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09/02/2011



L'invité du mois

Philippe DELAVEAU

PARUTION DE
CE QUE DISENT LES VENTS Editions Gallimard 2012



Philippe DELAVEAU
BIBLIOGRAPHIE

PHILIPPE DELAVEAU


Enfance : Paris, Touraine et l’Angleterre. Études de lettres, d’histoire, d’histoire de l’art et de musique. (E.N.S., Agrégation de lettres modernes, Sorbonne – Paris IV).
Six ans à Londres à l’Institut français (1982-1988), avec sa femme et leurs trois enfants. Trouve alors sa voie et sa voix.
Refuse les jeux gratuits de langage, cherche à concilier modernité et tradition vivante. Une langue musicale susceptible de dire l’éternel. Le poète serait un veilleur dans un univers en proie au désastre, à qui la poésie offre un Logos, donc la possibilité de dire le sens.
Ses recueils sont publiés essentiellement aux éditions Gallimard : Eucharis, 1989 ; Le Veilleur amoureux, 1993 ; Labeur du Temps, 1995 ; Petites Gloires ordinaires, 1999 ; Infinis brefs avec leurs ombres, 2001 ; Instants d’éternité faillible, 2004 ; Son nom secret d’une musique, 2008 ; Le Veilleur amoureux, précédé d’Eucharis, préface de Michel Jarrety, 2009, « Poésie/Gallimard » N° 453).Ce que disent les vents Editions Gallimard 2012
Traductions de l’espagnol et de l’anglais (Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, Gallimard, « L’Aube des Peuples », 1995).
Nombreux livres d’artistes avec des peintres contemporains, Julius Baltazar, Roger Bertemès, André Laubiès, Philippe Hélénon, Alechinsky, Antonio Seguí, Youl, etc., autour du galeriste André Biren, en particulier.

SOCIÉTARIATS

Membre de l’Académie Mallarmé – Juré du Prix Mallarmé.
Juré du Prix Apollinaire.
Juré du Prix Léopold-Sédar Senghor.
Sociétaire de la SGDL et du P.E.N.-Club de France.

DISTINCTIONS

- Prix Apollinaire (1989)
- Prix Max Jacob (1999)
- Grand Prix de l’Académie française « pour l’ensemble de son œuvre » (2000).
- Grand Prix de la Société des Gens de Lettres (SGDL) « pour l’ensemble de son œuvre » 2010.


TEXTES

PHILIPPE DELAVEAU

ANTHOLOGIE


© - Tous ces textes ont été publiés aux éditions Gallimard, sauf Cent sous pour la Reine Mab, publiés par les éditions de la Différence.




FEUILLE ROUGE RESTÉE

Les oreilles du lièvre aussi sont fragiles
que dire du rouge-gorge qui s’est aventuré dans la pièce où j’écris
viens lui dis-je d’une voix adoucie en le prenant
entre mes mains qui tremblent de ce qu’il tremble
que je te rende l’absolu de ton ciel où tes semblables règnent
parce que vous êtes purs comme la neige et les prophètes

Et cette feuille qui a navigué si longtemps
en demeurant toujours à la magistrature de sa branche
d’où elle assiste au lent procès du jour
sèche noyée de pluie parcheminée comme une main

L’hiver ne l’a pas rendue à la terre
elle est rouge du feu qu’elle ignore
plissée d’une lointaine rêverie
la branche autour est nue comme la vérité
quelle est la vérité ? quelle est son heure ?


(Instants d’éternité faillible)







Ignorant que tes hautes étoiles
avaient tremblé leur dû.
Pas un autre sanglot. Pas une brise
pour effleurer les branches,
susciter la présence des prés et des collines.
Avec courage tes lampes dans la tempête
auront lutté comme là-bas hublots et feux
du vaisseau qui oscille, se couche et sombre
fort de sa morgue et de ses cheminées.
Maintenant si je me tourne vers l'arrière
c’est pour te voir périr dans le brouillard
avec ma vie, sans un reproche.
J’aimais ces maisons qui m’ont quitté
et ces vignes qui tordaient les poignets
maigres de la douleur. La hache
qui tout à coup tranche le nœud de cordes
est plus aiguë que le croc du lion.
Aussi intraitable fut à l’entrée du désert Alexandre,
qui ignorait doute et détresse. Mais mon empire,
je le construis en soustrayant, en dispersant
les ombres et les morts.
Bientôt j’ausculterai les lignes
gravées sur la cire des paumes
pour réfuter l’arrêt sévère des destins.
Rivières et forêts, vitraux et pierres,
écoles et maisons, les sons ancrés aux souvenirs
avaient donné très tôt l’exemple.

