publie F comme Forêt avec une astrologie des arbres. Elle écrit également Leila, reine des chats sauvages, conte bilingue pour enfants, illustré par Elsa Dax-Kerr, véritable hymne à la liberté. Après Le Basson d’Arcachin 2 en 2006, son huitième livre Rire bleu, publié fin 2007, ne cesse d’interroger le langage, ses vagabondages - la petite fille au vélo rouge - et les autres arts.
Entourée de peintres et d’illustrateurs, elle a toujours affiché un goût pour l’expression picturale. Elle a participé à des expositions comme Femme-Forêt en 2003 au Domaine de Degres Gragnague, Forêt(s) au musée du Cayla en 2004, Poèmes d’amour au Moulin à Papier de Brousses en 2007 et Ma Moitié aux Moulins de l’Albigeois en mars 2008

Avec Laurent Citrinot, elle crée, aux éditions de l’Amandier, la collection Le Voir Dit où poésie et peinture sont étroitement mêlées, complicité encore et toujours avec l’auteur des Portes de Toile Jean Tardieu. Le premier volume dédié à Christian Broutin et Andrée Chedid témoigne de son admiration pour le peintre et de sa fidélité littéraire : n’avait-elle pas écrit en 1987 la préface du Sixième Jour et tracé de l’écrivain un portrait vidéo ?
Elle écrit en octobre 2008 le second livre de la collection L’Eden Avant Après avec son ami peintre et comédien, Michael Lonsdale.


COMMUNIQUES de PRESSE

Sortie de « L’EDEN AVANT APRES » aux éditions de l’Amandier ( Collection Le Voir Dit) Michael Lonsdale et Françoise Dax-Boyer
Signature/dédicace à la Librairie La PROCURE/Place Saint-Sulpice/75006 dans le cadre « des Jeudis de La Procure » Le Jeudi 4 Décembre 2008 à 15 Heures
Dédicace du premier livre d’art révélant au grand jour le talent caché du grand comédien Michael Lonsdale.
Sur ses toiles se dessine tout un itinéraire lumineux qui nous conduit du jardin des Délices, souvenir ému de la figure maternelle, au paradis céleste, parfois perdu mais toujours retrouvé en passant par une série d’autoportraits saisissants...
L’accompagnent dans ce voyage pictural les sonorités inspirées de l’écrivain Françoise Dax-Boyer avec qui, il rend hommage, chaque 27 janvier, à leur ami commun Jean Tardieu.
Elle traduit en mots les crépitements colorés de sa palette. Son travail d’alchimiste transforme en un long poème les illuminations de cet enchanteur de l’écran univers.

4° de couv « L’EDEN AVANT APRES »
A chacun son éden. Michael Lonsdale, le célèbre comédien, porte en lui un jardin, tenu longtemps secret : la peinture.
C’est au Maroc, pendant la dernière guerre mondiale, qu’on lui offrit sa première boîte de couleurs. S’inscrivait au fond,gravé en lettres de feu, comme dans celle de Pandore, le mot espérance. Cette foi artistique ne l’a jamais quitté. Aujourd’hui, ce livre révèle au grand jour le talent caché de l’acteur et permet de le découvrir dans une identité plurielle. Sur ces toiles, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, se dessine tout un itinéraire lumineux qui nous conduit du jardin des Délices, souvenir ému de la figure maternelle, au paradis céleste, souvent perdu mais toujours retrouvé.
L’accompagnent dans ce voyage pictural les sonorités inspirées de son amie, l’écrivain Françoise Dax-Boyer. Elle traduit en mots les crépitements colorés de sa palette. Son travail d’alchimiste transforme en un long poème les illuminations de cet enchanteur.Ramenant l’œuvre à ses éléments premiers, l’auteur regarde derrière le regard du peintre. Elle y décèle une pluie de lumière, incendie de pétales, tourbillon de flammes, qui divisent, en laves de couleur pure, l’écran-univers de la vie.



