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09/02/2011



L'invité du mois

LA FORÊT DES SIGNES (P5)



ANTOINE SIMON

Seulement

Marcher sur la pointe des pieds
pour ne pas déranger
l'ordre de l'univers

parler le moins possible
pour ne pas rajouter
les froissements de langue

se nourrir de l'espace
avec les grands poumons
de tout ce qui t'entoure
être seulement ça


Antoine Simon
inédit



MARILYN HACKER

Tresse d’ail

Les femmes qui, l’âge venant, font leur deuil au marché,
achètent poisson, figues, tomates et un jour
de nourriture pour le loup qui dort sous la table
et sort de quel rêve ?

Quoi d’autre que le deuil arrive en fin de saison ?
il est mort, celui que j’osais appeler frère
avec, perché sur l’épaule, ce reste de vie
croassant le départ.

Il a jeté les dés une dernière fois, rencontré
son dernier interlocuteur, le meilleur, des jours
avant l’opération qui pourrait ou non
prolonger la partie.

Ce qu’ils se sont dit leur appartient. Aujourd’hui
un fils écrit des élégies et son père vit encore.
l’un aime la tisane de sauge, l’autre a donné au monde
l’arôme du café de sa mère.

Le jour s’est rétréci à sa longueur d’avril
et va petit à petit raccourcir jusqu’à l’hiver.
Je ne peux pas baptiser exil mes pérégrinations
mais je compte les matins.

Dans un panier accroché au mur, à l’anse festonnée
de tissu fleuri de boîtes de chocolat,
des échalotes violettes et tavelées et, replié à côté,
une tresse d’ail.

Je me souviens, dix jours après un anniversaire
(contrepoint et bougie lus dans le verre à vin),
des doigts de la radiologue qui palpaient,
aucune caresse.

Et donc retour (on n’a pas dit rechute)
d’une épreuve initiatique, quinze ans après :
me revoici, pliant sous un excès de bagage,
balafrée, sur le seuil.

Sous le pâle soleil d’hiver de février,
allant deux ou trois fois par semaine
aux Gobelins, en gériatrie, voir mon amie
retrouver l’envie de vivre.




Preuves élégantes et poésie se résolvent
en débris incohérents, hargneux dans leurs couches.
Fragile et éphémère comme toute beauté :
l’esprit humain –

sous l’œil de l’ancienne journaliste qui prenait des notes,
choquait, régalait ses visiteurs de nouvelles
de la zone des hostilités où, postée là,
elle attendait son heure.

Dans ce qu’il nous reste à vivre nous buvons
à notre mémoire, à notre continence. J’ai des balafres
à la place des seins ; ses doigts noueux, aujourd’hui,
ont du mal à tenir la plume.

Des milliers le pleurent et, dans le ronron
des machines substituées aux organes défaillants,
absolue solitude et battement d’ailes écarlates
qui se posent, et s’en vont.


à la mémoire de Mahmoud Darwiche et de Mavis Gallant


Marilyn Hacker
Traduction de Jean Migrenne



MICHEL COLLOT

On avait trouvé du verre dépoli dans tes poumons. Tu ne pouvais plus respirer. Privé d’oxygène, le cœur s’est arrêté, asphyxiant le cerveau. Nous sommes restés près de toi, nous t’avons appelée, caressée, suppliée de revenir à toi, vers nous. Mais tu étais déjà si loin que tu ne pouvais plus nous répondre, endormie dans ton cercueil de verre. Aucun baiser n’a pu te réveiller.

Puis le virus se mit à circuler, gagnant tous les pays l’un après l’autre. Des confins de la terre il parvint jusqu’à nous. Il frappait à nos portes. Confinés dans nos murs, nous regardions par la fenêtre arriver le printemps. Au bout des branches les bourgeons éclataient tour à tour. Les arbres fleurissaient le long du boulevard. Chaque jour plus nombreux succombaient les malades, comme si ta mort était devenue contagieuse.

J’ai senti des éclats de verre pénétrer peu à peu dans mes bronches. La toux déchirait ma poitrine. Pour prendre l’air, je descendais marcher dans la rue, refaisant pas à pas le chemin familier, réglant mon allure sur la tienne, épousant le rythme de ton souffle, bouche à bouche essayant de t’insuffler la force de revivre.

Rentré dans la chambre, je relis les petits papiers que tu collais sur la vitre quand tu partais travailler et les recueille, page à page, dans ton cahier. Je dessine des bâtons sur l’ardoise, comptant les jours qui me séparent de ton retour. Sur l’écran, je revois défiler une à une les images de nos derniers voyages. S’il reste un peu de mémoire vive, je recopie mot à mot notre histoire, en attendant de retrouver l’inspiration.


Michel Collot
Paris, le 22 mars 2020, 6ème jour du confinement



MARCELLE DELPASTRE

L’Homme. – Est-ce vous mes amis dont la voix me parvient ? 

Comme une aurore qui s’annonce j’entends la voix de mes amis.

