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09/02/2011



L'invité du mois

Matthieu GOSZTOLA



BIOBIBLIOGRAPHIE

Matthieu GOSZTOLA
"Docteur en littérature, pianiste et compositeur de formation, Matthieu Gosztola enseigne [à] Paris la littérature. Il est le plus jeune auteur à avoir été publié dans la revue Caravanes. Dans le septième et avant-dernier numéro de cette revue publiée chez Phébus et dirigée par André Velter, Jean-Pierre Sicre et André Velter comparent Matthieu Gosztola à Rimbaud : « Quel âge avait Rimbaud ? », annonçant qu’il s’inscrit « en faux contre la mort annoncée de la poésie ».
En 2007, Sur la musicalité du vide a été couronné par le Prix des découvreurs. Matthieu Gosztola est le plus jeune poète à recevoir le Prix des découvreurs qui a récompensé nombre de poètes contemporains de renom : Pascal Commère, Gérard Noiret, Valérie Rouzeau, Mohammed Dib, Ludovic Janvier, Eugène Savitzkaya, Olivier Barbarant, Ariane Dreyfus, André Velter… Dans les Cahiers pédagogiques, Sur la musicalité du vide est cité comme étant l'un des quarante livres permettant de « découvrir la poésie d’aujourd’hui ». Des poèmes ont été lus par des comédiens sur France Culture à l’occasion de la parution du premier volume de ce diptyque. Michaël Bishop dans The French Review résume le projet de celui-ci : « Sur la musicalité du vide, premier livre de Matthieu Gosztola s’offre [...] comme un vaste réservoir d'observations et d'évocations, d'aphorismes et de notations inclassables. Fragmentation et accumulation rivalisent tensionnellement ; le continuum qui en résulte, kaléidoscopique, jamais contextualisé, ne véhicule aucune épistémologie stable; seul l’espace du poétique affirme implicitement l’idée d’une cohérence au cœur même d’une implosion textuelle qui s’avère antirationaliste, féerique, spontanément sinueuse, totalement libre, aveuglante. »
Dans le septième numéro de Cahier critique de poésie, Christophe Samarsky résume quant à lui le projet de Sur la musicalité du vide II : « Ce dont les choses sont nées, ce par quoi, une fois nées, elles vivent, ce à quoi elles font retour à la mort, tâche de comprendre », demandent les Upanishads. M. Gosztola y répond singulièrement, nullement amer, nouant ensemble la pleine transparence de l'instant, quelques rides sur l'eau, un hoquet. »
Matthieu Gosztola choisit en 2008 d'explorer la relation passionnelle et tumultueuse entre Auguste Rodin et Camille Claudel en usant de la forme poétique et de la photographie (in Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin, Editions de l’Atlantique).
En 2010, il fait paraître un livre de poèmes sur le génocide qui a eu lieu au Rwanda en 1994, dans lequel il fait, selon Ouest-France, entendre « l’écho inapaisé de[s] paroles suppliciées ». Il répond à cette occasion sur Poezibao à la question « écrire un recueil de poèmes à propos d’un génocide, cela a-t-il un sens ? ». Antoine Emaz (toujours dans Poezibao), après avoir rappelé qu’il n’y a « [a]ucun pathos dans le livre de Gosztola, mais […] du relief, de la rugosité de langue », souligne la « structure très forte du livre » et met en avant « l’impression […] de maîtrise (presque savante, ciselée dans le détail) » qui s’en dégage. Selon lui, cette œuvre va « poétiquement contre l’inhumain, sans concession aucune au voyeurisme morbide ou au goût pervers pour l’horreur. » Le Magazine des Livres résume quant à lui le projet de Matthieu Gosztola : « L’action poétique de Matthieu Gosztola en son livre Débris de tuer est incontestable. […] A la suite d’un Paul Celan reconstruisant une langue en dedans même du génocide des juifs et y cherchant la voie d’un chant praticable, […] Matthieu Gosztola déplie sous nos yeux décillés la carte d’un Verbe violemment démembré, y cherchant les traces d’un vivier humain de l’au-delà de la souffrance, d’un chant donnant accès à la compréhension. […] Gosztola, debout au milieu du charnier verbal, entend les saignements intérieurs qui montent depuis la terre rwandaise jusqu’à l’homme tout entier, il recueille dans sa bouche le souffle de l’agonie, faisant ainsi de sa gorge un passeur […]. »
Il ne se limite pas à des parutions d’ouvrages mais a publié ses poèmes « dans une centaine de revues littéraires », françaises comme Caravanes, Voix d'encre, Phréatique, Encres Vagabondes ou Salmigondis, belges comme L’arbre à paroles, Archipel, ou encore Ecritures, canadiennes comme Moebius ou Art le Sabord… Ses poèmes sont parus dans des anthologies, comme au Cherche Midi ou chez Donner à voir. Des numéros de revues lui ont été consacrés : Soleils et cendre et Verso. Ses poèmes ont été traduits en anglais et publiés dans la revue Silver Visions II Visions-International aux États-Unis.
Il a écrit des articles pour la Comédie-Française, pour les Presses Universitaires de Rennes... : il a fait paraître des articles sur Jarry, Valéry, Reverdy, ou encore sur le lien qui existe entre la littérature et les sciences à la fin du dix-neuvième siècle. Il a participé à l’édition critique des œuvres de Raymond Roussel et à des colloques internationaux à Paris, à Laval, en République Tchèque et en Suisse. Il prépare actuellement une édition critique des œuvres d’Alfred Jarry pour les éditions Classique Garnier. Il a été critique littéraire pour la revue Histoires Littéraires. Il est actuellement critique pour [la revue Europe]. Il publie des proses, en livre ou en revue, depuis 2009. Il est également photographe. Il a publié quelques-unes de ses photographies dans des revues comme Le Jardin d’Essai, Verso ou Contre-allées et a fait paraître un livre de photographies et de poèmes aux éditions de l'Atlantique." (Art Point France, 2010)