Rire avec Jean Tardieu

Rire avec Monsieur Monsieur
Rire avec M1 Michael Lonsdale/Rire avec M2 Daniel Mesguich

Sur une idée dramaturgique de Françoise Dax-Boyer
dans le cadre du « Printemps des Poètes »

le dimanche 15 mars 2009
au Théâtre 13 à 18H30

« Dépêche toi de rire
Il en est encore temps
Bientôt la poêle à frire
Et adieu le beau temps »

Jean Tardieu a toujours aimé rire pour ne pas pleurer !
D’ailleurs il avait fait sienne la maxime de Chamfort « La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri. »
Plus tard, il partagea maints fous rires avec Raymond Queneau. Il évoque dans une lettre inachevée « Les tramways de jadis (une corres’ pour l’Odéon siouplaît !) » leurs rencontres facétieuses : « Certes ce n’est pas joli d’écrire sur un ami, ça fait homme-sandwich ou bossu de la rue Quincampoix ». Mais le poète d’ajouter : « Je suis à la fois Jean qui pleure et Jean qui rit » !
Toujours son obsession du dédoublement, du dualisme contradictoire qui est le lot de notre vie. Toujours un Monsieur Monsieur qui sommeille en nous, que nous accompagnons aux bains de mer, en voyage, dans ses difficultés essentielles, jusqu’au tombeau. Toujours une nouvelle énigme pour Œdipe.

Suivons les magnifiques et fidèles comédiens, Michael Lonsdale et Daniel Mesguich, qui participent chaque 27 Janvier (date- anniversaire de la mort du poète) à une manifestation en hommage à son œuvre. Allons avec eux au carrefour du burlesque et du lyrique, dans le vent de l’espace , écoutons ces jocrisses jouer au philosophe, et devenons complices de leur jeu.

Françoise Dax-Boyer
Programme 2009


• Portrait de Monsieur Monsieur
• Monsieur interroge Monsieur
• Démence Juvénile
• Voyage avec Monsieur Monsieur
• Monsieur Moi (pièce de théâtre)
• Monsieur Monsieur aux bains de mer
• Les difficultés essentielles
• Nouvelle énigme pour Oedipe
• La sonate et les trois Messieurs, avec un invité surprise M 3
(pièce de théâtre)
• Satie et « les kobolds »
• Rengaine pour piano mécanique
• Le tombeau de Monsieur Monsieur
• Rengaine à pleurer



FRANçOISE DAX-BOYER EXTRAITS

RIRE BLEU, Ed de l’Amandier 2009

Lamento du Téfou
L’annexe bleue


À Danièle Rosencranz

Rayé d’une frange de sel et d’embruns, je ronge mon frein sous le tamaris,
coque renversée sur les orties
qui ont cessé de battre mes flancs de leurs poils irritants.
Abandonné, je suis abandonné depuis plus de deux ans.
Même la bâche de deuil
qui protégeait mes habits bleus de Crète
s’est envolée un soir de marée.
Je me suis peu à peu ridé, craquelé,
replié sur mes souvenirs de mer
lorsque je naviguais entre les piquets.

J’étais alors frais et pimpant, un peu fou
car tel est mon nom de baptême – Téfou –
de cette folie de l’enfance qui rend joyeux dès l’aube
quand le cercle rouge embrase l’île aux oiseaux.
J’embarquais à marée haute les enfants vers le « Craquoy »
la pinasse vernissée de noir et d’émeraude,
embarrassé des paniers de pique-nique et de cannes à pêche.
J’obéissais en cadence au jeu des rames.
Je m’enorgueillissais des vaguelettes que je créais dans mon sillage.
J’étais le héros de toutes les fêtes
et portais haut les couleurs de la maison aux consonances grecques : Hellé, le soleil, le dieu Râ.
Que s’est-il passé ? Que s’est-il passé ?

Oui, j’étais né pour connaître les fonds marins,
les figures de la Voie lactée,
les frémissements des premiers baisers ;
j’écoutais le coucou ;
l’aile de l’hirondelle frôlait le banc d’acajou.
Le soleil lui-même m’appelait parfois par mon nom
et la lune se noyait dans le creux de ma nef.
C’était le temps des étés et des vagabondages,
le temps des saisons, le temps des amours !

Et puis un jour, un sombre jour, est arrivée une rivale virginale,
une annexe blanche,
légère comme une mouette,
fraîche comme une huître légèrement citronnée,
ruban jaune autour du bois immaculé !
Je ne pouvais lutter, j’ai rendu les armes et presque l’âme !

