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09/02/2011



L'invité du mois

Véronique PITTOLO



Véronique PITTOLO
BIO-BIBLIOGRAPHIE

Publications :

Montage, éditions Fourbis (1992)

29 Poètes françaises, éd. Stock (1995)

XY ou la Poursuite du Bonheur, Cahiers Ephémérides (1998)

Héros, éd. Al Dante (1998)

Schrek, éd de l’Attente (f2003)

Chaperon Loup Farci, éd La Main Courante (2003)

Gary Cooper ne lisait pas de livres, éd Al Dante (2004)

Opéra isotherme, éd Al Dante (2005)

Danse à l’école, éd de l’Attente (2006)

Hélène mode d’emploi, éd Al Dante (2008)

Ralentir Spider, éd de l’Attente (2008)

La Révolution dans la poche, éd Al Dante (2009)

2004 : Prix de poésie de la SGDL (Société des Gens de Lettres)
2009 : Prix de poésie Yvan Goll

2006 : Hélène mode d’emploi, poème sonore pour deux comédiens, ACR, France Culture.
2008 : Toute Résurrection commence par les pieds, Perspectives contemporaines,
France Culture
Peinture - Ecriture à l’hôpital, Sur les Docks, France Culture.


Ateliers d‘écriture
Education Nationale.

Depuis 1995 :
Poètes dans la Classe, l’Ami Littéraire, classes à PAC,
primaire et secondaire (Rectorat de Paris, Créteil, Versailles,
en collaboration avec la Maison des Ecrivains).
De1999 à 2003 :
Résidences d’écrivain en ZEP dans plusieurs arrondissements de Paris, primaire et collège (DRAC Ile-de-France, Maison des Ecrivains).
2004-2005 :
Poésie et Science (Rectorat de Versailles et Université d’Orsay)
2004 : Université de Nanterre, cycle d’ateliers sur le thème de l’Exil
(étudiants en DEUG de Lettres).
2005, 2006 : animation de stages pour des professeurs du secondaire sur le thème Poésie et Cinéma (Forum des Images, SGDL).
2006, 2007 : Poète dans la classe, Collège au Cinéma.

Ecoles d’art.
Depuis 2004 : workshops aux Beaux-Arts de Valenciennes, Avignon, Dunkerque, Le Mans, Bourges. Suivi des travaux des étudiants, ateliers d’écriture et conférences sur le personnage de fiction, en relation avec mon travail d’auteur (Gary Cooper ne lisait pas de livres, Chaperon Loup Farci, Opéra isotherme).

Comités d’entreprise.
Depuis 1998, interventions ponctuelles dans les Centres de vacances CCAS-EDF
autour du conte (écriture, lecture, mise en forme de spectacles).
2003 – 2004 : ateliers d’écriture, Comité d’entreprise de la RATP.

Hôpital.
depuis 2007, Institut Gustave Roussy dans le cadre du projet «Vivre en différence»,
soutenu par la Fondation Roche et la Fondation SFR : ateliers lecture-écriture
auprès d’enfants atteints de tumeurs cancéreuses.
Production et réalisation du documentaire Sur les Docks (France Culture, 2008).



EXTRAITS DE TEXTES

La Révolution dans la poche. éd Al Dante, décembre 2009


Je tente un premier texte non engagé, ni marxiste, ni réactionnaire,
sous forme de film ou de recensement, ce qu’on veut.

J’y insiste sur le bégaiement le bégaiement de Camille Desmoulins,
la petite taille de Robespierre, la traque de Danton.
Les figurants seront des gens réels qui ne sauront pas qu’ils font
de la figuration. Des perruques aux coupes néo-antiques, ils auront les mèches
en virgules et des jabots blancs.

Je serai du côté des petits, des faibles, de ceux qui chaque matin se serrent
contre les vitres du métro.
Les participants ne se recruteront pas seulement chez les hommes jeunes,
il y aura les citoyens qui veulent le bonheur tout de suite,
les petits vices de chacun, les grandes espérances de tous.
Quand l’amphithéâtre se videra autour des charrettes, on ne posera plus
de questions (les questions n’intéresseront plus).
Certains voudront des responsabilités mais ne voudront pas décider,
d’autres refuseront l’autorité mais auront besoin d’une structure.
Chaque jour on dira ça va venir, la révolution va toujours commencer,
il y a quelque chose de meilleur demain.