Je fais un pas, j’avance. Je tends la main, j’attrape le vent.

Où êtes-vous ?

Non, je suis seul toujours.

Il me semble que ma tête s’enfle et se distend de jour en jour. 

Il me semble que ma tête est grosse de tous les vents de l’univers.

Qu’elle se gonfle comme un ventre où bourdonne la vie en bourgeon.

Se prépare l’essaim de la ruche qui gronde !

J’éclaterai comme une graine, je germerai comme le blé.

Ma tête porte des forêts, la marée haute des moissons l’habite. 

Ma tête porte l’océan tout pommelé de vagues blanches.
J’éclaterai comme la graine.
Ma tête engendre l’horizon.

Elle porte le flot des moissons, l’haleine de l’amour l’habite.

J’accoucherai de mes poissons, et mes oiseaux s’envoleront, ivres de ces torrents qui tournoient sur leurs rives.

J’enfanterai fatalement.
J’éclaterai comme éclate en tombant le fruit trop mûr des branches.

Marcelle DELPASTRE
In Poèmes dramatiques II – L’Homme éclaté, © Edicions dau chamin de Sent Jaume, 1999
Envoi Antre Lieu


HERVÉ MARTIN

À Georges Guillain
Écrire
Dans la langue
tenir vers un cap
l’enfance toujours réanimée
- ce poème - en témoin
d’où tu traces chemin
prends appui
et la force en besoin
sans jamais désarmer
ni trahir l’enfant

***

Avec des mots
matière verbes
dans la langue construire

Pas des remparts
mais des socles
des avancées

Pédicules d’où tu pendras
dans le souffle
appui

***

I.M. À Maurice Regnaut

Rester debout
telle est notre promesse

Et dans la langue vive
rehausser notre part d’ivresse

Les yeux
au plus vrai du visage


Hervé Martin
Dans la traversée du visage éditions du Cygne, 2017

POÉSIE TRADITIONNELLE DES INDIENS D'AMÉRIQUE

Extrait du CYCLE DE L’OS DE L’OIE DES NEIGES
(de Jacob Nibenegenesabe)

Moskégon

[1]

Un jour j’ai voulu qu’il y ait deux lunes
dans le ciel.
Mais il me fallait quelqu’un pour lever la tête et voir
ces deux lunes
parce que je voulais l’entendre
chercher à convaincre les autres habitants du village
de ce qu’il voyait.
Je savais que ce serait drôle.
Alors je l’ai fait.
J’ai fait apparaître une autre lune !
Elle était là, de l’autre côté du ciel, face à l’ancienne lune.
Un homme vint à passer.
Evidemment, je lui ai fait descendre ce chemin ouvert.
Il a levé les yeux au ciel.
Il voyait forcément cette autre lune !
Une lune pour chacun de ses yeux !
Il resta un bon moment
à contempler
le ciel.
Puis il me soupçonna, je crois.
Il regarda les arbres
où il pensait que je pouvais m’être caché.
Mais il ne pouvait pas me voir
car j’avais pris la forme de la nuit tout entière !
Parfois
il m’arrive de prendre la forme du jour tout entier,
mais cette fois-là
j’avais pris la forme de la nuit tout entière.
Puis il dit,
« Il y a quelque chose d’étrange
dans le ciel ce soir. »
Il le dit tout haut.
Je l’entendis clairement.
Puis il se hâta de rentrer chez lui
et je le suivis.
II raconta aux autres, « Vous n’allez jamais le croire,
mais il n’y a QUE deux lunes
dans le ciel ce soir. »
Il avait une drôle d’expression.
Puis tous les autres se mirent à regarder dans le bois.
Ils me cherchaient, sans doute !
« Que deux lunes, ha ! Mais qui va te croire ?
Pas si bêtes ! » lui dirent-ils tous.
Ils essayaient de me rendre la farce !
C’était évident !
Si bien que je m’empressai de faire apparaître une troisième lune là-haut
dans le ciel.
Ils levèrent la tête et virent trois lunes.
Ils les voyaient forcément !
Puis un homme
dit à voix haute, « Ah, regardez ! Là-haut !
Tout là-haut ! »
Il n’y a qu’une seule lune !
Eh bien, allons dormir
et demain matin
nous aviserons. »
Ils étaient tous d’accord, et rentrèrent
dormir chez eux.
Je suis resté planté là
à la lumière de trois lunes.
Il y en avait trois... j’en étais certain.