Plus rien entre moi et ce ciel outremer.
Plus rien entre moi et les enfants.
Plus rien entre moi et moi,
qu’un silence obstiné sous les cristaux de l’été.
On m’a enterré sous le tamaris, sans un merci.
On m’a enterré et ils ont ri.
Moi, j’ai pleuré bleu au creux des orties.

Et puis, c’est la vie, je me suis lamenté sans pousser un seul cri.
Je me suis résigné,
je n’ai plus défié les nuages,
je n’ai plus accosté sur le rivage de mes rêves,
je n’ai plus nargué les piquets,
j’ai fui les bassins où valsaient les tourne-pierres
et s’égayaient les hérons blancs…
J’ai serré les dents et creusé ma tombe.
Jusqu’au jour où… ou plutôt jusqu’à la nuit d’août,
celle des grandes marées
quand le clapotis des eaux s’enfle et que gémit le vent.
Je gisais sur le perré, ballotté par la brise…
Pas si fou qu’on aurait pu le croire !
Je veillais sur l’astre blanc aux cordages neufs,
à l’ancre claire,
navire plume sur la mer éclatée.
J’attendais incrédule, porté par le bruit de la mer
et le râle des oiseaux apeurés dans l’ombre.
Tout était lourd d’orage.
Un couteau luisant rampait le long du mur,
près de l’escalier.
Oui un couteau à lame d’acier.

Sa tête de méduse, je ne l’oublierai jamais.
Je pourrais la voir en fermant les yeux.
Oh ! Ce masque aux yeux brillants de haine,
ombelle de feu aux coups mortels.

Mon ennemie, notre ennemie c’est elle, la gorgone.
La criminelle avance d’un pas menaçant, l’arme au poing.
Je vois sa main bouger au-dessus de l’onde
et le poignard briller dans la nuit.
Au secours ! Au secours !
Pitié pour elle, la vierge, le joli bateau blanc, le bateau des enfants.
Au secours !

La main bouge et coupe la corde d’un coup…
Oh ! sa tête de méduse à la bouche rétrécie de courroux.
Elle est là qui coupe et tranche.
Le bateau, frêle comme une feuille, dérive
au large, vers les passes de mort.

Non, je n’ai rien vu, je suis aveugle.
Non, je n’ai rien entendu, je fais le sourd.
Non, je ne vis plus, je suis mort.
Mort depuis deux ans…
je ne vois pas l’enfant dériver,
Je vois une coque sur l’eau, si blanche, filer vers les cieux.
Personne n’entend son cri.
Personne n’entend puisque je me tais.
Ma lâcheté me rend fou.
Mon silence m’accable.
Fou ? T’es fou ? Pas si fou encore ! J’aurai ma revanche.

Je vois l’ombre s’effondrer sur l’escalier.
Lentement sa large main de paysanne s’ouvre
et laisse tomber dans l’eau trouble la corde lacérée,
serpent de mer improvisé.
L’air vif et le bruit mat semblent la réveiller d’un sommeil hypnotique
comme si l’aube naissante allait la laver de tout soupçon.
Droguée mais délivrée.
Repentie mais criminelle.
Elle s’approche de la terrasse
ose s’asseoir sur mon échine si fragile.
Je la tiens ! Je l’aurai ! Oui je l’aurai !

– Que crains-tu ? , me dit cette harpie.
Est-ce toi ou est-ce moi que la mort va attendre ?
Souviens-toi, autrefois la mer sur nos visages ruisselait et je riais !

Je tente un instant de bercer ses relents d’enfance noyée
mais le fardeau que je porte est déjà mort,
emporté par la lame.
Elle sombre, un bâillon sur la bouche, dans un puits de ténèbres.

Rouge sang est l’aube ce matin-là.




Antide, mon père


Moi, Antide, évêque de Besançon, disciple et successeur de saint Fronime, je me sers du démon pour me faire transporter à Rome et reprendre le Pape sur certains péchés. Mis à mort par une horde de vandales à Ruffey, les bourreaux sont tellement effrayés lorsque ma tête coupée leur adresse la parole qu’ils se percent de leurs propres armes dans leur fuite précipitée.
Mon père adorait raconter ses exploits d’une vie antérieure entièrement dévouée à l’église catholique en maugréant contre les mécréants de protestants que nous étions.