TEXTES

Matthieu Gosztola (anthologie)

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une trentaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages appartiennent aux genres suivants (autant qu’ils cherchent à les subvertir) : poème, aphorisme, prose, essai, théâtre. Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site internet.

L’adolescente surprend
Son rouge à lèvres
Sur une autre

*

Il n’y a jamais assez de tendresse
Pour un homme
Rongé par l’idée du dernier voyage

*

Le soulèvement des bulbes
Contre la dureté du langage

*

L’ombre fait fuir
Le papillon de nuit,
Qui ne se reconnaît pas
Dans ce cache

*

Fragilité de l’instant

Un verre de cristal
Un chaudron de cuivre

*

C’est le printemps

La jeune fille
Interrompt sa marche

L’instant
D’une fleur

*

Afrique

Coups de machette
Sur la tête d’un enfant

Maladie de l’âme

*

Ménades Thyades musiciens
Portent le thyrse

Dansent frénétiquement
Sous un ciel
Sans lune

Jouent avec l’ombre paternelle
Puis se dissipent
Dans l’air subtil

Comme des esprits, comme des enfants

*

Des raisins oubliés
Sur une table

L’ombre
D’un grand peuplier

Tous sont


Pour voir mourir
Le poème

*

L’odeur du conifère
Sous son écorce

Fine pluie

*

Elle dit :

« La tâche d’encre
Sur ma robe

Gran
Dira

Pendant
Les minutes

Qui suivront
Ton baiser »

*

Il ne pourra jamais
Dire :

« Je soumets les montagnes
Au jugement du ruisseau »

*

En avalant ce cachet
Interdit

Tu te dis que
Les oiseaux les trains les prairies
Que tout recommencera

(Tu me dis)

*

Il souffle son âme
Dans le corps
De la clarinette

S’essuie la bouche
D’un revers de main

Reprend
Depuis le début

*

Elle est belle
À en vivre

Chaque jour
Elle m’apporte l’envie

Sur sa robe
Sur la chaise

L’empreinte
De mes doigts

*

Sa main posée
Sur le rebord de la fenêtre

Au loin
Une douleur aiguë

Dans un
Lit

Un lit
Bleu

*

Tu ne marches pas

Tu glisses
Sur l’eau
De mes sens

Provoquant
Par le seul balancement
De tes hanches

Des remous

*

Je crois surprendre une éphélide
Dans les replis de ta peau

(Ce ne sont que nos corps)

*

Les jonquilles fleurissent
Je suis l’enfant

*

Plaine liquide
Encombrée d’herbes folles

Leurs têtes
À chevelure brun-rouge

Une demoiselle bleue immobile
Et les rides profondes de l’eau

*

– Quoi de neuf aujourd’hui ?