Version anglaise de Howard Norman

***

CHANTS ESQUIMAUX A PROPOS DES GENS & DES ANIMAUX

fjord au printemps

J’étais sorti en kayak
j’était en mer avec lui
je pagayais
très doucement dans le fjord Ammassivik
il y avait de la glace dans l’eau
et sur l’eau un pétrel
tournait la tête d’un côté puis de l’autre
ne m’a pas vu pagayer
Soudain plus rien que sa queue
puis plus rien
Il plongeait mais pas à cause de moi :
tête énorme sur l’eau
grand phoque poilu
tête géante aux yeux géants, moustache
toute luisante et qui dégouttait
et le phoque a nagé doucement vers moi
pourquoi ne l’ai-je pas harponné ?
avais-je pitié de lui ?
était-ce la journée, la journée de printemps, le phoque
qui s’amusait au soleil
tout comme moi ?


la chanson du vieillard, à propos de sa femme

mari et femme nous nous aimions alors
nous nous aimons toujours
il fut un temps
où chacun trouvait l’autre
beau

mais il y a quelques jours hier peut-être
elle a vu dans l’eau noire du lac
un visage de malade
une vieille femme ravagée le visage
ridé plein de taches

je l’ai vue a-t-elle dit
cette forme dans l’eau
l’esprit de l’eau
ridé plein de taches

et qui donc avait vu ce visage auparavant
ridé plein de taches ?
si ce n’était moi
et à présent n’est-ce pas moi

quand je te regarde ?

Versions anglaises d'Armand Schwerner

***

COMMENT ON LUI ARRACHA LES DENTS

Paiute

Autrefois le con des femmes avait des dents.
C’était dur alors d’être un homme
de regarder ta squaw s’accroupir pour manger
d’entendre craquer les petits os de lapin.
Quand la baise a été inventée elle est morte aussitôt avec l’inventeur.
Quand ta femme te disait qu’elle avait envie de te mordre ça ne te faisait pas rire.
Peut-être que tu filais te battre avec Numuzoho le Cannibale.

C’est Coyote qui a tout arrangé.
C’est lui qui a réglé leur compte à ces femelles dentues !
Un jour il a pris avec lui le pilon de basalte de Numuzoho
pour coucher avec une véritable mégère
Et boum boum crac crac aïe aïe
Toute la nuit :
« Je suis heureuse, mon mari, » dit-elle
Et la suite on la connaît.
C’est en son honneur que nous portons nos colliers de dents.

Version anglaise de Jarold Ramsey

Extraits de Secouer la citrouille, poésies traditionnelles des Indiens d'Amérique, anthologie de Jerome Rothenberg, traduction Anne Talvaz, PURH, 2015


NINA ZIVANCEVIC

MORT DE PHILOSOPHE

Jamais je n’ai réfléchi à ton propos tant que tu n’étais pas parti
La table est nettoyée le verre est vide mais l’assiette
Remplie de fautes tu t’es seulement glissé par la porte
elle était fermée et on a frappé contre elle
« entrez » ai-je dit
le vent l’a ouverte toute grande
et sur elle une vieille au visage ridé
crachait du sang plus ou moins solitaire habillée
comme ma mère elle me ressemblait
elle m’a souri et m’a jeté
une malédiction édentée : Je suis ta mort, a-t-elle fait
dis donc, ai-je soupiré, je ne suis pas encore prête
ce n’est pas déjà mon heure, je dois achever de lire tous les Stoïciens,
atteindre l’illumination du Bouddha …
Prépare-toi vite, a-t-elle sifflé, mais je l’ai repoussée, j’ai claqué la porte
et suis tombée sur le plancher, pour me réveiller ensuite couverte d’une horrible sueur.

j’ai allumé la radio et écouté du Bach
je vivais avec des gens qui haïssent la poésie
les découvertes étaient à la mode bêtise enceinte.

Et là, ces doigts de Glenn Gould …
Un beau jour, a-t-il dit, j’ai rencontré Dieu,
Le contrepoint est la chose la plus grande, dans la musique et dans la vie,
Il parlait et a siffloté d’allègres variations de Bach,
Il a repassé des rides pour obtenir une netteté cristalline arrosé des plates-bandes avec sa vie quotidienne
Nourri des souris domestiques d’attentes soulevées
Qui n’étaient ni vastes ni solides, ni froides non plus
Ces faibles échos du sonore
Staccato de sa folie de l’arpège insupportable de son rire,
Infâme contrepoint à sa promesse pouilleuse …

Nina Zivancevic
Sonnets en avion Ed. Non Lieu

FRANCE BURGHELLE REY

je sens comme une frontière mince
entre la vie et le vide 
un duvet que je n'ose caresser
 lame qui pourrait s'y cacher
et mon corps que je couvre
 est nu sans sa mémoire 
je sens comme une lumière faible 
quelques miettes de paix 
et l'ouverture d'un ciel

***

imposer les mots et vaincre
le chaos comme on soulève le voile
baptême d’une nouvelle fontaine
accorder ses tympans aux sons
du dehors aux appels intérieurs
se faire l’écho du chant vrai
s’unissent les contraires
on ouvre les fenêtres et enfin
on a chaud on ferme la porte
pour ne plus être seul


France Burghelle Rey
inédits

DANIEL MAXIMIN

CYCLONE ANNONCÉ.