Les oiseaux libres nous quittent dès l’automne
pour de lointains soleils que rien ne saurait abolir.
Seuls les visages sont restés dans le cadre des noms
- des cadres propres, certes, mais sans dorure.
(Infinis brefs avec leurs ombres).


VIVRE EN POÈTE





Vivre en poète, est-ce là vivre ? est-ce aimer davantage ?
Le savoir est intense chez l'enfant qui joue et le clown
qui se démaquille, osant affronter le miroir.
L'enfant gagne le paradis sur une jambe en clopinant,
mais au moins il avance
en poussant de son pied la marelle.
Sur leur patte attentive, le flamant, la cigogne
se contentent seulement d'observer. Voir n'est rien sans participer
mais nous n'aimons qu'ourdir. Peut-être notre œil est-il aussi acerbe
que celui de l'oiseau qui rejoint son nid sur la toiture :
pas plus gros qu'un bouton de chemise pour tenir le poignet fermé,
dissimuler la veine où bat le sang qui remonte au cœur.
Mais trop souvent, le cœur refuse de compatir.

(Infinis brefs avec leurs ombres)


PISTE NOIRE

La neige seule pourrait purifier. La neige seule
est sa propre abstraction, son propre signe.
Sauras-tu contempler la montagne
où les mesures d’un câble de téléphone,
rythmé jusqu’au sommet du col par les poteaux
de bois s’éloignent. S’amenuisent.

Si tu savais seulement reconnaître l’hiver.
Si tu tentais de dire les signes de pauvreté.
Seule richesse. Égouttement d’une branche immobile
dont la glace au bout d’un stalactite fond : dans la neige
au-dessous, trou noir, circonférence grise et le bruit si subtil
de la goutte qui tombe jusqu’à la terre.

Alors après avoir essuyé tes lunettes, voici la piste.
On ne voit que le blanc et des mamelons blancs. Tout se confond.
Pente droite, vertigineuse, avec le signe des bannières. Ta vie bascule
dans la descente entre deux murs de vent. Deux murs de froid.

Tout semble se résoudre. Mais le salut vient-il de la vitesse ?
À toi qui ne sais plus attendre. À toi sans vrai désir. Et tu t’arrêtes
dans une gerbe de flocons. Silence. Une ombre blanche attend.

(Son nom secret d’une musique)



TOUT EST MUSIQUE

Le soleil au pupitre et sa baguette oblique sur la prairie.
Jusqu’aux petits orchestres des sables et des fontaines.
Jusqu’aux sous-bois emplis de murmures, de harpes, de cascades.

Et la philharmonie de l’océan devant les colonnes d’Hercule : au-delà, c’est Wagner, un mastic incolore.
Mais ici, une salle attentive. Ils écoutent passionnément gronder
l’express vigoureux de Beethoven sur la voie qui tressaille
dans le cerveau, profond tunnel. Sur ces voies qui longent le précipice
du cœur, d’où tout est simple et visible. Où le signal s’ouvre et se ferme.
Leurs narines frémissent comme dans la colère. Leurs lèvres gonflent
dans cet amour aussi impérieux qu’aux corps brûlants, l’orgasme.
L’orchestre en noir et blanc, et les abeilles grises, étincelles de gris.
La pluie et ses marteaux sur le xylophone de la saison. Les arbres,
frères du violoncelle. Tout est musique.

C’est vrai, certains ne l’entendent pas. Ils préfèrent le bruit.
Les robinets des radios gouttent de sons échevelés. Chutes du Niagara des écrans plats, image sur image.
Certains préfèrent les écouteurs à leurs oreilles comme l’œillère des chevaux
qui tournaient, tournaient dans les nuits sous la terre.
Sans lune, sans étoiles, sans feuilles d’arbres. Mines, sordides catacombes.

