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09/02/2011



L'invité du mois

MARC DELOUZE

BIOBIBLIOGRAPHIE ET EXTRAITS



BIOBIBLIOGRAPHIE

MARC DELOUZE
Marc DELOUZE. Né à Paris. Vit à Montmartre. Poète et voyageur « par la force des choses ». Premier recueil en 1971, Souvenirs de la Maison des Mots, (précédé de Par manière de Testament, d'Aragon). Silence éditorial d’une vingtaine d’années, afin d’échapper au « masque poétique ». En 1982, crée l'association Les Parvis Poétiques qui organise des événements, des festivals, des lectures, des spectacles... Cofondateur et directeur littéraire du Festival « Les Voix de la Méditerranée » (Lodève), de 1998 à 2000.
Dernières publications : T'es beaucoup à te croire tout seul (poème), La passe du vent, 2000. Epouvantails, poèmes, Lanore, 2002. C’est le monde qui parle, récit, Verdier, 2007. A paraître : Yeou, Piéton des terres, poème et L’anthologie amicale des poètes aux Parvis, tous deux à La passe du vent.

EXTRAITS

MARC DELOUZE
Désert où les mots s’évaporent

Il est assis.
Il n’a pas de nom.

Certes, il existe.
Ou plutôt : il est sur le point d’exister.
Il est assis sur le bord antérieur de l’existence.
Il est aux confins de la dune et des hommes, l’œil confronté au vide devant soi,
à sa propre convexité.

Dans le silence de son être ouvert comme jamais ne le fut l’horizon,
l’espace est un regard qu'il apprend à regarder.

Le désert le nommera.
Le désert est une parole qui l’imprime à l’intérieur de sa peau,
comme les livres nous écrivent sur la page de la Grande Mémoire,
sur l’asphalte géologique du chemin qui nous dépasse.

Il ne bouge pas.

C’est le temps qui remue et s’avance vers lui.

C’est l’existence qui, de l’infini le plus lointain, s’approche de lui.

Au passage, elle arrache au sommet des dunes des lambeaux de sable
comme des peaux mortes à la surface du soleil
comme l’amour - et la douleur
arrachent des copeaux de syllabes éphémères aux corps stratifiés

Il se tait.

Ecrire, il ne pourrait.

Sur le point d’exister,
il lui faut sauvegarder son dedans disponible.

Assis, laissons-le là.

Nous, nous sommes ici.
**
*


Dans les valises de Dieu

Un trou s'ennuyait quelque part.
Le vide s'ennuyait partout.
Un jour le vide rencontra le trou.
Rien ne fut changé dans le cycle des marées.

Je suis entré dans ce monde par le trou de serrure d'une valise et depuis j'ai vécu la vie-voyage que l'on sait.

Curieusement c'est Dieu lui-même qui me convia à le suivre dans sa course sans commencement ni fin, sans qu'il me parut nécessaire de croire en lui, ce dont Il ne semblait pas se formaliser le moins du monde.

Disons-le tout de suite: Dieu est chauve. Néanmoins, Il ne fait pas son âge. D'un abord agréable, Il me surprit par le peu d'emphase dont Sa Parole était chargée, la simplicité de Son maintient, la légèreté de Son regard.

Bref, un homme comme vous et moi (avec un peu plus d'embonpoint que moi, tout de même!).

Nous nous tenions à un carrefour et le vent qui faisait rage à cette époque de l'année balayait l'espace où nous échangeâmes les quelques civilités d'usage.

Très vite, Il me fit part de Son intention de me faire visiter quelques-uns des mondes qu'à Ses heures perdues Il avait confectionnés avec amour mais dont Il s'était vite désintéressé.
Peut-être y trouverais-je matière à redire ?
Mais Il ne pouvait pas m'avoir fait me déplacer pour rien.
Si je voulais bien Le suivre...
C'est ainsi que je suis entré dans l'ornière divine.

(...)

Des navires dérivent paresseusement dans l'espace.
A bord, s’entassent les rêves d'une multitude de générations,
fantasmes de cadavres accumulés au cours des siècles
et bien avant que les siècles soient nommés siècles

Dans un ciel sombre, chargé, la lune n’est plus qu’un cil d'ange.

Le vent souffle en rafales, la pluie horizontale ne parvient pas à atteindre le sol où les fondrières sont si profondes que des peuples entiers pourraient y disparaître.

Par-ci par-là, un lieu charmant, tendre, doux, tranquille.

Une voiture de police passe au loin comme un bateau démâté.
Quelques femmes au sexe tricolore.
Quelques hommes aux membres de réverbères.