Moi, Antide, natif de Graulhet, j’ai souvent frôlé la mort, notamment en voiture. Il est vrai que j’ai une conduite assez spéciale ! Je regarde davantage les gens que je double que la route ! D’ailleurs chaque année, tous les habitants du village catalan de Colera où nous louions une villa de vacances venaient se regrouper sur la place aux platanes avant notre départ : ils faisaient force signe de croix sur le capot, comme pour conjurer le mauvais sort.
Un jour, j’ai lutté, pendant un kilomètre ou deux, contre une envie de dormir, et j’ai fini par céder un instant, un quart de seconde, et je me suis aperçu que j’étais au-delà du milieu de la route, sur le côté gauche.
Alors j’ai rétabli, mais trop brutalement, vers la droite. J’ai perdu le contrôle.
J’ai roulé sur le bas-côté herbu. Heureusement que j’avais bien ralenti, parce que je me suis arrêté pile sur un poteau indicateur en ciment, pas très haut, que j’ai renversé. L’avant de la voiture était complètement partagé en deux, comme si elle était devenue la fourche du diable ! Mais c’était une voiture anglaise, une Vauxhall, assez costaude et le choc s’est arrêté au tableau de bord.
« Mais qué fouten aqui », me dis-je en me réveillant ?
J’étais en fait de très bonne humeur.
À ce moment-là, dans un éclair, j’ai pensé à un film américain de Frank Capra Horizons perdus dont le sujet était ingénieux. L’action se passait, après un accident d’avion dans l’Himalaya, dans une lamaserie perdue au fond d’une vallée couverte de neige. On ne le savait pas tout de suite, mais les gens qui se trouvaient là étaient morts. Ils vivaient la vie de gens normaux, mais ils étaient morts depuis longtemps.
Alors je me suis dit : « Peut-être que je rêve en ce moment, peut-être suis-je mort, comme les héros du film ? »

Moi, Antide, époux de Fernande, je veux être incinéré et dispersé dans la glaise. La vue de cette boîte ridicule, c’est affreux. Ça me plaît d’être dans la terre comme une semence ou un cèpe des bois.
Je n’aimerais pas être enfermé. J’aurais trop peur d’être enterré vivant, comme Gogol.
Ou alors, je ferai comme un des personnages d’un film de Buñuel : j’installerai le téléphone dans ma fosse au cas où !

J’ai horreur des vers qui brodent des coussins à l’ombre des cyprès. Je n’aime que ceux destinés à la pêche et à la poésie. Je n’aime pas cette survivance d’une peur superstitieuse des temps anciens où les morts étaient jugés pernicieux. Alors on les enfermait le plus possible : d’abord dans un cercueil, puis le cercueil dans un caveau, le caveau dans la terre, de façon qu’ils ne puissent pas sortir pour venir nous chatouiller les pieds ! Et que dire des Égyptiens ou du premier empereur de Chine.

Moi Antide, enorgueilli de trois filles, j’ai frôlé la mort, toujours en voiture, avec mon ami Mouret – c’est toujours la faute de l’abbé ! – après une partie de pêche bien arrosée ! Nous étions tassés dans une quatre chevaux, trop petite pour nos corpulences, cannes à pêche et paniers tapissés de fougères et de poissons. Nous chantions à tue-tête des chansons paillardes en patois, quand je heurtais encore une fois le talus du chemin où, en contrebas paissaient paisibles des vaches, qui toutes ahuries virent débouler une monstre extraterrestre vert-bouteille jouant à roule-barrique dans leur pré.
Je me suis retrouvé tout estourbi, casqué de truites goujons et vairons et dégoulinant de sang. Un Arcimboldo vivant ! Un hameçon était venu s’accrocher à ma lèvre supérieure. Mouret, protégé par son costume matelassé de pêcheur, souriait béatement en dénombrant ses péchés capitaux. Mouret ne mourait pas ! Je devais avoir deux ou trois côtes cassées tant j’avais du mal à respirer, quand surgit, d’un air menaçant, un bâton à la main, le paysan du coin : nous avions troublé le broutement de ses vaches ! Notre équipée s’est terminée dans une charrette à foin avant l’hôpital !