– Un pigeon écrasé
Et ses plumes

Sont des aveux
De la douceur

*

Afrique

Les chants
Deviennent flous
Dans la nuit

Les hommes se couchent
Sur la paille

Et les femmes
Continuent leur route

Bouches cousues
Avec du fil

*

Je vais vers la grille
Qui m’empêchera de passer

*

Tu étais debout
À parler avec des amis

Ce sourire soudain
Sur tes lèvres

Je l’ai senti
Au plus profond de moi

*

Je mâche un peu d’inconnu
Sous un cyprès chauve de Virginie

Enivré par les odeurs multiples

*

L’ossature sous nos sexes

Dissimulée
Patiente

*

Doucement elle s’allonge
Dans la poussière du vécu
Et s’en délecte

Elle est l’oubli

*

Fleur à l’horizontale

Elle respire
Avec mes gestes

*

Tu n’as rien à envier de la mer
De ses marées

Tu as tout ce qu’elle a
Plus ce qu’elle n’aura jamais

La possibilité de mourir
D’en finir
Avec le ressassement infini

*

Ton visage
Recommence l’attente

*

Pologne
Auschwitz

Dans un restaurant
La lumière agressive de midi
Nous montre une nappe brodée
Et quelques feuilles
De plante à figures noires

Cette nuit
L’aube naîtra dans ton ventre

Tu l’appelleras Eos

*

Elle dit :

« On me prêche la nudité de ce modèle

Je réponds avoir changé
L’ampoule plusieurs fois

Et affirme que sa peau
Repousse toujours
La lumière de la lampe »

*

Je me retire de toi

La mort suspendue
Dans la clarté trouble
De nos yeux

*

Lampe diffusant
Une copie du jour

Repos dans le déshonneur
Car je triche avec la nuit

*

L’immobilité du jour
On croit que c’est l’éternité

Mais bientôt elle retire sa main
De ma joue

*

Elle ne veut pas
Raconter

Et pourtant
Quelque chose en elle
L’encourage
À le faire

Et l’encourage
Encore

Alors
Elle dit :

« Il la réclame
Puis la déshabille

De force
Agacé par son refus

Cependant qu’elle inonde
Ses mains – ses propres mains ?
Les mains de l’homme ? – de visages »

*

Allongé sous des branchages
Mêlés au vent et aux couleurs

Du ciel
J’étudie le poids de la cendre

: Je rêve

Dans mon rêve
Les oiseaux m’appellent

Avec
Ton prénom

Je les écoute
Puis je ferme les yeux

Sur la musicalité du vide

Je t’apporte les brouillons
Des poèmes à l’hôpital

Pour que tu les lises
Si tu en as envie

Ou que tu les regardes
Simplement même sans les lire

Quand tu as reposé les feuilles
Sur la commode ou sur ton lit

Je peux les reprendre
(J’attends que tu sois assoupie)

Et je peux laisser
Les poèmes trouver tout seuls

(Petit à petit)
Ma vie et leur envol

Je ne sais pas pourquoi
Mais c’est ainsi

: La page
II faut que tu la touches

Pour que je puisse
M’y allonger

*

Je regarde
L’instant allongé

Contre ton corps doucement
Posé dans le sommeil

Copeaux de lumière
Sur le lit

Je les prends un à un
Avec ma pensée

Et referme doucement
La porte derrière moi

Après avoir déplié et posé
Ton si grand pull sur toi

Celui que tu aimais tant
Mais auquel tu ne fais

Plus jamais
Attention

*

Te regarder me fait penser
Qu’aucun geste pour toi

N’est dérisoire
Te regarder m’apprend

Qu’un doigt dans le grain du café
Peut changer l’ordre des choses

Car j’ai vu ton sourire
Quand je t’ai apporté ta robe

D’enfant toujours conservée
Après l’enfance

Ta robe d’été avec laquelle
Tu rendais le monde beau à tes yeux

Pendant tes promenades
Où chaque chose te semblait à sa place

Et où l’avenir allait avoir pour toi
Toutes les offrandes (tu le savais d’instinct

Un instinct que tu partageais
Avec les saisons)

*

J’aimerais
Que chaque instant

De la journée
Te dise ces mots

: Viens la vie
Sera rendue au souffle

Au lieu de ça
Chaque instant de la journée

Te fait penser à un homme
Que tu as bien connu

Et que tu n’as pas cessé d’aimer
Sa mort te semblait si légère

Dans ta main
Tu aurais pu souffler dessus

Et le faire apparaître
Mais ce n’était pas nécessaire

Car il était toujours là
Instant après instant

Il t’accompagnait dans tes gestes
Et tes pensées

Maintenant c’est différent tu me l’as dit
Mais je ne saurais dire en quoi exactement