Partout des corps virevoltants d'insectes…

Ce carnaval cessera-t-il un jour?
Bien malin qui saurait le dire…

A LARMES EGALES

le grand soir est celui où l'on sait chanter faux
où les signes connus nous font des signes incompréhensibles

I

Quand je suis né
(car il paraît que je suis né)
en plein milieu du mois d’avril
de l’année mille neuf cent quarante-cinq
mes yeux se sont ouverts sur des montagnes de cadavres
auschwitz birkenau treblinka
nagasaki hiroshima
ils en furent si épouvantés
qu’il se sont vite refermés
de l’intérieur
plus tard
je n’ai pas pu je n’ai pas su je n’ai pas voulu
voir
derrière ces montagnes
un horizon de grandes désespérances
qui s’étendait de la Crimée jusqu’à la morne Kolyma
peuplée de monstres et de fantômes
errant sur les vastes prairies de nos illusions


II

Ce soir ils sont venus d’un peu partout
(la terre est grande la détresse infinie et les désirs inassouvis)
sûr que ça fait du monde la fête sera grande
ils sont passés par des chemins qui creusent sous la terre
en compagnie des pierres et des cailloux
qui chaque année affleurent dans les champs

ils ont ramassé leurs propres ossements
ils en ont fait un tas les ont jetés sur leurs épaules
et sont partis en ignorant peut-être
qu’ils emportaient dans leurs baluchons leurs horreurs leurs extases
et des éclats de plaisirs brisés qui leur faisaient saigner les lèvres
qu’il emportaient aussi leurs visages
qu’ils n’osaient déjà plus depuis longtemps regarder
qu‘ils emportaient enfin leurs regards brûlés
et leurs sourires fossilisés

III

regardez-les
boueux de glaise ramassée dans les tranchées du Chemin des Dames
et les charniers du Rwanda ou de Strebrenica
ou du Kampuchéa
les membres concassés d’avoir frappé
le permafrost de la Kolyma
regardez-les
vous croyez qu’ils n’ont pas de noms ?
baptisons-les du nom de ceux qui n’ont plus
ni chair ni douleurs ni mémoire :

Itzhak Zuckermann, dit « Antek »
commandant en second de l’Organisation Juive de Combat
du ghetto de Varsovie
refuse dans un premier temps de témoigner dans la Shoah de Claude Lanzmann
- « Si vous pouviez lécher mon cœur, vous seriez empoisonné. »

en septembre 1937
570 communistes allemands incarcérés dans les prisons de Moscou
furent livrés à la Gestapo sur le pont frontière de Brest-Litovsk

Paul Meisel
communiste autrichien
emmené en mai 1938 par la police soviétique
jusqu’à la frontière autrichienne, via la Pologne
remis à la Gestapo
Juif
disparu à Auschwitz

Hans Walter David
compositeur et Chef d’orchestre
membre du Parti communiste allemand
Juif
livré à la Gestapo par la police soviétique
gazé en 1942 au camp de Majdanek

Franz Koritschoner
un des fondateurs du Parti communiste autrichien
fonctionnaire de l’Internationale syndicale rouge
déporté dans le Grand Nord Sibérien
remis à la Gestapo de Lublin (Pologne)
torturé et exécuté à Auschwitz le 7 juin 1941 »

comme tout être vivant à la Kolyma
Piotr Kalembert
n’avait aucun avenir.
Il se suicida en 1948 à Elguène où il dirigeait le service sanitaire.
Il s’injecta une solution de morphine et laissa un mot étrange
« Les imbéciles m’empêchent de vivre »

IV

tous ces fantômes
nous n’aurons pas assez de tous nos yeux
pour bien les regarder

(peut-être enfin parviendrons-nous
tout de même à les voir ?)

on s’apercevra alors qu’ils sont faits de ce que nous sommes
qu’ils ne reposent pas comme on dit
dans la paix des cimetières
mais qu’ils continuent de vivre leurs interminables tortures
dans un grenier secret où notre âme pourrit
telle le portrait de Dorian Gray

« doit-on continuer cette oeuvre barbare? »
s’interrogeait déjà Pier Paolo Pasolini

V

peut-on s’arracher la mémoire avec les cheveux
se laver de la honte avec le savon frelaté du remord
un héritage pèse cent tonnes sur mes épaules
et j’y tiens !
j’ai mis tant de temps j’en ai mis tant
j’ai mis bien trop de temps
pour refuser l’inacceptable
et pour tuer le père des fausses espérances
et piétiner la mère de toutes les patries
(je ne me savais pas orphelin à ce point)
et abjurer mon rêve aussi
et pour finir
me priver de la dose d’Avenir
que chaque matin on m’injectait entre les yeux

que chaque nuit je m’injectais sous la langue

ce soir
tandis que ce poème tente de s'inscrire
dans l'entre du vivant
au revers de l'image

ce soir
je flotte dans l’apesanteur des anesthésies
sous un ciel sans « lendemains »

quand le matin arrive enfin
au-dessus de moi mes mains s’ouvrent

elles sont vides



Samedi 17 Mars 2007
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