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09/02/2011



L'invité du mois

François HEUSBOURG



BIOBIBLIOGRAPHIE

François HEUSBOURG
François Heusbourg est né en 1981. Il a vécu en Irlande et à Paris, et vit désormais à Nice où il s’occupe de la Galerie-Librairie Arts 06 spécialisée dans l’art contemporain et la promotion de la poésie indépendante. Son œuvre comprend quatre livres de poésie publiés aux éditions Mémoire Vivante.



Bibliographie :

- Les Cellulaires, éd. Mémoire Vivante, 2005
- Contre-Escales, éd. Mémoire Vivante, 2007
- Long Run, avec Sébastien Bonnargent, éd. Mémoire Vivante, 2009
- Oragie, éd. Mémoire Vivante, 2011



Galerie-Librairie Arts 06
13 avenue Pauliani 0600 Nice
contact@arts06.fr
www.arts06.fr

EXTRAITS

EXTRAITS DE CONTRE-ESCALES


BRUTAL RENVOI

Insomnie du grand bain noir
j’ai traversé le pays d’une apnée aveugle
il passe des spectres blancs
suspendus un instant/dérivent/disparaissent

Des miradors balayent les nœuds des autoroutes
sur les carrosseries filantes
surgit et prolifère
un massacre de lumière

Un sémaphore tricolore une seconde
se dresse vingt-quatre fois sur la rétine
une comète comme un couteau
ville entière dans un cri

L’ouverture d’un intérieur confortable
ou tessons de verre parsemés
ou des cases suspendues
dont on n’aurait qu’à cocher les vies

Insomnie du grand bain noir
contre la vitre multiplie
les rideaux verts/couloir étroit
mes yeux secs/brutal renvoi

***


FORTERESSE


Lèvres salines
Femmes faciles
Et blancs manteaux

***


REDOUX


C’est une ville
mal maquillée d’hiver
son fond de teint boueux
au drap blanc itinérantes
les traces de pas noirs

La neige travestie en pluie
ne prend plus à son compte
la peine des flocons en fuite

C’est une ville mal identifiée
qui abat ses cartes qui zone vierge
sous un ciel abasourdi de gris
ralentit ses métros suspendus


***



Il pleut à contre courant
chez Masséna à l’affût du cashmere
mobilier neuf sous les draps sans esclandre
l’épine dorsale des toits
reflux de vent en matinée
on loue des bureaux au m2 derrière les façades déconfites
et les pubs de peinture fraîche
sur le boulevard
il pleut des griffes sur les vitres
on fabrique des clefs-minute
gratte la cornée des fables
la mine basse, à l’abri des pare-feux
le jour sur la grève

Entre Bastille et République


***


EXTRAITS DE LONG RUN




Femme assoupie dans la lumière, ozone trouble par les vitraux - les fumées vacillantes de l'ombre, les fumeurs de cigarettes et les hommes pourfendus de soleil - il passe sur les routes des amours harassés, des files joyeuses d'échappement, des antennes - je t'aspire du haut du belvédère, calme ortie.


***



San Remo shadows, horizon cabossé, je suis parti prendre des bains d'ombres dans la ville frontière - ressources naturelles, passements d'hommes, devises, gestations, marché noir - hâte toi le bain coule, et les enfants, la journée de la veille, les peaux de fer blanc - miroitements.



EXTRAITS D'ORAGIE



Je pars dans la petite nuit
Qui précède le petit matin
Le soleil se lève tard en chemin
Et me rattrape sur la route
Jambes légères sur l’accélérateur velouté du matin
Je conduis vers la mort, le réservoir est plein
Le moteur gronde
Un avion passe
Sur un buisson de roses
Mes pensées roulent hors de la conscience de la route
Je suis réveillé depuis sept heures
Mais l’esprit me donne l’alerte du monde après midi
Dans quelle torpeur songeuse ais-je séjourné ?
Quels fantômes ais-je suivis ?
Quelles épouvantes
La mer, le feu, l'eucalyptus, mes hypnoses
Je conduis vers la mort pas la mienne
Fin de zone aménagée
Grands troncs coupés sur le bord de la route
Les lointains profils bleus des montagnes
Forment comme la frontière apaisante du monde
J’ai brassé le jour, j’ai brassé la nuit
Dans une épouvante
Du haut des villages belvédères les collines se succèdent
En vagues azur et grises
Et deviennent dans leurs couleurs qui s’estompent
Un horizon de mer immobile
Une mémoire fossile panorama mortuaire
D’un monde qui a eu le temps de vieillir
L’envie monte en soi de plonger dans ces vestiges
Dans cette succession de vagues figées
Elles ont vu d'autres hommes en d'autres temps
Et j’ignore si j’ai tout emporté
Ou si j’ai tout laissé derrière moi.

Mardi 3 Décembre 2013
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