On commencera avec un petit nombre d’amis qui portent le même bonnet.





Comment transposer dans le langage d’aujourd’hui les préoccupations d’autrefois, filmer un renversement, procéder à un montage qui prend aux tripes ?


On me demande mon avis à travers un article, un pamphlet, un inventaire.
J’ai besoin d’une polyvision (vue englobante), d’un lieu (amphi, gradins),
d’un espace de détente (cafétéria).
Amateurs et esthètes doivent se mêler aux révolutionnaires,
ceux qui ne jugent pas que le beau est utile.
Du haut de la tribune, ils transpirent mais au fond ils sont sincères.

Ma Révolution sera belle pour les esthètes, belle comme une belle
Peinture produisant un effet poignant.
Elle pourra commencer par Gloria ou Sweat Heart.

Donc, une commande : article, billet d’humeur, documentaire.
Je regarde le contrat, les doubles sens, les renvois en bas de page.
Comment un tel sujet peut-il rapporter ? Combien et en combien de jours ?
A quel moment dois-je appuyer le trait et quand, lever la plume ?
Dois-je m’attaquer aux vrais enjeux (style, tics de langage, droits sociaux) ?
Quand je dis charrette, s’agit-il des licenciements ou de la fin tragique
de quelques idéalistes ?
Que faire des têtes, une fois coupées ?
Le compte rendu des meetings doit-il être satirique ou réaliste ?
Comment traduire l’inquiétude des derniers Jacobins ?
En faussant les archives ? En multipliant les anecdotes ?





A chaque époque correspond une aliénation, à chaque aliénation,
son émancipation.

Celui qui se lève tôt par obligation entre dans les statistiques du révolutionnaire légèrement endormi.
Il se dirige vers une bouche de métro (lent travelling suivi d’un zoom saccadé).
La journée entière, il tient le coup, entre un patron et une machine à café.
A quel degré d’anesthésie la révolution est-elle greffée dans le cerveau
du citoyen ?
A quel moment le JE va-t-il se fondre en ON ?
Un ON qui signifie grèves, débrayages, hauts parleurs Gare de l’Est ?

L’énergie du matin existe comme un temps inaliénable jusqu’à midi.
Le sentiment pénible tombera à 18h lors du retour à la maison
(correspondance Gare du Nord).
Le silence des existences à quatre mètres sous le sol est-il acceptable ?

Au stade de la revendication, il y a de vrais désirs et de grands enjeux,
il y a cortège, grandes gueules, nez bouchés, Lénines de Prisunic à la sortie
du métro.
Il faut l’énorme immobilité du leader pour entraîner un groupe
(regardez Danton, encore lui).
Il faut un mouvement primitif, exotique, décapant.


(Le réveil sonne à 6h30, vous attendez au lit, et vers 7h, dans la cuisine,
vous n’avez pas encore conscience de l’aliénation).









Aliénation engendre émancipation, hausse de prix, fins de mois difficiles.
Ceux qui dépensent coûtent peu à ceux qui règnent.
La solution consistera à prendre aux riches pour donner aux pauvres,
problème qui n’est toujours pas résolu au XXIème siècle.


Le roman de ma Révolution devra être consulté à toute heure,
rendre attractifs le hoquet de Robespierre, ses insomnies.
La fugue de Saint-Just à 19 ans (emportant l’argenterie de sa mère).


Les noms propres seront réactivés :
si je dis Robespierre, une figure se dessine dans le brouhaha
de la nuit du 4 août.
Un petit homme monte à la tribune, s’exprime, fait une pause,
se sèche les lèvres, sera bientôt Numéro 1.
Il obtient le silence, se penche sur ses feuillets, retient son souffle.
Il ne veut pas seulement la suppression des droits féodaux,
désire l’égalité des droits pour tous.
Il a appris à monter à la tribune en parlant depuis sa place assise.