(Son nom secret d’une musique)

LES MONTS BLEUS




Les monts bleus et le ciel songeur.
Toi
Dont les yeux ardents sont
L’abri du ciel et des monts.

Source, frisson, tristesse, joie.
Je baiserai de ma langueur
Ta bouche.

Je vois les mots se former
Dans tes pupilles, sur tes lèvres.
Et je respire ton haleine.

Je me raccroche à la vie,
Je sais l’existence du monde
Lorsque je tiens ta main.

(Le Veilleur amoureux, précédé d’Eucharis, Poésie/Gallimard, 2009)

Et toi nue maintenant





Et toi nue maintenant sur qui mes lèvres filent
La lente métaphore d’un baiser, de l’épaule à tes seins.
Les mouettes de nos mains
À l’assaut du vertige. Puis
Étreignant l’aviron d’une dextérité
Pour appuyer la force des marées,
Les courants fous qui se déchaînent.

O mon amour, un seul navire tour à tour
Élevé sur le haut de la vague et plongeant
Tout à coup dans l’abîme nous hisse,
Nous unit, nous entraîne. Et laisse pantelants.

Naufragés sur la rive,
Cœurs à nu, follement ivres,
En un seul deux s’incarnent.

(Le Veilleur amoureux, précédé d’Eucharis, Poésie/Gallimard, 2009)

LES POEMES


Les poèmes vieillissent confusément,
Parlant encore de forêts, d’or et de roses. Toutefois
Quel sage aurait pu dans une seule fable
Serpentant au-dessus des hommes et des fleurs,
Dire comme la perle un peu l’attente
Qui est au creux du monde, et peut-être à la fin composer
Pour un prince las du soleil et des livres,
Un autre chant qui ne vieillirait pas,
Qui parlerait sans fin de ce qui recommence,
Au gré des libellules bleues, des armoiries de l’onde ?

Alors l’image en ce poème serait plus limpide
Que le bruit continu de l’eau, plus sombre qu’un silence
Au pied de l’arbre à qui écoute
La nuit parfaire les saisons
En quête de sagesse nébuleuse et d’ordonnance.


(Le Veilleur amoureux, précédé d’Eucharis, Poésie/Gallimard, 2009)


DIDON


Je ne reverrai plus l’Italie aux cyprès noirs
Ni, accoudée au marbre blanc de son palais, Didon
Qui pleure ses amours. La mer
Est à ses pieds, paisible, fleurant la menthe. Aux arbres
S’enguirlande la vigne. Est-il licite de se souvenir ?
Par les prairies et les lentes forêts,
La pluie mène ses bataillons qui guerroyaient naguère
Sur cette plaine grise inconnue d’alexandre.

Les années dures se succèdent sur la tamise, au gré
Des houles. Barges de minerais et ballots de coton
S’entassent dans les docks, suie et poussière, avec le thé des indes.
Énée quitte le quai dans un déluge d’or,
La brume l’a nimbé de lumière. Dans les gares,
S’essouffle au gré de sa vapeur le train qui défie les distances.
Quel espoir aux amants de se rejoindre ? La mer est vaste,
Le cœur oublieux. Le temps dans les allées de hyde park
Caracole, bleu pommelé, d’une jambe joyeuse. On jette
Aux cygnes le pain amolli par l’eau rance.

Des héros qui renaissent, nul n’a vaincu la mort. Nous voudrions
Les oublier. Ils reviennent troubler la torpeur des mémoires.
Pourquoi tant de douleur ? Les lévriers
De diane bâillent devant le feu, après avoir
Dans les sous-bois mouillés couru le cerf. Et les panathénées captives
Sur les trottoirs humides posent leurs beaux pieds nus,
Emprisonnées dans une éternité de marbre et de silence.