L’autre cyclone du siècle est annoncé.
L’énergie-désespoir prend des forces sur l’océan, préparant son menu d’îles à dévaster au hasard.
Nous allons laisser vivre la catastrophe jusqu’à la satiété de sa violence, brasser rêves et cauchemars sans dormir, pour avoir une chance d’arriver jusqu’à sa fin, qui aura bien dégagé le ciel pour le premier soleil, afin qu’il sèche vite le pain, les yeux, l’espoir et les matelas.
Nous allons chercher ensemble les mots qui disent à la fois la tragédie de la lumière coupée et la résistance de la dernière bougie, jusqu’au relais du jour qui finira la veillée.
Ensemble nous aurons très soif de paroles enracinées, nous allons réveiller en nous la franchise et l’invention des conteurs des soirs de mortalité. Seuls, entre-nous, sans le voisinage occupé à sa propre solitude.
Ce sera une veillée sans contes ni chansons, où il nous faudra pourtant sans cesse caresser nos peurs et nos silences pour ne pas engourdir les gestes de survie, sortir toutes nos réserves de paroles les plus fortes, les plus belles, les plus imaginées vraies.
Qui marche seul n’avance pas. Qui meurt tout seul ne sème pas. Qui espère seul n’attend rien. Un pays est plus qu’un arbre. Même sans racines il peut fleurir. Notre île est une vraie case, édifiée par notre grande famille d’orphelins fiancés. Assez fertile en cas de cyclone, séisme ou éruption pour préserver des grains de sable et des gouttes d’écume et récolter des racines.
Mais surtout ce soir il nous faudra prendre bien garde à nous, à bien préserver le nous de chacun. Espoir et désespoir n’habitent pas qu’une seule tête. Il nous faut reparler ensemble, rejouer à la famille nombreuse, crier, pleurer ou rire en additions de chacun, chanter, danser, se cacher sous la table, périr ensemble s’il n’y a plus rien à faire, et surtout ne jamais jamais s’échapper dehors tant que le cyclone n’est pas parti plus loin.
Chacun sa page s’il le faut, mais dans le futur même cahier.
Il faudra taire pour cette nuit la prière du soir de certaines femmes: Mon dieu, donnez-moi la force de rester seule, même sans vous. Nous savons bien que ce n’est pas facile tout seul de rester entre nous, pour tenter de vivre seul le danger qui nous attend ensemble ce soir.
Nous avons juste eu le temps avant l’alerte numéro deux de faire provision d’eau et de conserves. L’après-midi, calme et sans vent, s’est passée à consolider; chacun chez soi ou en coups-de-main rapide chez un parent ou un voisin encombré. Tous solidaires, les humains, les cases et les arbres, mais chacun si possible chez soi, les familles enfermées, les maisons barricadées, et les arbres en sentinelles. On a déjà vu des cases emportées venir se caler contre deux arbres sans se briser, ou encore des arbres déracinés s’abattre sans écraser la maison édifiée sous leur ombre, en léguant à portée du lendemain une dernière récolte de cocos, de mangues ou d’avocats.
Entre-temps, nous aurons foi, cette nuit ensemble. Avec chacun nos deux seuls yeux, nos deux seules mains, et nos cœurs redoublés.
Et le nouveau soleil sera fait de tous nos rayons redressés.


Daniel Maximin
première page du roman : L'île et une nuit. Éditions Points-Seuil.2002


SAINT-AMANT

Le paresseux


Accablé de paresse et de mélancolie,

Je rêve dans un lit où je suis fagoté,

Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,

Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.



Là, sans me soucier des guerres d'Italie,

Du comte Palatin, ni de sa royauté,

Je consacre un bel hymne à cette oisiveté

Où mon âme en langueur est comme ensevelie.



Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,

Que je crois que les biens me viendront en dormant,

Puisque je vois déjà s'en enfler ma bedaine,



Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,

Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine

Ai-je pu me résoudre à t'écrire ces vers.


Saint-Amant
Envoi Gérard Cartier




NIMROD

IX

Nous avons bradé le bonheur, la simplicité ;
Nous lui préférons l'extravagance géographique.
La paix revenue, quels frissons amasserons-nous
Sur l'argile de notre cœur ? Nous ne venons pas
Tous du Tibesti, nous n'aspirons pas tous à y vivre,
Mais la mort qui nous guette emprunte parfois son visage.
Et le soir revient. À l'arrière des pitons rocheux,
Au creux de l'infini, s'esquissent des derricks
Qui pompent je ne sais quoi. Ma nuque enfle, le paysage
Se réinvente ; il y a comme l'appontement d'un Little Texas.

X

Astres, vous ennoblissez l'étendue. Désert : désir
De partance qui ramène le ciel sous nos pas.
À celui-là nous ferons un triomphe qui rapatrie
Nos émotions ! À celui-là et aux dieux domestiques !
Or nous marchons, et un chant profus, solitaire,
Constitue notre seul gréement. Pic d'Émi-Koussi,
Nous nous élevons dans la sphère des balles.
Elles promettent aux montagnes de les revêtir
Demain d'une étoffe charnelle.