D’autres noms respirent encore l’Ancien Régime
(Collot d’Herbois, Hérault de Séchelles, Fabre d’Eglantine).





Eloge de Maximilien.


Qui fut le grand homme qui n’a pas de statue aujourd’hui
mais seulement une station de métro à Montreuil ?

Une Révolution sans violence est-elle possible ?

On ne dirait plus révolution mais rébellion, insolence,
on ferait faire une prise de sang aux enfants trop agités.
Les dissipés sont-ils les Enragés de demain ?
Le premier de la classe, un futur tyran, ou est-ce le dernier qui ira loin ?
L’enfance de Maximilien fut un combat silencieux,
idéal pour les grands sentimentaux :
il a six ans, sa mère meurt, son père disparaît, revient, repart,
l’enfant se retrouve seul à la tête d’une fratrie précaire.
A l’origine d’une révolte, il y a souvent un drame, une disparition,
une couvée amputée, il y a malchance et climat difficile.
Lorsque les parents recherchent de la nourriture le jour,
il arrive que le soir ils retrouvent le terrier vide
(la nature n’est pas démocratique).
Si les parents résistent, le printemps apporte son lot de consolation,
sinon, ils meurent.
Au coeur de l’espèce gît un sentiment de panique.
Comme Rousseau, l’orphelin de mère cherche des compensations
en s’intéressant à l’humanité, en voulant le bien pour le peuple,
un bonheur éternel.
Cette exigence pour les petits, les paysans, les analphabètes,
on la retrouve dans les lois en faveur des veuves, des soldats pauvres,
des hommes en sabot.





A 8 heures du matin, en peignoir, Robespierre sort des mains
de son coiffeur, couvert d’une épaisse poudre blanche.
L’Incorruptible tient à la main une cuvette dans laquelle il crache.
Comment restituer le portrait d’un grand homme dans un geste vulgaire ?
Et vous, comment faites-vous ?
Vous utilisez un gobelet ? Votre main ? Quelle est la marque de votre dentifrice ?
Les petits gestes font-ils les grands destins ?

Le chien dort sous la table, où est le mal ?
Petit, Maximilien nourrissait les pigeons, est-ce vrai ?

L’intrusion d’un personnage historique dans votre vie procure
une espèce d’émotion, un retour en arrière poignant,
une silhouette qui ressemble à Jean-Jacques sur un ton
honnête, sérieux, sans caprice.
L’habit rayé, la culotte de nankin, les cheveux relevés en ailes.
Souriant d’un sourire triste, le cœur en restait serré.


A 9 heures, l’Assemblée attend le discours de Maximilien
qui dira qu’il faut changer le visage de la France,
il remonte ses lunettes, on croit qu’il a terminé mais non.
A midi, une pause, trois oranges, promenade et révision
des discours de l’après-midi.





Maximilien désire polir la statue de son peuple.
Si le peuple est roi, comment peut-il être une utopie, un cristal,
une abstraction ?
A quoi servent ses représentants ?
Dans l’antiquité, on favorisait l’amateurisme, le tirage au sort,
(impossible d’être à la fois maire et ministre).
Le tirage au sort garantissait l’égalité des chances, chacun pouvait proposer
une réforme, un discours, une idée.
Un pays démocratique doit savoir comment élever ses enfants,
gouverner par des activités très simples (lire, jardiner, se promener).

L’homme politique ne doit pas briller pour lui mais pour plus petit que lui,
favoriser sa ville, son canton, son village.
Maximilien voyait le peuple trop haut.
Aujourd’hui, la Constitution ne prévoit aucun moyen de contrôler
le débordement des députés.
S’il est mécontent, le citoyen vote pour quelqu’un d’autre.
Sinon, il reste chez lui
Il faut repenser le tirage au sort des Athéniens.


Maximilien aurait dû savoir que le peuple est parfois bougon.