À la proue formidable encore un lion blasphème
Insensible aux cheveux dénoués de Didon,
Où luisent les rubis d’un départ éternel. Une coupe
Qu’on jette à la face des mers réveille
D’infimes astres. Tandis que s’en revient
Toujours la mort inachever les phrases, le lion grimace
Ayant jusqu’à l’orient conquis la terre
Et à la fin perdu l’empire.

(Le Veilleur amoureux, précédé d’Eucharis, Poésie/Gallimard, 2009)

ELVIRE PARLE
(Cent sous pour la Reine Mab, éditions de la Différence 2001, partiellement repris dans Orphée Studio, Poésie d’aujourd’hui à voix haute, Poésie/ Gallimard – texte créé au Théâtre du Rond-Point par Françoise Seigner, de la Comédie française et Philippe Delaveau en 1998 – diffusion France-Culture – émission d’André Velter).


PRÉAMBULE



Cette année-là j’eus deux amants
dont un ministre : qu’en conclure ?
Je n’en fus guère plus heureuse,
Molière non plus. Les feuilles
des arbres n’en ont pas moins jauni.
< Est-ce qu’il faut au poème un ministre ?
- j’use à dessein du mot
pour donner à la phrase un peu plus de solennité
comme font ces fanfares dans les avenues
quand un officiel commémore un événement
sublime, quelque chose du genre
militaire avec des fleurs et des ron-flon-flon -
Nicole eût dit : un grand escogriffe de maître d’armes >

Franchement, je me demande
s'il ne convient pas d'écrire une ode
pour célébrer la chose;
avec des Ô et des Ceci et des Cela.
< un O devant comme une roue de brouette
mais pour quel chargement : des fleurs ou du fumier ? >
Voyons, Pindare, où est Pindare ?
Pindare c’est mon chien. Les gens vous disent :
il ne lui manque
que la parole.
Vous avez déjà vu ça,
vous : un chien qui parle grec ?
Pour ma part,
je me contente d’une langue approximative.
Pardonnez-moi si l’on y trouve ici et là
quelques postillons et des naïvetés.
Quant aux mots un peu lestes, je les assume.


AVANT LA MORT

«Avant la mort < voilà encore une de ces platitudes
qui font hausser les épaules de pitié :
Dieu me garde des mots en trop >
la vie n’est bien souvent qu’une illusion,
longue sans doute < parfois illusion magnifique,
j’en conviens : les décors de Bérard
- Bébé pour les intimes -
étaient superbes -
je sais chérie, je l’emploie trop souvent
ce mot : superbe. >

« Femmes grecques, dis-je, vous pataugez de vos sandales dans le malheur.»
Bref : le destin est sur nous avec son nez sordide et son haleine
un peu forte <je me souviens de ce fromage exquis que l’on consomme à Sparte
avec de l'huile et des tomates.>
Nous adhérons au songe ici-bas
qu’est l’existence de brume en brume,
sous un soleil du Nord ou le ciel d’Athènes.

Ai-je vécu, ai-je été vivante, qui peut le dire ?
< C’est là, bien sûr, une question comme on dit : oratoire >
Passant, souviens-toi que j’ai résisté longtemps : si d’aventure
je consens à mourir c’est en me persuadant que Molière
est mort, et Shakespeare
aussi, sur cette île où l’on boit du thé
et moi peut-être mourrai-je par une grâce insigne
sur les planches < peut-être plus banalement
dans mon lit > tout cela sonne avec un rythme
qui finirait par inquiéter la passagère
du temps présent, l’adepte de la scène
et du lèche-vitrines.

Telle je suis,
le chapeau sur la tête < un rien canaille
avec trois fleurs dessus > et la main
appliquée sur mon cœur ou ces pages
dans la perpétuité du temps qui recommence
unissant l’ombre qui augmente et le décor -
< un décor un peu moche,
dois-je ajouter, que voulez-vous
les temps sont durs : on ne fait guère
que ce qu'on peut > : j’eusse aimé
plus de chaos, plus de tonnerre.
J’ai dû me contenter de ma fureur
et de mon rire, c’est ainsi.
Mais le contentement
ne fut jamais d’une courte durée.

(Cent sous pour la Reine Mab, éditions de la Différence, 2001)


Samedi 2 Avril 2011
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