Nimrod
In En saison Éditions Obsidiane
envoi Antre Lieu

EMILY BRONTË

Autour de moi, voilà la nuit qui tombe,
le vent souffle, violent et glacé ;
mais l’enchantement est par trop tyrannique,
je ne puis, je ne puis m’en aller.

Les arbres géants ploient,
leurs branches nues sous la neige pesante,
et la tempête fera bientôt rage
et pourtant je ne puis m’en aller.

Nuages sur nuages au-dessus de moi,
landes sur landes à mes pieds,
mais rien de cela ne m’effraie à présent,
je ne veux, je ne puis m’en aller.

1837

*

Je suis heureuse enfin lorsque j’ai entraîné
mon âme au plus loin de sa demeure de glaise,
par la nuit venteuse, lorsque brille la lune,
et que l’œil peut errer dans les mondes de lumière –

Lorsque je ne suis pas, et ne suis rien d’autre –
ni terre, ni océan, ni ciel sans nuage –
mais un esprit seulement, qui vagabonde
dans l’immensité infinie.

1838
*

LE VIEUX STOICIEN

La richesse, je ne l’estime guère,
et l’amour, je m’en moque ;
le désir de Gloire n’était qu’un rêve
évanoui avec le jour –

et si je prie, la seule prière
que je puisse prononcer,
c’est – « Laisse-moi ce cœur qui est le mien,
donne-moi la liberté. »

Oui, tandis que mes jours se hâtent vers leur fin,
c’est tout ce que j’implore –
une âme sans chaîne, le courage d’endurer
dans la vie et la mort !

1841
*

LE PHILOSOPHE

« Assez pensé, philosophe ;
cela fait trop longtemps que tu rêves
sans répit, dans cette chambre morne
alors que rayonne le soleil de l’été –
vagabond de l’espace, quel triste refrain
vient une fois encore conclure ta rêverie ? »

« O que vienne le temps où je m’endormirai
sans identité –
et peu importe que la pluie me détrempe
ou que la neige me recouvre !

Car la promesse d’aucun Paradis ne pourrait assouvir
ces Désirs fous, ne serait-ce qu’à moitié –
ni la menace d’aucun Enfer avec ses flammes inextinguibles
réduire cette rude volonté ! »

– Ainsi ai-je dit, et je le dis encore ;
– et je le dirai jusqu’à ma mort –
trois Dieux dans cette frêle carcasse
luttent nuit et jour.

Le Paradis ne pourrait les contenir, et pourtant
ils sont là, tous, en moi,
et resteront jusqu’au jour où j’aurai oublié
mon entité présente.

O que vienne le jour où dans mon cœur
leurs combats auront cessé ;
O que vienne le jour où je reposerai
sans jamais plus souffrir !

Homme, j’ai vu un esprit, qui se tenait
là où tu te tiens – voici une heure;
et à ses pieds coulaient trois fleuves
de même profondeur, de même puissance –

un ruisseau d’or, et un de sang,
et un troisième, de saphir,
mais en joignant leur triple flot
dans une mer d’encre ils se perdirent.

L’esprit pencha son regard éblouissant
sur la nuit maussade de cet Océan ;
puis – tout incendiés d’un feu soudain
les flots étincelèrent, larges et joyeux –
blancs comme le soleil et cent fois plus beaux
que ne l’avaient été leurs sources divisées ! »

Et cet esprit, Voyant, je l’ai attendu,
je l’ai cherché toute ma vie ;
je l’ai cherché au Paradis, en Enfer, sur la Terre et dans l'Air,
sans cesse – et en vain toujours !

Si j’avais pu voir ce regard glorieux
illuminer une fois ces nuages troublants,
jamais je n'aurais supplié ainsi comme un lâche
de cesser de penser, de cesser d’être –

jamais je n’aurais béni le néant
ni, tendant des mains avides vers la Mort,
imploré d’échanger contre un repos sans vie
cette âme frémissante, ce souffle vivant.

O laissez-moi mourir, que puissance et volonté
cessent leur combat cruel,
et que le Bien vaincu, le Mal vainqueur,
se perdent dans un repos unique !

1845
*

LA PRISONNIERE

Extrait de « Julian M. et A.G. Rochelle »

« Il vient avec les vents d’ouest, les brises vagabondes du soir,
au crépuscule limpide qui fait les astres plus denses ;
les vents se font pensifs, tendre le feu des étoiles,
les visions naissent et changent et me tuent de désir –

ce désir de ce que je n'ai pas connu dans ma maturité,
où folle d’effroi, la joie comptait les larmes à venir ;
où le ciel de mon âme était empli d’éclairs ardents,
venus on ne sait d’où, du soleil ou de l’orage ;

mais voici que descend un silence de paix, un calme inouï ;
les luttes de la détresse et de l’ardeur s’épuisent ;
une musique silencieuse apaise mon cœur – une harmonie muette
que je n’aurais pu rêver avant d’avoir perdu la terre.