Appuyez sur Saint-Just, Robespierre s’exclame, montez le son, c’est Danton.
Il s’avance, toujours laid et fantastique dans sa transformation.
Il faut entrer dans le personnage et c’est formidable.
Danton propose des slogans en tracts, lâchers de ballons,
il conseille, encourage, ouvre son agenda.
(Il est à lui seul une brigade d’interventions).
Si l’histoire me déçoit en me révélant que le jour de la Bastille il était absent,
je change l’histoire à mon profit : mon projet tiendra comme une idée collée
sur un homme.

Qu’aurait fait Robespierre devant un micro?
Et sous le flash excessif d’un spot ?
Il se cache quelque chose derrière un visage éclairé :
comme un cavalier, le révolutionnaire est pur, convaincant, trop visible.
En coupant la voix, on perçoit encore son murmure, l’ingénieur du son,
la cabine.
Le reportage précède la révolution, il y aura du bruit, une voix de synthèse
sur la voix naturelle, sur grand écran : les mains fines de l’orateur,
la blancheur de sa cravate. Les homélies, les cheveux relevés en ailes,
la blancheur des bas, tout exprime la mélancolie du politique au XVIIIème siècle.

L’histoire des Révolutions est l’histoire d’un homme capté qui a vécu
dans un monde trop vieux, un homme triste, en avance sur le progrès.
Deux siècles plus tard, devant une caméra, le Jacobin deviendrait militant,
consommateur, et sa Révolution, une gravure, un tract, une possibilité.





Les hommes veulent faire la révolution parce qu’ils sont en colère.
La colère est le moteur de l’action. Le seul.
Si vous n’êtes pas en colère, vous restez chez vous.
L’homme en colère devient dépressif s’il ne montre pas son débordement,
s’il ne canalise pas son malaise dans une organisation, il n’est pas bien.
A travers l’adhésion à un parti, une association, un séminaire, il s’adoucit,
invente des solutions à plusieurs.

De micro-événements peuvent aider le citoyen morose :
à la maison, dans la rue, le métro, la moindre injustice le fait réagir,
et il appartient au clan des justes, des sincères, des inspirés.
(En un sens, la révolution se rapproche de la religion).

Les hommes en colère l’ont toujours été et ont manifesté
pour cette raison : un monde meilleur pour tous.
A toutes les époques, hommes et femmes ont eu des revendications,
les garçons dans les cours d’école, au bureau, à l’Assemblée.
(Les filles adorent les regarder).

La Révolution est un moyen d’affirmer la part masculine de l’humanité.




Visite chez le philosophe.


Le jeune Robespierre se rend chez le vieux Jean-Jacques,
que se passe-t-il ?
Il frappe deux fois à la porte.
Au troisième coup, on ouvre.
Maximilien rougit et aura toute sa vie cette photo du grand homme
tenant un herbier à la main.

Le long du parc, il est déçu d’entendre parler d’ombrage
et de bosquets.
Jean-Jacques lui dit que les idées sont comme les étoiles :
on peut choisir les meilleures, mais contrairement aux idées,
les plantes sont préférables car elles naissent sous les pieds.

L’un en chaussons, l’autre en chaussures, ils discutent botanique
dans les allées d’Ermenonville.

Légèrement ivre, après la revue de chaque fleur, Maximilien rentre à Paris.



Le bonheur selon Jean-Jacques est-il souhaitable ?

Le philosophe aime les plantes et la marche à pieds,
des notions simples auxquelles il ajoute quelque chose
de moins pur (la politique).
Il possède une petite rente sans être noble,
porte des chaussures au lieu de sabots, ôte sa perruque le soir.

Au fil de l’eau, le monde ne déçoit pas, mais les hommes préfèrent
un bonheur plus rapide.
Qui se laisserait aujourd’hui voguer au fond d’une barque ?
Qui aime le mouvement modéré d’une pensée qui ne veut rien ?
Les ailes de l’imagination, qui en a besoin ?
Qui a besoin d’une visite au château ?
Les traces de l’Ancien Régime sont ces canards à qui vous jetez du pain.

Vous vous ennuyez lors d’un printemps musical en Ile-de-France ?
Statues et jardins sont classés monuments pour vous,
pour le souvenir de Jean-Jacques, une pensée qui n’a pas vieilli.




Lundi 3 Mai 2010
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22/11/2010