*

Tu imagines ton mari
Avancer son doigt

Pour rectifier
L’ombre d’une pousse

« J’ai emprunté à la vie
Tout ce qui n’est pas elle »

Tu imagines ses mots
Se refermer dans le froid

Les murs sont délabrés
Je passe des heures à les regarder

Ainsi que le déambulateur
Tu es absente

Quand je suis avec toi
Et je plonge mes yeux des heures

Dans ton absence
Prenant chaque mouvement que tu fais

Comme une offrande
Que fait la vie vacillante à la vie continuée

(Le chat de longues heures immobile
Sur le rebord de la fenêtre)

*

Nos discussions sont
Ces tulipes

Que le muret dans le jardin
Efface de la fenêtre

Un merle sautille sur la pelouse
J’ai tourné la tête au bon moment

Pour entendre les quelques notes
De la mélodie de son geste

Mais pas toi
Je n’attends pas qu’il repasse

J’ai la vie près de moi
Tu es la vie

La mort n’existe pas
Elle ne prendra pas les dernières images

Que j’ai de toi
Je te regarde

Je continue
De lever mon bras lentement

J’ai des gestes très lents
Pour t’habiller

Il fait beau
Je suis attentif

À chaque geste que je fais
Pour ne surtout pas te heurter

Ni même le silence
Que je remercie les lèvres fermées

Pour ne pas le troubler
Que je remercie

Pour la façon
Qu’il a de nous prendre dans ses bras

Puis je te brosse les cheveux
En faisant très attention

Pour que tu n’aies jamais mal
Pendant que s’ouvre (pour nous contenir)

Silencieusement
Le poème

*

Je te parle
De mon amie

Tu as un moment
De regard

Vers moi
Quand je te dis

Que ses mains
Sur mon corps

Enlèvent
Tout le superflu

Ne laissent
Que le cœur

*

Tu cueilles une mangue
Et la manges en entier

Tu regardes
Le ciel

Dans le creux
De ta main

Ne reste
Que la saison

*

Je cherche à m’approprier
La part d’ombre

D’un chemin
Dénué de tout

*

La mort ne garde rien
Pour elle

Elle souffle
Les sourires des morts

Dans la bouche
Des enfants

*

Des noms d’arôme

L’ambivalence
D’un sursaut

Dehors
Les enfants maigrissent
Et chantent

Suivant la rigueur
Des saules

*

La nuit
La mer en secret

S’engouffre
Dans les musées

Mémorise le rythme
Des couleurs de Monet

En vue de l’instant d’aube

*

Une femme endormie
Près d’une grappe de raisin

Et rendue
Au grand balancement infini

Du bleu inaudible
Dans lequel passent les oiseaux
Jamais distraits de leur route

Cette échappée
Qui n’a d’autre fin
Qu’elle-même

*

Près du feu dans la cheminée

Sur une table basse
Une coupe de fruits

Il suffirait d’entrebâiller légèrement
La porte d’entrée

Et de laisser aller
Partout son regard

Pour comprendre
Le sommeil

Il suffirait de prendre
Dans ses mains

Les ombres
Pour comprendre

Qu’elles respirent
Le ciel

Et que vienne la neige

*

La leçon de Balthus

: Peindre
Pour faire tomber
La vie
Dans la vie

Mais dans la vie originelle
Qui est le frémissement
D’un presque silence
Contenant pourtant tout l’espace

Peindre comme un geste
Infini

: Peindre comme l’eau de source
Bute
Sur les syllabes
Comme elle échoue à trouver
Une fin
À son poème

Peindre comme vivre

*

Il y a deux certitudes
En ce monde
Pour Balthus

: Les pétales des fleurs
Sont tout le contraire
D’une signature
Et chaque fleur
Ignore la seconde
De notre regard

*

Un geste
Commencé dans l’hiver
Et continué peu à peu
Au soleil d’une rencontre
Avec toi
Guettée dans ton retrait
Et rencontrée dans ta sauvagerie

Rencontrée avec la douceur
D’un instant d’infini
Partagé
Sans que la sauvagerie soit défigurée

*

Un midi ou un soir
Peut-être
Les yeux d’un modèle
Ont gribouillé
Quelque chose
Dans les yeux du peintre