Alors l’Invisible se lève, et révèle sa vérité ;
mes sens se sont évanouis, mon être s’éveille –
ses ailes bientôt libres, il trouve sa demeure, son port,
mesure l’abîme, prend son élan, ose le dernier saut !

Ah ! terrible est la fin – intense l’agonie,
quand l’oreille se met à entendre, quand l’œil se met à voir,
le pouls se met à battre, le cerveau à penser ;
la chair pèse sur l’âme, et sur la chair, la chaîne !

Pourtant je ne refuserais aucune douleur, n’amoindrirais aucune torture ;
plus aiguë est la souffrance, plus tôt vient le salut ;
et revêtue du manteau de l’Enfer, ou d’une lumière céleste,
n’annoncerait-elle que la Mort, cette vision est divine ! »

1845
*

Non, mon âme n’est pas lâche,
non, elle ne tremble pas dans la sphère orageuse du monde.
Je vois briller la gloire du Ciel
et la Foi d’une lumière égale m’arme contre la peur.

O Dieu dans ma poitrine
Divinité toute-puissante, toute-présente,
O Vie, qui reposes en moi
Comme moi, Vie éternelle, je suis puissance en toi.

Vaines sont les mille croyances
qui émeuvent le cœur des hommes, indiciblement vaines,
méprisables, comme l’herbe desséchée
ou l’écume inutile sur la mer sans fin,

ne pouvant faire douter l’âme
si puissamment attachée à ton infinité,
si fermement ancrée sur
le rocher inébranlable de l’Immortalité.

De son amour qui tout embrasse,
ton esprit anime les années éternelles
imprègne le ciel et plane,
change, préserve, dissout, nourrit et crée.

Si la terre et la lune venaient à disparaître,
si le soleil et les mondes cessaient d’être,
et tu restais seul,
toute Existence existerait en toi.

Pas de place pour la Mort,
pas d’atome qu’elle puisse annihiler,
car tu es Etre et Souffle,
et ce que tu es ne peut jamais être détruit.

1846

*

Refoulée souvent, mais revenant sans cesse
aux premières passions qui naquirent avec moi,
laissant les voies agitées du savoir, de la richesse
pour des rêves futiles de ce qui jamais ne sera :

Aujourd’hui, je ne chercherai pas le monde des ombres ;
trop vaste, trop fuyant, il me lasse cette fois ;
et les visions qui naissent, légion sur légion,
le font surgir étrange et bien trop près de moi.

J’irai, mais non sur d’anciens pas héroïques,
ni sur quelque chemin de haute moralité,
ni encore vers les visages entraperçus,
silhouettes voilées de l'histoire lointaine.

J’irai où ma nature voudra me mener ;
je n’entends pas choisir un autre guide :
là où les troupeaux gris paissent dans les fougères ;
là où rugit le vent sur le flanc des montagnes.

Et qu’ont-elles donc à révéler, ces montagnes solitaires ?
plus de gloire, de douleur que je n’en puis conter :
la terre qui éveille un seul cœur d’homme
peut centrer les mondes du Ciel et de l’Enfer.


Emily Brontë
traduction inédite d'Anne Talvaz
envoi Anne Talvaz




POÈME SANSKRIT

Car hier n'est qu'un rêve
Et demain, seulement une vision
Mais un aujourd'hui bien vécu
Fait de chaque hier un rêve de bonheur
Et de chaque demain une vision d'espoir.

Poème sanskrit.
envoi Michel Azama

JACQUES DARRAS

90 km/heure


Un panneau de ralentissement de vitesse n’ayant pratiquement
aucune chance d’être pris comme objet de poème je décide dans
l’espace de ces quelques lignes lisibles à vitesse de lecture poétique
moyenne de mettre en lumière tel panneau 90 chiffres noirs sur fond
blanc qu’évitent allègrement de respecter 4 automobilistes sur 5 en
provenance de Roissy Charles de Gaulle sur l’A1 direction Porte de
la Chapelle faisant du même coup trois actions bénéfiques :
l’une de promotion démocratique des objets simples dans le poème
(on pourra
toujours attendre que Francis Ponge passe son permis de conduire !)
deux de délation auprès des autorités policières concernées les incitant
à surveiller plus activement les contrevenants mes compatriotes à
cet endroit précis de l’autoroute trois répondre une bonne fois pour
toutes aux sempiternelles questions sceptiques sur l’utilité de la poésie

