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09/02/2011



L'invité du mois

YVES BOUDIER

BIOBIBLIOGRAPHIE ET EXTRAITS



BIOBIBLIOGRAPHIE

YVES BOUDIER
Né en 1951 en Basse Normandie. Vit à Paris. Professeur de Lettres, Université Cergy-Pontoise, Iufm de Versailles.
Membre des comités de rédaction des revues Action Poétique, Passage d’Encres, Passages à l’Act, du conseil d’administration de la Maison des Ecrivains et de la Littérature ainsi que de celui de la Biennale Internationale des Poètes.
Publie notes critiques et poèmes en revues (Aujourd’hui-Poème, CCP, Digraphe, Europe, Petite, La Polygraphe, Fusées, Siècle 21, Poezibao, Rehauts...)
Lectures publiques (Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, Fondation Royaumont, Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, Revue parlée du Centre Pompidou, Bpi Beaubourg, Biennale Internationale des poètes, Maisons de la poésie, librairies et médiathèques. Activités radiophoniques (France Culture, France Musiques, Rfi), collaborations avec des musiciens et des plasticiens (Jacques Lejeune -Ina-Grm-, Claire Nicole, Joël Paubel, Gaston Planet, Andoche Praudel, Jean Gaudaire Thor, Christiane Tricoit). Contribution à différents colloques sur la poésie, en particulier au Collège International de Philosophie.

Bibliographie :
Le Fabuliste, La Répétition, 1979.
« Ovide était notre maître », Æncrages & C°, 1987.
L’Infans ou la peinture regardée, dessins de Gaston Planet, Æncrages & C°, 1990.
Scènes naturelles, encres de Christiane Tricoit, coll. Traces, Passage d’Encres, 1999.
De la terre, encres de Christiane Tricoit, coll. Traces, Passage d’Encres, 2000.
L’Enfant second (un récit), coll. La Polygraphe, L’Act Mem (Fonds Comp’Act), 2003.
, coll. Biennale Internationale des Poètes, farrago, 2003.
fins, L’act Mem (Fonds Comp’Act), 2005.
Ordres du jour, pointe sèche de Claire Nicole, coll. Leporello, Passage d’Encres, 2007.
Vanités Carré misère, Propos d’Avant de Michel Deguy, L’Act Mem, 2009.
YVES BOUDIER
Consolatio Editions ARGOL, avec une postface de Martin RUEFF 2012



EXTRAITS

Pourquoi Fins ?
L’entrée dans le siècle fut pour moi marquée par une douleur que tous redoutent, celle de la perte d’une mère, premier chagrin profond «que l’on pleure sans elle» ainsi que l’écrivait Saint Augustin. Je ne dirais pas que cet événement fut ordinaire, non, mais je ne mesurais pas, derrière le déchirement, que désormais rien ne serait plus jamais pour moi comme avant. Sans aucune manifestation spectaculaire, j’ai lentement sombré dans un état de vulnérabilité extrême aux horreurs du quotidien, aux guerres qui nous entourent, nous cernent, à celles dont nous sommes réchappés et qui nous fondent dans notre être au monde après le massacre de la première guerre mondiale puis la Shoah.
Ainsi, les sinistres anniversaires des génocides rwandais et cambodgien, puis de la libération des camps, la guerre d’Irak, la présence encore vive du Kosovo, de l’Afghanistan, du Vietnam, de l’Algérie… firent remonter dans mes jours comme dans mes nuits des images d’une atrocité, d’un inhumanité profonde, qui prenaient le pas sur tout et m’interdisaient, par instant, tout rapport à la vie, tout partage, autrement que sous de sombres perspectives de plus en plus rudes à vivre.
C’est l’écriture de ce long poème de mort – mais il se clôt sur le mot amour – qui m’a rendu et ouvert le chemin du retour parmi les miens, à la mesure même de la dureté ou de la violence qu’il ne me fallait pas éviter ou apaiser au fil des pages.
Comme le photographe de guerre derrière son objectif, je me suis tenu acharné et saisi d’effroi devant chaque poème, rejouant dans l’écartèlement et le travail de (dé)coupes ou de destructions qu’impose l’écriture, les atrocités dont je voulais porter témoignage au travers de ma vie qui se recomposait ligne à ligne, vers à vers, grâce à celles des disparus qui me redonnaient naissance. Jamais je ne pourrais les étreindre pour les en remercier : mon poème leur est dédié, je leur dois ma renaissance.
… Mais j’ai compris alors qu’il fallait contredire les mots d’Adorno (Comment écrire un poème après Auschwitz ?) en répondant : raison de plus !, sans oublier d’inscrire un terrible et sinistre pluriel au mot raison, la déraison humaine étant, elle, éternelle et singulière. Et toujours prompte à se décliner sous les formes les plus barbares si nous ne veillons plus.










Jeudi 29 Juin 2006
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