Il s’est aidé du vent
Et des chemins
De traverse

Pour ne pas
Comprendre

*

Au moment de mourir
Si des mots

S’étaient accrochés
À vous

Vous ne les auriez pas
Prononcés

Vous auriez caressé le silence
Au bout de sa corde usée

Rencontre avec Balthus

S’arranger
Suivant les termes

J’ai trébuché
Sur les visages

Ils sortent
De l’indifférence

Mouillés de sang
Au plus intime

Je me force à faire
Comme
Si je peux vivre aussi

*

Fais saillie dans
Où demeure
Une voix debout

Suis comme
Un peut-être
Deviens rouge
Dans le rapidement

*

Brûlures d’habitations

J’en ai profité
Pour m’échapper

J’anime
Le pied des bourreaux

Je pense
Que personne ne s’arrêtera
Dans tous les sens
Complètement

*

Si maigre
Qu’on ne peut plus
Faire la différence
Entre mon ventre
Et mon dos

Mon seul souhait
Est de trouver
Où faire dormir seul
Mon visage

*

Brusquement
Son premier coup
M’a rappelé

Et je me suis échappé
De son deuxième coup

(Je n’ai plus assez de répit
Pour le souffle)

*

C’est hantant
L’éparpillé des corps

: Les visages
Me font
Des haut-le-cœur

*

La mâchoire des chiens
Dedans l’entour
Des visages

*

Ils commencent à s’envoler

Pour les uns et les autres cités
: La chasse

Et on sortira
Par-dessus les cadavres
D’essence

Les contours de la malchance
Qui se montre

Tout vivre

*

Tapage en force
Dans ce même temps

Au quart de l’après-midi

Avenir rêvé
: Vivre décemment une minute

Se plaindre de brûler

Il y a une forte odeur
De violence et de rwagwa

Je n’ai plus de précisions à donner
Et dans la fin de l’après-midi
Je reçois un coup de marteau

Je tombe et je réussis
À m’implanter dans le silence

*

On veut
Rentrer chez soi
Comme si rentrer

Rentrer
Pour se recroqueviller
Dans le silence pillé
De la maison

(Ils entrent
Dans nos larmes)

*

Les humains
Je ne les connais pas

Je ne comprends pas
Je ne parle pas

Ma parole
Plus que les mots
Est aussi de neige

Pas de parole
(Je clôture mon souffle)

*

Garçons derrière une grille

Ils ont fini le travail
Pour le jour entier

Des jeunes sont déchaînés
On entend un siège
Une machette

Ils chassent
Jetant des massacres

D’abord
Je dois trois morts

Et puis j’insiste pour vivre

*

On entend aussi
Le tralala des chants
Des slogans et des rires

On monte un décor

On organise des courses
Dans nos paroles orphelines

(On garde chacun le souffle
Près du cœur)

*

On se sent
Heureux de rien

(Parce qu’on ne voit rien
De bien secourable)

*

On devine le silence

: Il mange
Tout ce qui est
À conserver

*

Comment vivre ensemble

La mort fait œuvre
En quelques séances

*

Rassemblés devant nos silences
Par petits groupes
On voit monter
Vers la chasse

Les cris

On ajoute son dernier matin
Et on se met à l’écart
Pour ne rien partager

*

Tous les gisants
Qui murmurent

Dans la boue
Sans parole

Prêtent

Pour ne pas croire
Au rien sans remède

S’opèrent les pensées
Après chaque souffle

*

Je crois
Être puis avoir

Mais l’avenir
De partout
Se tient au présent

*

Comment reconnaître "je" ?

(Sans rêve dans le sommeil
Pour caresser un peu l’en-dedans)