***

La cruauté du grec

Je ne voudrais pas être atteint de prosopagnosie
Je suis sûr que vous non plus
Vous ne savez pas ce que c’est ?
C’est du grec
Le grec nous fait drôlement souffrir quand on y pense
Toutes les maladies sont grecques
Toutes les maladies viennent de Grèce
Démocratie est grec qu’est-ce que je souffre !
Monarchie est grec le comble de la souffrance !
Aristocratie est grec la souffrance chic !
Heureusement nous sommes tous vaccinés
On n’en meurt pas on n’en meurt plus
Hormis quelques cas ça ou là
D’ailleurs vaccin n’est pas grec
Vaccin vient de vache du bas-latin populaire vacca
Vacca nous protège
La vache du peuple nous immunise contre les maladies grecques
Nous devrions chacun avoir sa propre vache
Chacun sa vacca
Pour le lait le beurre le fromage la viande accessoirement
Mais d’abord et avant tout contre l’oubli
Il n’y a pas de vaccin contre l’oubli
Il y a seulement vacca la bonne petite vache individuelle familiale
Ainsi moi première chose au réveil tous les matins : mon vaccin !
Comment je procède ?
Toujours selon le même protocole :
Je me carre quatre pieds devant la glace
Me tire une râpeusement longue langue rose bien ruminante
Puis je me mets à meugler
À meugler à mugir successivement
Au bout d’une heure de meuglement je ne me reconnais plus
Je ne sais plus qui je suis
J’ai même oublié que je ne le sais plus
Je me suis totalement oublié
Docteur !
Docteur !
N’est-ce pas que j’ai raison de m’immuniser contre moi-même ?
Jamais je n’oublie le nom de mon docteur :
Docteur Alzheimer
Plus facile à retenir que du grec non ?


Jacques Darras
inédits

DENISE DESAUTELS

Le rêve – dis-moi qu’en ferons-nous ?

Compter cages. Couteaux.
Compter cœurs ronces bras et sillons brûlants.
Compter attente. Hôpital.
Ses portes qui tanguent
et ses corridors qui vont se perdre on ne sait où.

Revenir à ta voix qui veille
vie/mort/vie.
L’attente chaque fois.
Et le rituel des larmes.
Et ta langue nue dans cet étroit nid de lettres.

Aujourd’hui je suis morte plusieurs fois.
Comment parler d’incandescence parmi tant
de tombées d’oiseaux ?


Denise Desautels
In Disparaître à paraître à L’herbe qui tremble et au Noroît en 2021.

JEANINE BAUDE

IV

Tous les non de ma vie sont langage
passage d’ombres liquides sur les rumeurs
le désastre qui tient chaud à cette parole
aigre s’employant à nouer les précipices
les états de tension, les catacombes
celles, renaissantes sous le bitume et
cloaques de pluies silencieuses

Mais prononcer ce oui de la mémoire qui lève
la trame et le germe sous le bruit, le brut
de la lettre qui tangue comme mer ou navire
sur le mur ensablé des prières, des peuples
Tendre vers le noyau de la pierre première
son feu sur le quotidien des jours
sa brassée, sa bolée de sarments pour la soif

Écrire je t’aime sur le pain, le levain, le sexe
l’épaule du passant éperdu, sa lèpre : écrire


***

X

Tous les non de ma vie sont trames
sur le sec de l’aveu, celui qui pleure
dans les cours, leurs parois engoncées
sur l’affect d’une raison, celle qui ose
trembler sans régir, sans souligner
la peur, le voyage insensé, immobile
son accent sur le signe et qui se perd

Mais prononcer ce oui sur l’échauffourée
le sang qui s’échauffe, la ruelle embrasée
les bras, un seul corps, tête et poing dressés
le chant qui monte des visages bien au-delà
des murs, la semence qui éclate sous le germe
la gerbe tenue bien au-dessus de cette houle
humaine, ensemble et reliant l’orage à la soif

si l’espace tendu par l’essor, l’effort, la pleine
certitude s’offre à l’enfance, son dur silex, sa rage


Jeanine Baude
extraits de Oui, Ed. La rumeur libre, 2015, partie : Proses vénitiennes suivies de Quintils de l’acquiesciessement.



GABRIELLE ALTHEN

LA TRAPPE

Je les regarde. Qui ? Mais, voyons, mes semblables
Qui vont et viennent dans la rue
A la maison, à la surface de la terre
Comme des fantômes
Mais ils ne sont pas des fantômes
Ils vont et viennent accompagnés d’une ombre
Pas de leur ombre seulement
Sous leurs pas va une trappe
Parfois elle dépasse leurs pieds d’un ou deux centimètres en avant
Parfois elle traîne un peu derrière
Mais elle est toujours là
Un peu en avant ou un peu en arrière
Quoi qu’il en soit bien avec eux
La trappe donne sur le vide
Un jour elle s’ouvrira
Ils le savent bien : ils tomberont
Mais vont et viennent comme s’ils ne savaient pas
La trappe va avec eux au marché à la campagne et à la mer
Et ils vont avec elle au théâtre
On croirait leur trésor ambulant
Comme il faut, mes chéris, bien vous aimer
Et que je nous trouve courageux !

***

Suavité qui s’évase
Splendeur sans lest
Oui, la nuit reviendra
Qui a les mains vivantes
Et un oeil te regarde
Qui demande
Ce que tu feras d’elles

Gabrielle Althen
inédits



PHILIPPE JACOTTET

Accepter ne se peut
Comprendre ne se peut
On ne peut pas vouloir accepter ni comprendre

On avance peu à peu
Comme un colporteur
D’une aube à l’autre
(...)