Si j’apprenais soudain qu’il me reste un quart d’heure à vivre ? Je resterais coi. C’est vrai qu’à force d’y penser, je n’y pense pas assez !
Et vous que diriez-vous ?



Le silence

À Jean Tardieu

J’entends encore le bruit de nos voix
de nos pas et de nos rires

Dans le tiroir des photographies
sur le mur des tableaux
surtout ne pas toucher
Voir une dernière fois les ombres du jardin
les arbres en fleurs de ce couvent
qui te parlaient d’éternité

Tu es loin, là-bas
à la recherche de mots et d’images
qui nieront ma peur de ta mort
ultime leçon de vie
alors que je bascule dans le rien




Variations sur ton répondeur

Offrande J. T.

Au présent

Je ne suis pas là pour le moment
mais je vais bientôt revenir.
Si tu as un message à me faire,
quand à mon retour je reviendrai,
j’aurai le plaisir de t’entendre
et à mon tour je répondrai.
Bonjour amour et Bonne année !

Au passé

J’étais absent mais je t’entendais.
Tu n’étais pas là mais tu répondais.
Quand pour toi j’avais un message,
ta voix joyeuse en ton absence
fidèlement le recueillait.

Et même quand pour un moment
tu t’absentais loin de toi-même,
je savais que tu reviendrais
et sans crainte je t’attendais.

Au futur

Un temps viendra, bientôt peut-être
où je ne serai plus là pour entendre
cette voix que j’ai tant aimée
et qui me parlait par tes lèvres.

Puisse-t-il mon dernier message
t’attendre au-delà de la vie !
Je suis toujours ton répondeur
qui n’en finit pas de t’attendre
et ne cesse de te répondre.





INÉDITS

Thessaloniki, 22 février 2009


Neige


Il neige, il neigeait, il neige.
Le Mont Athos se couvre de silence.
Les toits hérissés d'antennes laissent entrevoir une mer aussi grise que le ciel.
Il neige. Froid vent. Autant en emporte de temps.
La côte se resserre autour de la baie. Pour la protéger ? de l'incendie de 1917 ? de la peur ?
Plus de 50000 juifs ont été déportés en 1943, le cimetière dévasté.
Il neige sur le campus universitaire qui recouvre à jamais le secret des morts, ces juifs espagnols accueillis par le sultan en 1492 alors que Christophe Colomb découvrait pour les beaux yeux de sa reine, l'Amérique.
Il neige sur le forum où bat le coeur de l'ancienne cité. Il neige sur la voûte de Bay Hammam aux yeux de cristal qui ont vu ce que personne n'a jamais pu voir.
Il neige sur la jacinthe bleue qui se dresse empourprée de désir.
Il neige sur moi un sentiment de solitude et d'abandon.
Il neige une pluie de souvenirs et de caresses.



Thessaloniki, 21 février 2009


Plein soleil

S'offrir aux rayons d'Apollon nue et surprise d'être nue en plein hiver.
Ciel bleu plus marin que la mer Egée en proie à ses regrets.Vieil homme, vieil homme, pourquoi t'es-tu noyé ?
La Tour blanche se reflète dans les vagues claires, fière de narguer, dans sa dentelle de Venise, les sept tours « l'Eptaryrgho » de la haute ville turque. Salonique, nid d'espions.
Les orangers masquent leurs fruits d'or, les romarins leurs fleurs bleuies de froid. La mer fouette d'embruns les rares passants. Oxygène de vie, exaltation de la marche, nez au vent, chant de chair et de peau au fil de l'eau.
Au détour d'une rue, Agios Sophia, une merveille d'église byzantine, illuminée de cierges et de dorures, icône baisée par tant de bouches que c’en est troublant, visages d'anges baignés dans l'eau bénite des fruits, prières envolées, légereté de l'air dans le couchant, odeur de châtaignes grillées, goût d'ouzo sous la langue vive.



Dimanche 8 Mars 2009
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Anthologie poésie,
Éd. Castor Astral 2010

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Anthologie poésie,
Ed. le Temps des
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Voix de l’Autre
essai, Actes du
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La poésie érotique
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