*

On veut rester
Un somme

On lance des malédictions
À la malchance

On gratte le sol
Sans ces éléments

: Des vêtements
Posés sur la poussière

: Des hommes

: Le chant des arbres
Qu’on sait plus denses

*

Nous sommes
Accroupis dans l’eau
En silence

J’ai déniché
Le premier silence

La première parole
: Ils ont coupé devant

*

Le "nous" qu’une personne
A sorti de sa volonté
S’expose à la machette

On a diminué
De solitude

On apprend
À mesurer notre cri

On fait nos peurs
Moins sillonnantes
Dans tous les sens

Devant la mort et ses tracas
Au premier jour
On n’avait pas les mêmes lois

On a appris
À rebrousser chemin
Dans nos murmures

Et à se contenter
Sans murmurer
De ce qui ne propose
Pus de cachette

Pardon
Espérer

*

Pourquoi une nouvelle journée
Renoncer à s’élancer

Les disparus
En parler à voix basse

Jusqu’à ce que le sommet
Nous rattrape


*

Aux jours
Déplacés

Du jeu
De retrouver ma fiancée

Aucune intimité
Pour toujours

Se trouver à pieds
Assez changés

*

Du ou des gestes
Je veux dire

L’un ou l’autre
Avant les choses

S’enfuir
De son côté du jour

*

Êtreavecquienvisageunenvolée

Je me sens en révolte
Perdant de rien
Car j’ai tout avec moi
Dans la course

(Le rien est suffisant)

*

Coupante
De ce qu’on ne pouvait pas faire
De ce qu’on ne pouvait pas savoir

Et l’amour

: On se décide
En fin de chaleur

On évite d’abord
Parce qu’on a encore mal
D’être ainsi

Puis en époux
Parce qu’on se sent
Un peu frais
Partagés
Entre la fatigue et la mort


*

Pour se réconcilier
Avec le temps d’après
On se lance
Des promesses à soi-même

(Si on devait contenter
La chance dans nos ruses)

Chacun garde
Ses mots à dire
Si jamais la chance
Est chantante

Puis chacun
Les oublie

*

On est
De futurs enfants

On s’échange
Les branches des arbres
Pour l’amusement

On se fait des envolées
Dans les mots
De la prière

On accepte
En examinant
La tranquillité

Jusqu’à ce que la mort
Ne soit pas plus couverte
Que la journée

Sans plus virer ni
Pirouetter ni
Descendre ni
Monter

*

On fait le zigzag
Que fait la peur

(Vivre en gibier
Nous désapprend de parler)

*

Chaque journée
Sans blessure
Nous allonge
Dans l’espoir fou

*

Dans la fuite
On se crée
Des passages
Pour nos fatigues

Nos silences

Font des contours
En petites assemblées

*

On maintient
Les astuces à jour

Cela est très apprécié

Et quand les tirs
Semblent vous atteindre

Quand la peur
Semble prendre possession
De vous

De tous côtés
Six personnes
Touchent
Par hasard
La corde qui s’use

*

Ça maugrée
Ça ahane

Toutes les visions d’œil
Et d’oreille
Sont à avaler

Au matin
Sur la route
Qui mène
Au bureau communal de Murama
Nous courons jusqu’à l’église
(Vœu)

Et les gens
« Qui ne coulent pas de leur sang
Coulent du sang des autres »

Entrant ainsi
Dans l’usine
De nos ruses

*

(Nous courons
Je m’avale
Ça chasse)

Enfoncés dans les latrines
Corps enfoncés dans les latrines

Coupés
Pour passer par le trou des latrines

Du monde
De l’effritement des corps

Classé silence

Plus simple
Qu’un bout de voile

*

Apprendre moi
Je pense
À tous ceux
En embuscade
Et de quelle manière
On va demander pardon
Au malheur

Je ne fléchis plus
Comme avant

Et je promets
De ne plus re
Commencer

*

On n’est pas totalement déployés
(Ordinaire lundi)

On comprend
Que ce n’est pas de la même façon
Que notre mort
Est posée
Vers les choses

Ou dans
Les choses

Selon notre âge
Ou selon le sens
Du chemin

*

La douleur et la hâte
À fuir
Le danger toujours
Crépitant

Rend les avoisinants
Étrangers
Avec leurs plus intimes

*

En ce sens
Fatigués
Par le qui-vive
Des récoltes

C’est la paume
Sur la machette

Matière
En rythme

Les coupures
Leur évitent
Toute une vie

Débris
De tuer

La mort
À se frôler

*

Le silence est inquiétant
Le bruit est inquiétant

Ce qui n’est pas inquiétant
N’existe pas

Être surpris
Être pris

: Qui viennent de loin

Débris de tuer

Mardi 2 Février 2016
Lu 2580 fois

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Anthologie poésie,
Éd. Castor Astral 2010

Et si le rouge
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Anthologie poésie,
Ed. le Temps des
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Voix de l’Autre
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Ed. PUF 2010

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Textes rassemblés par
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Ed. Hermann, 2011

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Anthologie
Printemps des
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Ed. B. Doucey

cb
22/11/2010