Que les oiseaux vous parlent désormais de votre vie.

Un homme en ferait trop d’histoires
et vous ne verriez plus à travers ses paroles
qu’une chambre de voyageur, une fenêtre
où la buée des larmes voile un bois brisé de pluie…

La nuit se fait. Vous entendez les voix sous les tilleuls :
La voix humaine brille comme au-dessus de la terre
Antarès qui est tantôt rouge et tantôt vert.

N’écoutez plus le bruit de nos soucis,
ne pensez plus à ce qui nous arrive,
oubliez même notre nom. Écoutez-nous parler
avec la voix du jour, et laissez seulement
briller le jour. Quand nous serons défaits de toute crainte,
quand la mort ne sera pour nous que transparence,
quand elle sera claire comme l’air des nuits d’été
et quand nous volerons portés par la légèreté
à travers tous ces illusoires murs que le vent pousse,
vous n’entendrez plus que le bruit de la rivière
qui coule derrière la forêt ; et vous ne verrez plus
qu’étinceler des yeux de nuit


Lorsque nous parlerons avec la voix du rossignol…

Philippe Jaccottet,
L’Ignorant in Poésie 1946-1967, Éditions Gallimard, Collection Poésie
Envoi Antre lieu




MICHEL AZAMA

Blaise Cendrars.

Le chien de Blaise s'appelle Wagon-lit.
Sa vie est un atlas.
Il ne lit pas ou alors des poètes médiévaux
Des chroniqueurs du bas-empire
Des mystiques latins des bouquins d'occultisme
Et les romans noirs de Gustave Lerouge.
Les manuscrits disparus de la bibliothèque d'Alexandrie
font dans sa tête un trou
symétrique à celui de son bras coupé.
Il croise des rois nègres des chercheurs d'or et des pilleurs de trains.
A Bruxelles il partage par hasard ou par ennui la chambre d'un clown
appelé Chaplin.
A new york il crucifie toute une nuit le Christ
sur les néons des gratte-ciels.
A Ispahan il trafique des perles.
A Pékin il crève la faim.
A Chartres il met au point
un avion à incidences variables
qui ressemble à ses poèmes.
A Paris il fait tourner la roue de la fortune en compagnie de Picasso
et Apollinaire
ses amis.
Il s'invente sept oncles
dont il s'envoie les lettres fabulées de tous les coins du monde.
Il perd un bras dans une guerre et un fils dans l'autre.
Il rêve que la vie presse
et prend le temps de contempler le monde cul par dessus tête deux
guerres durant.
Il meurt foudroyé à Paris
regardant son bras perdu briller dans la constellation d'Orion
avec sa main là haut
qui continue d'écrire.

Michel Azama.
inédit



BÉATRICE MACHET

II.

Tourner. Le dos au brouillard. Un rapace de son cri annonce l’invisible : entendre tente de voir. Pour savoir l’aveugle. La voix tente une percée pour croiser la lumière. A hauteur des hanches on ne sait plus l’ombre. On dit altitude et ça vous rêve un nébuleux de substances broyées. Maritimes. Comme des lettres. Leurs multiples combinaisons en précipités colloïdaux ne feraient jamais ni sang ni caillot. Mais algues. On tourne parce qu’on cherche toujours la présence de la mer.

On tourne. Diastole et systole sans arythmie dans l’air. Dilatation encore puis contraction encore. Et encore. Jusqu’au dehors du ventre de la terre. N’allume pas d’étincelles mais pulse sa ronde. Dans le blanchâtre cotonneux qui assaille la taille. Bouée de survie dans la torpeur. L’haleine se fond puis s’efface. On ne remarque pas son grain. Rien d’épuisé cependant.

Et ce n’est pas trop loin qu’atteindre les confins embrumés. De l’être se dégage un rayon qui fait naître un faisceau difracté.

On tourne. Un faux pas sans pieds. Sans dessus-dessous la tête. Mains et bras moulinent au cœur du mirage. Le dos au brouillard. Le visage aux sonnailles. Les oreilles à tire d’ailes. On dit fendu. Du verbe geler. La pierre roule délaissant de-ci-de-là ses éclats. Derrière. Comme le tracé hésitant d’un sentier. Au ras du ciel. Sa rotondité.
On tourne. Les seuils sont lents qui s’écartent. S’isolent. Pas de perte même si à reculons. Pas de réticence. Le choix bien assuré. Un diamètre d’action toujours plus allongé. On tourne et s’épaissit le volume du son. Du verbe sonder.

Du verbe être en couleurs on sait un pluriel révélé. Transe comme une hypnose.

Parce qu’on tourne le monde adossé au brouillard.

Béatrice Machet
Extrait de Tourner, inédit




LA FORÊT DES SIGNES SUITE P 6


Mardi 21 Avril 2020
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